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Noé – Film (2014)

Noé 2Darren Aronofsky confie à Russell Crowe un rôle gigantisme : Noé ! Noé, celui qui sauva la Création du Déluge, le patriarche au cœur des religions Juive, Chrétienne et Islamique ! Un sujet qui touche la majorité des croyants, mais qui est aussi au cœur même des tensions entre Créationnistes et Evolutionnistes. Comment parler de Noé en 2014 ? Se contenter d'adapter le plus précisément possible les Écritures au cinéma ? Au contraire, extirper le personnage de Noé pour en faire le héros charismatique d'une histoire totalement inédite ? Parce qu'il touche au patrimoine mondial et à la croyance, le personnage de Noé ne peut pas être manipulé à sa guise sans s'exposer à de vives contestations. Comment Darren Aronofsky a-t-il utilisé le second ancêtre commun par excellence ?

  

Synopsis

Après avoir créé le monde et les animaux, le Créateur place l'Homme et la Femme dans le Jardin d'Éden, mais ces derniers désobéissent en mangeant du fruit défendu qui les rend emprunt au Mal, au péché. Pour cette raison le Créateur les châtié, les chasse de l'Éden et les envoie sur Terre, c'est la Chute. Émus par le tragique destin des Hommes, quelques anges désobéissent au Créateur pour suivre les Hommes sur Terre et leur faire partager leurs connaissances. Mais sur Terre la lignée de Caïn utilise ces anges déchus, les Veilleurs, avant de les traquer, elle créé une nouvelle civilisation industrielle caractérisée par une exploitation irraisonnée de la nature (faune, flore, mines...) et un profond mépris à l'égard de Dieu. Les seuls à respecter la Création et son Créateur sont les rares descendants de la lignée de Seth, frère de Caïn et du défunt Abel tué par ce dernier. De cette lignée il ne reste que Noé et sa famille, vivant quasi clandestinement en marge des grandes cités, évitant les autres Hommes. Mais un jour, le Créateur se manifeste à nouveau et choisi Noé pour lui annoncer la purification du monde et sa renaissance à venir : il le désigne pour construire une arche afin de sauver du Déluge les innocents : les animaux.
Pour mener à bien sa mission, Noé compte sur l'aide des Veilleurs, mais bientôt la lignée de Caïn va chercher à s'emparer de l'arche.

Noé 3La Genèse adaptée et revisitée

Bien entendu, les personnages principaux comme la trame de l'histoire sont issus des Écritures saintes, et plus précisément du livre de la Genèse. On retrouve fort heureusement Noé, sa femme et ses fils Sem, Cham et Japhet. On trouve aussi des mentions de personnages bibliques comme Mathusalem, Hénoch ou Seth. De même, le fond de la Genèse est respecté avec la mission confiée par Dieu à Noé pour qu'il construise une arche et sauve une partie de la Création. D'ailleurs, sur ce point le film est assez fin puisque l'arche, présentée comme un grand container, correspond bien à la description biblique bien que ce ne soit pas la représentation la plus commune :


« Fais-toi une arche en bois résineux, tu la feras en roseaux et tu l'enduiras de bitume en dedans et en dehors. Voici comment tu la feras : trois cents coudées pour la longueur de l'arche, cinquante coudées pour sa largeur, trente coudées pour sa hauteur. Tu feras à l'arche un toit et tu l'achèveras une coudée plus haute, tu placeras l'entrée de l'arche sur le côté et tu feras un premier, un second et un troisième étages »
— Genèse 6 : 14 ~ 16


On retrouve même le calfatage au bitume et, si la coque n'est pas de roseaux, ces derniers sont néanmoins présents au moins pour l'échafaudage.

L'élément polémique qu'induisait un tel sujet que l'arche était bien entendu la représentation de la Création et donc la théorie créationniste, très présente aux États-Unis, qu'elle sous-entend. La théorie créationniste consiste à nier la théorie de l'évolution au profit d'une vision fixiste du vivant. Selon les créationnistes les êtres vivants furent créés une fois pour toutes par Dieu (dinosaures, chiens, vaches, lions...) et n'ont pas évolué jusqu'à présent. Certains ont seulement disparu... Il n'en est rien ici, le film de Darren Aronofsky retrace certes la Création en 6 jours, mais en présentant ces « jours » de façon très large qui ne laisse la possibilité de plusieurs millions d'années, les animaux et les végétaux sont bien créés par Dieu, mais ils évoluent nettement depuis la vie marine à la vie terrestre et Noé 4
parallèlement dans ces deux éléments. Finalement, nous n'avons pas là une vision créationniste pure souche, mais bien une forme de dessein intelligent adaptant en partie le mythe aux connaissances scientifiques actuelles, ce qui est une bonne chose. Ainsi, vous ne verrez pas de tricératops dans l'arche, mais des animaux qui nous sont connus, des animaux rappelant des animaux disparus du Cénozoïque (qui ont pu connaitre les premiers hominidés) et des animaux imaginaires pour évoquer les espèces dont nous ne savons rien et aussi certainement pour rappeler que nous sommes dans l'univers du mythe.


Par contre, on note de nombreux points de divergence nets avec les Écritures. Par exemple la présence de ces Veilleurs, anges déchus devenus géants de pierre, ou encore les relations entre Noé et son grand-père, l'adoption enfant de la future femme de Sem, la quête d'épouses pour les autres fils, et plus généralement tout ce qui touche à la description de la civilisation issue de la lignée de Caïn : société industrielle, violente, arrogante vis-à-vis de Dieu, narcissique... Une société où l'Homme s'est décrété l'égal du Créateur et détruit la Création qui lui a été confiée.
On comprend très bien que Darren Aronofsky et Ari Handel ne nous mettent pas fondamentalement en image la Genèse, mais prennent prétexte de la Genèse pour nous parler de notre société actuelle, de son rapport à l'Homme, à Dieu et à la Nature. 

Noé 5Un apocryphe des temps modernes ?

Certes le terme d'apocryphes est inadapté, il n'y a ici rien de caché... Néanmoins, on peut trouver des similitudes entre ce film et les apocryphes chrétiens qui fleurirent autour des IIe et IIIe siècles de notre ère. En effet, comme eux, le film pervertit les textes canoniques et surtout brode à sa guise sur les non-dits, ajoutant ce qui lui convient pour répondre aux interrogations d'une époque et d'une société. Ici, à l'heure de l'humanisme triomphant qui met l'Homme au-dessus de tout, à l'heure du scepticisme croissant voir dominant dans de nombreuses sociétés industrialisées, à l'heure où la pollution et la surexploitation entrainent une destruction à une vitesse sans précédent dans l'histoire de la vie, le mythe de Noé doit nous interroger brutalement sur notre rapport à la Création et à Dieu. Finalement, là où l'on aurait pu craindre un simple film d'action apocalyptique, nous avons un film porteur d'un message écologiste et monothéiste. Nous disons monothéiste pour regrouper les trois religions abrahamiques, car n'oublions pas que Noé est une figure emblématique du Judaïsme, du Christianisme, mais aussi de l'Islam. Réunis, les croyants de ces trois religions forment l'immense majorité de la population mondiale, on peut dire que le marché est large pour ce film... Et cela malgré la censure de certains pays musulmans (Indonésie, Qatar, Bahreïn, Émirats arabes unis...) sous prétexte d'interdiction religieuse de représenter les prophètes...

Finalement, le film nous interroge sur notre comportement face à un Dieu parfois longtemps silencieux, notre comportement vis-à-vis de la Création, sur notre place et notre mission au sein de cette Création, sur le sens du Bien et du Mal, sur notre rapport à l'autre, sur le rapport de la jeunesse par rapport à une forme de clergé (incarné par Noé)...

Les réflexions portées sont donc relativement contestataires, ou du moins vont-elles à l'encontre d'une vision du Noé 7
monde axées sur le profit, le plaisir individuel, la croissance à tout prix...

De nombreux éléments dans le décor et le discours sont là pour interpeller le spectateur et lui faire bien comprendre qu'on lui parle de son monde, et pas (ou du moins pas que) de celui des Patriarches. Ce sont par exemple tous les décors et les costumes liés à la lignée de Caïn où dans un style Waterworld on remarque les masques de soudures dans les forges, les tuyauteries dans les mines, et même de sorte d'armes à feu portatives qui n'aurait rien à faire dans une simple retranscription de la Genèse. De même, la continuité du Mal à travers l'Homme depuis le meurtre d'Abel est ouvertement mise en lien avec les guerres menées des origines à nos jours.
En fin de compte, le film donne des pistes de réflexion, et chacun les reçoit et les approfondit plus ou moins selon ses propres sensibilités et convictions. En ce sens, certains peuvent minimiser l'aspect spirituel pour ne voir que l'aspect écologiste, le réalisateur lui-même, athée, a déclaré qu'il s'intéressait « davantage à la mythologie, aux symboles et aux valeurs qu'à l'aspect biblique », mais quoi qu'il en soit cet aspect biblique reste chevillé au personnage de Noé.

Noé 6In fine

Au final, ce film est plutôt une bonne surprise. La bande-annonce de ce blockbuster riche en effets spéciaux est un peu trompeuse et laisse croire à une énième évocation hollywoodienne d'une catastrophe apocalyptique surfant sur la mode du survivalisme et où l'aspect spirituel originel ne serait plus qu'un très vague prétexte... Or il n'en est rien. Certes, il ne s'agit pas non plus de la Genèse adaptée sur grand écran, mais nous avons là un amalgame assez heureux entre un film de pure fiction qui se veut divertissant, et un film militant pour une prise de conscience écologiste et spirituelle au sein des sociétés contemporaines.
Qui plus est, ce film peut inciter à une lecture des textes fondateurs liés à Noé qui sont à la base de trois des plus grandes religions au monde.

Casting : Russell Crowe, Jennifer Connelly, Emma Watson, Douglas Booth, Logan Lerman, Ray Winstone, Anthony Hopkins...
Scénario: Darren Aronofsky et Ari Handel
Réalisation : Darren Aronofsky
Date de sortie française : 09 Avril 2014. 

 

 

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