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La papauté en Avignon

352px-Palais_XV_0001A partir de 1309, dans le contexte de la rivalité entre la papauté et le roi de France Philippe le Bel et de la crise des Templiers, le pape Clément V s’installe en Avignon, normalement provisoirement. Pourtant, la présence des souverains pontifes dans la ville durera finalement plusieurs décennies, jusqu’au Grand Schisme d’Occident, qui éclate en 1378. La Cité des Papes sera entre temps devenue une cour renommée pour son mécénat, attirant les plus grands lettrés et artistes de son époque.

 

L’installation de la papauté en Avignon

Quand Clément V décide de partir pour Avignon en 1309, c’est d’abord parce qu’il se sent menacé à Rome. Avignon appartient alors à la maison d’Anjou, soit le royaume de Naples, dont le pape est suzerain. Ensuite, Clément V a à régler en France le problème des Templiers au concile de Vienne, prévu pour 1310. La cité d’Avignon a l’avantage de se situer près de Vienne, et surtout du royaume de France, à la tête duquel règne Philippe le Bel, grand rival des papes, notamment sur l’affaire des Templiers. Toutefois, le fait qu’un pape ne réside pas à Rome n’est pas inédit à l’époque, et l’on peut même parler de « nomadisme pontifical » (« là où se trouve le pape, là est Rome »). Ainsi, le prédécesseur de Clément V, Boniface VIII, préférait sa résidence d’Anagni à Rome.

Le successeur de Clément V, Jean XXII, est quant à lui déjà évêque d’Avignon, et il ne trouve que des avantages à rester dans sa cité à son arrivée sur le trône papal, en 1314. Les Italiens, de leur côté, sont moins d’accord, à l’image de Pétrarque, qui parle d’une « captivité de Babylone »…

La puissance des papes d'Avignon

Les six papes, tous français, qui se succèdent en Avignon entre 1316 et 1378, malgré leurs différences, changent de manière importante le visage de la papauté. L’attitude vis-à-vis du royaume de France se fait plus compréhensive, et surtout ils font d’Avignon une véritable capitale papale, en centralisant l’administration et en ayant une politique dépassant le simple rôle spirituel.

Le premier pape d’Avignon, Jean XXII, intervient directement dans l’élection du trône impérial, et en assume la régence lors de la rivalité entre Louis de Bavière et Frédéric d’Autriche. Il s’assure le soutien du roi de Naples, et lance une croisade contre le duc de Milan. Le but : récupérer le contrôle de l’Italie, pour à terme revenir à Rome. Néanmoins, le pape doit bientôt céder face à Louis de Bavière (qu’il a excommunié en 1324), qui parvient à le mettre en difficulté avec le manifeste Defensor Pacis (écrit par Marsile et Jean de Jandun), contestant l’augustinisme du pape. Cela conduit même à l’élection d’un antipape, Nicolas V, en 1328 ! Finalement, Jean XXII reprend la main avec l’aide de l’Université de Paris, et se réconcilie avec Nicolas V, avant d’excommunier les auteurs du Defensor Pacis. Parallèlement, le pape doit également lutter contre les fraticelles (« petits frères »), tout en réformant l’administration de l’Eglise et en renflouant les caisses de la Curie. On le voit, le pape Jean XXII s’est véritablement comporté comme un souverain puissant, faisant de la Curie une véritable monarchie pontificale.

Son successeur, Benoît XII (1334-1342), continue son œuvre réformatrice de l’Eglise, mais connaît moins de succès au niveau politique, notamment dans les relations avec l’Empire, toujours difficiles, malgré le soutien du roi de Naples. Les papes suivants sont confrontés aux mêmes enjeux : lutte contre l’Empire, la relance de la Croisade, les problèmes en Italie,…Le pape Clément VI (1342-1352) règne en pleine période de la peste noire, mais également des débuts de la guerre de Cent ans, ce qui complique grandement sa tâche. Innocent VI (1352-1362) connaît des succès en Italie, et Urbain V (1362-1370) redonne du lustre à la papauté par de grandes réformes ; il tente même un retour à Rome, mais doit revenir en Avignon où il meurt. Enfin, Grégoire XI est le pape qui décide et réussit le retour à Rome, mais dont la mort et la succession sont à l’origine du Grand Schisme d’Occident.

Le faste de la cour

A l’image d’autres cours contemporaines, notamment en Italie, mais aussi comme précurseurs, les papes d’Italie développent une cour fastueuse et un mécénat digne des plus grands princes de l’époque.

440px-Avignon_Palais_des_Papes_by_JM_RosierL’exemple le plus marquant de cette volonté de magnificence est évidemment le fameux palais des papes, construit principalement entre 1335 et 1352, sous Benoît XII et Clément VI. Ce palais est une véritable forteresse princière qui marque l’empreinte des papes dans la cité d’Avignon, une cité qui bénéficie de leur présence et de celle de leur entourage, cardinaux compris. Ainsi, la population d’Avignon aurait été multipliée par huit durant les premières décennies de la présence papale. Elle devient la nouvelle capitale de la Curie.

Les papes développent leur mécénat en attirant quelques-uns des plus grands artistes de l’époque, comme Simone Martini et Matteo Giovannetti. Mais l’un des plus célèbres lettrés de la cour d’Avignon est évidemment Pétrarque. Le grand poète italien vit une partie de sa jeunesse en Avignon, mais c’est surtout là qu’il rencontre son grand amour, Laure, en 1327. Cependant, même s’il est un temps recruté à la cour d’Avignon, Pétrarque est aussi de ceux qui critiquent les dérives fastueuses, voire absolutistes, des papes d’Avignon…

La « captivité de Babylone »

Cette expression de Pétrarque résume bien le sentiment qui se diffuse, particulièrement en Italie, à propos de la papauté d’Avignon. Une volonté d’un retour à Rome d’abord, mais également des critiques sur les réformes et sur le tournant monarchique des papes, voire leur corruption, dénoncée par exemple par Jean Dupin dans ses Mélancolies. Pétrarque critique de son côté le luxe et le comportement princier des souverains pontifes et de leurs cardinaux.

Le faste, le népotisme, la centralisation administrative, la fiscalité et même certaines dérives absolutistes sont en partie à l’origine du retour à Rome, mais surtout de la crise qui suit : le Grand Schisme d’Occident.

 

Bibliographie

-          J. Chélini, Histoire religieuse de l’Occident médiéval, Pluriel, 2010.

-          B. Bove, Le temps de la Guerre de Cent ans (1328-1453), Belin, 2010.

-         P. Boucheron, P. Brioist, D. Carrangeot, M. Traversier, Le Prince et les Arts, France-Italie, XIVe-XVIIIe siècles, Atlande, 2010.

-          J. Favier, Les Papes d’Avignon, Fayard, 2006.

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