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Ville de Saint-Pétersbourg : Histoire et patrimoine (1/4)

palaisdhivernuitCouvrant tout le côté nord de la place éponyme, le Palais d’Hiver y étale sa façade verte bardée de dorures, de statues et de colonnades blanches. Le gigantesque édifice est à l’échelle de sa ville et de son pays, et il faut compter un bon quart d’heure de marche soutenue pour en faire le tour complet, le palais donnant également sur la Neva. Ce n’est pas de trop pour abriter une des plus grands et des plus beaux musées de la planète, l’Ermitage. Avant d’y pénétrer, commençons d’abord par en faire le tour.
 

Ermitage et Palais d'Hiver

La première demeure de Pierre le Grand à St-Pétersbourg fut une modeste cabane de bois au confort plutôt spartiate, construite sur le modèle des isbas de la campagne russe. Le tsar n’était guère incommodé par ce type d’expédient et vécut dans cette demeure pendant huit ans – bien qu’il passât alors le plus clair de son temps ailleurs, dirigeant ses campagnes militaires contre les Suédois. Pieusement conservée jusqu’à nos jours, sa cabane se situe ailleurs dans la ville et se visite encore.

C’est en 1711 qu’un premier palais fut construit sur le site actuel. Plusieurs autres suivirent, et ce n’est qu’après la mort de Pierre Ier qu’ils furent réunis pour former la base de ce qui allait devenir le Palais sous sa forme actuelle. Entre temps, St-Pétersbourg avait connu les atermoiements liés aux intrigues de cour. Quand Pierre le Grand mourut en 1725, c’est sa veuve, Catherine Ière, qui lui succéda. Elle lui survécut deux ans, laissant sa place au petit-fils du défunt tsar, Pierre II. Mineur, placé sous la tutelle de princes conservateurs et opposés à la politique d’occidentalisation voulue par son grand-père, il fit revenir la Cour à Moscou, où il mourut prématurément en 1730.

palaisdhiverjourLa tsarine Anne, qui lui succéda, fit marche arrière et rétablit St-Pétersbourg comme capitale de l’empire. C’est elle qui fera raser les divers palais établis sur la rive sud de la Neva pour n’en former qu’un seul. Elle en confiera la construction à l’architecte italien Bartolomeo Rastrelli, dont le père avait déjà été l’un des principaux architectes de la ville sous Pierre le Grand. La mort d’Anne en 1740 et le coup d’État qui mit sur le trône, l’année suivante (après le bref règne d’Ivan VI), la fille de Pierre le Grand, Élisabeth, ne remit pas en cause le statut de capitale de St-Pétersbourg, ni celui du Palais d’Hiver.

C’est essentiellement sous le règne d’Élisabeth qu’il sera achevé. Plus tard, Catherine II fera construire une annexe au palais, dans le but avoué de s’y retirer lorsque les obligations de l’État lui devenaient trop pesantes. Grande amatrice d’art – et collectionneuse quasi compulsive, c’est là qu’elle commença à entreposer les œuvres dont elle faisait l’acquisition. Cette collection allait former le noyau du futur musée de l’Ermitage, qui occupe aujourd’hui tout le palais – si bien qu’on ne fait plus guère la distinction entre les deux et que « l’Ermitage » désigne le Palais d’Hiver, et inversement.

Le Palais devait rester la résidence officielle des tsars jusqu’en 1917, hormis un bref épisode sous le règne de Paul Ier. Il fut dévasté par un incendie en 1837 ; la reconstruction qui s’ensuivit lui donna sa configuration actuelle. La collection d’œuvres d’art des souverains avait atteint une telle ampleur que l’Ermitage était désormais ouvert au public, dès la fin du XIXème siècle. Le Palais, pour sa part, joua encore un rôle politique de premier plan en 1917. Lorsque Nicolas II fut contraint d’abdiquer à la suite de la révolution de Février, le gouvernement provisoire qui lui succéda s’y installa. Il constitua donc tout naturellement la cible principale des Bolchéviques lors de la révolution suivante, celle d’Octobre, durant laquelle il fut pris d’assaut.

ermitageUne fois au pouvoir, le régime bolchévique s’en alla pour Moscou, et entreprit d’installer le musée de l’Ermitage dans l’ensemble de l’ancien palais impérial. Ce dernier allait beaucoup souffrir durant la Seconde guerre mondiale. Placé sous le feu quasi constant de l’artillerie allemande à partir de septembre 1941, il allait subir, pendant les 900 jours qu’allait durer le blocus, des dégâts considérables. Il fallut ensuite de longues années de restauration, une fois la guerre terminée, pour que les touristes puissent aujourd’hui en admirer la splendeur.
 

Le musée Pouchkine

Le rappel de ces événements tragiques est l’occasion d’une brève digression sur les divers noms de la ville. On a vu que Pierre avait délibérément choisi un nom à consonance étrangère – en l’occurrence, germanique – pour en marquer l’ouverture vers l’Occident. De fait, Sankt-Peterburg est un nom complètement exotique pour un Russe. S’il existe en Russie de nombreuses villes dédiées à un ou plusieurs saints, l’épithète « Saint » n’y est jamais utilisé et de toute manière, ce mot se dit en russe sviatoï et non sankt, qui est un mot typiquement allemand.

Pour cette raison, la poussée nationaliste et germanophobe qui accompagna en Russie le début de la Première guerre mondiale, poussa le tsar Nicolas II à rebaptiser sa capitale Petrograd en 1914. Ce n’était ni plus ni moins que la traduction littérale de Saint-Pétersbourg en russe, grad étant une altération de gorod (« ville »), un mot qui désignait initialement une cité fortifiée ou un château – exactement comme burg en allemand. À la mort de Lénine en 1924, la ville fut rebaptisée Leningrad pour lui rendre hommage, et garda ce nom durant toute la période soviétique. C’est en 1991 qu’elle retrouvera son nom initial, à la suite d’un référendum.

Délaissons le musée pour le moment – nous aurons l’occasion d’y revenir longuement. Après avoir longé la façade de l’Ermitage proprement dit, et la colonnade d’atlantes qui en marque l’ancienne entrée, on rejoint le quai de la Moïka. Contrairement à ce qui s’est produit sur l’île Vassili, la rive sud de la Neva a bien été dotée d’un réseau de canaux. Le centre-ville de St-Pétersbourg est délimité par trois canaux concentriques, baptisés (en allant du centre vers la périphérie) Moïka, Griboïedov et Fontanka, ce dernier étant le plus large.

Le quartier situé autour du cours supérieur de la Moïka abrite de nombreux consulats, dont celui de France. C’est donc par là-bas, amis touristes, qu’il vous faudra aller si par malheur vous auriez un problème suffisamment sérieux. Parmi les demeures qui s’étalent sur les rives de la Moïka, figure le dernier appartement qu’occupa le poète Alexandre Pouchkine. Meublé avec les objets ayant appartenu à l’homme de lettres, ou reconstitué à l’aide de la documentation disponible, il est devenu un musée qui lui est entièrement consacré.

pouchkineIl n’est pas exagéré de dire que Pouchkine est vénéré comme un saint à Pétersbourg – il nous a même été donné de voir, avec étonnement, une vieille dame se signer avant de pénétrer dans la cour menant à son appartement-musée. De fait, la capitale des tsars fut la principale source d’inspiration du poète, et les habitants de la ville lui reconnaissent d’avoir décrit et loué Saint-Pétersbourg mieux que personne. Sa mort tragique, à 37 ans, contribua encore à asseoir sa légende.

Il se trouve en effet qu’Alexandre Pouchkine a été tué en duel par un Français, en 1837. Officier légitimiste auto-exilé en Russie en 1830, Georges d’Anthès avait été admis au sein de l’élite de la garde impériale russe, le régiment des Chevaliers-Gardes. Il avait eu le mauvais goût de courtiser la femme de Pouchkine tout en épousant la sœur de celle-ci et les deux hommes, d’invectives en lettres d’insultes, avaient fini par se battre en duel au pistolet, Pouchkine recevant une blessure mortelle à l’estomac. Quant à d’Anthès, il fut expulsé vers la France, terminant sa carrière comme sénateur sous le Second Empire.

Ces événements sont relatés par les audioguides multilingues qui sont automatiquement remis aux visiteurs de l’appartement-musée par un personnel très aimable – les Russes sont généralement très fiers de leur culture, et le sont plus encore de la partager. Compte tenu de la relative exiguïté des lieux, il est parfois nécessaire d’attendre avant de commencer la visite ou de passer d’une pièce à l’autre. Le port de chaussons de feutre est obligatoire afin de préserver le parquet, qui porte déjà de trop nombreuses marques de talons-aiguilles, accessoire féminin par excellence en Russie.

Le Château des Ingénieurs

Avant de poursuivre sa route vers l’Est, le visiteur aura l’opportunité de s’arrêter prendre un thé et grignoter quelque chose, ce qui sera souvent bienvenu étant donné les distances à couvrir, et plus encore en cas de pluie ou de neige. Un salon de thé Stolle, enseigne très à la mode, se trouve à quelques centaines de mètres du musée Pouchkine. Les Stolle sont spécialisés dans les pirogi (singulier pirog), délicieuses tourtes qui peuvent être fourrées à n’importe quoi, du chou aux airelles en passant par les champignons ou le tvorog.

chateauingenieursEn continuant à remonter le canal de la Moïka, on aboutit au Champ de Mars (Marsovo Pole), qui, comme dans toutes autres villes européennes à la même époque, servait initialement de champ de manœuvres militaires. S’il n’a évidemment plus cette fonction, ce vaste espace ouvert abrite aujourd’hui un monument dédié aux morts de la révolution bolchévique. C’est un endroit particulièrement fréquenté en hiver, pour une raison très simple : une flamme – similaire à celles d’autres monuments aux morts à travers le monde – y brûle en permanence, permettant aux passants de venir opportunément s’y réchauffer quelques instants.

Un peu plus loin se trouve le Château des Ingénieurs. Sa construction avait été décidée par Paul Ier dès que celui-ci avait succédé à sa mère, Catherine II, en 1795. En effet, le jeune tsar n’aimait pas le Palais d’Hiver, où il ne se sentait pas en sécurité. Sa paranoïa était alimentée par le fait qu’il était monté sur le trône contre les vœux de Catherine – qui lui préférait son petit-fils, Alexandre – et de la plus grande partie de la Cour. La défiance à son égard sera rapidement aggravée par une politique incohérente, notamment vis-à-vis de la France révolutionnaire : d’abord ennemi farouche de celle-ci, Paul changera de camp pour en faire son alliée.

La crainte de l’assassinat poussa le souverain à faire de son nouveau palais un édifice spécialement dédié à sa propre sécurité, comprenant douves, canons, meurtrières… Au début de l’année 1801, la construction était suffisamment avancée pour que Paul Ier y emménage. Il y sera pourtant assassiné quelques semaines plus tard, le 23 mars, par des officiers de sa suite, qui l’étrangleront (ou le battront à mort, selon les versions) après avoir vainement tenté de lui faire signer un acte d’abdication. Son fils et successeur Alexandre Ier retournera au Palais d’Hiver, et le château délaissé abritera par la suite l’école des ingénieurs militaires, d’où son nom.
 
(A suivre)

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