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Les armes de la guerre de Sécession : l'artillerie

artillery-lance-myersL’artillerie joua un rôle important durant la guerre de Sécession, bien qu’il fût moins décisif que dans d’autres conflits – qu’il s’agisse des guerres napoléoniennes ou de la guerre contre le Mexique, dans laquelle l’armée américaine dut aux canons nombre de ses victoires. Tout comme les armes à feu légères, l’artillerie était alors au cœur d’une véritable révolution technique encore inachevée, l’apparition de canons rayés coïncidant avec la substitution du fer au bronze dans leur construction. Durant le conflit seront utilisés des canons de siège et de campagne, mais également d’autres matériels plus atypiques.

 

 

Canons lourds, canons de siège

Constituant l’essentiel des effectifs de l’armée régulière fédérale avant la guerre (42 batteries sur 48), l’artillerie de siège tirera les premiers coups de feu du conflit avec le bombardement du fort Sumter. De façon générale, les canons de siège sont des pièces d’artillerie plutôt lourdes et encombrantes, dont le transport est malaisé. De ce fait, ils se prêtent davantage à un rôle statique, et leur grande puissance de feu les rend aussi bien aptes à l’attaque des forts en maçonnerie qu’à leur défense. Contrairement aux pièces de campagne faites en bronze, les canons de siège étaient coulés en fer depuis déjà un certain temps. Leur poids était en effet une considération secondaire, et leur emploi tactique rendait moins gênante la qualité souvent aléatoire du fer alors produit.

De façon générale, il existait deux manières d’indiquer le calibre d’une bouche à feu : ou bien l’on utilisait le diamètre du canon (alors exprimé en pouces dans les armées anglo-saxonnes) ; ou bien, c’était le poids du projectile, en livres (une livre = 454 grammes). En 1861, l’artillerie de siège aux États-Unis est dans l’ensemble plutôt vétuste. Les pièces mobiles sont des canons lisses de cinq calibres différents, allant de 12 à 42 livres – seuls ces derniers, introduits en 1841, étaient encore considérés comme ayant une puissance de feu suffisamment importante pour être utilisés.

Columbiad_at_Fort_DonelsonLes canons statiques sont principalement du type Columbiad, de calibres 8 et 10 pouces, soit 203 et 254 mm, respectivement. Ce sont des pièces de conception ancienne, puisque le premier modèle remonte à l’année 1811. Conçus surtout pour la défense côtière, les Columbiads forment la majeure partie de la dotation des forts côtiers au début de la guerre. Il en existe également une version plus courte, destinée à tirer des obus à forte charge explosive, et baptisée « obusier côtier de 8 pouces ».

Les uns comme les autres seront grandement améliorés durant la guerre. Charles James, un ingénieur à succès qui avait servi avant la guerre comme sénateur pour le Rhode Island, avait inventé une méthode permettant de rayer l’intérieur des vieux canons de siège de 24, 32 et 42 livres, ainsi qu’un projectile fonctionnant sur le même principe que la balle Minié des fusils d’infanterie. Cela permettait de doubler le poids des obus, et la puissance de feu des canons James de 48, 64 et 84 livres ainsi créés dépassa toutes les espérances. Lors du bombardement du fort Pulaski en avril 1862, ils ouvrirent des brèches béantes dans des murs pourtant épais de plusieurs mètres.

JamesRiflesJames fut tué quelques mois plus tard par une explosion accidentelle au cours d’une démonstration d’un de ses canons, mais ses pièces allaient constituer l’épine dorsale du train de siège nordiste durant la guerre. Les Confédérés firent de même en utilisant un système similaire conçu par John Brooke, important également, en petit nombre, des canons d’origine britannique, principalement Armstrong et Whitworth. Ces pièces allaient toutefois montrer leurs limites à mesure que les belligérants apprirent à suppléer aux forts en maçonnerie, devenus obsolètes, par des forts en terre, contre lesquels l’artillerie de l’époque était nettement moins efficace.

Les Columbiads, quant à eux, allaient se voir substituer d’autres pièces à âme lisse, les canons Rodman. Dans les années qui avaient immédiatement précédé la guerre civile, le capitaine Thomas Rodman, de l’armée fédérale, avait mis au point une nouvelle méthode de production, qui permettait de renforcer considérablement la solidité des canons au niveau de la chambre de tir. Il s’inspirait en cela des canons de marine mis au point par John Dahlgren, dont quelques exemplaires allaient eux aussi être utilisés comme canons de siège durant la guerre.

L’armée nordiste ne se contenta pas de ces modèles. Elle introduisit également de nouveaux types de canons rayés. Ainsi fut produit un canon de 4,5 pouces (114 mm), qui était essentiellement une version agrandie du canon de campagne de 3 pouces. C’était une pièce puissante et relativement mobile. Furent également utilisés en grand nombre des canons Parrott en fer fretté. Les principaux furent d’un calibre de 30 livres, mais d’autres de 100, 200 et même 300 livres furent employés. Nettement plus puissants, ils étaient également beaucoup moins fiables, avec une tendance à exploser pendant le tir.

300p-model-1841-coehorn-mortarLes belligérants firent également un usage intensif de mortiers. Ces pièces à canon très court étaient utilisées pour tirer des projectiles à trajectoire courbe atterrissant derrière les remparts ennemis, contrairement aux canons dont les obus avaient une trajectoire tendue et frappaient directement les murs des forts. Les calibres les plus courants avant la guerre étaient de 8 et 10 pouces, mais l’Union introduisit par la suite des pièces de 13 pouces (330 mm), montées à l'occasion sur des voitures de chemin de fer, préfigurant ainsi l’artillerie lourde sur voie ferrée de la Première guerre mondiale.

Grâce à la trajectoire courbe de leurs obus, les mortiers tendaient à être plus efficaces que les canons contre les forts en terre et les retranchements de campagne. Il existait également des mortiers légers, transportables à bras d’hommes, appelés « mortiers Coehorn » du nom du maréchal hollandais du XVIIème siècle et adversaire de Vauban, Menno van Coehoorn. Les Confédérés en improvisèrent un nombre non négligeable, en faisant un usage défensif important durant le siège de Petersburg, en 1864-65.

 

Canons de campagne

12-pounder-napoleonL’artillerie de campagne était soumise à des contraintes très différentes, la principale étant la mobilité. Un canon de campagne devait être suffisamment léger pour pouvoir être tiré sans difficulté par un attelage comprenant en général six chevaux. À cause de cela, c’est le bronze qui avait été longtemps privilégié pour leur fabrication. Cet alliage de cuivre et d’étain présentait l’avantage d’être suffisamment souple pour supporter une utilisation prolongée. Plus rigide, le fer donnait aux canons de meilleures propriétés balistiques, mais il avait tendance à se briser en cas d’utilisation excessive. Pour éviter les accidents, il fallait produire des canons plus épais, donc plus lourds et moins adaptés à l’artillerie de campagne.

Toutefois, les récents progrès de l’industrie sidérurgique permirent de produire un métal moins coûteux et de qualité plus constante. Il devint possible de fabriquer des canons en fer suffisamment légers pour être utilisés en campagne. L’adoption concomitante de canons à âme rayée rendit l’artillerie de campagne nettement plus précise que précédemment, et accrut notablement sa portée. Toutefois, le caractère souvent très boisé des champs de bataille de la guerre de Sécession, à une époque où l’on ne tirait encore qu’à vue, allait grandement limiter son efficacité.

L’armement principal de l’artillerie de campagne fédérale est longtemps demeuré le canon lisse de 6 livres en bronze. Cette pièce, légère, était très adaptée au service dans l’Ouest, contrairement aux canons de 9 et 12 livres du même système, tombés en désuétude. Le principal problème du 6 livres était le faible poids de son projectile, qui limitait sérieusement sa capacité destructrice. Quelques 6 livres furent modernisés au début de la guerre grâce au procédé James, mais les rayures se détérioraient assez vite et ces pièces, rebaptisées « canon James de 14 livres », ne restèrent pas longtemps en production.

3-inch-ordnanceEn 1857, l’artillerie fédérale adopta une nouvelle pièce lisse en bronze, le canon-obusier de 12 livres. Pour l’essentiel, c’était la copie conforme d’un canon en service dans l’armée française depuis 1853, où il avait donné toute satisfaction. Pour cette raison, la nouvelle pièce d’artillerie fut rapidement surnommée « 12 livres Napoléon » aux États-Unis, en référence à Napoléon III alors au pouvoir en France. S’il n’avait pas la portée et la précision des canons rayés en acier, ses projectiles étaient cependant dévastateurs à courte distance. Facile à produire, il fut très largement employé par les deux camps durant toute la guerre. Le 12 livres Napoléon fut également produit en deux versions plus courtes, appelées « obusier » et « obusier de montagne ». La seconde, très légère, fut très prisée par les unités de cavalerie.

L’armée fédérale avait également mis en service un canon rayé, juste avant la guerre. Baptisé « canon d’ordonnance de 3 pouces », il était en fer forgé plutôt qu’en fonte. Très solide, il était plus petit et plus léger que le 12 livres Napoléon. Essentiellement produit par la Phoenix Iron Company, une société pennsylvanienne, le 3 pouces (76 mm) portait loin et se caractérisait par sa très grande précision ainsi que sa fiabilité. Son seul véritable défaut était le poids relativement restreint de ses projectiles, qui le rendait moins puissant que le 12 livres Napoléon à courte portée. Ce fut, malgré tout, la principale pièce d’artillerie de campagne de l’Union durant la guerre de Sécession.

parrott-pascal-pinchedeDes canons du système Parrott furent également employés en grand nombre. Non limité aux pièces de siège, il reposait sur l’utilisation du fer fretté. Cette technique nécessitait l’utilisation de deux pièces distinctes : l’une, en fonte, constituait le tube proprement dit. La seconde, en fer forgé et appelée « frette », venait ensuite ceinturer la chambre de tir et la culasse. On obtenait alors un canon combinant les qualités balistiques des pièces en fonte et la solidité du fer forgé. En campagne, les Parrotts furent utilisés en deux calibres, 10 et 20 livres. Le premier présentait des performances similaires au canon de 3 pouces ; le second était plus puissant, mais presque deux fois plus lourd.

Côté sudiste, les aciéries Tredegar de Richmond tentèrent de copier les Parrotts, sans grand succès. L’artillerie fut toujours le parent pauvre de l’armée confédérée, et les obus, en particulier, furent fréquemment de mauvaise qualité. Une particularité de l’artillerie sudiste fut l’importation de canons Whitworth de 12 livres, à chargement par la culasse – une des toutes premières pièces d’artillerie de ce type à être produite industriellement. Sur le plan balistique, elle surclassait tout ce que l’Union avait à lui opposer, mais le blocus nordiste ne permit jamais aux Sudistes d’en disposer en nombre suffisant. Le plus souvent, c’est le 12 livres Napoléon qui allait former l’ossature de l’artillerie de campagne confédérée.

Premières mitrailleuses

La guerre de Sécession préfigura la Première guerre mondiale dans bien des domaines, et ce fut particulièrement vrai dans celui de l’armement. Même si elles connurent dans les faits un usage très limité, elle vit ainsi débuter les premières mitrailleuses. Divers moyens techniques furent utilisés pour leur conception. L'armée française, qui étudiait la question en Europe, avait opté pour un canon constitué de plusieurs tubes, chacun tirant une cartouche, l’un après l’autre. Ainsi, le « canon à balles » de Reffye, qui allait être introduit en France en 1866, pouvait tirer jusqu’à 125 cartouches en une minute.

gatlingmCependant, l’ingénieur américain Richard Gatling opta pour une autre solution. Sa mitrailleuse, produite à partir de 1862, était rotative. Les six canons de l’arme, tournant autour de l’axe central, étaient alimentés par un chargeur vertical placé au-dessus de la culasse. C’était là le principal avantage de la Gatling sur les autres mitrailleuses de l’époque : alors que celles-ci devaient être rechargées une fois que tous leurs tubes étaient vides, passant ainsi plusieurs secondes sans tirer, la Gatling pouvait être alimentée presque sans discontinuer. Elle put ainsi atteindre des cadences de tir supérieures à 200 coups par minute.

La mitrailleuse Mill fonctionnait sur le même principe, et fut surnommée « le moulin à café ». C’était à la fois une référence à son mode de fonctionnement, puisqu’elle était, comme la Gatling, actionnée par manivelle, et un jeu de mots sur le nom de son créateur – moulin à café se disant coffee mill en anglais. Ces deux modèles furent utilisés de façon limitée par les forces nordistes. Elles ne furent achetées qu’au compte-gouttes par l’armée fédérale, qui craignait la consommation de munitions importante de telles armes : une seule batterie de six Gatlings pouvait tirer autant de cartouches en une minute qu’un régiment d’infanterie au complet.

D’autre part, ces premières mitrailleuses étaient considérées comme des armes d’artillerie, et non d’infanterie. Relativement encombrantes, elles étaient montées sur des affûts de canon standard. Les généraux, à quelques rares exceptions près, n’entrevoyaient guère leur potentiel réel. De surcroît, ces pièces très visibles constituaient une cible facile pour l’artillerie et les tireurs embusqués ennemis, contre lesquels elles ne pouvaient rien. De ce fait, les mitrailleuses furent surtout cantonnées à la guerre de siège.

WilliamsGun-Florida-reenactorsLes Confédérés en utilisèrent eux aussi, à une échelle encore plus restreinte que les Fédéraux. Outre la Vandenburgh, fonctionnant sur le même principe que les mitrailleuses européennes, la plus employée fut la Williams. En réalité, c’était plutôt un canon à tir rapide, bien qu’il ne tirât que des balles de gros calibre – 40  mm. Officiellement baptisée « canon d’une livre », cette pièce d’artillerie fonctionnait elle aussi avec une manivelle, mais la ressemblance avec les mitrailleuses nordistes s’arrêtait là. La manivelle opérait un unique canon, qu’il fallait recharger par la culasse à chaque coup. Pour cette raison, la cadence de tir plafonnait à une vingtaine de coups par minute.

Les machines infernales : « torpilles » et grenades

Les Sudistes firent un usage plus étendu des torpilles terrestres. Ici se pose un léger problème de vocabulaire : à l’époque, le mot « torpille » désignait ce que nous appelons aujourd’hui « mine », qu’elle soit terrestre ou navale. Ce n’est qu’après la généralisation des torpilles automobiles – ce que nous appelons simplement aujourd’hui « torpilles » – que ces divers objets furent désignés sous leurs vocables actuels. Ces torpilles terrestres, donc, dérivaient fortement de la fougasse de l’époque moderne : une charge explosive piégée et enfouie dans le sol. Elle fut souvent improvisée, avec par exemple un obus. Néanmoins, le général sudiste Gabriel Rains créa en 1862, avec son frère George, la première torpille terrestre spécifiquement conçue pour cet usage. Elle fut largement utilisée pour la défense des forts et des retranchements confédérés et valut à Rains une réputation exécrable jusque dans son propre camp – son invention étant considérée comme une arme sournoise et lâche.

Battle_of_the_CraterLa guerre de Sécession fut aussi l’occasion de remettre au goût du jour une vieille technique de la guerre de siège, le fourneau de mine. Il s’agissait de creuser une galerie de mine (d’où le nom) jusque sous les positions adverses, puis d’y entreposer des explosifs avant de les mettre à feu. Le fourneau de mine fut ainsi employé pendant le siège de Petersburg, en 1864 : un régiment de l’Union en creusa un jusque sous les tranchées confédérées et le fit exploser, créant un énorme cratère. L’assaut qui s’ensuivit fut cependant repoussé, car l’infanterie nordiste descendit dans ce cratère au lieu d’en faire le tour. Les fourneaux de mine allaient, par la suite, être abondamment utilisés durant la Première guerre mondiale.

ketchum_grenade
Ce tour d’horizon ne serait pas complet s’il n’évoquait pas la grenade Ketchum. Version moderne de la grenade précédemment utilisée, là encore, lors des sièges aux XVIIème et XVIIIème siècles, la grenade Ketchum fut brevetée en 1861. Stabilisée par un empennage, elle se lançait comme une fléchette. Il était essentiel que la grenade retombât sur le nez, car elle était actionnée par un détonateur à pression – encore fallait-il que le sol à l’arrivée soit suffisamment dur. Elle fut utilisée sans grand succès au siège de Port Hudson en 1863 : les soldats sudistes comprirent assez rapidement qu’il leur suffisait d’étendre des couvertures dans leurs tranchées pour empêcher les grenades d’exploser. Le général Rains conçut également une grenade de son crû, essentiellement une copie, moins coûteuse et encore moins efficace, de la grenade Ketchum.

 

Vidéos

Un groupe de passionnés tire à boulets réels avec un canon de 6 livres

Cette démonstration donne une juste idée des effets d’un boulet plein de 12 livres

La deuxième partie de ce film du service des parcs nationaux (à partir de 3:20) montre comment recharger un canon de 12 livres Napoléon

 

Sources

Ensemble d’articles sur diverses armes de la guerre de Sécession

Article général sur l’artillerie durant la guerre de Sécession

Un article sur l’artillerie de siège en particulier

Un article sur le Columbiad

Biographie de Charles James

Biographie de John Brooke

Un article sur Thomas Rodman et ses canons

Un article sur John Dahlgren

- Articles sur Robert Parrott et ses canons

Le canon de siège de 4,5 pouces

Un article sur les mortiers de la guerre de Sécession

Le mortier Coehorn

Article sur l’artillerie de campagne durant la guerre de Sécession

Le canon de 6 livres

Le canon James de 14 livres

Le 12 livres Napoléon

L’obusier de 12 livres, souvent employé par la cavalerie

Le canon d’ordonnance de 3 pouces (parfois aussi appelé « 10 livres »)

Le canon Parrott de 10 livres

Le Parrott de 20 livres

Le Whitworth de 12 livres à chargement par la culasse

La mitrailleuse de Reffye

La mitrailleuse Gatling

Un article sur diverses mitrailleuses, dont la Vandenburgh et la Williams sudistes

Un article sur les frères Rains et leurs inventions

- Page du Civil War Preservation Trust consacrée à la bataille du Cratère (30 juillet 1864)

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