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Histoire des croisades (2/14) : La création des Etats latins

CroisadesLe but de la croisade lancée le 27 novembre 1095 par Urbain II a été accompli : Jérusalem et le tombeau du Christ ont été libérés des mains impies des musulmans, et purifiés dans le même temps dans un bain de sang. Le pape est mort la même année, en 1099, probablement sans savoir que le pèlerinage guerrier avait réussi. La croisade des paysans ayant été décimée, il ne reste que les barons et leurs suites pour consolider leur position. Pourtant, il ne semble pas que la motivation soit là pour rester ! La faiblesse des moyens et des effectifs ne va pourtant pas empêcher la création d’Etats latins, issus de cette Première croisade, et dont la dernière place forte ne tombera qu’en 1291…

 

La formation des premiers Etats latins

Les croisés n’ont pas attendu la chute de Jérusalem pour commencer à se tailler des territoires au fil de leurs conquêtes, à partir de leur arrivée en Orient fin 1097. C’est d’abord Baudouin de Boulogne qui, en venant en aide aux Arméniens, parvient à mettre la main sur Edesse et à en être le gouverneur dès mars 1098. S’appuyant sur la population (Arméniens, mais aussi Syriens jacobites), à laquelle il promet protection autant contre les musulmans que contre les Byzantins, Baudouin Ier entreprend d’agrandir son comté et met rapidement la main sur la région qui l’entoure, l’Osrohène. Il se marie également à une princesse arménienne. Mais la mort de son frère Godefroi de Bouillon (nous y reviendrons) le conduit à quitter le comté, qu’il laisse à son cousin Baudouin du Bourcq en 1100.

Le cas d’Antioche est encore différent : la cité, puissante et place stratégique, a été enlevée avec difficultés, et surtout a été l’enjeu d’une rivalité entre Raymond de St-Gilles et Bohémond de Tarente. C’est ce dernier qui a fini par l’emporter. Mais, alors qu’il veut agrandir lui aussi son territoire, il est fait prisonnier en 1100 par les Danishmendites, les Turcs les plus puissants de la région. La régence est assurée par Tancrède, son neveu. La principauté normande est autant menacée par les Turcs que par les Byzantins, outrés que les croisés ne leur aient pas restitué la ville comme promis.

513px-levant_1102-fr.svgLe comté de Tripoli est le dernier Etat latin créé ; il est le fait de Raymond de St-Gilles, écarté d’Antioche, puis de Jérusalem. Au contraire des autres barons, le comte de Toulouse tient sa promesse envers Byzance (alors qu’il était le seul à ne pas avoir prêté allégeance à l’empereur) en lui restituant ses conquêtes de Laodicée, Valénie et Maraclée. Il s’empare en revanche de Tortose et échoue devant Tripoli en 1102 ; il décide alors de construire un château près de la ville pour en coincer les issues, et continue ses conquêtes. Il prend Gibelet en 1104 et meurt l’année suivante.

La fondation du royaume de Jérusalem

La conquête de la Ville Sainte n’a pas réglé le problème de savoir qui allait la gérer. Une fois encore, les barons se disputent, et une fois encore Raymond de St-Gilles se retrouve donc en compétition. Comme à Antioche, il est supplanté, cette fois-ci par Godefroi de Bouillon, qui aurait été choisi parce que faible et sans grand caractère. Il refuse d’ailleurs le titre de roi, estimant que seul le Christ peut être considéré comme le roi de Jérusalem ; il est donc « Avoué du St Sépulcre ». Mais, déjà, il déclare la prééminence du royaume de Jérusalem sur les autres principautés. Il meurt cependant tôt, en juillet 1100, et c’est son frère Baudouin qui est appelé du comté d’Edesse pour lui succéder. Lui n’hésite pas à se faire couronner roi. Pourtant, si les entités existent, la réalité de la situation est bien plus critique pour les Etats latins…

Les premières difficultés, puis la consolidation des Etats latins

La libération du tombeau du Christ a provoqué le départ de nombre de croisés, estimant qu’ils étaient libérés de leur engagement, et pouvaient retourner jouir de leur terre et du prestige de soldats du Christ en Occident. Ainsi, en 1100, il ne reste que 200 chevaliers et un petit millier de fantassins à Jérusalem, et donc pour défendre les Etats latins ! L’historien J. Riley-Smith, qui a réussi à identifier 791 croisés, estime qu’ils ne sont que 104 à s’établir durablement en Terre Sainte…On est donc loin de la colonisation ! De petites croisades sont envoyées par le pape Pascal II, en renforts ; composées de Lombards, de Francs et de Bourguignons, elles sont écrasées par les Turcs à Héraclée en septembre 1101. Quelques années plus tard, d’autres tentatives, avec les flottes italiennes ou le roi de Norvège Sigurd ont un peu plus de succès. C’est aussi en partie le cas de la croisade de Bohémond en 1107-1108.

Le Normand a été libéré sur rançon deux ans après sa capture, et a repris les rennes de la principauté d’Antioche. Mais il connaît différents revers, en particulier contre les Byzantins, qui lui reprennent ses possessions de Cilicie. Alexis Comnène lui impose un traité en 1108, qui lui permet de garder Antioche même s’il perd définitivement ses anciennes possessions de la région ; il reçoit aussi Alep…à condition de l’enlever aux Turcs ! Un peu déprimé semble-t-il, il rentre dans les Pouilles et y meurt en 1112.

Les débuts de Baudouin du Bourcq dans le comté d’Edesse sont relativement encourageants, et il s’empare de Marash. Il échoue toutefois devant Alep. Pire, il est fait prisonnier en 1104 par les Turcs. Le comté échoit alors au Normand Tancrède…qui refuse de le restituer à Baudouin du Bourcq quand il est libéré ! Il faut l’intervention du roi de Jérusalem, Baudouin Ier, pour que Tancrède se retire en 1109 et que la situation politique s’améliore dans le comté.

Dans la région de Tripoli, la mort de Raymond provoque des querelles de succession, et il faut une fois de plus l’arbitrage du roi de Jérusalem pour stabiliser la situation. Cela permet la prise de Tripoli en 1109 ; le comté appartient désormais officiellement à la famille du comte de Toulouse et se stabilise politiquement.

A Jérusalem, Baudouin Ier se montre, malgré ses moyens limités, un combattant infatigable. Il profite des divisions de l’ennemi pour entreprendre des expéditions risquées mais réussies. Ainsi, il agrandit considérablement son royaume : il conquiert Arsuf et Césarée en 1101, Acre en 1104, Beyrouth et Sidon en 1110 ; plus à l’Est, il fait construire en 1115 le château de Montréal pour contrôler la route caravanière qui va de Damas au Caire, et pousse même jusqu’à Aqaba ! En 1105, il a mis en déroute une coalition inédite réunissant Egyptiens et Syriens, puis en 1113 il résiste avec l’aide des autres principautés à une armée coalisée de Mossoul, Damas et Alep. Il meurt en 1118, de retour d’une campagne en Egypte.

Une vingtaine d’années après la prise de Jérusalem, la situation des croisés est contrastée. Ils ont réussi, malgré des moyens très réduits, à consolider des Etats latins relativement solides, même si peu étendus (à l’exception, relative, du royaume de Jérusalem), où ils commencent à imposer un système féodal directement importé d’Occident.

Mais leur situation des Etats latins est tout de même fragile : s’ils ont réussi à calmer les ardeurs byzantines, et à stopper les premières réactions musulmanes grâce à leur supériorité militaire et aux divisions ennemies, ils savent que cela risque de ne pas durer. La solidité politique des Etats latins ne suffira pas sans renforts venus d’Occident, et surtout si dans l’autre camp les musulmans parviennent à s’unir et à prendre enfin conscience de ce qui leur arrive…

Lire la suite : Le réveil musulman et la 2ème croisade

Bibliographie

-          M. BALARD, Les Latins en Orient, XIè-XVè siècle, PUF, 2006.

-          J. PRAWER, Histoire du Royaume de Jérusalem, CNRS, 2007.

-          G. TATE, L’Orient des Croisades, Gallimard, 1991.

-          C. MORRISSON, Les Croisades, PUF, 2006.

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