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L’inquisition médiévale : une légende noire ?

Templiers_livres_au_bucher_British_Library_Royal_20_C._VII_f.48r_fin_du_XIVe_siecleConsidérée comme l’un des traits les plus choquants du Moyen Âge, l’inquisition médiévale a souvent été définie comme un outil de régression mentale réprimant le progrès intellectuel. Perçue comme le symbole de l’obscurantisme religieux et de tous ses excès, persécutant sans relâche les cathares, cette institution apparaît être l’objet d’une véritable légende noire notamment en raison d’un amalgame avec l’Inquisition espagnole de l’époque moderne. Pour autant, cette vision provient principalement de l’anticléricalisme des Lumières du XVIIIe siècle et de la IIIe République du XIXe siècle. Un mythe s’est alors façonné et semble aujourd’hui plus que jamais toujours à l’œuvre alors que les récentes recherches historiques dévoilent un tout autre point de vue. Qu’en est-il réellement ?

 

Une substitution salutaire à la justice laïque

Avant d’aborder la justice de l’inquisition, il convient de s’intéresser aux autres  justices : royale, seigneuriale ou même à celle du peuple qui parfois n’hésite pas à se faire juge et bourreau lui-même. De ce point de vue, l’inquisition peut aisément être considérée comme un progrès. D’une part en substituant à la procédure accusatoire une nouvelle procédure d’enquête dite inquisitoire, l’inquisition se présente comme une justice rationnelle et méthodique fondée sur l’aveu, un aveu qui s’il peut être obtenu grâce à la torture doit cependant être réitéré sans aucune contrainte trois jours plus tard. La « question » telle qu’on l’appelait était bien plus réglementée que dans la justice laïque où elle avait déjà cours.

Le_miracle_de_Fanjeaux_peinture_espagnole_debut_du_XVe_siecleD’autre part, l’inquisition introduit une justice régulière, plus juste et généralement moins dure que la justice laïque. Car le roi ou le seigneur n’hésitent pas à condamner eux-mêmes et généralement à des châtiments beaucoup plus lourds les hérétiques. Parfois, c’est la foule qui s’en charge, se faisant elle-même rempart de la foi comme au XIIe siècle à Soisson où des émeutiers mènent au bûcher des hérétiques que l’évêque avait condamné uniquement à la prison. L’hérésie apparaît ainsi autant soumise à la répression de l’Église que de la société médiévale dans son ensemble.

Une institution comprise et acceptée

L’inquisition médiévale fut un outil terrible. Elle fit beaucoup de mal et amena de nombreux abus. Néanmoins, elle apparaît au Moyen Âge comme un système accepté par l’ensemble de la société médiévale. Loin de soulever l’hostilité, les populations lui sont favorables voire même l’appuient, y compris dans le sud de la France où se déroule la lutte contre les cathares. Il convient de se replacer dans le contexte de l’époque où l’écrasante majorité de la population est croyante. L’hérésie introduit alors une rupture dans cette société pour laquelle le salut dans l’au-delà et de facto la préservation de la foi apparaissent comme les facteurs les plus importants, devant même la préservation de la vie. A titre d’exemple, les cathares niant le serment remettent profondément en question la société féodale justement fondée sur le contrat entre deux hommes.

Templiers_livres_au_bucher_British_Library_Royal_20_C._VII_f.48r_fin_du_XIVe_siecleL’Église est ainsi perçue comme dans son droit de chercher à établir une juridiction pour pourchasser les dissidents religieux. Et cette juridiction ne peut fonctionner qu’avec l’aide des pouvoirs laïques. Nous retrouvons là la fameuse expression de remise du condamné « au bras séculier », autrement dit de l’autorité temporelle qui applique les sentences des jugements ecclésiastiques. Des sentences qui contrairement aux idées reçues apparaissent beaucoup plus légères que cela a été dit. L’inquisition médiévale est très loin de condamner systématiquement et encore moins d’envoyer au bûcher.

Peines et châtiments, quelle réalité ?

Il est très difficile de dresser un bilan de l’inquisition médiévale, il est impossible de dire combien elle mena au bûcher néanmoins, les dernières recherches révèlent un nombre d’occis bien inférieur à ce qui est généralement présenté. Des abus innommables furent commis, c’est une certitude. Citons le cas de Robert le Bougre, ancien hérétique converti. Fort de son expérience comme cathare, il est nommé en 1233 inquisiteur en Bourgogne et en Champagne et ordonne des dizaines d’exécutions aboutissant à une suspension temporaire de sa charge l’année suivante. Mais ce n’est que pour mieux reprendre et enchainer de véritables rafles se terminant par d’immenses bûchers comme celui de Mont Aimé où selon le chroniqueur cistercien Aubry de Trois-Fontaine, 183 personnes périrent. Robert le Bougre est finalement dénis de ses fonctions d’inquisiteur et sans doute condamné à la prison perpétuelle. Cet exemple est de ceux qui marquèrent la légende noire de l’inquisition faisant d’un terrible abus une généralité bien éloignée de la réalité. Il fut d’ailleurs très fréquent que la papauté restreigne le pouvoir de ses agents voire sévisse contre eux en les condamnant afin de lutter contre les abus.

Bernard_Gui_remettant_son_manuel_au_pape_Jean_XXIISi l’on se réfère au dominicain Bernard Guy, célébré en inquisiteur cruel et impitoyable dans le roman puis le film Le Nom de la Rose, celui-ci est au contraire un homme conciliant : des 636 procès qu’il dirigea pendant 15 ans au tribunal de Toulouse, donc au cœur du pays cathare, une quarantaine se terminèrent par une remise au bras séculier et donc le bûcher, soit moins de 7% des accusés alors que 30% furent acquittés. Auteur du Manuel de l’Inquisiteur (Practica Inquisitionis heretice pravitatis), il réprouve l’usage de la torture, arguant qu’elle est plus utile au coupable hérétique qui aura la foi d’y résister qu’à l’innocent qui avouera le faux. Il prêche la rigueur de l’enquêteur mais également le discernement et l’ouverture au doute : « Que l’amour de la vérité et de la pitié qui doivent toujours être au cœur du juge l’éclairent sans cesse ». Ainsi la grande majorité des peines sur les personnes consistent soit en un temps d’emprisonnement soit en un pèlerinage tout en sachant que l’Église privilégiait le côté financier et donc les peines sur les biens comme les confiscations et amendes. Il faut en outre s’interroger sur les cas des sentences non appliquées ainsi qu’aux peines atténuées. Il était fréquent qu’un condamné à mort soit emprisonné à vie et non brûlé. Au final, la peine du feu s’avère plus exceptionnelle que tout autre chose, pour l’Église c’était admettre son échec à extirper un individu de sa déviance religieuse pour le ramener dans son giron.

Comment voir l’inquisition ?

L’objectif de l’inquisition médiévale est avant tout de « réconcilier » la communauté en ramenant celui tombé dans l’erreur sur l’unique et vrai chemin – celui de la foi catholique –. Pour se faire, elle peut autant faire preuve de bienveillance et de compréhension que s’avérer impitoyable. Ainsi, il faut avant tout percevoir cette institution comme un outil de persuasion et de coercition plus que de répression.

 

Bibliographie

- Laurent Albaret, L'Inquisition, rempart de la foi ?, Éditions Gallimard, coll. « Découvertes », Paris, 1998 (6e édition, 2006).

- Jean-Louis Biget, Hérésie et inquisition dans le Midi de la France, Éditions Picard, Paris, 2007.

- Jacques Heers, « L’Inquisition : outrances et oublis », in Le Moyen Âge, une imposture, Éditions Perrin, Paris, 2008.

- Régine Pernoud, « L’index accusateur », in Pour en finir avec le Moyen Âge, Éditions du Seuil, coll. Points Histoire, Paris, 1979.

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