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Les armes de la guerre de Sécession : la cavalerie

civilwarss-comSi, pour les armées européennes, le rôle traditionnel de la cavalerie restait d’effectuer des percées par ses charges décisives, l’armée américaine en avait acquis une vision légèrement différente. Confrontée aux tactiques, plus proches de la guérilla que des batailles rangées, des Amérindiens, la cavalerie états-unienne en est venue à combattre davantage comme une infanterie montée, se déplaçant à cheval mais se battant fréquemment à pied. Cet emploi se retrouvera, également pour d’autres raisons, durant la guerre de Sécession, bien qu’il fût, paradoxalement, compris plus tardivement au Nord qu’au Sud.

 

 

Mousquetons et carabines

De ce fait, l’arme de prédilection du cavalier de la guerre de Sécession ne sera pas son sabre, comme le voulait l’usage traditionnel de la cavalerie, mais sa carabine – parfois appelé mousqueton. Succinctement, la carabine est un fusil allégé et raccourci pour en permettre un transport et un emploi plus aisé à cheval. Elle fonctionne donc sur le même principe, la différence majeure étant que le canon plus court réduit les qualités balistiques de l’arme. Puissance et portée sont donc inférieures aux caractéristiques des fusils de l’infanterie.

Dans les années qui précèdent la guerre de Sécession, la cavalerie fédérale utilise encore assez largement le mousqueton Springfield modèle 1847. Cette arme est essentiellement une version plus petite du fusil d’infanterie modèle 1842. Destinée prioritairement aux deux régiments de dragons, il en existe également des versions spécifiques distribuées aux artilleurs et aux soldats du génie. Considéré comme relativement médiocre, ce mousqueton sera assez peu apprécié de ses utilisateurs. Vers la fin des années 1850, le département de l’armement aura recours à divers expédients pour lui trouver un remplaçant plus moderne.

Si pour les fusils d’infanterie, les innovations portent surtout sur la portée et la précision, celles introduites pour les carabines de cavalerie vont chercher à compenser leurs qualités balistiques moindres par une plus grande maniabilité et une meilleure cadence de tir. Les recherches vont donc porter dans deux directions différentes : d’une part vers des armes à rechargement par la culasse, et d’autre part vers des carabines à répétition – autrement dit, capables de tirer plusieurs coups de feu avant d’être rechargées.

Colt_carbineUne tentative précoce de répondre à cette demande avait déjà été faite dans l’armée des États-Unis, avec la carabine-révolver Colt. Produite par la firme qui a commercialisé les premiers révolvers, elle repose sur le même principe : un barillet mobile contenant plusieurs chambres de tir, chacune pouvant être chargée à l’avance. Après un tir, l’action de réarmer le chien fait automatiquement tourner le barillet, présentant une nouvelle chambre prête à l’emploi. Malheureusement, le défaut générique des premiers révolvers était le manque d’étanchéité des chambres : les étincelles issues de la détonation pouvaient mettre le feu aux autres charges, ce qui exposait, dans le cas de la carabine-révolver, le bras gauche du tireur à de graves blessures.

Divers expédients furent suggérés aux soldats pour éviter les accidents de tir, comme par exemple appuyer le canon sur un support au lieu de le tenir de la main gauche, ou encore de ne charger qu’une seule chambre à la fois – ce qui bien sûr annulait précisément ce pour quoi la carabine-révolver Colt avait été conçue. Ce n’est qu’après l’adoption de cartouches rigides en laiton, qui améliorèrent grandement l’obturation des chambres, que cette arme atypique devint fiable. Elle put alors être utilisée, à petite échelle mais avec beaucoup d’efficacité, durant la guerre de Sécession – y compris, occasionnellement, par des unités d’infanterie.

Burnside_carbineLes arsenaux fédéraux n’ayant pas l’expérience technique nécessaire pour produire des armes à chargement par la culasse, l’armée fit appel à l’initiative privée et testa, en 1857, plusieurs modèles. L’un se distingua particulièrement. Il avait été conçu par Ambrose Burnside, un ancien officier d’artillerie qui avait quitté l’armée pour se consacrer à l’industrie, et qui allait reprendre du service de manière plus ou moins heureuse durant la guerre de Sécession. Burnside était parvenu à rendre la chambre de tir de sa carabine étanche, ce qui lui donnait un avantage substantiel sur ses concurrents. Le département de l’armement en commanda plusieurs milliers, mais il faudrait attendre le déclenchement des hostilités pour que la carabine Burnside soit produite en grande série.

Elle allait s’avérer une des armes les plus populaires de la cavalerie nordiste durant les premières années de la guerre. Entre temps, d’autres armes avaient fait leur apparition, comme par exemple la Starr, performante malgré une obturation laissant à désirer. Néanmoins, la plus prisée par les cavaliers des deux camps fut celle fabriquée par la Sharps Rifle Manufacturing Company. Elle était directement dérivée du fusil Sharps modèle 1859, dont elle avait gardé l’excellente précision. Très maniable, elle permettait de soutenir une cadence de tir particulièrement élevée pour une arme à un coup : environ 8 à 10 tirs par minute.

 

Armes à répétition

Toutefois, c’était encore en-dessous de ce dont serait capables les modèles ultérieurs. Non contents d’avoir rendu pratiques et fiables les armes à chargement par la culasse, les fabricants se penchèrent de nouveau sur le concept de carabine à répétition. En 1860, l’armurier Christopher Spencer présenta un modèle intégrant l’essentiel des innovations des années précédentes. Sa carabine était équipée d’un levier rechargeant et réarmant automatiquement, grâce à un magasin tubulaire à 7 coups installé dans la crosse. Ceci lui conférait une cadence de tir théorique de 15-20 coups à la minute. Produite en masse, la carabine Spencer devint l’arme principale de la cavalerie fédérale dans la seconde moitié de la guerre, l’aidant considérablement à prendre l’ascendant sur sa rivale confédérée.

Spencer_rifle_diagram

Une autre carabine, apparue peu après, allait utiliser avec bonheur le même principe. Création de Benjamin Henry, elle était encore plus maniable que la Spencer, avec une cadence de tir supérieure. Le magasin n’était pas situé dans la crosse, mais dans un tube sous le canon, ce qui autorisait une capacité bien plus importante : 15 cartouches. Pour cette raison, les Confédérés la surnommèrent rapidement « le fusil que les Yankees chargent le dimanche et qui tire toute la semaine ». La carabine Henry ne fut jamais employée en masse par l’Union, mais sera néanmoins distribuée à certains régiments, y compris d’infanterie, par l’initiative de quelques généraux.

En dehors de son prix, son principal défaut était l’absence de cran de sûreté, sachant que la chambre de tir contenait constamment une cartouche prête à l’emploi. Malgré tout, nombre de soldats, impressionnés par cette arme, en firent également l’acquisition sur leurs deniers personnels, et la conservèrent après la guerre. En 1866, la New Haven Arms Company, qui la fabriquait, changea de nom pour devenir la Winchester Repeating Arms Company. Modernisée, la carabine Henry se mua en Winchester modèle 1866, qui allait devenir au cours des années suivantes un objet emblématique de l’Ouest américain.

Henry_Rifle-Bill_Dyer_2003Assez ironiquement, les armes à répétition continuèrent longtemps de susciter la méfiance du département de la Guerre. Celui-ci blâmait la consommation excessive de munitions qu’elles pouvaient engendrer, à une époque où son réseau d’infrastructures logistiques, en particulier dans l’Ouest, n’avait encore qu’une capacité limitée. Ainsi, la Springfield modèle 1873, qui équipa la cavalerie, était encore une arme à un coup. Dans le même temps, les Amérindiens s’étaient progressivement équipés en armes issus des surplus de la guerre de Sécession et du marché civil. Si bien qu’en quelques occasions, notamment lors de la bataille de Little Bighorn en 1876, les Indiens s’avérèrent mieux armés que les soldats.

 

Sabres et révolvers

Même si elle en captura à l’occasion, la Confédération ne put jamais utiliser à grande échelle ces carabines à répétition. En effet, celles-ci tiraient des cartouches rigides pourvues de douilles en cuivre ou en laiton, pour la fabrication desquelles le Sud n’avait pas les ressources nécessaires en matières premières. Pour l’essentiel, les cavaliers sudistes durent se contenter d’armes issues des stocks d’avant-guerre (plusieurs États avaient ainsi acheté des carabines Sharps), supplémentés ensuite par les armes prises aux Nordistes, ainsi que des modèles d’importation. Le plus utilisé fut le mousqueton Enfield modèle 1861, d’origine anglaise.

Model_1858_Light_Cavalry_SaberLe Sud était défavorisé en matière d’industrie, et la fabrication des armes de petit calibre n’échappait pas à cette règle. Tandis que les arsenaux de Richmond et Fayetteville se concentraient sur la production de fusils d’infanterie, quelques armuriers privés fabriquèrent des carabines de leur crû, généralement à chargement par la culasse et à petite échelle : Tarpley, Merrill, ou encore Maynard. Cette dernière, très appréciée du cavalier sudiste, fut la plus abondamment produite. Techniquement, ces armes demeurèrent en retrait par rapport aux carabines à répétition nordistes.

En dehors des carabines, la cavalerie des deux camps utilisera aussi des armes blanches – occasionnellement, car le nouvel emploi tactique des cavaliers entraîna la raréfaction des charges « à l’ancienne ». Le lourd sabre modèle 1840 fut rapidement éclipsé par le modèle 1860, plus léger et jugé suffisant pour l’usage qui en était fait. Quant à la lance, encore très populaire dans les armées européennes, elle ne fut pratiquement pas employée. Une seule unité de lanciers, le 6ème régiment de cavalerie de Pennsylvanie, servit dans l’armée nordiste. Il fut rééquipé de carabines en 1863.

Colt-army-1860-RamaSignalons enfin l’usage, largement répandu dans la cavalerie, du révolver. Breveté par Samuel Colt en 1836, il fut produit en série et domina rapidement le marché civil, évinçant le traditionnel pistolet à un coup. Le révolver fut adopté très tôt par l’armée fédérale, au lendemain de la guerre du Mexique, en 1848. Il y devint l’arme privilégiée des officiers de toutes armes, la marine fédérale en commandant également des quantités importantes. De nombreux modèles furent employés durant la guerre de Sécession, le plus populaire étant le Colt Army modèle 1860. Au chapitre des curiosités techniques on signalera le révolver LeMat, importés massivement de France. Sa particularité résidait dans la présence d'un second canon, sous le premier, et chargé de mitraille jusqu'à la gueule.

 

Vidéos

Ce passionné s’est efforcé de recréer le son que pouvait produire un feu soutenu par une brigade de cavalerie, en enregistrant le tir d’une carabine Merrill puis en le démultipliant à l’aide d’un logiciel. Le résultat est comparable avec les descriptions laissées par les vétérans (« comme une forte pluie sur un toit en tôle » ou « comme le roulement du tonnerre »)

Démonstration de tir avec une carabine Sharps

 

Sources

Ensemble d’articles sur diverses armes de la guerre de Sécession

Article sur diverses carabines

Le mousqueton Springfield modèle 1847

La carabine-révolver Colt

La carabine Burnside

La carabine Merrill

La carabine Starr

La carabine Sharps modèle 1859

La carabine Spencer et son histoire

La carabine Henry et son histoire

Site consacré au 6ème régiment de cavalerie de Pennsylvanie

Une galerie montrant différent types de révolvers employés durant la guerre de Sécession
Didier BIANCHI, Les armes de la guerre de Sécession, Paris, Crépin-Leblond, en deux tomes : tome 1, le Sud (1998) ; tome 2, le Nord (2004).