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Croissance démographique au Moyen Âge

InstrumentsMoyenAgeParler de croissance démographique au Moyen Âge, à une époque marquée par les guerres, la famine et les épidémies peut paraître incongru. Pourtant, du Xe siècle à la fin du XIIIe, et malgré une espérance de vie qui reste faible, la population européenne a connu une indéniable  période de croissance démographique. Un accroissement de la population  qui a stimulé l’activité économique, contribuant tant à l’augmentation de la production agricole ou artisanale qu’à un essor des villes et du commerce...

 

Quelle croissance ?

C’est tout d’abord la manière de mesurer la croissance démographique qui pose question. Celle-ci s’opère essentiellement en utilisant des sources indirectes, hormis pour l’exception anglaise et son Domesday Book (recensement en forme de grand inventaire terminé en 1086 et réalisé pour Guillaume le Conquérant) néanmoins difficile à exploiter. Pour le démographe Josuah Russel, on peut compter en moyenne 3,6 personnes par famille en Angleterre au moyen âge. Ces chiffres demeurent bien inférieurs à ceux trouvés sur le continent carolingien à la même époque et qui sont de l’ordre de 5 ou de 6. Ces chiffres sont obtenus en reconstituant les généalogies si elles existent ou en étudiant les listes de témoins au bas des actes. Les défrichements et villages nouveaux qui sont fondés pendant la période permettent encore d’étayer ces estimations (bien qu’un seigneur puisse tout à fait organiser des défrichements pour accroître ses revenus sans qu’y soit lié un véritable accroissement de population).

La croissance de la population européenne connaît en outre un soudain changement de rythme au tournant du millénaire.

 

 

950

1000

1050

1100

1150

1200

Fin XIIIème

Russell

22,6

 

 

 

 

 

54.4

Benet

 

42

46

48

50

61

 

Estimation de la population européenne selon Russell et Benet en millions d’habitants

Les chiffres avancés par Benet semblent les plus plausibles. On estime qu’en France, la population est passée de 5 millions d’habitants à 9,2 millions entre la fin du Xème et la fin du XIIème. En Italie, la population passe de 5 millions à 8 millions. En Angleterre la population passe de 2,2 millions à la fin du XIème à 6 millions vers 1300. Elle estimé à 800.000 habitants au VIIIème siècle.

La tendance est du début du millénaire est ainsi à une forte augmentation, et notamment au nord. La natalité ne semble cependant pas avoir augmenté, le nombre moyen d’enfant par famille demeurant quasiment identique. On estime qu’il y a 5 enfants par ménage fécond et 30% de célibataires ou de ménages sans enfants. Le taux d’accroissement naturel oscille ainsi entre 0.3 et 0.6% en moyenne par an.

Le moyen âge : Un monde plein

Disettes et famines persistent mais sont moins nombreuses. La mortalité infantile reste néanmoins assez forte, les proportions d’enfants mourant avant 20 ans demeurent les mêmes au XIIIème dans la famille royale capétienne que dans la famille royale carolingienne au IXème. Dans cette dernière, 45% des enfants mourraient avant 20 ans. Blanche de Castille (XIIIème siècle) a ainsi perdu 7 enfants sur les 12 qu’elle a eues. On peut supposer que la proportion était encore plus forte dans les autres milieux. Les études faites à partir de cimetières hongrois montrent que la mortalité infantile était restée stable entre le Xème et le XIVème. 40 à 46% des squelettes étaient des squelettes d’enfants de moins de 14 ans.

Par ailleurs, l’espérance de vie à la naissance reste faible (30ans, bien que ce ne soit pas la moyenne de vie). Aucun roi capétien n’a ainsi atteint l’âge de 60 ans alors que des rois carolingiens sont morts à plus de 60ans. (Charlemagne, Louis II ou encore Charles le Chauve). Il n’y pas donc d’amélioration sensible en la matière.

Cet accroissement de la population au moyen âge tient donc essentiellement à l’effet cumulatif de la croissance. L’apogée de la croissance démographique est atteint entre 1290 et 1347 à la veille de la grande peste. On est alors dans ce qu’on appelle un « monde plein ». L’Occident ne semble pas pouvoir nourrir plus de monde eu égard aux conditions techniques de l’époque. C’est un monde saturé.

Une population jeune et dynamique

rue_moyen_age4

Au moyen âge, La population est assez jeune, la moitié des européens ayant moins de 20ans. Ces jeunes gens entrent ainsi très vite dans l’âge adulte. La majorité légale se situe elle entre 12 et 15 ans. La nuptialité est précoce hormis dans les milieux aristocratiques lorsque où est retardé l’âge de mariage des frères cadets. Chez les paysans toutefois, on se marrie avant 20 ans. On travaille jeune, parfois dès 5-6 ans chez les enfants.

La population européenne est d’autre part très mobile, notamment dans la paysannerie. Les migrations se font souvent à faible distance, de village à village ou d’un village à la ville la plus proche. Ils se mesurent à la multiplication du nombre d’hôtes dans les villages (des étrangers ou tout le moins des gens qui sont arrivés depuis peu). Le début du deuxième millénaire de l’ère moderne est également le témoin des prémisses d’une immigration urbaine. La croissance de la population urbaine est en effet très forte et ne se fait pratiquement pas par croissance naturelle. Les conditions de vie dans les villes sont toutefois détestables (hygiène, alimentation…).

Les prémisses d’une immigration urbaine au moyen âge

C’est dans l’aire de recrutement des villes à vocation marchande que cette croissance est la plus forte celles qui connaissent la croissance la plus forte. Celles-ci n’excèdent généralement pas 30 à 40 km (exemple de la ville d’Arras).

Mais il y a aussi des déplacements plus lointains. Au Moyen Âge, Certaines régions comme la Bretagne demeureront des zones d’émigration jusqu’au XIXème siècle. Des Français sont présents en Espagne. Flamands et Hollandais vont vers le nord de l’Allemagne tandis que des Allemands migrent vers l’est européen L’étude de ces flux migratoires plaide pour une progression des populations vers des régions plus à l’est et faiblement peuplées. Ces déplacements qui ne représentent pas des masses considérables de populations contribuent cependant à la relative mobilité de la population européenne.

Bibliographie

- Josiah C. Russell, "Population in Europe", in Carlo M. Cipolla, ed., The Fontana Economic History of Europe, Vol. I: The Middle Ages, (Glasgow : Collins/Fontana, 1972)

- C. Warren Hollister & Judith Bennett, Medieval Europe: A Short History, McGraw-Hill Humanities, 2005

- Population et démographie au Moyen Âge de Olivier Guyotjeannin. 1995.

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