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Accueil Histoire de France L'épreuve du Congrès : une pratique odieuse

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L'épreuve du Congrès : une pratique odieuse

congrsLe Congrès est une pratique uniquement française, ayant duré environ 100 ans sous l’Ancien Régime, demandée par une femme en vue d’annuler son mariage pour cause d’impuissance de l’époux. Cette pratique humiliante, réalisée en public, rabaissant les humains au rang d’animaux fut heureusement abolie en février 1677.

 

Dans les temps anciens

Au temps des Grecs, une femme mariée à un homme incapable de procréer, pouvait habiter avec un autre membre de la famille de son mari. L’empereur Justinien autorisait le divorce si pendant deux ans, le mari ne pouvait remplir son devoir conjugal. Jusqu’au XV è siècle, en cas de demande de divorce, tout évêque pouvait décider et assigner le mari à jurer au pied de la croix.

Le Congrès sous l’Ancien Régime

A partir du XVI è siècle, jusqu’à dissolution du mariage, la route était longue et les épreuves ressemblaient plus à un supplice : l’homme devait faire acte de chair en public « dresser, pénétrer, mouiller » !

Les deux époux sont d’abord interrogés séparément par des juges, devant une grande assistance composée souvent d’ecclésiastiques, de greffiers, où leurs sont posées des questions très intimes amenant quelques fois des sous entendus mal placés, voire du harcèlement.

Après l’interrogatoire, un examen de chacun des époux est prévu : l’organe de l’homme est alors « vérifié, tâté, trituré, mesuré quant à la longueur et l’élasticité avec mouvement naturel d’érection ».

Soit les juges concluent rapidement à l’impuissance du mari et la femme n’est alors pas inquiétée, soit ils ne peuvent se décider et demandent l’inspection des parties intimes de la femme, quant à la largeur et la profondeur.

Vient ensuite la démonstration devant témoins « le Congrès » ! L’homme doit faire assaut de sa femme, devant des médecins, des juges, des matrones. S’il ne réussit pas, et bien souvent c’est le cas comme le mentionne le dictionnaire de Trévoux en 1771 « la pudeur et le trouble causés par la présence d’experts produisaient le même effet que l’impuissance naturelle », il est déclaré impuissant, le mariage dissout, l’homme n’ayant plus le droit de se remarier. Finalement, cette pratique est bien avantageuse pour une femme qui veut se débarrasser de son mari et prendre son amant.

Suite à deux affaires ayant défrayée la chronique dans les années 1650, le Parlement de Paris rédige une loi le 18 février 1677 « faisant défense à tous juges d’ordonner à l’avenir la preuve du congrès ». A partir de cette époque, lorsqu’une femme accuse son mari d’impuissance, il suffit de vérifier si les parties reproductrices sont bien formées ; dans le cas positif, la demande de la femme est alors rejetée.

Les aventures du Marquis de Langey

congrs_memoireEn 1656, le marquis de Langey 25 ans, est marié à une demoiselle Saint Simon de Courtomer âgée de 14 ans. Après trois ans de mariage, la mariée demande l’annulation pour cause d’impuissance de son mari. Les interrogatoires et examens d’usage sont pratiqués et même si la demoiselle n’est plus fille, elle invoque un amour stérile et « furieux » de la part de son mari. Le mari mécontent se soumet volontiers à la pratique du Congrès, voulant prouver qu’il n’est pas impuissant, devant une assemblée composée de prélats, de juristes, de témoins et d’une matrone « qui allait du lit à la pièce voisine où se tenait la compagnie pour rendre compte de la situation. Hélas pour le marquis elle ne pouvait que répéter "c'est grand pitié, il ne nature point" …N’ayant pas réussi, il perd donc le procès, doit rendre la liberté à sa femme et lui donner quelques terres. Décidé à se venger, il se remarie quelques mois plus tard avec une protestante qui lui donnera six ou sept enfants !

Pendant ce temps, son ex-femme se remariait également avec un Nompar de Caumont et eut trois filles.

Les juges ne sont pas revenus sur leur décision, estimant qu’un impuissant pouvait tout à fait «opérer» ponctuellement. Puis devant maintes autres affaires, pas toujours éclaircies, cette pratique fut enfin abolie par le parlement en 1677.

 

Pour aller plus loin

- Le congrès, de Jean Guy Soumy. Roman, Editions Robert Laffont, 2010.

- Le Tribunal de l’impuissance. Virilité et défaillances conjugales dans l’ancienne France, de Pierre Darmon. Points Histoire, 1986.