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Agora, Hypatia et Alexandrie

affiche-agora

Hypatia était une Alexandrine du IVe siècle après J-C. Mathématicienne et philosophe, c'était une femme brillante et cultivée, et c'est aussi l'heroïne choisie par le réalisateur Alejandro Amenabar pour son dernier film : Agora. Malgré quelques défauts, Agora est un film réaliste et réussi, dans un genre plutôt malmené ces dernières années par les dernières productions holywoodiennes et bodybuildées peu inspirées (Troie, Gladiator, Alexandre).


 

 

Agora et l'histoire

IVème siècle après Jésus-Christ. L'Egypte est sous domination romaine. A Alexandrie, la révolte des Chrétiens gronde. Réfugiée dans la grande Bibliothèque, désormais menacée par la colère des insurgés, la brillante astronome Hypatie tente de préserver les connaissances accumulées depuis des siècles, avec l'aide de ses disciples. Parmi eux, deux hommes se disputent l'amour d'Hypatie : Oreste et le jeune esclave Davus, déchiré entre ses sentiments et la perspective d'être affranchi s'il accepte de rejoindre les Chrétiens, de plus en plus puissants...

En 391 ap JC, l’Empire romain se christianise. A Alexandrie, les tensions grandissent entre païens et croyants de la nouvelle religion. La philosophe et astronome Hypatie se retrouve au milieu de ce choc des religions, qui menace culture, savoir et science au nom d’une Vérité qu’on ne peut contester.

Un sujet d'actualité et un contexte original

Voilà bien un sujet qu’on peut qualifier d’actualité !  Et Amenábar ne s’en cache d’ailleurs pas ! Ses références à l’intégrisme actuel vont jusqu’à la ressemblance physique des plus fanatiques des chrétiens avec les barbus d’aujourd’hui, et le discours tant sur le Savoir que sur les femmes résonne de façon très contemporaine. Il est vrai que le contexte choisi était idéal et c’est l’une des premières qualités du film ; en effet, le IVè siècle est la période où l’Empire romain se christianise, d’abord avec Constantin (312), puis ses successeurs, et en particulier Théodose Ier sous le règne duquel commence le film. L’Empire voit le christianisme devenir religion d’Etat, et le paganisme de plus en plus menacé. « Agora » montre bien, avec le choix d’une ville stratégique comme Alexandrie (remarquablement reconstituée), tous les enjeux et tensions de cette période de transition. Le film se termine probablement vers 415 : le christianisme a triomphé, le paganisme est officiellement interdit (même si dans les faits, c’est un peu plus complexe) et, au passage, l’Empire a été scindé en deux.

Fanatisme religieux contre Savoir et "féminisme"

Amenábar ne choisit pas vraiment son camp, entre païens et chrétiens : ce sont les premiers qui réagissent par la violence aux insultes à leurs idoles. Et même si le réalisateur charge un peu sur le fanatisme chrétien par la suite, peut-on vraiment dire qu’il a tort à ce moment de l’Histoire ? Il est très intéressant de voir d’ailleurs les nuances qu’il apporte : tous les chrétiens ne sont pas fanatiques, mais certains sont lâches ou opportunistes, voire n’ont pas le choix, ou se convertissent par dépit amoureux ou frustration... Les paroles de quelques prédicateurs parviennent à enflammer une foule ignorante, et c’est la force de tous les fanatismes. Amenábar ne cache pas de toute façon que son « camp » est celui de l’agnosticisme, voire de l’athéisme, et c’est en cela que le film est engagé. Il fait d’Hypatie (extraordinaire Rachel Weisz) une sorte de « sainte », vierge qui plus est, du Savoir, du doute, de l’esprit critique et même du féminisme puisque son sort est réglé suite à la lecture par l’évêque des Epîtres de Paul (texte canonique de l’Eglise), probablement l’une des choses les plus misogynes jamais écrites (même en tenant compte du contexte)…

Un film réaliste et réussi, malgré ses défauts

Au niveau historique, il y a évidemment des erreurs, mais elles sont minimes par rapport à d’autres films « historiques », et l’esprit de l’époque et la cohérence semblent bien respectés. Même les personnages semblent à peu près fidèles à leur modèle (y compris Hypatie), à l’exception de l’esclave Davus, inventé pour montrer le « basculement » d’un jeune homme à cause de l’amour pour une femme inaccessible. C’est d’ailleurs peut-être un défaut du film, même si ce personnage permet d’entrer en contact avec les milices chrétiennes et de montrer comment on peut basculer dans le fanatisme (alors que le personnage d’Oreste montrerait plus l’opportunisme puis la lâcheté, et celui de Synesius l’ambition). En revanche, le personnage de Cyrille est apparemment très proche de ce que l’on en sait, et cela fait à la fois froid dans le dos et explique pas mal de choses dans l’évolution du christianisme (c’est lui qui lit saint Paul)…On peut certes chipoter sur quelques facilités de mise en scène (mais aussi noter de bonnes idées, comme les plans « vus du ciel »), une interprétation contrastée (Rachel Weisz porte le film, certains de ses partenaires ne sont pas à la hauteur), parfois un peu de caricature et de raccourcis (le sort des Juifs d’Alexandrie, montré comme une sorte de résumé de l’antisémitisme chrétien). Mais le film est globalement une réussite, malgré ses défauts, et il doit être loué pour son originalité (l’époque traitée, l’angle choisi, la manière) et son intégrité.

 

-          les plus : le sujet, l’originalité, la reconstitution, une fidélité historique globale, un point de vue engagé, certaines idées de mise en scène, Rachel Weisz.

 

-          les moins : une partie de l’interprétation, quelques raccourcis et caricatures, la musique.

Agora, un film d'Alejandro Amenabar avec Rachel Weisz et Max Minghella.

Titre original : AGORA (Etats-Unis)
Genre : Drame, Historique - Duree : 2H21 mn
Distributeur : Mars Distribution
Sortie en salles le 06 Janvier 2010
Année de production : 2009

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