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Opération Walkyrie : l'attentat contre Hitler (20 juillet 1944)

attentat hitler

20 Juillet 1944. Rastenburg, Prusse Orientale. C’est par une chaleur étouffante, typique des étés Prussiens, que se tient la réunion quotidienne du Haut Commandement Allemand. Hitler qui la préside, ne prête pas plus d’attention que d’ordinaire à l’officier placé à sa droite: Claus Von Stauffenberg. Lorsque celui-ci quitte le baraquement, prétextant un coup de téléphone à donner, personne ne s’en offusque. Quelques secondes plus tard, la bombe, déposée par le colonel Stauffenberg aux pieds du Führer, explose...

Pensant le dictateur mort, Stauffenberg s’empresse de rentrer à Berlin afin de participer au déclenchement de l’opération Walkyrie, véritable coup d’état militaire contre le régime nazi. Pendant une courte journée, la résistance militaire allemande va vivre l’illusion du succès avant d’être impitoyablement écrasée…

Aux origines de Walkyrie

L’attentat du 20 juillet, constitue l’aboutissement d’une chaine de conspirations dont on peut faire remonter les origines aux premières années du IIIe Reich. Si la plupart des officiers allemands se réfugient face aux nazis dans un apolitisme commode, il en est certains pour qui l’éthique (souvent chrétienne) prime encore sur le serment de fidélité prêté à Hitler (institué en 1934).

Des généraux tels que Ludwig Beck ou Franz Halder (qui tous deux furent chefs d’état major de l’armée), bien que nationalistes et conservateurs, estiment qu’Hitler mène l’Allemagne à sa perte par une politique trop agressive. Ils considèrent le IIIe Reich comme trop peu préparé pour la guerre européenne qui se profile et émettent de sérieux doutes sur l’idéologie nazie.

Néanmoins jusqu’en 1942, ces opinions et leurs tenants ne peuvent être qu’inaudibles dans une armée allemande au faite de sa puissance, engagée de surcroit dans une » croisade antibolchévique » qui remporte l’assentiment des milieux nationalistes et conservateurs. La dissidence militaire ne prend finalement son envol qu’avec les premiers revers sérieux de la Wehrmacht et notamment Stalingrad.

Face à la perspective, de plus en plus probable, d’une défaite allemande il apparait essentiel à certains officiers de mettre un terme au totalitarisme nazi pour pouvoir négocier une issue acceptable avec les alliés. Au cours de l’année 43, ils joignent leurs efforts à un cercle d’intellectuels dit « cercle de Kreisau » et posent les bases d’un programme pour l’Allemagne post-nazie. Conservateurs, chrétiens et méfiants quant à la modernité libérale ils espèrent encore pouvoir sauver l’essentiel de la Grande Allemagne de 1940.

Dés mars 1943, les conspirateurs militaires décident (surpassant en ceci de grandes réticences morales) de supprimer Hitler, préalable essentiel à un coup d’état. Les tentatives de Von Tresckow et Von Gersdorff, pourtant facilitées par la complicité du patron du renseignement militaire allemand : l’amiral Canaris, échouent. Hitler comme toujours semble jouir d’une chance diabolique.

Au début de 1944, la situation est devenue difficile pour les conspirateurs. Autour d’eux le filet de la Gestapo se resserre et le temps qui passe leur enlève peu à peu tout espoir de négocier en position de force avec les alliés. Tuer Hitler reste cependant un impératif d’ordre moral, ne serait-ce que pour prouver au monde que l’Allemagne n’a pas cédé toute entière au délire nazi.

Dans le courant du printemps, les conspirateurs pensent tenir un plan de coup d’état solide avec l’opération Walkyrie. Planifiée par Beck, Tresckow et le général Olbricht (qui dirige l’armée de réserve à Berlin) elle vise à retourner un plan de maintien de l’ordre en cas de soulèvement des travailleurs étrangers, contre les nazis. Après l’assassinat d’Hitler, les forces armées doivent s’emparer des centres névralgiques de Berlin et des caciques du régime. Walkyrie repose en grande partie sur collaboration (douteuse) du commandant de l’armée de réserve : Friedrich Fromm. Ce dernier n’est en fin de compte prêt à passer à l’action, que s’il a l’assurance qu’Hitler a bien été tué.

Claus Von Stauffenberg, l’homme providentiel

von stauffenberg

Pour supprimer le Führer le choix des résistants s’est porté sur le charismatique colonel (et comte)  Claus Von Stauffenberg. Ayant perdu une main (et deux doigts d’une autre) ainsi qu’un œil en Afrique du Nord, cet officier de cavalerie aux convictions profondes est déterminé à aller jusqu’au bout. A l’origine favorable aux nazis (comme tant de ses camarades) il a basculé dans la résistance après avoir pris conscience du désastre absolu vers lequel ils conduisent l’Allemagne.

Stauffenberg outre sa forte volonté, a pour atout d’être nommé le  1er juillet 1944 comme chef d’état major de Fromm le commandant de l’armée de réserve. Ce poste, hautement stratégique, devrait lui permettre d’avoir un accès personnel à Hitler. Néanmoins ses mutilations rendent impossible l’utilisation d’une arme à feu, il faut donc se résoudre une fois de plus à un attentat à la bombe.

Par trois fois, le 6, le 11 et le 15 juillet Stauffenberg va devoir sursoir à la mise à feu de ses bombes car les conditions idéales pour tuer Hitler ne sont pas réunies. Le 20, Stauffenberg en, prenant l’avion pour la « tanière du loup » de Rastenburg, sait qu’il joue sa dernière carte. La Gestapo recherche depuis le 17 le leader de la branche civile de la conjuration : Carl Goerdeler (qui doit devenir Chancelier après la réussite du coup d’état).

Sur les deux bombes que Stauffenberg emporte ce jour là, il ne parvient qu’à en armer une seule qu’il dépose au pied du Führer dans une mallette. Manque de chance cette dernière est repoussée machinalement par un officier derrière un épais pied de table. Cela et l’aération du baraquement en bois (qui va atténuer l’effet de souffle) sauve la vie du Führer qui ne souffrira que de blessures superficielles (bien que la bombe tue 4 personnes, en blesse gravement sept autres). Cependant en voyant l’explosion ravager les baraquements, Stauffenberg est convaincu  de la réussite de l’attentat, ce qu’il fait savoir aux autres conspirateurs à Berlin.

Le Fiasco du coup d’état

Rapidement Walkyrie se met en place dans une capitale où la confusion règne. Si la nouvelle de l’attentat est très vite parvenue dans le quartier gouvernemental, un flou artistique règne encore sur son issue. Hitler est-il mort ? Gravement blessé ? Est-ce là un coup des SS de Himmler ou des Soviétiques ? Les rumeurs les plus folles circulent.

hitler_mussolini_rastenburgTout cela aurait pu profiter aux conspirateurs, mais ils ne parviennent pas à couper les communications entre Rastenburg et Berlin. Résultat le général Fromm apprend vite qu’Hitler est vivant et se retourne contre les conjurés, qu’il n’a d’ailleurs jamais soutenu que du bout des lèvres.  Afin de se couvrir il ordonne l’arrestation de Stauffenberg, Olbricht et leurs collaborateurs qui après de brèves échauffourées sont exécutées sommairement (les morts ne parlent pas…). Le général Beck qui a manqué à deux reprises de mettre fin à ses jours, connait le même sort.

A Paris, le général Von Stülpnagel acquis à la conjuration est parvenu à mettre en état d’arrestation près d’un millier d’officiers SS. Lorsque son supérieur le maréchal Von Kluge, apprend qu’Hitler est toujours vivant, il fait cesser toute action et libérer les SS. Le scénario se reproduit à peu de choses près à Vienne et à Prague.

Le lendemain, Hitler reprend la main avec un discours radiodiffusé où il affirme qu’une « clique d’officiers d’une stupidité criminelle » a tenté de le supprimer. S’estimant sauvé par la « Providence », il promet d’anéantir toute opposition subsistante. A cet égard l’échec de Stauffenberg condamne la résistance allemande à une impitoyable répression, organisée de main de maitre par Himmler, le chef des SS.

Ce sont cinq mille personnes qui vont être arrêtées dans les semaines suivantes. Militaires, mais aussi aussi civils, ils constituaient un ensemble disparate d’opposants potentiellement dangereux pour le régime. Souvent torturés après leur arrestation, ils sont ensuite jetés en pâture au tribunal du peuple, dont le Président Roland Friesler prend grand plaisir à les humilier. Nombre d’entre eux sont ensuite condamnés à la peine maximale, pendus à des crocs de bouchers lors d’exécutions filmées, pour l’exemple…

Walkyrie : une conjuration pour rien ?

Les conjurateurs en ayant tenté de mettre fin au IIIe Reich n’auront paradoxalement que renforcé son caractère totalitaire. Après le 20 juillet, l’armée l’un des rares espaces de dissidence possible au sein du régime, est mise au pas. Le salut nazi y remplace le salut traditionnel, Himmler prend la tête de l’armée de réserve et l’endoctrinement politique atteint des sommets jusque là inégalés.

Plus grave encore, nombre de militaires choqués que des camarades aient pu se résoudre à un assassinat, rejettent désormais tout esprit de contestation. Une attitude qui trouve un écho inquiétant au sein d’une population qui a tremblé pour son « chef ». C’est que l’attentat a eut lieu alors que l’armée rouge lance sa grande offensive d’été (Bagration) contre la Wehrmacht.

Dans ces heures difficiles, où l’Allemagne se prépare à défendre son propre sol, l’action des conjurés apparait d’autant plus à contre-courant du sentiment majoritaire. Cela donnera un prétexte de plus au parti nazi, pour entamer une ultime mobilisation idéologique gage de souffrances prolongées pour les civils.

Quoi qu’il en soit par leur sacrifice, Stauffenberg et ses compagnons auront prouvé devant le tribunal de l’histoire (et c’était bien là leur but ultime) qu’il y eut des officiers allemands pour se dresser contre l’horreur du National-Socialisme…

Bibliographie non exhaustive

  • Opération Walkyrie : Stauffenberg et la véritable histoire de l'attentat contre Hitler de Jean-Paul Picape, l'Archipel, 2009..
  • Joachim Fest, La résistance allemande à Hitler, Perrin, Paris, 2009.
  • Ian Kershaw, Hitler. 1936-1945, Flammarion, Paris, 2001.
  • Pour aller plus loin

    - DVD : Operation walkyrie. Documentaire, 2009.

    - DVD : Walkyrie, de Brian Singer. Fiction, 2009.

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