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Guerre de Sécession : la campagne de la Péninsule (1/4)

mac500btSi l’automne 1861 avait été pour l’Union particulièrement morne, le début de l’hiver allait s’avérer, sous bien des aspects, pire encore. C’était surtout vrai sur le front principal, celui de Virginie, où les deux capitales n’étaient distantes que de 150 kilomètres environ. Après avoir pris en main et réorganisé l’armée du Potomac, le général McClellan en avait fait la force militaire la plus puissante jamais vue dans l’hémisphère occidental. Toutefois, il tardait étrangement à s’en servir. Alors que dès le début de l’année 1862, les forces de l’Union passaient progressivement à l’offensive, celles de McClellan restaient passives, au grand désespoir d’Abraham Lincoln. Avant qu’elles n’attaquassent enfin, un embarrassant hiver allait porter le moral des Nordistes au plus bas.


 

Enquêtes et cabales

Malgré la petite victoire remportée à Dranesville contre une colonne de ravitaillement sudiste (20 décembre 1861), le camp nordiste se ressentait encore des conséquences de la défaite de Ball’s Bluff (21 octobre 1861), où le sénateur de l’Oregon Edward Baker avait trouvé la mort. Le « Comité du Congrès sur la conduite de la guerre » établi à la suite de cet échec était bien décidé à déterminer les responsables des humiliations subies à Ball’s Bluff et à Bull Run. Surtout, il était composé en majorité de républicains radicaux, prompts à suspecter la traîtrise chez les généraux ayant subi des revers ou ne manifestant pas suffisamment d’allant – en particulier s’ils étaient démocrates.

Or, le général en chef George McClellan l’était, justement, et n’en faisait aucun mystère. « Little Mac » était en revanche beaucoup plus discret sur ses plans de bataille, dont il ne discutait avec personne – ni avec ses subordonnés, ni avec le président. Si bien qu’en décembre 1861, l’armée du Potomac n’avait accompli aucune action offensive d’envergure et rien ne semblait prévu, que ce soit à court ou à long terme, pour y remédier. Cela devint flagrant lorsque le Comité convoqua McClellan pour l’auditionner. Dans l’intervalle, le général avait contracté la typhoïde au cours d’une de ses nombreuses tournées d’inspection. La maladie faisait des ravages parmi ses soldats, et McClellan s’en trouva incapacité pour plusieurs semaines. Ainsi excusé, il s’abstint de comparaître, et le Comité entendit ses subordonnés à sa place.

Edwin_McMasters_Stanton_Secretary_of_WarDevant les parlementaires, les généraux de l’armée du Potomac durent admettre qu’ils n’avaient pas connaissance d’un quelconque projet d’offensive de la part de leur commandant en chef. Ces témoignages, ajoutés aux sympathies démocrates de McClellan, suffirent au Comité pour soupçonner le général de trahison. La popularité dont McClellan avait bénéficié lors de sa nomination s’était depuis longtemps ternie auprès du public, qui s’impatientait devant son inaction. Il demeurait toutefois adulé de ses hommes, et conservait la confiance de Lincoln malgré le mépris de plus en plus affiché du général pour le président. Le Comité s’efforça en vain d’attaquer McClellan au travers de la procédure qui frappa arbitrairement le général Stone, soupçonné de collusion avec l’ennemi, mais il ne parvint pas à obtenir la tête du commandant en chef.

Cependant, d’autres fusibles allaient sauter. Les activités du Comité sur la conduite de la guerre avaient été abondamment commentées dans la presse. Se posant en adversaires résolus des traîtres et des prévaricateurs, les républicains radicaux y gagnèrent en influence. N’ayant pu faire limoger McClellan, ils tournèrent leur attention vers le secrétaire à la Guerre, Simon Cameron, qui était devenu républicain surtout par opportunisme politique et dont le penchant pour la corruption était connu – on le surnommait « Chef Winnebago » parce qu’il avait jadis escroqué cette tribu indienne à l’occasion d’un contrat commercial. Lorsque la gestion de Cameron apparut effectivement entachée d’irrégularités multiples, Lincoln le nomma ambassadeur en Russie. Le 15 janvier 1862, il nomma pour lui succéder Edwin Stanton, infatigable bourreau de travail et, bientôt, un des principaux chefs de file des républicains radicaux.

Susceptibilités militaires

coopers750abCes luttes d’ego et de palais n’étaient pas l’apanage des Nordistes, et le président confédéré Jefferson Davis connaissait lui aussi quelques difficultés avec les chefs de sa principale armée. Tout avait commencé au lendemain de la victoire de Joseph Johnston et Pierre Beauregard à Manassas – le nom que donnaient les Sudistes à la bataille de Bull Run. Persuadés que Washington était à leur portée, les deux généraux avaient été atterrés par le refus de Davis de leur envoyer des renforts en urgence pour marcher sur la capitale fédérale. Ils estimaient que face à cette occasion unique de gagner la guerre, le président aurait dû leur accorder ce qu’ils réclamaient, quitte à vider complètement de troupes le reste de la Virginie.

Les choses s’aggravèrent encore le 31 août, pour une question de formalisme militaire. En sus des trois grades d’officiers généraux en usage dans l’armée sudiste (brigadier-général, major-général et lieutenant-général), Davis créa un grade supérieur, simplement baptisé « général ». Il promut immédiatement à ce grade cinq hommes, classés par ordre de préséance : le premier de la liste était donc, selon la logique militaire, le supérieur des suivants, à grade égal. À son grand déplaisir, Joseph E. Johnston n’était que le quatrième de la liste. Il avait devant lui Samuel Cooper, l’inspecteur-général de l’armée, Robert Lee, dont la réputation n’avait pas encore été ternie par ses revers à venir en Virginie occidentale, et Albert S. Johnston, que Davis tenait en haute estime. Le cinquième et dernier promu était Beauregard.

Ce classement blessa J.E. Johnston dans son orgueil. Il avait occupé au sein de l’armée fédérale un grade supérieur à celui de Cooper – brigadier-général au lieu de colonel – et estimait que, conformément aux usages de la bureaucratie militaire américaine, il devait avoir préséance sur lui. Johnston et Davis échangèrent des lettres acrimonieuses qui rendirent leur relation orageuse. Peu de temps après, en octobre 1861, Beauregard fit rendre public son rapport officiel sur la bataille de Bull Run. Il y accusait à demi-mots Davis d’avoir saboté « sa » victoire en refusant de lui envoyer les renforts demandés. Le président sudiste était aussi orgueilleux que ses deux généraux, et prit ombrage de leurs commentaires. S’il ne pouvait plus se passer de Johnston après les échecs de Lee, il se débarrassa de Beauregard en l’affectant sur le théâtre d’opérations de l’Ouest en janvier 1862.

Lincoln-McClellan-GarrettMcClellan se fait tirer l’oreille

Finalement remis de son épisode typhoïdique, George McClellan s’empressa de faire taire ses critiques. Le 12 janvier, il présenta enfin à Lincoln un plan d’offensive. Toujours intimement convaincu que l’ennemi qui lui faisait face lui était largement supérieur en nombre, McClellan n’était pas du tout désireux de se risquer à attaquer de front la principale ligne de défense confédérée, située à Manassas et sur le cours inférieur du Potomac. Il se proposait donc de la contourner, en faisant transporter l’armée du Potomac par voie maritime jusqu’à Urbanna, une ville située sur la rive droite du fleuve côtier Rappahannock, à 80 kilomètres au nord-est de Richmond. De là, il pourrait marcher sans opposition, pensait-il, sur la capitale sudiste.

Le président nordiste accueillit ce « plan Urbanna » avec des sentiments mitigés. S’il était ravi que McClellan fasse enfin montre d’un peu d’esprit offensif, il était en revanche sceptique face à la complexité de l’opération, qui nécessiterait un effort logistique considérable. Il laissa cependant carte blanche à son commandant en chef, mais n’allait pas tarder à s’en repentir : McClellan estimait, comme toujours, que son armée n’était pas prête. Durant les deux semaines qui suivirent, l’armée du Potomac demeura inactive. Cette situation commençait à exaspérer sérieusement Lincoln. Il ne savait plus comment exhorter McClellan à passer à l’action et finit par déplorer : « Si le général McClellan ne veut pas utiliser l’armée, j’aimerais la lui emprunter quelques temps. »

virginia_90Carte des principales localités concernées par la campagne de la Péninsule, de mars à mai 1862.

Le 27 janvier, le président finit par ordonner à toutes ses armées de passer à l’offensive pour la date symbolique du 22 février, l’anniversaire de George Washington. Quatre jours plus tard, il se fit plus explicite encore : rejetant finalement le plan Urbanna, que McClellan semblait n’avoir conçu que pour retarder encore un peu plus son offensive, Lincoln ordonna directement à l’armée du Potomac d’attaquer les positions confédérées à Manassas, puis de marcher sur Richmond par voie terrestre. En retour, McClellan contre-attaqua avec une interminable liste d’objections et défendit sa stratégie indirecte avec tant d’énergie que Lincoln finit par céder. Lorsque vint la date fatidique du 22 février, la plupart des armées de l’Union étaient entrées en campagne, hormis celle qui était la plus directement visée par l’ordre du 27 janvier – l’armée du Potomac.

quakergunMcClellan supportait de moins en moins les ingérences de Lincoln dans ce qu’il estimait être ses prérogatives de général commandant l’armée. Mais la position de « Little Mac » devenait de plus en plus précaire. Début mars, l’armée sudiste surprit son adversaire en évacuant Manassas. Johnston se replia quelque peu précipitamment – et sans en informer Davis – vers le sud-ouest, plaçant le gros de ses troupes à Culpeper, sur la principale voie ferrée menant à Richmond, pendant que son aile droite s’établit sur le Rappahannock. Le plan Urbanna était désormais sans objet, mais il y avait pire. Lorsque les troupes nordistes occupèrent les positions confédérées à présent désertes, ils y trouvèrent un grand nombre de Quaker guns – des canons factices en bois. McClellan, qui avait déjà laissé filer l’armée ennemie, s’en trouva d’autant plus ridiculisé.

Les recours du général en chef étaient désormais presque épuisés. Il parvint à sauver sa stratégie indirecte en adaptant ses plans à la situation sur le terrain. Le débarquement projeté n’aurait plus lieu à Urbanna, mais à la forteresse Monroe, plus au sud, où les Nordistes avaient déjà une tête de pont. Lincoln approuva cette modification, mais il mit aussitôt une pression considérable sur son général pour que cette fois, il s’exécute sans délai. Le 8 mars, il convoqua directement les subordonnés de McClellan – tous ses commandants divisionnaires – pour entendre leur avis au sujet de la stratégie de leur supérieur. Enfin, le 11 mars, il démit McClellan de ses fonctions de commandant en chef, afin de l’obliger à se concentrer sur l’armée du Potomac. Ce fut en quelque sorte le « coup de grâce », et le 17 mars 1862, les premiers éléments de l’armée du Potomac embarquèrent à Alexandria pour la forteresse Monroe.

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