Rechercher dans le site
Lettre d'information

Découvrez notre lettre hebdomadaire avec toute l'actualité du site, ainsi que des éditions spéciales pour les concours que nous organisons !

S'inscrire à la lettre

Accueil Histoire Universelle La Déclaration d’Indépendance des Etats-Unis

Inscrivez-vous à notre lettre hebdomadaire: nouveaux articles, programmes télé, débats ! Lettre hebdo:   |  Ajoutez ce site à vos favoris !  |  HpT sur  |  

La Déclaration d’Indépendance des Etats-Unis

La déclaration d'indépendance des Etats-UnisLa déclaration d’Indépendance des États-Unis fait partie de ces textes qui ont profondément changé le monde. Signée le 4 juillet 1776, à Philadelphie, cette déclaration a bouleversé le monde de la fin du XVIIIe siècle. Il y eut un avant et un après cette déclaration. Par certains côtés, elle est l’aboutissement et la concrétisation de l’esprit des Lumières. Pour autant, elle est profondément « américaine ». Se pencher sur la genèse de ce texte, c’est aussi se pencher sur les causes de la première guerre d’indépendance issue de la colonisation.

Une rupture inévitable ?

Les historiens soulignent le rôle de l’Angleterre dans cette rupture. Les mesures politiques de George III ont fortement contribué à l’avènement de la sécession des treize colonies. Vues de Londres, les colonies auraient faiblement participé à l’effort de guerre lors de la Guerre de Sept ans (1756-1763) et préfèreraient commercer avec l’ennemi plutôt qu’avec la métropole. Londres tente donc d’établir un contrôle plus strict et autoritaire de ces colonies. Or l’identité américaine émerge à la même époque. Les colons ne veulent pas pour autant encore se séparer de la couronne britannique mais revendiquent des places à la Chambre des Communes. Dans le même temps, la métropole impose de nombreuses taxes qui pèsent lourdement sur les colons. Ces deux éléments conjoints font émerger le slogan «no taxation without representation ». À cela s’ajoute le fait que les colons ne peuvent pas franchir et s’installer au-delà de la fameuse limite de la Proclamation Line de 1763. Cette frontière avait été établie pour, entre autres, éviter des conflits avec les Amérindiens. Cet acte stoppe pour un temps la conquête de l’Ouest. Certains colons qui s’étaient déjà installés dans ces territoires indiens doivent revenir dans les treize colonies dans un contexte de forte croissance démographique. Au final, le problème qui se pose est celui de la centralisation du pouvoir et du degré de liberté que Londres doit concéder aux colons des treize colonies.

La montée des tensions et des revendications

Boston Tea PartyIl ne faut pas sous-estimer le rôle des pamphlets dans la montée des tensions. L’historien Jean-Michel Lacroix note que cette littérature « contient plus de mépris, de colère et d’indignation que de haine et de peur ». Peut-on y voir une certaine forme de désinhibition ? En tout cas, le conflit politique dégénère rapidement en conflit plus violent. Le 16 décembre 1773, des bostoniens jettent à l’eau les cargaisons de thé britannique. Cet acte connu sous le nom de Boston Tea Party est l’un des points de départ de l’engrenage qui va déclencher la guerre. Le gouvernement central riposte en votant des lois très répressives contre la ville rebelle. La cause de Boston devint la cause de toutes les colonies d’Amérique. Le premier Congrès continental se réunit le 5 septembre 1774. Les députés ne souhaitent pas rompre avec la métropole mais réaffirmer leurs droits et leurs revendications. Le gouvernement central poursuit la répression et envoie un renfort de troupes en avril 1775.  Le conflit devient véritablement armé à partir de ce moment. Le 17 juin 1775 a lieu près de Boston la bataille de Bunker Hill. C’est la première bataille de la révolution américaine. Les Anglais arrachent une victoire à la Pyrrhus aux insurgés et prennent conscience de la force de leurs adversaires. Dans le même temps, depuis le 10 mai se réunit à Philadelphie le IIe Congrès continental qui demande la paix à George III sans pour autant infléchir ses positions. Le congrès se dote d’un commandant en chef de son armée (le 14 juin 1775). Le 23 aout 1775, Georges III déclare les Américains « rebelles ». Pour autant, le Congrès ne rompt pas encore totalement car le premier drapeau des treize colonies, hissé pour la première fois le 3 décembre 1775, le Grand Union Flag, conserve dans le coin supérieur gauche l’Union Jack signe d’allégeance à la Couronne. Il n’est pas nécessaire pour notre propos de développer l’histoire militaire des premiers affrontements entre patriotes et anglais. Les insurgés remportent leurs premiers succès dont la prise de Boston, le 17 mars 1776 en est l’emblème. Galvanisées par le pamphlet Le Sens Commun de Thomas Paine, les opinions se radicalisent et une révolution politique s’enclenche. La Virginie se dote d'une Déclaration des droits le 12 juin 1776.

Une déclaration pour un projet à définir

La déclaration d'indépendance des Etats-UnisLe IIe congrès décide de la rédaction d’une déclaration d’indépendance. Pour cela, il charge un comité de cinq représentants (John Adams, Roger Sherman, Benjamin Franklin, Robert Livingston et Thomas Jefferson) de rédiger le texte. Les historiens ont mis en avant le rôle essentiel de Thomas Jefferson qui est le principal auteur de ce texte. De nombreux auteurs des Lumières anglaises comme John Locke ont inspiré cette déclaration . Jefferson a déclaré plus tard: « Il ne m’incombait pas, du moins je le croyais, d’inventer des idées nouvelles ni d’énoncer des sentiments qui n’eussent jamais été exprimés auparavant ». Après quelques amendements, le texte final est adopté le 4 juillet 1776 par les 56 délégués à l'Independence Hall de Philadelphie. Très vite ce texte devient un véritable outil de propagande dans les colonies américaines et au-delà.

Après un préambule qui expose les principes fondamentaux auxquels les colons d’Amérique sont attachés, une liste de griefs qui parait interminable énumère de quelle manière le gouvernement central a porté atteinte à ces principes. Cette accumulation met en avant la patience des colons. Ce texte ne justifie pas en aucun cas un droit à l’insurrection. La conclusion devient limpide : la rupture est nécessaire et dorénavant inévitable. Ce texte est essentiellement politique même s’il exprime aussi une philosophie et une idéologie. L’omniprésence de Dieu dans cette déclaration rappelle le rôle de la religion dans la colonisation et son importance pour les colons. John Locke avait déjà théorisé le fait que le christianisme ne pouvait justifier la monarchie absolue. Dieu a rendu les hommes libres et égaux. Le monarque ne doit pas rendre des comptes à Dieu mais aux hommes. Si le pouvoir devient arbitraire alors les sujets peuvent rompre ce contrat.

Pour autant, cette déclaration crée-t-elle une nation américaine ? On peut en douter : « En conséquence, nous, les représentants des États-Unis d'Amérique, assemblés en Congrès général, prenant à témoin le Juge suprême de l'univers de la droiture de nos intentions, publions et déclarons solennellement au nom et par l'autorité du bon peuple de ces Colonies, que ces Colonies unies sont et ont le droit d'être des États libres et indépendants. » Il y a dès les origines une ambiguïté sur le devenir des colonies : chaque colonie doit-elle être indépendante ou doit-on créer une fédération et partager un destin commun ? Le texte ne tranche pas. De nombreux sujets sont absents ou passés sous silence : l’esclavage ou la place des Indiens dans le ou les futurs états sont emblématiques de ces omissions.

Un texte fondateur du monde contemporain ?

En France, la prise de la Bastille et la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen sont le point de bascule entre le monde moderne et le monde contemporain. Or comme le remarquait Condorcet dans son De l’influence de la révolution de l’Amérique sur l’Europe, une partie de la Révolution française ne peut s’expliquer sans le précédent américain. Ce texte a été également une source d’inspiration pour de nombreux indépendantistes. Pour les Américains, ce texte est bien une source toujours à réinterpréter. Le 16 octobre 1854, Lincoln dans sa lutte contre l’esclavage a déclaré dans le discours de Peoria : « Il y a près de quatre-vingts ans, nous avons commencé par déclarer que tous les hommes étaient créés égaux, mais maintenant nous avons régressé vers une autre déclaration, que pour certains hommes le droit d’en asservir d’autres est un droit sacré de l’autonomie gouvernementale ». Le président américain s’est appuyé sur ce texte à de nombreuses autres reprises et a mis en valeur son importance. Les mouvements féministes américains se sont emparés aussi de ce texte tout comme Martin Luther King dans son discours I have a dream. Enfin, la culture populaire mentionne souvent ce texte directement ou indirectement (Liberty Bell par exemple).
 
La déclaration d’indépendance américaine est un texte fondamental. Malgré ses lacunes (et peut-être aussi grâce à celles-ci), elle est un formidable outil de combat. Nous n’avons pas relevé la qualité et la limpidité du texte qui contribuent à son caractère percutant et virulent. Conçue comme un texte universel, elle est pourtant un texte américain influencé par les Lumières anglaises. Ce texte signe l’acte de naissance d’une nation. La révolution américaine est un thème toujours présent dans les esprits. Le Tea Party se revendique des idées qui ont conduit à la Boston Tea Party. Les médias contemporains se sont emparés de cette époque de multiples manières : les Simpsons, How I Met Your Mother, The Patriot, Benjamin Gates et le Trésor des Templiers ou même le jeu vidéo Assassin’s Creed III illustrent cet engouement.
 

Bibliographie non exhaustive en langue française

- COTTRET Bernard, La Révolution américaine : La quête du bonheur, Perrin, Paris, 2003.

- COULON Claude, L'Amérique au XVIIIe siècle, La naissance des États-Unis, Les Belles Lettres, Paris, 2010.

- KASPI André, Les Américains : Naissance et essor des États-Unis 1607-1945, Tome 1, Seuil, Paris, 2002.

- LACROIX Jean-Michel, Histoire des États-Unis, PUF, Paris, 2010.

- RÉMOND René, Histoire des États-Unis, PUF, Paris, 2011.

- VINCENT Bernard, Histoire des États-Unis, Flammarion, Paris, 2012.

- WULF Naomi, ROSSIGNOL Marie-Jeanne (dir.), « Dossier : Autour de la Révolution américain », Transatlantica, 2006 (disponible en ligne).

A lire sur le forum



Discuter de cet article sur notre Forum Histoire