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Ernesto Che Guevara : une vie, un mythe

Che Guevara par Korda

Devenu l'objet d'un véritable culte, incarnation d'un révolutionnaire idéaliste qui a lutté jusqu'à son dernier souffle, condottiere du XX ème siècle devenu une icône, les qualificatifs ne manquent pas pour désigner Ernesto Guevara dit "Le Che". Derrière cette figure légendaire se cache à la fois un homme d'action, théoricien marxiste et acteur politique qui a connu un parcours mouvementé.

 

Un jeune homme initié aux questions sociales

Né à Rosario en Argentine le 14 Juin 1928, Ernesto Guevara est issu d'une famille plutôt aisée, intellectuelle et cultivée. Par son père qui était constructeur civil, il a été rapidement en contact avec des milieux sociaux moins aisés, tandis que sa mère d 'une grande culture l'initie à la littérature française. Malgré son asthme, il fait montre de son courage et de son volontariat en multipliant les activités physiques. Sportif accompli, le Che accumule aussi les lectures durant sa jeunesse : de Sophocle à Freud en passant par Voltaire et Baudelaire. Très tôt, il entre donc en contact avec les questions sociales et politiques. Fort de cette éducation solide et aidé par une curiosité sans limite, il se destine à devenir médecin en s'inscrivant à la faculté de médecine de Buenos Aires en 1947. En recherche d'aventures et pris d'intérêt pour les civilisations pré-colombiennes, Ernesto Guevara entreprend un voyage de plus de 4000 km à travers l'Amérique du Sud, accompagné d'Alberto Grenado. Ce voyage joue un rôle décisif dans l'élaboration de son avenir politique, puisqu'il est confronté à des réalités sociales marquantes, telle que la condition des mineurs au Chili.

En 1953, Ernesto entame un second voyage qui va le mener d'abord en Bolivie, en plein bouillonnement politique par les nombreuses réformes sociales en cours, puis au Guatemala. Dans ce pays considéré comme l'un des plus pauvres de l'Amérique Latine, il parfait son éducation politique aux côtés d'une militante péruvienne Hilda Gadea, grâce à qui il découvre la pensée de Mao. Hélas, un coup d'état éclate au Guatemala, soutenu par la CIA : Ernesto est contraint de partir pour le Mexique, où il va effectuer une rencontre déterminante. En Juillet 1955, il rencontre en effet à Mexico, Fidel Castro, avec qui il partage une analyse « anti-yankee » et se prend rapidement de sympathie.

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L'engagement d'un révolutionnaire

Le Che décide alors de s'engager aux côtés de celui qu'on appelera le Leader Maximo. Après avoir reçu un entraînement militaire, il débarque à Cuba en 1956 puis reçoit des pouvoirs de commandement en 1958,  contribuant activement à la prise de pouvoir de Castro en 1959. Dans le premier acte de la Révolution Cubaine, le Che acquiert donc une réputation de fin combattant et de commandant exemplaire. Une fois le pouvoir du dictateur cubain Batista renversé, le Che, s'il ne va pas occuper le devant de la scène, joue un rôle politique important tout en se radicalisant davantage. Il occupe pendant 6 ans des postes importants – notamment le ministère de l'Industrie - au sein du gouvernement castriste et participe à la mise en place d'une économie socialiste. En tant que représentant de Cuba, il se fait connaître par ses qualités d'orateur dans les rencontres internationales. Il devient alors un véritable ambassadeur de la Révolution. En 1965,  alors qu'il devient de plus en plus critique vis à vis de l'URSS, il quitte ses fonctions afin de reprendre la lutte armée au Congo puis en Bolivie. Fidèle jusqu'au bout à ses idées, il meurt jeune et brutalement à la suite de sa capture en Bolivie le 9 Octobre 1967.

Un mythe à Cuba

Par son rôle majeur dans le succès de la Révolution Cubaine,un véritable culte d'Etat à Guevara s'est installé au fil du temps sur l'île de Cuba. Dès sa mort, les drapeaux sont mis à berne à Cuba pendant 30 jours et la journée du 8 Octobre est commémorée comme celle du « guérillero héroïque ». Plusieurs cérémonies sont organisées sur l'île alors dirigée par Fidel Castro, rassemblant de grandes foules émues. Alors qu'il était parfois dérangeant à Cuba, Che Guevara accède au rang de mythe à travers les discours de son compagnon de lutte Fidel Castro, qui insiste particulièrement sur son exemplarité. Plus tard, en 1987, alors que Cuba est confronté à des difficultés économiques, Castro se sert de l'intégrité que symbolise le Che pour remobiliser les Cubains. Ce culte à Guevara s'amplifie avec le rapatriement de ses restes en Juillet 1997 à Cuba. En Octobre, pour le 30ème anniversaire de sa mort, des funérailles nationales sont organisées et ses restes sont transférés au Mémorial Che Guevara à Santa Clara : le Che a son lieu de culte.

Un modèle politique

Le Che inspire dès les années 1960, par ses actes et ses écrits, des mouvements d'extrême-gauche. Par sa critique de l'URSS, il incarne une alternative au modèle soviétique. D'abord pour les JCR ( Jeunesses Communistes Révolutionnaires), il est avec Trotsky une référence importante, mais aussi au sein de courants maoïstes. C'est pourquoi on le voit surgir dans les rues et derrière les barricades de Mai 68, par le biais de nombreux portraits à son effigie. Après un passage à vide dans les années 80, il est aujourd'hui récupéré par l'extrême gauche française, puisque Olivier Besancenot a récemment consacré un livre à Guevara qu'il considère comme l'une de ses références.

S'il constitue une figure importante pour la jeunesse européenne dans les années 1960, Guevara inspire des mouvements plus radicaux : les guerillas. Tandis que les mouvements de guerilla des années 1960-70 qui avaient Guevara pour référence voulaient copier le modèle cubain, il est devenu une inspiration importante pour l'ensemble des guerillas : tel que le MST brésilien qui se réclame de Guevara mais n'est pas guevariste. En Colombie, un groupe de guerilla, l'ELN se revendique ouvertement du guévarisme. Enfin au Mexique, l'EZLN du sous-commandant Marcos, compte le guévarisme comme l'une de ses références.

S'il existe peu de mouvements ouvertement guévaristes, le Che reste un symbole de la lutte contre l'injustice, contre l'impérialisme, et la possibilité de transformer un système par l'initiative révolutionnaire.

Culte populaire et entretien du mythe

Au delà de la récupération politique et idéologique, le Che est aujourd'hui une figure très ancrée dans les consciences populaires. Cet ancrage est rendu possible grâce à plusieurs facteurs : messes populaires, récupération à des fins économiques et publicitaires.

C'est bien l'Amérique Latine qui constitue le principal foyer d'entretien du mythe du Che. Il est dans certaines régions de l'Amérique Latine perçu comme un martyr, par la brutalité de sa mort. Ainsi, en Bolivie, dans la zone où le Che a été capturé, certains paysans, qui à l'époque n'avaient pas compris ou accepté son appel à la lutte, ont fait de lui une sorte de saint. Depuis sa mort en 1967, l'histoire du Che se transmet oralement, faisant de lui une légende populaire, où on le renomme San Ernesto de la Higuera . Ajoutons également que depuis 1995 plusieurs projets touristiques suivant les traces du Che sont en discussion entre plusieurs pays d'Amérique Latine, passant notamment par l'Argentine, la Bolivie et Cuba.

che fitzpatrickQu'en est-il du phénomène artistique autour du Che ? Ilse résume essentiellement à une célèbre photographie : la photo de Korda (assistant photographe du journal Revolucion), prise le 5 Mars 1960, exprimant toutes ses vertus : honnêteté, bravoure, désintéressement, loyauté, fierté, autorité, l'engagement avec cette étoile sur son béret, la négligence avec sa chevelure atypique et sa barbe imposante. Toute cela contribue à une dénomination mythique : « Guerrillero Heroico ». Elle apparaît en couverture d'un livre seulement après la mort du Che. Elle est par la suite véhiculée par l'art, par le biais de Jim Fitzpatrick, artiste irlandais qui stylise le portrait, en exposant un visage du Che très contrasté sur un fond uni de couleur. Dans les années 1990, cette image est récupérée par la publicité qui a compris l'intérêt du caractère contestataire de cette image.

Concernant le 7ème art, plusieurs adaptations sont parues. Tout d'abord « Carnets de Voyages », de Walter Salles, sorti en 2004, qui retrace le parcours du Che avec Alberto Grenado et insiste sur son rôle fondamental dans la construction de la pensée du Che. Plus récemment, en 2009, « Che : l'Argentin » puis la seconde partie « Guerilla » de Steven Soderbergh, qui retracent les combats du Che. Ces deux films n'abordent pas la vie de Guevara de façon critique et tendent plutôt à diffuser une image positive du guérillero.

Enfin, le mythe guevarien prend forme avec une chanson de Carlos Puebla (1917-1989), surnommé le « Chanteur de la Révolution Cubaine », qui est un véritable éloge du Che . Ce morceau version,aux sonorités typiquement cubaines, constitue un véritable hommage au Che et a rapidement acquis une grande popularité, témoignant du rôle mobilisateur que joue la figure du Che. Cette chanson fut d'ailleurs reprise en 1998 par Nathalie Cardone, et comme un signe de la grande popularité du Che, fut aussi un grand succès commercial.

Par l'ampleur de son action et l'influence de sa pensée , le Che est devenu une figure majeure de l'Amérique Latine et de l'Histoire du XX ème siècle. C'est aussi le goût d'inachevé de son oeuvre qui contribue à de nombreux mouvements politiques de se revendiquer du Che, et le charisme qu'il dégage qui ont fait un de lui un symbôle de la résistance mainte fois récupéré.

 

Bibliographie

- ABRASSART Loïc, Che Guevara, Itinéraires d'un révolutionnaire. Edtion Milan, 2007.

- KALFON Pierre, Che Ernesto Guevara – Une légende du siècle. Seuil, 1997.

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