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Historiographie : l'école des Annales

ANNALES_6_2006Réaction à l’histoire positiviste dominante du début du XXe siècle, l’école des Annales est née d’une revue dirigée par deux des plus grands historiens français, Lucien Febvre et Marc Bloch. Rejetant l’événement (telle l’histoire bataille) ou l’histoire politique pour l’histoire économique et sociale, et le temps long, les Annales marquent plus de soixante ans d’historiographie française, et au-delà, au travers de grandes figures comme Fernand Braudel. Une influence qui tend lentement à diminuer à la fin du XXe siècle et au début des années 2000.


 

Les Annales d’histoire économique et sociale (1929)

L’initiative de la création de la revue vient de la rencontre entre deux historiens de l’université de Strasbourg, Lucien Febvre et Marc Bloch. L’éditorial du premier numéro fixe le cap : pluridisciplinarité entre les sciences humaines, sortir du théorique pour favoriser l’enquête de terrain, notamment en histoire contemporaine. Le comité de rédaction est bien dans cet esprit avec la présence d’historiens (dont Henri Pirenne et André Piganiol), d’un sociologue (Maurice Halbwachs), et d’un géographe (Albert Demangeon).

Alors que Lucien Febvre est nommé au Collège de France et Marc Bloch à la Sorbonne, la revue s’installe à Paris où elle commence à se faire un nom, après avoir connu des débuts difficiles. Le but des membres des Annales est de s’opposer aux historiens traditionnels de l’école méthodique, accusés de faire de « l’histoire historisante », pour promouvoir l’histoire économique et sociale, et la connaissance des sciences voisines de l’histoire : géographie, sociologie, économie, linguistique,...

Mais les Annales s’intéressent également beaucoup à l’actualité de l’entre-deux-guerres, notamment la crise des années 30 et ses conséquences (dont le nazisme). Toutefois, l’actualité politique et sociale française n’est pas traitée dans la revue, surtout à cause de la « déontologie du désengagement » prônée par Febvre et Bloch.

En 1939, suite à une polémique avec Armand Colin provoquée par le numéro des Annales sur le nazisme, la revue devient sa propre éditrice.

Fernand Braudel et les Annales

La mort de Marc Bloch, fusillé par les Allemands en 1944, amène Lucien Febvre à présider seul les Annales après la guerre. La revue devient les Annales, Economies – Sociétés – Civilisations (Annales ESC), et parmi les jeunes collaborateurs de Febvre, un certain Fernand Braudel émerge. C’est d’ailleurs en partie sous l’influence de ce dernier que les Annales se rapprochent un peu plus de l’histoire des mentalités. Et Braudel est évidemment le grand inspirateur de la notion de temps long, ou du concept de civilisation. Dans le prolongement, une section « sciences économiques et sociales » est ouverte à l’EPHE (et devient l’EHESS en 1975), ce qui permet à l’école des Annales d’influencer un peu plus encore le monde de la recherche.

En 1956, Fernand Braudel succède à Lucien Febvre à la tête de la revue, et il s’entoure entre autres de Robert Mandrou et de Marc Ferro. S’il quitte ce poste en 1969 pour faire place à une direction collégiale (avec Jacques Le Goff, Emmanuel Le Roy Ladurie et Marc Ferro), il ne garde pas moins la main sur les orientations de l’école des Annales, et il contribue grandement à la diffusion de ce que l’on peut désormais appeler un courant historiographique. Les Annales deviennent définitivement une référence des sciences humaines dans les années 60 et 70, intégrant à l’histoire, outre les autres disciplines déjà mentionnées, des influences marxistes et structuralistes.

La Nouvelle Histoire et les Annales

La deuxième moitié des années 1970 voit l’avènement de ce que l’on a appelé « la Nouvelle Histoire », qui se situe dans l’esprit de l’histoire des mentalités déjà importante dans les Annales.

L’ouvrage majeur de cette période est Faire de l’histoire, dirigé par Jacques Le Goff et Pierre Nora, qui paraît en 1974. Parmi les contributeurs, on peut citer entre autres François Furet, Emmanuel Le Roy Ladurie ou Pierre Chaunu. Succède à cet ouvrage, quatre ans plus tard, le Dictionnaire de la Nouvelle Histoire, de Roger Chartier et Jacques Revel, qui confirme que, si ce courant est issu des Annales, il tend également à s’en émanciper. Le quantitatif « à la Ernest Labrousse » est modernisé (grâce par exemple à l’outil informatique), et marqué par l’étude des mentalités. On voit ainsi des recherches sur la mort, la sexualité, la religion,…Parmi ces « nouveaux historiens », outre ceux déjà cités, on remarque Michel Vovelle, Mona Ozouf, Maurice Agulhon, Georges Duby ou Jean Delumeau.

Cette période confirme le grand pouvoir des Annales au sein de la recherche française, grâce à des relais universitaires, mais aussi dans l’édition (Pierre Nora chez Gallimard). Cela n’empêche pas certaines critiques, notamment contre la Nouvelle Histoire, ses concepts et ses méthodes flous, l’oubli de certaines périodes ou l’abandon de certains terrains historiographiques.

Les Annales et la « crise de l’histoire »

Les critiques contre la Nouvelle Histoire prennent de l’ampleur dans les années 80, ce qui contribue certes à une interrogation ou à des doutes, voire à une crise de l’histoire, mais surtout à terme à un renouvellement historiographique important. Les critiques émanent d’historiens comme Paul Veyne ou François Dosse, et son livre-référence L’Histoire en miettes (1987). La revue des Annales réagit par un numéro de mars-avril 1988, en appelant à un « tournant critique ».

Ces interrogations sur ce qui est alors devenu un monument de l’historiographie française interviennent dans un contexte plus global et international, avec l’émergence de courants comme la micro-histoire de Carlo Ginzburg, ou également les Postcolonial studies et la world history. Une « crise de l’histoire » étudiée par Gérard Noiriel dans son ouvrage Sur la crise de l’histoire (1996).

 

Aujourd’hui, cette crise est peut-être terminée, mais l’histoire a beaucoup évolué au tournant du XXIe siècle. Les Annales restent une revue universitaire de référence, mais n’exercent plus une influence aussi considérable que dans les années 50-70. Elles font tout de même partie du « patrimoine historiographique » et demeurent incontournables dans la compréhension des évolutions de la science historique du XXe siècle.

 

Bibliographie

-          C. Delacroix, F. Dosse, P. Garcia, N. Offenstadt (dir), Historiographies. Concepts et débats, Folio histoire, 2010.

-          C. Delacroix, F. Dosse, P. Garcia, Les courants historiographiques en France (XIXe-XXe siècle), Folio histoire, 2007.

-          G. Bourdé, H. Martin, Les écoles historiques, Points histoire, 1997.

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