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Ville de Saint-Pétersbourg : Histoire et patrimoine (3/4)

etatmajorLe cœur de St-Pétersbourg n’allait être ni l’île Vassili, comme l’avait imaginé Pierre le Grand, ni la forteresse Pierre-et-Paul où avait été posée la première pierre de la ville. De fait, c’est sur la rive sud de la Neva que se trouve le centre-ville. La raison en est essentiellement pratique : dans une monarchie absolue et très centralisée, il était finalement logique que le palais du tsar et autocrate de toutes les Russies devienne le centre névralgique de la capitale impériale.

 

Par-dessus la Neva

Deux ponts permettent de passer de l’île Vassili à la rive gauche de la Neva : celui du Palais, déjà mentionné, et le pont du Lieutenant Schmidt (Most Leytenanta Schmita, parfois appelé aussi Blagovechtchenskyy Most, le pont de l'Annonciation). Empruntons ce dernier. Le visiteur non averti remarquera au milieu du pont des sortes de guérites. Ce sont là des postes de commandes, pour la simple et bonne raison que ce pont se lève, comme tous les autres ponts sur la Neva – ce qui explique en partie pourquoi on en trouve si peu, comparativement à des villes françaises comme Lyon ou Paris, et relativement à l’échelle de la ville.

nuitblancheEn effet, la Neva relie la mer Baltique au lac Ladoga, qui est lui-même connecté par divers canaux au reste des voies navigables russes, notamment le bassin de la Volga. Il s’agit donc d’un axe de communication important, avec le passage de navires de fort tonnage. Bloquée par les glaces quasiment la moitié de l’année, la navigation est rouverte sitôt que le fleuve est dégelé. Évidemment, les ponts ne peuvent pas être relevés au coup par coup, compte tenu de l’impact que cela aurait sur la circulation automobile.

Il y a donc des créneaux horaires durant lesquels les ponts sont relevés, la nuit, généralement entre une heure et cinq heures du matin. Cela peut s’avérer problématique pour circuler dans la ville, car le métro étant fermé de minuit à sept heures, il n’y a alors plus aucun moyen de passer d’une rive à l’autre. Le fêtard qui, par exemple, aura voulu quitter son hôtel de l’île Vassili pour aller s’amuser dans une des nombreuses boîtes de nuit de la rive sud n’aura plus qu’à patienter pour rentrer.

Dans le pire des cas, si l’on est en juin, il pourra toujours se consoler en contemplant le spectacle féérique des ponts levés se détachant dans la clarté laiteuse et humide des fameuses « nuits blanches » : la période du solstice d’été où, la latitude aidant, le soleil ne se couche pratiquement pas, et où la nuit se limite à deux ou trois heures de crépuscule. Évidemment, autour du solstice d’hiver en décembre, c’est l’inverse : des « jours noirs » où l’on ne voit pas le soleil.
cavalierdebronze
Heureusement pour le noctambule, la Russie n’est pas la France : il n’y a pas de fermeture par arrêté préfectoral à une heure du matin et la plupart des établissements nocturnes pétersbourgeois ferment bien plus tard. Il en est de même des cafés ou des restaurants, voire de certains magasins, fréquemment ouverts à des heures que nous jugerions parfaitement incongrues. St-Pétersbourg est une ville qui ne s’arrête jamais vraiment : on peut y manger un poulet à six heures du matin – ce qui ne sera pas nécessairement superflu si vous avez bu une trop grande quantité de l’excellente bière locale (piva en russe), boisson bien plus massivement consommée en Russie que la vodka.
 

Le Cavalier de Bronze

Bien qu’elles aient aussi leur importance, laissons là ces quelques considérations sur ce qui fait l’âme de St-Pétersbourg – que ses habitants appellent plus simplement Piter – et poursuivons notre chemin. À gauche après le pont, en remontant le quai des Anglais (Naberejnaïa Angliski), on longe bientôt un imposant bâtiment jaune : c’est l’ancien Sénat. À l’époque des tsars, ce n’était pas un organe législatif à proprement parler, mais simplement le lieu où se réunissaient les plus proches conseillers du souverain. Il abrite aujourd’hui la Cour constitutionnelle de la Fédération de Russie, la plus haute instance judiciaire du pays, transférée tout récemment de Moscou à St-Pétersbourg.

Aussitôt après le Sénat, on tombe nez à nez avec un des symboles les plus connus de St-Pétersbourg, la monumentale statue équestre de Pierre le Grand. Juché sur un monolithe de granit rose de plus de mille tonnes, le tsar étend son bras vers les terres nouvellement conquises dans une posture impérieuse, pendant que son cheval cabré piétine le serpent suédois. L’ensemble a été conçu par un artiste français, Falconet, mais le socle porte pour toute légende une simple dédicace (en russe et en latin) : « À Pierre Ier, Catherine II ». L’œuvre a été inaugurée en 1782, et les habitants de la ville l’appellent simplement « le Cavalier de Bronze ».
stisaacElle doit ce surnom au poème éponyme d’Alexandre Pouchkine, écrit en 1833, et que des générations d’écoliers russes ont appris par cœur – la pédagogie russe est d’ailleurs basée sur ce type d’apprentissage, essentiellement. Le poète y chante son amour pour sa ville, et de fait, St-Pétersbourg est une cité dont on tombe aisément amoureux. Il y rappelle également les meurtrières inondations de 1827, qui avaient dévasté une grande partie de la ville. Pouchkine et la statue sont devenus, dans la culture russes, indissociables de la ville et, par la même occasion, en sont considérés par les Pétersbourgeois eux-mêmes comme des figures emblématiques.

La grande place qui accueille la statue se nomme « place des Décembristes ». C’est en effet ici qu’en décembre 1825, un groupe d’officiers de l’armée tenta un coup d’État libéral, à la mort d’Alexandre Ier. En lieu et place de son successeur légitime, son frère Nicolas Ier, les putschistes placèrent sur le trône un autre frère d’Alexandre, Constantin. Leurs soldats s’assemblèrent sur ce qui était alors la place du Sénat, aujourd’hui plantée d’arbres, mais qui à l’époque était nue. Toutefois, leur manœuvre échoua et leurs partisans furent écrasés dans le sang sur cette même place. Certains meneurs furent condamnés à mort et exécutés, les autres déportés en Sibérie avec leurs familles. Sous le régime soviétique, l’endroit fut rebaptisé place des Décembristes (Plochtchad’ Dekabristov), bien que leur coup d’État n’eût rien d’une révolution populaire.
 

mairie
Panorama

De l’autre côté de la place, on débouche sur la cathédrale Saint-Isaac (Isaakievskyy Sobor – prononcer ce dernier mot « sabor » car le premier « o » n’est pas accentué : une caractéristique récurrente, et assez déroutante, de la langue russe), tout à fait représentative d’une démesure, tant dans le luxe que dans la taille, typique de St-Pétersbourg. Son large dôme doré culmine à plus de cent mètres au-dessus du sol, et chacun des quatre bras de son plan en croix grecque est flanqué de colonnes de granit rose – omniprésent à St-Pétersbourg car c’était la roche la plus rapidement disponible, les carrières se situant en Finlande – hautes de 17 mètres. On passera sur les lourdes portes de bronze, face auxquelles le visiteur se sent bien petit.

Pour éviter que sa colossale création ne s’enfonce dans le sol meuble de l’ancien marécage, l’architecte français – encore – Auguste de Montferrand le fit stabiliser en y insérant des milliers de pieux, chacun sur plusieurs mètres de profondeur. La construction s’échelonna sur quarante ans et s’acheva en 1858. Outre le musée qui s’y trouve, le principal intérêt de St-Isaac est l’escalier de quelques 200 marches qui, moyennant moins de 200 roubles, permet de monter jusqu’à la colonnade qui soutient le dôme. C’est là que vous aurez le meilleur panorama sur un centre-ville qui, autrement, est uniformément plat, et où les immeubles dépassent rarement cinq ou six étages.

On pourra découvrir à cette occasion… encore une autre place, avec une autre statue équestre, à l’opposé du Cavalier de Bronze : celle de Nicolas Ier, le pourfendeur des Décembristes. Ce dernier fit construire face à celle-ci un palais pour sa fille Marie, d’où son nom de palais Mariinski. Celui-ci abrite aujourd’hui l’hôtel de ville de St-Pétersbourg. Sa façade arbore fièrement, comme un militaire le ferait sur sa poitrine, les décorations gagnées durant la Seconde guerre mondiale : Ordre du Drapeau Rouge, Ordre de Lénine, ville-héroïne de l’Union Soviétique…
 

amirauteDes jardins de l'Amirauté à la place du Palais

Repartons à présent de l’hôtel de ville, faisons demi-tour et dirigeons-nous de nouveau vers la Neva. À l’est de la place des Décembristes s’étendent l’Amirauté et ses jardins. Le bâtiment de l’Amirauté, lui aussi peint en jaune, n’avait pas seulement vocation à servir de quartier général (fonction qu’il remplit encore aujourd’hui, pour la flotte de la Baltique), mais également de chantier naval. Il adopte ainsi la forme d’un rectangle incomplet, avec le quatrième côté ouvert sur la Neva. Dans l’espace ainsi délimité étaient construits les bâtiments de la marine russe, jusqu’à ce que la sophistication croissante de l’ingénierie navale au XIXème siècle ne conduise à installer les chantiers navals plus près du golfe de Finlande, là où ils se trouvent encore actuellement. On en profita pour construire des immeubles dans l’espace ainsi laissé libre entre l’Amirauté et le fleuve.

L’entrée du bâtiment (évidemment interdite au public de par sa fonction militaire) est surmontée d’une flèche dorée, au sommet de laquelle figure l’effigie du premier navire fabriqué ici, la frégate Standart. En-dessous s’étendent d’agréables jardins, qui fournissent au promeneur un havre de tranquillité relative au cœur d’une ville hyperactive : une fontaine, des massifs de fleurs, les bustes d’hommes de lettres, et celui de l’explorateur de la Sibérie et de l’Asie centrale, Prjewalski. Juste en-dessous de lui a été représenté le plus fidèle compagnon de ses voyages, un chameau. Un grand classique pétersbourgeois consiste à se faire photographier aux côtés du camélidé, comme en témoigne le bronze, poli et dépourvu de patine, du haut de la statue.
colonnealexandreTout en continuant vers l’est, on laissera de côté (du moins pour l’instant) la perspective Nevski naissante, pour déboucher sur l’immense place du Palais. En plein centre trône la colonne Alexandre, dédiée comme son nom l’indique à Alexandre Ier dont le règne s’étendit de 1801 à 1825. L’ange et la croix qui trônent au sommet en résument bien la teneur : grandeur et souffrance. Marqué par les guerres menées par ce farouche adversaire de Napoléon Ier et la victoire remportée sur les Français, il s’ouvrit dans la violence avec le meurtre de Paul Ier et s’acheva de la même manière avec la révolte des Décembristes.

La face sud de la place est occupée par l’imposant bâtiment construit pour abriter, sous l’ancien régime, l’état-major de la Garde impériale – qui représentait en 1914 l’équivalent d’un corps d’armée au complet et plusieurs dizaines de milliers d’hommes, tout de même – et dont les principales caractéristiques sont une forme semi-circulaire et l’arche qui trône au centre de la façade. Une rue, qui passe en-dessous, permet de rejoindre la perspective Nevski. Toutefois, le bâtiment le plus éminent de la place du Palais est… le Palais proprement dit, ou plutôt les palais puisqu’il faut distinguer le Palais d’Hiver de celui de l’Ermitage.

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