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Inquisitio (France 2) : pauvre Moyen Âge...

inquisitioOn pensait en avoir fini avec les clichés éculés sur ce pauvre Moyen Âge, sans cesse ramené au fanatisme religieux, à la violence, la peste, la boue, la crasse, et à l’obscurantisme en général. On se trompait. La nouvelle série estivale de France 2, Inquisitio, parvient à réunir non seulement toutes les pires idées reçues sur le Moyen Âge, mais également à donner une vision du catholicisme médiéval tout aussi caricaturale, voire douteuse, provoquant des réactions sur le net, y compris très drôles et pleines d’autodérision…La fiction, car c’en est une, peut-elle tout permettre ? Et est-elle « innocente » ?


 

Inquisitio, thriller médiévo-ésotérique ?

Voici le résumé de la série selon allocine : "1370 [1378, en fait…]. C’est la période de l’Inquisition en France, mais aussi du Grand Schisme d’Occident avec à la tête de l’Eglise catholique, deux Papes : l’un à Avignon l’autre à Rome, luttant pour imposer leur légitimité. Une autre rivalité se déroule entre deux hommes lorsque la peste surgit et décime les populations. L’un, Barnal, est le Grand Inquisiteur au service du Pape d’Avignon, persuadé que ce fléau est une punition divine. L’autre, Nicolas, est un médecin idéaliste convaincu que cette maladie peut être combattue et n’a rien de mystique. Mais cet affrontement va faire ressurgir des souvenirs enfouis qui va bouleverser leur relation".

Le personnage de l’Inquisiteur est le plus intéressant, notamment sur les origines de sa vocation, en partie résumées dans un prologue qui laissait augurer une suite sympathique : tentation incestueuse, fratricide, rejet par le père, peste, automutilation,…On est pourtant loin de Game of Thrones, malheureusement…

La série est donc grossièrement divisée en plusieurs camps, parfois minés par des rivalités internes : l’Eglise (Inquisition, pape, antipape, évêque,…), les juifs, la sorcière, le recteur, le peuple. Tous aussi caricaturaux et simplistes les uns que les autres.

Quant au contexte, il se veut être celui des débuts du Grand Schisme, avec le conflit Urbain VI/Clément VII, mais il est bien plus vague que ça, et mélange quantité d’anachronismes, que ce soit sur l’Inquisition, les sorcières et bien d’autres choses. Mais contrairement aux séries sur les Borgia, le but ici n’est pas de chercher les erreurs historiques (la série ne se revendique pas « historique », c’est un thriller), mais les idées reçues sur l’image du Moyen Âge dans son ensemble, et sur le catholicisme médiéval en particulier.

Pauvre Moyen Âge…

La série de France 2 est donc une fiction. Mais, pour autant, est-on obligé lorsque l’on fait une fiction de ressortir tous les clichés possibles, déjà usés jusqu’à la corde, sur le Moyen Âge ? Le créateur, Nicolas Cuche, déclare que sa vision de l’époque médiévale relève plus « de la science-fiction et des jeux vidéos » que de la réalité historique. Certes. Mais, parallèlement, il affirme : « Le Moyen Âge est le miroir déformant d'une réalité actuelle qui renvoie au repli communautaire et à l'obscurantisme religieux »…En prenant le cadre du Moyen Âge, même en s’inscrivant dans le cadre fictionnel, le réalisateur veut ainsi parler de l’obscurantisme religieux et du repli communautaire d’aujourd’hui. La fiction n’est donc pas « innocente »…

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Nous avons alors droit à tout. D’abord, l’ambiance médiévale : il fait froid, il pleut, la peste ravage tout, les rats sont omniprésents, les paysans sont vraiment très sales et plutôt lâches,…on sent presque la boue et la puanteur qui sont, apparemment, une marque indélébile de cette époque. Un autre cliché du Moyen Âge est présent : la sorcière. Elle est rousse, elle a un loup, et vit dans une grotte au fond des bois, entourée d’ossements et de fioles remplies de choses suspectes…Enfin, le Moyen Âge, c’est bien entendu l’époque du chaos politique : Grand Schisme (même si sa présentation est plus que vague), pouvoir temporel peu identifiable (le recteur de Carpentras a des tendances un poil autoritaires, évidemment), guerre qui menace,…

Et puis, le Moyen Âge, c’est surtout une Eglise et une Inquisition symboles multiséculaires de l’obscurantisme religieux.

Inquisiteur sadique, pape érotomane, évêque toxico et libidineux…

La blogosphère a rapidement réagi à la vision du catholicisme médiéval donnée par la série. Des réactions hostiles de certains catholiques, mais aussi souvent pleines d’humour (voir les liens plus bas), ce qui est plutôt rassurant. Le journal La Croix est plutôt bienveillant, malgré quelques critiques, et n’y voit pas un « brûlot anticlérical ». Le réalisateur lui-même prétend ne pas vouloir s’attaquer à l’Eglise. Pourtant, la présentation sans nuances de l’Eglise du XIVe siècle laisse songeur.

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D’abord l’Inquisiteur. Certes, il a un passé plutôt traumatisant. Il a également une certaine culture rationnelle, comme on peut le voir quand il démonte le show de Catherine de Sienne. Mais comme tout Inquisiteur qui se respecte, dans sa traque de l’hérétique (motivée par un passé douloureux et oedipien) il est fanatique, sadique, prêt à tout pour arriver à ses fins, y compris la torture (que serait l’Inquisition sans la torture ?). Catherine de Sienne, justement, n’a rien à lui envier en fanatisme, puisqu’elle est prête à répandre la peste pour parvenir à ses fins, c’est-à-dire rétablir les droits d’Urbain VI face à Clément VII. En plus, ses stigmates, c’est du chiqué ! Le pape d’Avignon, lui, ferait passer Alexandre Borgia pour un jésuite, puisqu’on le voit presqu’en permanence dans son harem, entourée de jeunes filles dévêtues. Et en bon politicien cynique, il est prêt à sacrifier quelques juifs pour calmer le peuple. L’évêque de Carpentras, quant à lui, est toxicomane et obsédé par l’intimité de la jeune sorcière qui lui sert de dealeuse…Ce tableau de l’Eglise du XIVe siècle est en permanence mis en opposition avec la communauté juive de Carpentras, plutôt soudée, et représentée par deux médecins progressistes (père et fils) qui aident leur prochain (une femme enceinte), même chrétien, et malgré les risques, tout en enquêtant sur la diffusion de la peste en disséquant des rats.

Inquisitio, une imposture ?

Alors bien sûr, on pourrait se dire que la série n’est qu’une fiction inoffensive, et passer notre chemin. Certains se contenteront de supporter ces clichés et, malgré le scénario assez prévisible, une réalisation médiocre et une interprétation inégale, seront peut-être accrochés par l’intrigue et voudront aller jusqu’au dénouement.

Pourtant, particulièrement quand on est fan du Moyen Âge, cela devient lassant de toujours voir sa période aimée ramenée à l’obscurantisme religieux et à la violence. On aimerait, notamment sur le service public, qu’on nous propose autre chose, y compris en matière de fiction. Déjà, l’affligeante série La Commanderie nous avait désespérés, mais là on touche le fond.

Enfin, alors qu’ici nous avons critiqué certaines dérives de programmes glorifiant le catholicisme, on peut tout autant s’inquiéter d’une vision inverse et tout autant caricaturale comme celle présentée dans Inquisitio. Et imaginer les possibles récupérations…

On préfèrera dans l’évocation de l’obscurantisme chrétien et les références à aujourd’hui une autre œuvre de fiction, bien plus réussie (malgré certains défauts) : Agora.

 

Le site de France 2 sur Inquisitio.

L’Inquisition pour les Nuls.