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Pyrrhus Ier d'Épire : roi et général victorieux

PyrrhusPyrrhus Ier d'Épire (ou Pyrrhos en grec) est l'un des plus grands généraux de l'antiquité. De son royaume des Molosses, il menaça la puissance romaine et carthaginoise. Selon Appien, Hannibal, lors d'une discussion avec Scipion, aurait déclaré que Pyrrhus était pour lui le deuxième plus grand commandant en raison de son audace, et que l'on ne pourrait trouver deux rois qui aient été plus audacieux que lui. Hannibal considérait même que Pyrrhus était meilleur que lui. Sa postérité est grande : de ses victoires est née l'expression «avoir une victoire à la Pyrrhus ». C'est l'épopée mouvementée de ce souverain hellénistique si singulier et qui a tant fasciné les hommes qu'Histoire pour Tous vous propose de découvrir.

Acte 1 : Un royaume pour un roi

Né vers 319, il est le fils d'Éacide, roi des Molosses, et de Phthia et neveu d'Alexandre le Grand. Le prétendu descendant d'Achille a vécu une enfance mouvementée. Dès l'âge de deux ans, il est contraint à l'exil. Recueilli par Glaucias, roi d'Illyrie, il est rétabli par lui sur son trône à douze ans (vers 307 av. J.-C.-306 av. J.-C.). Il en est à nouveau banni quatre ans plus tard par Cassandre, alors roi de Macédoine, qui place Néoptolème II à la tête du royaume. Ce bannissement conduit Pyrrhus à prendre part aux conflits opposant les diadoques. Il avait déjà des liens avec ces derniers comme le montre le mariage de Démétrios, roi d'Asie entre -306 et -301, avec Deidameia, sa sœur, en 303. Il participe à la bataille d'Ipsos avec ses alliés en 301 et est ensuite envoyé par Démétrios à la cour des Lagides en tant qu'otage en 299 en vue d'un rapprochement. Ce dernier n'a pas lieu mais Pyrrhus reste à Alexandrie où il se lie d'amitié avec Ptolémée qui lui donne sa fille Antigone, issue de son quatrième mariage avec Bérénice Ière.

Le jeune Pyrrhus sauvé Cette alliance lui permet, à la mort de Cassandre, de récupérer en partie son royaume avec l'aide (financière entre autres) et la bénédiction de Ptolémée. Antigone, sa première femme, est empoisonnée peu après. En 295, Pyrrhus se remarie avec Lanassa, fille du roi de Syracuse Agathocle, et reçoit Corcyre en dot. Ce mariage lui permet de renforcer sa position face à la Macédoine. Il est appelé avec Démétrios pour régler le conflit entre les deux frères Alexandre V et Antipater, chacun à la tête d'une partie de la Macédoine. Il en profite pour agrandir son royaume en récupérant les provinces frontalières macédoniennes. Il transfère la capitale de son royaume à Ambracie. Les problèmes ne sont pas résolus pour autant en Macédoine et lorsque Démétrios évince les deux frères et récupère la Macédoine, Pyrrhus doit nouer des alliances avec les rois d'Illyrie et des Péoniens et épouser une fille de chaque roi. Lanassa divorce et emmène avec elle Corcyre. Vers 290, Démétrios épouse Lanassa et déclare la guerre à Pyrrhus peu après. Aidé du roi de Thrace Lysimaque, l'Éacide conquiert la Macédoine et en devient le roi entre 288 et 285 avant de la perdre et de la céder à son ancien allié. Seulement à la tête de la monarchie des Molosses qu'Édouard Will qualifiait de « constitutionnelle », Pyrrhus semble se détourner pour un temps de la question macédonienne.

Acte 2 : L’expédition en Italie

Pyrrhus reçoit une ambassade tarentine qui lui demande de l'aide contre les Romains durant l'automne 282. Depuis 290, les Romains se sont rendus maîtres de tout le territoire des Samnites et sont au contact direct des Tarentins. Rome aide la cité de Thourioi qui lui a réclamé de l'aide contre les Lucaniens. Cependant, les Romains ont violé un traité qui interdisait à la flotte romaine de franchir le cap Lacinien. Les Tarentins capturent la moitié de la flotte romaine et les marins sont réduits en esclavage. Les relations entre Rome et Tarente se dégradent. La cité de Grande Grèce fait donc appel à Pyrrhus comme elle fit appel à Cléonyme de Sparte contre les Lucaniens quelques années auparavant. C'est donc à un mercenaire qu'elle fait appel contre Rome. Une seconde ambassade avec la présence, cette fois-ci, d'autres grecs, de samnites et de lucaniens décide le neveu d'Alexandre à intervenir. Il demande alors des troupes à de nombreux souverains hellénistiques (avec plus ou moins de succès) et débarque en Italie en mai 280 avec 20 000 fantassins, 3000 cavaliers, 2000 archers, 500 frondeurs et 20 éléphants de guerre. Le débarquement est inattendu pour les Romains et la République mobilise rapidement huit légions. Très vite, le consul Laevinus souhaite arrêter l'épirote rapidement profitant de sa supériorité numérique sans attendre les renforts des cités grecques. La bataille d'Héraclée en 280 oppose une armée romaine de 35 000 hommes aux seules forces de Pyrrhus (les troupes d'Italie du Sud ne l'ont pas encore rejoint) composées de moins de 30 000 hommes. Surpris, l'Éacide échoue dans ces premières manœuvres destinées à ralentir les romains. Le premier choc, bien que repoussé par Pyrrhus, est en sa défaveur. La charge des éléphants de guerre renverse la situation et effraie les Romains qui ne les avaient jamais vus auparavant. L'infanterie est désorganisée et l'odeur des éléphants empêche la cavalerie d'agir. Les deux belligérants vont tirer les conclusions qui s'imposent de cette bataille coûteuse (les chiffres donnés par les historiens antiques sont très variables) et renforcer les armées en fonction des faiblesses révélées sur le champ de bataille. La victoire permet à Pyrrhus de rallier à sa cause les cités de Grande Grèce (Samnites, Lucaniens, Bruttiens, etc.) et de recevoir les renforts promis. Il monte jusqu'à Naples pour tenter de soulever la ville. C'est un échec.

Pyrrhus et ses éléphants en ItalieIl monte jusqu'à Capoue qu'il ne capture pas car des troupes romaines sont stationnées dans la ville. Il capture aussi des petites villes étrusques. Certaines s'étaient soulevées à l'annonce de son arrivée en Italie. À quelques jours de Rome, à Agnani ou à Préneste selon les auteurs, sentant qu'il est en position de faiblesse, Pyrrhus retourne dans le sud de la péninsule. Des négociations avec Rome ont alors lieu. Son conseiller Cinéas s'illustre lors de celles-ci et passe ainsi à la postérité. L'objectif pour lui est d'établir son royaume avec l'accord de Rome dans le sud de la péninsule. Pour cela, il relâche des prisonniers romains car d'une part, il n'arrivait pas à les enrôler à son compte et d'autre part, car il voulait faciliter les négociations avec Rome. Au final, ces tractations sont un échec. La bataille d'Ausculum en 279 voulue par Pyrrhus pour forcer Rome à plier sous ses volontés doit permettre de trancher cette impasse. Les forces des deux côtés sont équivalentes mais Pyrrhus remporte cette bataille en perdant moins d'hommes que les Romains mais beaucoup d'officiers. Il souhaite utiliser les compétences des prisonniers mais ces derniers refusent en raison de leur loyauté à Rome. Le prix de cette victoire est selon la légende trop élevé : c'est de cette bataille qu'est née l'expression d'une « victoire à la Pyrrhus ». Le roi d'Épire est au final victorieux mais affaibli par Héraclée et Asculum. Cette nouvelle défaite romaine conduit la République à renouveler l'alliance avec Carthage contre l'épirote.

Acte 3 : La campagne de Sicile

Pyrrhus à LilybéeEn 278, Pyrrhus reçoit de nombreuses demandes de cités siciliennes pour intervenir contre Carthage. Dans le même temps, il reçoit la proposition des Macédoniens de devenir leur roi à la suite de la mort de leur ancien roi Ptolémée Kéraunos face aux celtes de Brennos en 279. Il préfère la Sicile. Avec ses hommes, il débarque sur l'île. Les Carthaginois lèvent alors le siège à Catane apercevant l'armée du général grec. Il détruit alors de nombreuses places fortes et s'empare de la ville d'Erice, une grande ville pro-punique. Des cités comme Ségeste se rendent alors d'elles-mêmes. C'est alors qu'il est nommé roi de Sicile. Il prépare même le partage des conquêtes entre ses deux fils : Alexandre II aurait l'Épire et Hélénus la Sicile. À partir de ce moment, les Puniques décident de ne plus défendre les cités de Sicile excepté Lilybée à l'extrême ouest de l'île. Au final, toute l'île est conquise sauf le bastion punique farouchement défendu. Des négociations avec les Carthaginois ont lieu. Ces derniers proposent de céder toute l'île sauf Lilybée car celle-ci était nécessaire pour accéder à la Sardaigne également sous domination punique. Pyrrhus refuse cette proposition et souhaite toute l'île. Son refus cause sa perte : il assiège Lilybée en 277 mais sa position géographie et stratégique ainsi que les ravitaillements qu'elle peut recevoir, empêche la chute de la ville. Il envisage même à ce moment de porter le combat en Afrique. Cependant, les Siciliens lassés lui font comprendre qu'ils préfèrent être sous domination punique que de mourir en Afrique. Pyrrhus abandonne alors ses projets. La Sicile ne sera plus jamais grecque : c'est la dernière tentative d'une union de l'île sous domination grecque.

Acte 4 : Retour en Italie

On connaît mal ce qu'il s'est passé en Italie lors du séjour sicilien de Pyrrhus. La moitié de son armée était restée sur place. Il débarque à nouveau en Italie en 276 et retourne à Tarente pour renforcer ses forces. Il cherche alors à avoir une victoire franche pour en finir avec cette guerre. Il remonte jusqu'à Maleventum et livre la bataille en 275. Après avoir dans un premier temps pris le dessus sur les Romains et écrasé l'aile gauche, les Romains s'abritent et renforcent leurs armées. Ils utilisent alors des unités destinées à contrer les éléphants. L'effet de surprise n'est plus et les éléphants de Pyrrhus se retournent contre lui effrayés par les techniques utilisées. C'est une défaite et Pyrrhus bat en retraite. Le lieu de la bataille est renommé Beneventum (le lieu bénéfique, aujourd'hui Bénévent). Pyrrhus retourne alors en Épire avec ses 9000 hommes sans pour autant renoncer à son rêve occidental. Son fils Hélénos reste sur place. Beaucoup de zones d'ombres demeurent : Pyrrhus voulait-il vraiment, dès le départ, conquérir une partie de l'Occident grec ? Nous laissons au lecteur le soin d'en juger. Rome et Carthage, avec son départ, renforcent leurs positions respectives : la chute de Tarente en 272 sonne le glas de la Grande Grèce grecque.

Acte 5 : Retour en Grèce et mort de Pyrrhus

Le siège de Sparte de PyrrhusSi Pyrrhus rentre en Grèce, c'est parce qu'il n'avait jamais cessé de penser à récupérer la Macédoine. Mal préparé et avec des sérieux problèmes d'argent, il franchit les frontières de son royaume et effectua un pillage en Macédoine en 274. Des régions et des soldats se rallièrent alors à lui. L'armée d'Antigone II Gonatas arrive rapidement et est vaincue par Pyrrhus. La Thessalie et la Macédoine tombent peu après aux mains de Pyrrhus. En 273, après s'être réfugié à Thessalonique, l'Antigonide revient à la charge avec des mercenaires gaulois et est à nouveau vaincu, mais par le fils de Pyrrhus Ptolémée. Pyrrhus prépare déjà son attaque contre Sparte à la suite d'un appel de Cléomène (le même que celui mentionné précédemment) qui souhaitait récupérer son trône. Pour des raisons stratégiques, il accepte car cela lui permet d'avoir un allié contre le roi de Macédoine. Pyrrhus débarque en Achaïe en 272. La prise de Sparte ne fut pas si aisée que prévu et les spartiates préféraient l'impopulaire Areus à Cléomène. Dans le même temps, Antigone II a récupéré son royaume et décide de porter secours à Sparte pour sécuriser son royaume. Pyrrhus renonce à Sparte et se replie sur Argos où le parti anti-macédonien lui promet d'ouvrir les portes de la ville. Gonatas arrive entre temps et garantit la neutralité de la ville. Le conflit est donc engagé. En entrant dans la ville, Pyrrhus est confronté à une bataille confuse où il perd malheureusement la vie à l'âge de 46-47 ans après une vie bien mouvementée.

Pyrrhus laisse derrière lui un héritage paradoxal : son épopée est constituée d'une succession de victoires sans effets. Malgré cela, celle-ci est passée à la postérité. « Si nous devons remporter une autre victoire sur les Romains, nous sommes perdus » aurait déclaré l'épirote. La dynastie des Éacides ne lui survit que peu de temps : vers 233, Deidamia, le dernier membre de la dynastie, meurt assassinée. La ligue épirote succède à la monarchie Éacide. Pyrrhus a écrit ses mémoires et des livres sur l'art de la guerre qui ont été lus et commentés jusqu'à Cicéron. Tous ces ouvrages sont aujourd'hui perdus. Son parcours ne fut jamais vraiment oublié : de nombreux artistes comme Poussin ont peint des tableaux sur son épopée. Plus contemporain, en 2004, The Creative Assembly pour son jeu Rome Total War a sélectionné dix batailles célèbres de l'antiquité dont le siège de Sparte mené par Pyrrhus. L'épopée de Pyrrhus en Italie du Sud fascine encore car s'il avait réussi, l'histoire du monde en aurait été profondément bouleversée.

 

Sources

- Pausanias, Description de la Grèce, livres 1 et 6. Le second livre mentionne seulement l’existence d’une statue à son effigie.

- Plutarque, Vie de Pyrrhus.

Bibliographie indicative en langue française

- CHAMPION Jeff, Pyrrhus of Epirus, Pen and Sword Military, Barnsley, 2009.

- COLLECTIF, "Pyrrhus en Occident", In : Pallas, 79, 2009.

- LÉVÊQUE Pierre, Pyrrhos, De Boccard, Paris, 1956.

- MERLIS Mark, Pyrrhus, HarperCollins, New York, 2008.

-TRÉGUIER Éric, « Bénévent, défaite à la Pyrrhus », In: Guerres et Histoire, T. 8, 2012..

- WILL Édouard, Histoire politique du monde hellénistique, 323-30 av. J.-C, Le Seuil, Paris, 2003.

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