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La condition des femmes au Moyen Age (1/2)

Les_epoux_giovaniQuelle était la condition des femmes au Moyen Âge ? Celle-ci se déclinait suivant la diversité des âges et des positions sociales, suivant la place occupée dans la famille, au sein du couple par rapport à la sexualité, et au rôle primordial de la maternité. De la petite-fille à la grand-mère, de la paysanne à la moniale en passant par la gente dame, c'est tout un univers méconnu que l'on redécouvre depuis peu.


 

L’enfance

Au Moyen Âge, la vie d'une femme se divise en trois périodes: l'enfance qui dure jusqu'à l'âge de sept ans, la jeunesse jusqu’à quatorze ans, et la vie de femme de quatorze à vingt-huit ans, au-delà desquels la femme entre dans la vieillesse, alors que l'homme n'est considéré vieux qu'à cinquante ans. La majorité est fixée par la loi canonique à douze ans pour les filles, quatorze pour les garçons. Passé le péril de la petite enfance la fillette est de toute façon considérée par les clercs comme un être imparfait, un petit animal privé de raison. Cependant on concède aux petites filles cette part de pureté et d'innocence qu'il faudra préserver au prix d'un dressage sévère.

A sa naissance, l'enfant bien né est confié à une nourrice tandis que les pauvres élèvent elles-mêmes leur nouveau-né. Celui-ci est baigné puis enveloppé dans un linge de lin pour les riches, de chanvre pour les autres. Sur cette pièce est disposé un lange croisé sur le devant. Des bandes de lin ou de chanvre emmaillotent l'enfant pour le tenir droit, un petit bonnet le coiffe l'hiver : le béguinet. Lorsque la petite marche, elle portera une chemise comme les garçons, une longue robe fendue rouge, verte ou rayée. Les pauvres la tailleront dans de vieux vêtements. Vers deux ou trois ans l'enfant est sevré. C'est une étape cruciale car un enfant sur trois meurt avant d'atteindre l'âge de cinq ans. Souvent poussé par la pauvreté on abandonne l'enfant, surtout si c'est une fille.

familleA sept ans, filles et garçons suivent des voies différentes. Dans les familles riches, les filles apprennent à filer la quenouille, à broder ou tisser des rubans. C’est l'âge ou elle peut être offerte à un monastère ou fiancée. Dans les campagnes, la fillette reste auprès de sa mère pour vaquer au soin du ménage et des travaux des champs, du tissage, de la garde des animaux. Elles grandissent au sein de fratries ou les aînés jouent un rôle important. Au XIIe siècle le dominicain Vincent de Beauvais recommande d'éduquer les filles dans l'amour de la chasteté et de l'humilité. C'est pourquoi les mères veillent à ce que les filles soient modestes, travailleuses et soumises.

Quant aux filles nobles, elles sont souvent confiées depuis le haut Moyen Âge à des moniales qui leur enseignent la lecture, l'écriture et les travaux d'aiguille. Le légiste Pierre Dubois va jusqu'à proposer qu'elles apprennent le latin, les sciences et un peu de médecine. Elles sont de fait plus instruites que les garçons que l'on occupe à se former à la guerre. La vocation de la femme médiévale est orientée vers un unique but : le mariage et la maternité.

Les métiers des femmes au Moyen Âge

metiers_femmesMême mariées, les femmes exercèrent de nombreux métiers: en ville elles peuvent travailler dans le commerce, le secteur du textile et de l'alimentation (boulangerie, fabrication de la bière et industrie laitière) ou bien en tant que lingères, bonnetières, couturières, blanchisseuses, servantes. Les salaires féminins sont très inférieurs à celui des hommes. A la campagne, elles participent aux travaux des champs, soins et garde des animaux, tenue de la maison, tissage et filage du lin, cuisson du pain, préparation des repas et entretien du feu. Et bien sur, elles s'occupent des enfants.

Si la paysanne doit savoir tenir sa maison ; la bourgeoise et l'aristocrate doivent apprendre à diriger les domestiques, acquérir des notions de chant et de danse, se bien tenir en société mais aussi coudre, filer, tisser, broder, ainsi que gérer ses domaines surtout en l'absence de l'époux .L'église regarde les femmes instruites d'un mauvais œil, elle insiste surtout sur l'éducation religieuse pour toutes. La jeune fille devenue pubère fait peur : elle est étroitement surveillée par ses parents. La beauté féminine tantôt redoutée tantôt désirée, est un objet de fantasme pour les hommes. Pour les clercs, elle est associée au diable, à la tentation, au péché, mais elle est célébrée par les chantres de l'amour courtois, elle inspire chevaliers et troubadours.

Les canons de la beauté

canon_de_beautAu XIIe siècle la femme idéale du Moyen Âge doit être élancée, avoir la taille mince des cheveux blonds ondulés un teint de lys et de rose, une bouche petite et vermeille, des dents blanches et régulières, de longs yeux noirs, un front haut et dégagé, le nez droit et fin. Pieds et mains sont fins et racés, les hanches étroites, les jambes fines mais galbées, les seins petits, fermes et haut placés, la peau très blanche. Ces critères de beauté ne changeront pas chez les auteurs du XIIe au XV siècle. Le goût pour un large front s'accentuera à la fin du Moyen Âge, si bien que la femme tirera à l'excès ses cheveux à l'arrière et aura recours à l'épilation. Elle emploiera des artifices pour souscrire à l'idéal masculin.

Les sorcières

Pendant des siècles, la femme incarna le maléfice. Les procès de sorcières, véritable cri de haine contre les femmes, sont l'aboutissement de longs siècles de misogynie cléricale. Fille d'Eve, la femme est responsable de l'expulsion du jardin d'Eden en connivence avec le serpent, et elle ne peut s'empêcher de jeter des sorts. Castratrice, elle peut faire croire que le membre viril a été enlevé du corps de l'homme par le nouement de l'aiguillette ! Accusées de magie noire, de sorcellerie et d'envoûtements, les femmes « hérétiques» brûlèrent  par milliers sur les bûchers de l'inquisition. En 1275 fut brûlée la première sorcière condamnée par un tribunal ecclésiastique.

Beaucoup de maladies nerveuses étaient assimilées jusqu'au XVe siècle à des possessions qui suscitaient terreur et aversions. On pensait qu'il s'agissait de créatures du démon. En 1330, le pape Jean XXII donnera une nouvelle impulsion aux procès de sorcellerie. Deux dominicains Allemands Heinrich Institutori et Jacob Sprenger écrivirent en 1487 un traité qui devait rester pendant deux siècles la base de la procédure contre la sorcellerie : « le marteau des sorcières », à la suite duquel la chasse aux sorcières prit une ampleur considérable au XVIe siècle et au  XVIIe. Il fallut attendre le XVIIIe siècle pour que cessent  ces procès monstrueux, sous l'influence de la pensée rationaliste et des intellectuels du siècle des lumières.

Le mariage au Moyen Âge

gratien_mariageLe mariage est arrangé par les parents dans toutes les classes sociales. Chez les nobles, il est un moyen de renforcer ou de créer des alliances entre les pays, d'agrandir terres et richesses. Les femmes font l'objet de négociations qui interviennent parfois très tôt à l'insu des intéressées. Lorsque la femme ne peut donner d'héritiers mâles à son époux, elle s'expose à la répudiation non réprouvée par l'église En Flandre au XV siècle, l'âge du mariage se situe entre treize et seize ans pour la femme et vingt et trente ans pour l'homme. Cet écart entre les deux sexes a deux conséquences: une durée d'union souvent courte, et des remariages fréquents. Dans les autres milieux sociaux, c'est le père qui impose un parti, objet là aussi de tractations entre les familles respectives.

L'épousée apporte une dot qui provient de ses parents (selon la tradition romaine) et qui se présente sous diverses formes: biens, terres, animaux… L'époux constitue une dot à sa femme. A l'époque mérovingienne s'ajoute le don du matin, le lendemain des noces. Dot du mari et don du matin constituent le dotalicium, le douaire qui sera un gain de survie pour la veuve. A la campagne, les familles doivent économiser ou s'endetter pour payer le repas de noces, la confection du trousseau et la dot. Le mariage est autant un acte social que privé, c'est pourquoi parentes, amies, voisines accompagnent la jeune épousée à la préparation de la nuit de noces et lui donnent une leçon d'éducation sexuelle. La voilà prête à remplir son devoir d'épouse et de mère !

Charte de la femme mariée

L'auteur du « Ménagier de Paris » indique comment doit se comporter une bonne épouse : après ses prières du matin, habillée convenablement en tenant compte de sa position sociale, elle sortira accompagnée de femmes honnêtes et marchera les yeux baissés sans regarder à gauche ni à droite (beaucoup de représentations de cette époque la montrent en effet les yeux baissés pudiquement).

Elle placera son époux au-dessus de tous les hommes, avec le devoir de l'aimer, de le servir, de lui obéir, se gardant de le contredire en toutes choses. Elle se montrera douce, aimable, débonnaire et devant les colères de celui-ci restera calme et modérée . Si elle constate une infidélité, elle confiera son malheur à dieu uniquement. Elle veillera à ce qu'il ne manque de rien, faisant montre d'une humeur égale.

Violences conjugales au Moyen Âge

jaloux_battant_sa_femmeBattre sa femme était courant au Moyen Âge et parfois conseillé. Au XIII siècle, les coutumes de Beauvesis autorise le mari à corriger son épouse surtout en cas de désobéissance. Brutalité, dépravations étaient données en exemple par la plupart des rois mérovingiens. Il était facile d'accuser sa femme d'adultère et de l'enfermer, voire de la tuer pour pouvoir se remarier, car les sources législatives confirmaient la suprématie de l'homme dans le foyer, ce dont il abusait impunément. Cette brutalité se retrouvait dans tous les milieux sociaux. Il y eut cependant des cas de  mariages heureux mais il était malséant d'en faire état, on ne devait pas en parler. Dans l’aristocratie, l’amour courtois avec ses règles et ses coutumes permirent aux jeunes gens  de s'ouvrir aux émois du monde amoureux sans en dépasser les limites.

L'église et la sexualité

Au Moyen Âge, L'église n'admet la sexualité que si elle a pour but la procréation. Déjà les stoïciens dans l'antiquité s'opposaient aux plaisirs de la chair. Pendant ses règles, l'épouse est déclarée impure et doit éviter tout rapport, de même pendant la grossesse. L'église en profite également pour interdire toute relation sexuelle entre les époux pendant les fêtes du calendrier liturgique: Carême, Noël, Pâques, jours des saints, avant la communion, le dimanche jour du seigneur, les mercredis et vendredis jours de deuils. C'est pour contenir l'amour excessif que les clercs en limitèrent l'expression ! En cas de non respect de ces règles le terme d'adultère pouvait s'appliquer entre époux !

Grossesse et accouchement

Si la vocation de la femme mariée est d'enfanter, la femme stérile étant mal vue, la grossesse et l'accouchement représentaient un grand danger pour la jeune mère qui risquait sa vie, de même que celle de son enfant. Par manque de moyens, de connaissances médicales et surtout par manque d'hygiène, beaucoup de femmes mouraient en couches ou de ses suites (fièvre puerpérale).

La moindre complication, l'enfant qui se présentait en siège, la présence de jumeaux, un accouchement long et difficile pouvaient être fatals pour la mère, aussi la joie de remplir leur rôle était-elle doublée d'angoisse pour les femmes. Cette mortalité atteignait un pic entre vingt et trente ans. Quand une femme mourait en couches, la matrone devait se hâter de pratiquer une césarienne pour extraire le nouveau-né et lui donner l'ondoiement autorisé par l'église, car ce baptême empêchait son âme d'errer dans les limbes. L'accouchement était le monopole des sages-femmes dont le savoir empirique se transmettait de générations en générations Après l'accouchement, la mère déclarée impure ne peut entrer à l'église pendant quarante jours au terme desquels le prêtre pratiquera la cérémonie des relevailles. L'amour maternel guide la jeune mère conseillée par les femmes de sa famille. Avoir un garçon était plus valorisant que d'avoir une fille. Au cas où ses parents lui feraient défaut, l'enfant est placé sous la protection de parrains et marraines parfois nombreux pour assurer sa survie.

La contraception au Moyen Âge

Pour éviter les grossesses à répétitions, les femmes utilisaient des méthodes abortives à base de plantes, décoctions, amulettes et potions, se provoquaient des chocs tout cela proscrit par l'église ! En désespoir de cause il leur restait la solution de l'abandon ou pire de l'infanticide. Afin de lutter contre ces abandons l'église accepte, en l'an 600, que les mères les plus démunies déposent leurs enfants sur les parvis afin que le prêtre puisse les proposer à l'adoption par quelques fidèles.

Le viol

Menace permanente sur les jeunes filles et pour les femmes mariées, le viol au Moyen Âge était pratiqué en temps de paix comme en temps de guerre. Ce crime rarement puni faisait peser sur la femme la honte du déshonneur et la grossesse redoutée. Les seigneurs se donnaient le droit de cuissage sur leur terres qui consistait à passer la nuit de noces avec la jeune mariée sans son consentement encore moins celui de l'époux ! Seul était puni de mort le viol commis sur une femme de la haute société. L'infortunée qui tombait enceinte à la suite d'un viol était très mal vue, on considérait qu'elle était responsable. Le viol en temps de guerre était hélas banal et courant,aucun être féminin n'était épargné. Pillages, incendies, viols, meurtres, brutalité, destructions, tout était permis aux conquérants. Il régnait une insécurité permanente en ces sombres périodes de l'histoire, et la femme en payait le lourd tribut.

La prostitution

CourtisaneAu Moyen Âge, l'Eglise et les autorités laïques avaient une position ambigüe sur le problème de la prostitution. Elles la condamnaient, et en même temps la considéraient comme un mal nécessaire. Les femmes qui se prostituaient étaient pour la plupart des femmes déshonorées par le viol, des servantes engrossées par leur maître ou des ouvrières réduites à la misère. L'essor des villes à partir du XIIe siècle provoquera l'apparition des bordels, afin que regroupées elles ne traînent plus dans les rues affichant un exemple déplorable aux passantes.

Au XIVe et XVe siècle les épidémies et les guerres précipitent les femmes dans la misère les incitant à se prostituer pour survivre. Las, dans le contexte du Moyen Âge, une fille ne pouvait être que pure ou publique de sorte que la fille violée malgré son innocence et son ignorance des choses de la vie se trouvait reléguée parmi les filles communes, il lui était impossible de se réinsérer dans la société. Des femmes entraient comme chambrières dans les étuves et finissaient au bordel. Les plus riches tentaient de s'habiller comme les bourgeoises malgré la législation leur imposant une tenue spéciale. L'écrivain Christine de Pisan qui prit fait et cause pour la condition féminine s'élève contre une attitude dévalorisante pour les femmes. L'église finit par mettre en place des fondations destinées aux pècheresses repenties leur redonnant une chance de sortir du cercle vicieux, de prendre le voile ou de se marier.

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