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Le verre de Murano (Venise)

Murano_coupe_ancienneOutre le carnaval de Venise, renommé en partie grâce aux superbes masques, il existe bien d’autres spécialités représentant l’art en Italie, comme le Verre de Murano. Le Verre de Murano, matérialisé par les coupes, les vases, les miroirs, la vaisselle dont étaient friands tous les nobles européens, servaient dans les transactions des pays au temps de la Sérénissime.

 

L’histoire des Maîtres-Verriers de Murano

Les égyptiens ont introduit le carbonate de sodium, qui mélangé au sable et après fusion, donne une sorte de pâte de verre, transportée en Méditerranée, puis vers Rome, Venise et Murano. La petite île de Murano, d’environ un kilomètre carré, située au nord est de Venise, reste célèbre pour ses fabriques de beaux verres.

Dès le VIII è siècle, il y avait des verriers sur cette île. En majeure partie ils étaient installés à Venise, mais face aux nombreux incendies qui entrainaient des catastrophes car les fours étaient allumés en permanence et les habitations étaient en bois, les autorités de la ville décident en 1201 de faire déménager les verriers vers l’île de Murano. Les ateliers installés sur la petite île, chaque maître-verrier conservant jalousement le secret de fabrication et ne le transmettant qu’à son fils, les habitants deviennent politiquement indépendants, un Grand Conseil est créé, un maire est nommé, le droit de créer une monnaie leur est attribué. Indépendants donc, les maîtres verriers détiennent en plus un titre de noblesse et bénéficient des privilèges y étant rattachés, en pouvant prétendre aux plus hautes charges de la République.

Murano_-_venise_carteVenise et son sénat, non content de faire déménager les ateliers, instaure une règlementation stricte : obtention de licence pour les maîtres-verriers, nombre défini d’ouvriers à employer par catégorie, calendrier strict de fonctionnement des fours, congé annuel obligatoire de cinq mois entre août et janvier !

Les productions de Murano étaient très appréciées en Europe, à tel point que les souverains faisaient un détour pour visiter, admirer et commander leur vaisselle. Bien entendu, les pays européens voulant s’emparer du savoir-faire et des procédés de fabrication, la République de Venise décrète alors en 1275 l’arrêt des exportations de verre brut et des matières le composant.

Les plus grands créateurs-verriers furent les « Ballarin ». Le premier, l’ancêtre fut Giorgio di Pietro, appelé Zorzi le Spalatino né en 1440. Il entre en 1456 au service de Domenico Caner, verrier d’origine dalmate, installé à Murano et fait des merveilles. L’histoire raconte qu’un ouvrier laissa tomber un jour un chalumeau sur son pied, sa démarche devenue légèrement boiteuse, on lui donna le surnom « il ballarino » (le danseur). A partir de 1479, tous les documents officiels mentionnent une nouvelle famille les « Ballarin de Murano ». En 1492, il produit le verre de couleur rubis transparent et devient l’un des producteurs les plus riches de l’île. Il réussit à acheter des propriétés, des palais, se fait construire une chapelle et meurt en 1506. Devenu célèbre, en pleine renaissance italienne, il restera dans la mémoire de Murano…..

Murano_lustreD’autres verriers comme Francesco Ballarin (1480-1555), Domenico Ballarin (1490-1570), Pietro Ballarin (1532-1599), sont considérés maintenant comme de vrais artistes. Leur notoriété s’est répandue au delà de la République de Venise, dans les cours italiennes, par delà les Alpes où leurs coupes de cristal ornaient les tables de François Ier et celle d’Henri II. Le Sultan de Constantinople n’était pas en reste, il commandait également un nombre considérable de pièces somptueuses en verre. Ces vases, coupes, vitraux se trouvaient à la Cour impériale d’Autriche, dans les Duchés Italiens, aux palais de Venise ; les perles de verre servaient aussi pour les transactions dans la cité des doges.

Entre les XVI è et XVIII è siècles, les artistes réussissent à colorer les cristaux, la production et la renommée des verres de Murano sont alors à leur apogée en devenant un art raffiné qui propose outre les objets mentionnés plus haut, des plats, des gobelets, des verres, des girandoles, des miroirs, des lustres et des bijoux….

Tout alla pour le mieux jusqu’à ce que le Roi Soleil, artiste dans l’âme, aimant les beautés de toutes sortes, voulait faire venir des verriers en France, Colbert fit espionner les techniques pour les rapporter dans sa Manufacture Royale des miroirs de Saint-Gobain, et …la République de Venise finit par faire tuer les verriers déserteurs qui refusaient de rentrer au pays !

Mais au fur et à mesure, l’activité des verres de Murano diminuait, ce n’est qu’au XIX è siècle que l’attrait revenait et après la seconde guerre mondiale, les créations de Murano se « réveillèrent ».

Pourtant des trois cents fabriques du début, il n’en reste malheureusement qu’une quinzaine ; de trente cinq mille habitants au XV è siècle, ils sont passés à cinq mille de nos jours. De trois cents couleurs différentes au beau temps du verre de Murano, il n’en est utilisé plus qu’environ soixante aujourd’hui. Toutes ces couleurs, tous ces objets, l’évolution des techniques et des styles peuvent être appréciés et découverts au Musée du Verre du Palais Giustiniani qui expose une rare collection de quatre mille pièces créées depuis le début de l’histoire des verriers.

Murano_villeAujourd’hui, heureusement ces verriers sont toujours présents, mais le marché évoluant, les objets sont créés en plus grande quantité, certes de grande qualité mais dont le style est plus contemporain. Revers de la médaille, les touristes devenant plus nombreux et moins dépensiers, les producteurs fabriquent du « bon marché »….

Une île appréciée

L’île de Murano n’est pas seulement célèbre grâce à sa verrerie, mais aussi grâce à ses jardins. On l’a vu plus haut, les princes étrangers venaient admirer la production. Ils pouvaient aussi se promener dans les jardins et se retrouvaient parmi les artistes, les poètes comme Pierre l’Arétin et les peintres, qui profitaient des parfums et des senteurs diverses comme le jasmin et l’oranger, ainsi que de la douceur de vivre dans ces lieux de plaisir.

Les palais y étaient nombreux jusqu’au XVIII è siècle, les petites maisons de plaisir « les casins » se transforment en lieux de jeux de hasard, d’où nous vient le terme « casino ». Casanova y était reconnu…malheureusement ces splendides demeures furent détruites lors de la campagne d’Italie par Napoléon Bonaparte !

 

Pour aller plus loin

- Musée du Verre à Murano

- « l’art du verre de Murano » - Attilia Dorigato 2003.

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