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L'appel à la croisade d'Urbain II à Clermont (1095)

Pape_Urbain-IIC’est le 27 novembre 1095 que le pape Urbain II tient un concile à Clermont. Cet événement et cette date sont connus pour être le lancement de la Première croisade, épopée religieuse et guerrière qui allait avoir nombre de suites durant les deux siècles suivants, aux conséquences infinies encore jusqu’à aujourd’hui… Mais qui était ce pape, quel était le but de ce concile, et surtout peut-on vraiment parler de début des « croisades » ?


Le pape et l’Eglise en 1095

Urbain II est né Eudes, semble-t-il d’une famille de la Marne, dans les alentours de Châtillon, en 1042. Il est moine clunisien en 1067 et devient un proche du grand pape Grégoire VII, celui des réformes du même nom, qui le fait venir à Rome en 1079-80. Durant cette période, l’Eglise est en pleine mutation ; elle a d’abord connu les réformes clunisiennes de la fin du Xè siècle, avec dans leur sillage les principes de « Paix de Dieu » et « Trêve de Dieu » qui auront leur importance dans l’élaboration du cadre de la « guerre juste (ou sainte) », la future croisade. Puis, son pouvoir est contesté par le Saint Empire Germanique d’Henri IV, qui nomme un antipape suite à la querelle des Investitures dans les années 1070.

C’est dans ce contexte très troublé qu’Eudes devient Urbain II : en effet, la mort de Grégoire VII en 1085 ne résolve en rien le conflit et l’Eglise est tellement divisée qu’il faut deux ans pour élire un autre pontife, en face de l’antipape Clément III qui tient Rome ! Mais Victor III ne tient que dix petits mois et c’est donc Urbain II qui lui succède en 1088. Sa légitimité est contestée, mais il s’affirme de suite comme fidèle à Grégoire VII et à ses réformes, qui vont dans le sens d’une indépendance de l’Eglise face aux pouvoirs laïcs, et en particulier l’Empire. Habile politique, il obtient le soutien des puissants Normands, et la « compréhension » de la France et de l’Angleterre. Il parvient alors à reconquérir Rome en 1093, et peut enfin asseoir son autorité.

Les circonstances de l’appel de Clermont

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Rassuré sur sa capacité à agir, Urbain II décide de reprendre la « grégorisation » de l’Eglise. Pour cela, il choisit le royaume de France, pays de Cluny. La situation est quelque peu cocasse car il a soutenu l’excommunication du roi de France Philippe Ier, proclamée par les évêques parce qu’il avait décidé de se remarier…Le pape débarque donc sûr de sa force, mais aussi pour ancrer un peu plus sa réforme dans les mentalités de la « fille aînée de l’Eglise ».

Le contexte international joue également, ainsi qu’un certain regain de la ferveur religieuse autour de l’image de Jérusalem. La situation de la Ville Sainte à la fin du XIè siècle était celle-ci : les Seldjukides l’avait prise en 1071, mais les Fatimides la reprennent en 1098, soit un an avant l’arrivée des Croisés. Mais avant cette période, Jérusalem est la destination d’un grand pèlerinage chrétien qui voit son apogée au XIè siècle. Ce pèlerinage a toujours existé, et il a été le plus souvent toléré par les Musulmans. L’arrivée des Turcs a certes rendu son parcours par voie terrestre plus dangereux, mais le pèlerinage n’a pas été interdit pour autant par les conquérants. Pourtant, les difficultés des pèlerins sont une des raisons avancées pour expliquer l’appel de Clermont, en tout cas par les défenseurs de la Croisade.

Une autre raison possible est la venue en aide aux Byzantins. Les rapports se sont améliorés entre Rome et Byzance (n’oublions pas le schisme de 1054) sous le pontificat de Grégoire VII, et il semble vrai que l’empire d’Orient ait demandé une aide ponctuelle pour lutter contre les Musulmans mais aussi d'autres menaces. A l’époque, l’armée byzantine use de nombre de mercenaires, et l’empereur compte sans doute utiliser les services des Croisés comme l’ont fait les Chrétiens d’Espagne ; il ne s’attend pas à voir débarquer des milliers de pèlerins en arme avec quelques-uns des plus grands seigneurs occidentaux ! Une présence latine forte en Orient permettrait aussi à Rome de revendiquer son statut de première puissance chrétienne, au détriment de Constantinople. Enfin, un fort mouvement religieux unitaire au sein de l’Europe ne pouvait qu’être bénéfique à la papauté, même si elle n’a pas prévu son ampleur. Pour les chevaliers, outre le fait d’être bien vus par l’Eglise, la conquête en Orient est la possibilité de trouver d’autres terres à posséder, pour échapper au carcan féodal.

La « croisade » pour Jérusalem et pour le Salut des âmes

crusaderjlem1099On le voit, les raisons qui ont poussé Urbain II à faire cet appel sont à la fois nombreuses, et incertaines. Il nous reste peu de traces de l’appel, seulement quelques canons. On sait qu’entre autres choses, il a appelé à la libération de Jérusalem, a promis le salut aux soldats du Christ, encouragé par la relance de la Reconquista en Espagne. En revanche, on sait qu’il n’a pas employé le terme de « croisade », bien plus tardif (au moins XIIè siècle)…

Quoiqu’il en soit, il ne pouvait sans doute pas imaginer le succès qu’aurait son appel ! Derrière Pierre l’Ermite et le légat Adhémar de Monteil vont s’agréger des Grands comme Raymond de Toulouse, Godefroy de Bouillon ou les Normands avec Bohémond de Tarente, et des dizaines de milliers de paysans qui vont déferler sur l’Europe et bientôt l’Empire byzantin et la Terre Sainte. Aucun grand souverain européen ne sera cependant du voyage.

La Première croisade et la reprise sanglante de Jérusalem sont une autre histoire, et Urbain II mourra peu de temps après la chute de la Ville Sainte en 1099, probablement en ignorant la réussite de cette entreprise.

 

Bibliographie non exhaustive :

- M. Balard, Croisades et Orient latin XIè-XIVè siècle, A. Colin, 2001.

- P. Jansen, A.L. Nef, C. Picard, La Méditerranée entre pays d'Islam et monde latin (milieu Xè-milieu XIIIè siècle), Sedes, 2000.

- J. Flori, Guerre sainte, jihad, croisade : violence et religion dans le christianisme et l'islam, Points Seuil, 2002.

- A. Demurger, Croisades et croisés au Moyen Age, Flammarion, 2006.

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