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Ville de Saint-Pétersbourg : histoire et patrimoine (2/4)

pierreetpaulSt-Pétersbourg est donc née là, sur cette « île du Lièvre » aujourd’hui occupée toute entière par la massive forteresse Pierre-et-Paul. D’un plan typique de son époque, elle forme un hexagone irrégulier, aux angles duquel saillissent des bastions, chacun portant un nom. Deux demi-lunes (sortes de positions avancées) en couvrent les extrémités est et ouest et surtout, les deux entrées principales. Les hauts murs de granit rose, percés de meurtrières et hérissés de canons, avaient pour mission tant de repousser un assaut depuis la terre, que d’empêcher une flotte adverse de forcer le cours de la Neva. L’occasion ne s’est jamais présentée et, dès la fin du XVIIIème siècle, l’édifice avait essentiellement perdu sa fonction défensive originelle.

 

Sur la plage...

narychkineLe visiteur qui arrive de l’île Vassili a plusieurs choix possibles s’il veut pénétrer dans la forteresse. Il peut aller au plus près et y rentrer directement, mais il est plus intéressant d’en faire le tour par les bords de la Neva. Spectacle peu commun en plein cœur d’une ville de cette envergure, une fois contourné le bastion Troubetskoï, on y trouve… une plage. L’espace sous les remparts est souvent utilisé pour y dresser chapiteaux et tribunes, et l’été, la plage se transforme en un lieu de loisirs très prisé des Pétersbourgeois.

On s’y baigne volontiers, en dépit de l’aspect peu engageant des eaux brunâtres et notoirement polluées du fleuve. L’hiver aussi, d’ailleurs : c’est ici que les « Morses », comme on les appelle, se dénudent avant de plonger brièvement par un trou préalablement pratiqué dans la glace. Il paraîtrait que le plus dur serait de sortir de l’eau, étant donné que la température de l’air est généralement, en hiver, inférieure à celle de l’eau. Quoiqu’il en soit, la plupart des gens qui s’aventurent sur la Neva gelée pour y percer un trou se contentent d’y pêcher – un loisir très apprécié en Russie, quelle que soit la saison.

La plage s’arrête au pied du bastion Narychkine, qui fait face au Palais d’Hiver. Le bastion est surmonté d’une petite tour, qui permettait d’observer la navigation sur la Neva, et d’un mât de bateau en haut duquel flotte le drapeau du gouverneur de la forteresse – qui est aussi l’autre étendard de la marine russe, en complément de celui à la croix de St-André bleue. Le touriste qui s’y trouverait aux environs de midi, s’il n’est pas averti, aurait, sitôt sonné le douzième coup de l’horloge de la basilique Pierre-et-Paul, la surprise d’avoir les tympans déchirés par l’explosion d’un énorme pétard, à l’intensité surprenante pour quiconque n’aurait pas eu, jusque-là, l’opportunité d’entendre un canon de campagne de près.

canonC’est en effet une des deux pièces de 10,5 cm – des canons pris aux Allemands durant la Seconde guerre mondiale – installées sur le bastion Narychkine, qui sonne chaque jour la mi-journée à sa façon. Quelques secondes plus tard, le visiteur encore abasourdi par la pénétrante déflagration en reçoit l’écho, renvoyé par la façade des palais sur l’autre rive. En hiver, l’effet est saisissant car étant relativement éloigné de l’incessante circulation automobile du centre-ville, l’endroit est assez silencieux.

La nécropole des tsars

Passons le bastion Narychkine pour arriver à la porte de la Neva : en plus des deux entrées principales, celle-ci permettait d’accéder à la forteresse par voie fluviale. Les massives pierres grises qui la constituent tranchent avec le reste des remparts. Entrons maintenant dans la forteresse proprement dite. Sur la gauche, un escalier permet de monter sur le bastion Narychkine, un des rares endroits de la ville d’où il est possible d’avoir un panorama large. L’accès, toutefois, est payant, comme pour le reste de ce qu’on peut trouver à l’intérieur de la forteresse Pierre-et-Paul.

portenevaEn effet, l’îlot fortifié est rempli à ras-bord de musées. La billetterie, située dans un petit pavillon faisant face à la basilique, propose une formule intéressante et économique : un « passe » donnant l’accès aux cinq principaux sites de la forteresse, photos comprises – chose rare. Petite anecdote, la billetterie abrite elle aussi une reproduction du botik de Pierre le Grand, dans lequel il semble d’usage de jeter de menues piécettes. En toute sincérité, l’auteur de ses lignes ignore si cette coutume a une vocation bien précise, ou s’il s’agit juste d’un moyen pour les Russes de se débarrasser opportunément de leurs pièces de 1 et 5 kopecks, plus encombrantes qu’autre chose compte tenu de leur valeur faciale extrêmement réduite : elles vaudraient plus cher au prix de la ferraille.

Si l’usage premier de la forteresse Pierre-et-Paul était militaire, elle avait aussi vocation à devenir un sanctuaire. Ce qui allait devenir la basilique éponyme fut d’ailleurs l’une des toutes premières choses construites, une fois posée la première pierre, dans le but de devenir la nécropole de la famille impériale russe. Sous l’immense flèche dorée, surmontée d’une emblématique figure d’archange, reposent plusieurs dizaines de grands-ducs et de grandes-duchesses – tous apparentés aux tsars – et surtout, presque tous les souverains ayant régné sur la Russie entre 1689 et 1917, à l'exception des éphémères et peu connus Pierre II et Ivan VI, morts et enterrés ailleurs.

tombeauxLe lieu est faste, dans l’absolu. Mais le faste est tel dans les palais et les églises de St-Pétersbourg qu’on s’y habitue très vite, et pour peu qu’on ait visité le musée de l’Ermitage la veille, la basilique paraîtrait presque sobre. Tout est relatif : on parle ici de marbres colorés, de lustres cristallins et de dorures omniprésentes. En dessous, les tombes paraissent presque humbles : marbre blanc surmonté d’une croix orthodoxe dorée, une plaque du même aloi rappelant l’identité de l’illustre défunt enterré là. Les seuls qui échappent à cette règle sont Alexandre II et sa femme, qui reposent dans de grands sarcophages de porphyre, rouge pour le tsar, noir pour la tsarine.

Compte tenu de l’histoire tumultueuse de la dynastie Romanov, le sort a parfois réservé un destin pour le moins ironique aux restes des feus souverains de toutes les Russies. On peut ainsi voir Catherine II reposer aux côtés de son mari Pierre III, renversé en 1763 par un coup d’État orchestré par elle et occis peu après ; ou bien Alexandre Ier gésir aux côtés de son père Paul Ier, assassiné en 1801 à la suite d’un complot dont Alexandre savait tout, mais ne révéla rien. La culpabilité devait le poursuivre jusqu’à sa propre mort, en 1825.

chapelleLe dernier tsar, lui, se trouve ailleurs. Une petite chapelle située à l’écart de la nef principale accueille les restes de Nicolas II, sa femme Alexandra, leur fils Alexis et leurs quatre filles Olga, Tatiana, Maria et Anastasia, ainsi que des quatre personnes de leur suite qui furent brutalement assassinées avec eux, dans la nuit du 17 au 18 juillet 1918. D’abord brûlés et abandonnés dans un puits de mine désaffecté de la région d’Iekaterinbourg dans le lointain Oural, leurs corps furent transférés là 80 ans plus tard ; ou du moins neuf d’entre eux, car les restes d’Alexis et Maria ne furent retrouvés qu’en 2007 sur un autre site. La famille du tsar a été canonisée par l’église orthodoxe de Russie et la chapelle des « saints Romanov » ne se visite pas : elle peut seulement être prise en photo au travers de la porte.

Silencieuse forteresse Pierre-et-Paul

basiliqueC’est en méditant sur cette fin tragique et sordide que l’on ressort de la basilique. La frise frappée de la faucille et du marteau qui décore l’Hôtel des Monnaies (Monetny Dvor), situé face à la basilique et où l’on frappe encore des pièces de collection, rappelle le choc meurtrier entre l’ancien régime et le nouveau. De l’autre côté de l’édifice religieux figure un autre cimetière, celui des gouverneurs de la forteresse. En juin l’endroit est presque charmant, avec sa verdure et ses lilas en fleurs ; on y oublierait plus facilement ces sombres pensées.

Mais en février l’ambiance est toute autre : les pierres tombales sont recouvertes d’abris de tôle pour les protéger de l’action du gel, et le carillon de la basilique, qui sonne toutes les demi-heures son obsédante musique, épaissit encore une atmosphère presque lugubre. Même la statue de Pierre le Grand, créée récemment, est inquiétante : le tsar y est représenté assis, vieux et chauve, l’air sévère, le corps disproportionné, les doigts squelettiques. Il ne manque plus à ce sinistre et irréel tableau que quelques corbeaux, qui à St-Pétersbourg sont plus gris que noirs, d’ailleurs.

Non loin de là, le musée d’histoire de la forteresse se visite assez rapidement. Celui consacré à l’histoire de la ville proprement dite, installé dans l’ancienne résidence du gouverneur de la forteresse, est beaucoup plus fourni et vaut le détour. Tous deux présentent une muséographie refaite à neuf depuis peu, avec des expositions modernes, didactiques et bien mises en valeur. Les salles consacrées aux différents objets de la vie quotidienne présentent un intérêt certain.

trotskyDe par sa nature fermée et insulaire, la forteresse Pierre-et-Paul se prêtait à merveille à accueillir des prisonniers « importants » qu’on désirait garder au secret. Cette habitude fut officialisée dans la première moitié du XIXème siècle, lorsque le bastion Troubetskoï fut aménagé en prison d'État. Il reçut ainsi, dans des conditions très difficiles, les ennemis politiques du régime tsariste, et quelques prisonniers de marque, comme l’écrivain Fédor (prénom qui, en russe, se prononce en fait « Fiodor » - autrement dit Théodore) Dostoïevski durant sa jeunesse « rebelle », ou encore Léon Trotsky, pendant une courte période en 1907.

À la Révolution, la prison servit naturellement à héberger les opposants des Bolchéviques, avant d’être abandonnée dans les années 1920 et transformée en musée. L’aménagement en est un peu monotone – une suite de cellules avec de sommaires biographies de leurs principaux occupants – mais laissent bien entrevoir les très dures conditions de leur emprisonnement, du confort spartiate des lits de planches jusqu’au système d’isolation sonore, censé empêcher les détenus de communiquer entre eux par des coups frappés aux murs.

soyouzAvant de ressortir, il reste encore à voir le musée de la conquête spatiale. C’est un peu le parent pauvre de la forteresse : légèrement à l’écart, il n’a pas bénéficié des aménagements récents des autres musées. Il n’en reste pas moins intéressant à visiter, entre le buste de Constantin Tsiolkovski (le père de la théorie du voyage spatial), la maquette à l’échelle 1 du Spoutnik, ou la nourriture fournie aux cosmonautes de la station Mir. L’occasion de constater que même dans l’espace, les Russes emportaient (en tube) leur tvorog, crème sucrée à base de lait caillé légèrement acide et qui – du moins sur Terre – sert de base à d’excellents desserts.
 

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