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Amérique latine (2) : appui de la CIA et anticommunisme (70's 80's)

Pinocher_et_Hugo_BanzerDans les années 70, la mise en place des dictatures anticommunistes en Amérique latine est encouragée et soutenue par les Etats-Unis. Les régimes militaires influencés par le maccarthysme et la doctrine de la sécurité nationale vont développer une répression locale puis continentale. L’aide financière et militaire a permis aux pays du Cône sud d’imposer des dictatures mais aussi de s’unir à travers le plan Condor pour chasser les communistes à un échelon plus important. Enlèvements, tortures et assassinats prémédités marquent cette période noire.

L’appui secret des Etats-Unis lors des coups d’état

Il est important de noter que le soutien des Etats-Unis ne s’est pas seulement manifesté à partir des années 60 et 70. D’après, Franck Gaudichaud auteur de l’article intitulé « L’ombre du Condor Contre-révolution et Terrorisme d’Etat International dans le Cône Sud », cette coopération est le fruit d’un long travail déjà présent à travers l’idéologie de la doctrine nationale mais aussi par des « accords bilatéraux d’assistance militaire (à partir de 1951) destinées à fournir aux officiers latino-américains un entraînement militaire et une formation théorique ». L’assistance militaire s’est concrétisée par des formations mais aussi par la fourniture d’ équipements électriques visant à torturer les subversifs.

Les Etats-Unis sont suspectés d’avoir été favorables aux coups d’état brésilien et chilien et d’y être intervenus. Selon un historien de l’université de Rio de Janeiro, l’ambassadeur américain de l’époque, Lincoln Gordon craignait le risque d’une révolte d’extrême gauche et aurait rédigé un rapport dans l’éventualité d’intervenir au Brésil. Afin de faciliter la contre-révolution chilienne, la CIA est soupçonnée d’avoir versé 35 000 dollars à un groupe de militaires chiliens en récompense de l'assassinat d’un commandant en chef loyal à Allende : le général René Schneider. Ce dernier a été mortellement blessé en 1970.

La CIA qui voyait d’un mauvais œil le régime socialiste de Salvador Allende et le soutien du Parti Communiste Chilien, aurait aidé les militaires à prendre le pouvoir au Chili lors du coup d’Etat de 1973. Ainsi, le mouvement de la grève des camionneurs d’octobre 1972 a été soutenu financièrement par la centrale de renseignement américaine. Le conseiller d'État Henry Kissinger a toujours démenti l’implication des Etats-Unis dans le coup d’état bien que les rapports de la CIA prouvent que le chef de la police secrète (DINA) de Pinochet, Manuel Contreras, a travaillé pour elle en 1975.

Union du Cône Sud et anticommunisme international : l’opération Condor

Pays_membres_de_lOpration_CondorLes dictatures latines se sont unies pour éliminer le communisme en Amérique latine. Le Chili, Paraguay, l’Argentine, l’Uruguay, le Brésil et la Bolivie ont décidé de coopérer pour chasser les partisans d’extrême gauche à travers l’opération Condor. Selon un attaché du FBI à buenos Aires Robert Scherrer, envoyé le 28 septembre 1976 à la direction de Washington, l’opération condor est « le nom de code pour la collecte, l'échange et l'enregistrement d'informations concernant des soi-disant « activistes de gauche », des communistes et des marxistes, qui ont été récemment mis en commun, en coopération entre des services de renseignement en Amérique du Sud, dans l'objectif d'éliminer les activités terroristes marxistes dans la région. ».

Le projet de l’opération condor est orchestré par Manuel Contreras, le directeur de la DINA. Début mars 1974, les représentants de la police du Chili, d’Uruguay et de Bolivie se réunissent afin d’organiser l’éradication des réfugiés dans l’Argentine de Péron. Pendant l’année 1975, les réunions se multiplient et débouchent sur la constitution formelle de l’opération Condor le 25 novembre 1975. Les activités commencent toutefois avant avec des échanges de prisonniers en 1974 et par des arrestations en 1975. Le 16 mai 1975 a lieu l'arrestation au Paraguay de deux membres de la Junte de coordination révolutionnaire Almicar Santucho et Jorge Fuentes.

La même année, 119 militants chiliens du parti d’extrême gauche : Le Mouvement de la Gauche Révolutionnaire, sont retrouvés morts. L’Alliance Anticommuniste Argentine qui est à l’origine de ce massacre a essayé de maquiller ce meurtre en règlement interne et de brouiller les pistes à travers une campagne de désinformation : l’Opération Colombo. Les assassinats se déroulent en dehors de l'Amérique latine, en Europe à Rome mais aussi en Amérique du nord.  Le 21 septembre 1976, Orlando Letelier, ancien ministre de Salvador Allende est assassiné à Washington lors d'un attentat à la bombe commis par Michael Townley, ancien agent de la CIA ayant travaillé pour la DINA. En 1977,  la DINA est dissoute et remplacée par la CNI , la Central Nacional de Informaciones.

La fin du plan Condor ?

Michael TownleyOfficiellement, la dernière opération a lieu au Pérou, en juin 1980 avec l’enlèvement de militaires argentins : les Montoneros, groupe politico-militaire péroniste souhaitant rétablir un régime national socialiste. Il est difficile de chiffrer avec exactitude le nombre de victimes du plan Condor. D’après la Commission des Droits de l’homme Argentin, le bilan s’élèverait à 50 000 assassinats, 35 000 disparus et 400 000 emprisonnés.

Néanmoins, des doutes subsistent quant à la fin du plan condor. Au milieu des années 90’s, l’Amérique latine entretien toujours des échanges bilatéraux en matière de renseignement. En effet, les réunions de la CEA continuent de se dérouler en Argentine en 1995 et en Equateur en 1997. En outre, une conférence militaire sur le renseignement  a été organisée en mars 1999 par l’armée bolivienne et a reçu les Etats-Unis et certains pays du cône sud. Il faut savoir que la CEA est la Conférences des armées américaines. Elle a été créée par le général américain Theodore F. Bogart en 1960, suite à la révolution castriste dans le but de défendre le continent contre le communisme.

D’autres éléments laissent à penser que cette organisation est toujours en activité. D’après Franck Gaudichaud « les événements en cours, notamment au Venezuela, en Colombie et au Pérou, ou encore le « plan Colombie», soulignent le maintien de violences politiques de type « contre-insurrectionnelles » d'Etat ou paramilitaires ». Le plan Colombie, créé en 1999 est un plan pour la paix et la prospérité de l’Etat notamment financé par les Etats-Unis. Les objectifs portent sur le renforcement des institutions, la lutte contre la production de drogue, le désarmement et l’aide aux paysans mais ils se concentrent aussi sur la guérilla marxiste.

Les dictatures anticommunistes ont repris les moyens arbitraires des Etats-Unis à l’image du maccarthysme pour lutter contre le communisme et ont mis en œuvre un terrorisme international. Les régimes ont eu recours à des menaces, des multitudes enlèvements et de meurtres organisés officieusement. Les pays du Cône sud passèrent ainsi d’une phase de politisation sociale avec une montée en puissance des partis révolutionnaires à une ère de destruction de ces derniers aussi bien physique qu’idéologique.

Bibliographie

- GAUDICHAU,Franck, L’ombre du Condor. Le terrorisme d’Etat en Amérique latine, Revue Amnis, Université de Brest, octobre 2003, pp. 91-120.
- PONCE Nestor, L'Argentine : crise et utopies, Ed. du Temps, 2001
- ROBIN Marie-Monique, Escadrons de la mort, l'école française,La Découverte, Paris, 2004
- SCHOOYANS Michel,  Destin du Brésil : la technocratie militaire et son idéologie, Duculot, Belgique, 1973

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