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Lincoln, l'homme qui sauva les États-Unis (B. Vincent)

lincoln vincentLincoln est une figure majeure de l'histoire américaine. Le cinéma s'est notamment emparé de cette figure ces dernières années pour le meilleur comme pour le pire. Le président bucheron au physique singulier et qui a aboli l'esclavage au prix d'une guerre civile a fait l'objet de très nombreuses biographies et travaux (16 000 ouvrages selon Thomas J. DiLorenzo). En revanche très peu de livres en français lui sont consacrés. La biographie de Bernard Vincent intitulée Lincoln L'homme qui sauva les États-Unis parue en 2009 aux éditions L'Archipel et réédité en 2015 aux éditions Archipoche permet au lecteur francophone de découvrir ou d'approfondir sa connaissance de ce personnage hors du commun.

Un parcours singulier

L'auteur dresse un portrait politique, psychologique et familial assez complet. Abraham Lincoln était un homme profondément attaché à des valeurs, travailleur, orateur de talent mais soumis à des dépressions assez importantes. Son enfance d'origine modeste et les malheurs qui ont traversé sa vie ont certainement contribué à le forger et à lui donner la force de caractère nécessaire lors de la guerre civile. A travers ce portrait dans les premiers chapitres, l'auteur dresse aussi en filigrane celui d'une Amérique méconnue et éloignée des centres urbains de l'Est. Les premières années de Lincoln sont particulièrement bien développées avec ses premiers combats et choix politiques comme ceux en matière économique (le projet de création d'une Banque Nationale ou son opposition à la politique étrangère de Polk contre le Mexique).

Une pensée originale et affirmée

La question de l'esclavage est longuement traitée, à juste titre, tout au long de l'ouvrage. Elle est source de débats et de conflits depuis le début du XIXe siècle. Les différents compromis, lois ou jugements sur cette question sont très bien traités et exposés. Des personnalités s'opposaient vigoureusement à la menace réelle d'une pérennisation voire d'une extension de l'esclavage aux États-Unis. Si Lincoln était profondément hostile à « l'institution particulière », il n'était pas, semble-t-il, convaincu (ou ne disait pas publiquement le contraire) que les Afro-Américains étaient les égaux des blancs : « pas un seul membre de votre race n'est de fait l'égal de la nôtre » (p. 341). Il a longtemps souhaité le départ volontaire des anciens esclaves vers d'autres contrées et n'a pas toujours été très clair sur la question de la citoyenneté. Cette position critiquable aujourd'hui doit replacée dans son contexte comme le note Bernard Vincent : peu de citoyens américains considéraient véritablement les noirs comme leurs égaux. L'auteur insiste bien sur le fait que durant la guerre de Sécession Lincoln a tout fait pour ménager les États du Sud et laisser de côté la question de l'esclavage pour résoudre le conflit. Lorsque celle-ci fut mise au premier plan, des difficultés pour motiver des soldats sont survenues car ceux-ci ne souhaitaient pas se battre pour « des noirs ». On voit que même du côté de l'Union, le problème n'était pas apaisé.

Bernard Vincent retranscrit tout au long de l'ouvrage de larges extraits de sources qui permettent de mieux saisir le personnage. La prégnance de la religion dans la pensée de Lincoln est croissante au fil des années. L'expression la « Maison divisée » qu'il emploie le 16 juin 1858 dans son discours d'investiture comme candidat républicain à la présidence est une référence directe au Nouveau Testament (Marc, III, 25 ; Matthieu, XII, 25 ; Luc, XI, 17) et traduit la situation de crise dans laquelle se trouve selon lui le pays à la veille de la guerre. Le point d'acmé de cette tendance semble être atteint lors du discours de Gettysburg le 19 novembre 1863. Il est également très attaché au droit et aux valeurs qui justifient son combat politique. Son ascension ne s'est pas faite sans revers ou difficulté. Son élection au poste de président des Etats-Unis dans un contexte explosif très particulier et bien retranscrit par l'auteur suscite une vague d'inquiétude qui conduit sept états à se retirer de l'Union. Lincoln attaché à l'intégrité de la nation souhaite la réunification et la fin de la « rébellion ». Or cette dernière conduit à une véritable guerre civile qui occupe l'essentiel de ses mandats présidentiels.

Lincoln et la guerre de Sécession

Bernard Vincent, à juste titre, ne fait pas une histoire-bataille de la guerre de Sécession (1861-1865) et préfère faire une analyse globale du conflit ou s'attarder sur certains évènements clés comme la défection de Robert E. Lee. Cette première guerre moderne qui devait être courte a été la plus meurtrière de l'histoire des États-Unis et annonce par bien des aspects celle à venir en Europe. Il développe également divers épisodes où Lincoln doit s'affirmer contre des politiques (en particulier contre le secrétaire d'État William Henry Seward) mais surtout contre des gradés militaires qui prenaient des initiatives pouvant nuire à ses objectifs, à sa politique et s'opposant à ses idées. Ses rapports avec les militaires ont parfois été conflictuels pour des raisons plus ou moins justifiées car la guerre ne se terminait pas assez vite selon lui. Au final, malgré ces éléments, l'action directe d'Abraham Lincoln semble quelque peu s'effacer au profit d'une histoire claire et réussie du conflit. L'épisode de l'assassinat de Lincoln ainsi que les tentatives ratées contre Henry Seward et Andrew Johnson sont bien entendu traités de manière complète à la fin de l'ouvrage.

La biographie ne s'attarde pas seulement sur le président américain de nombreuses pages sont consacrées à un point particulier de l'histoire ou de la culture américaine (comme la « Destinée manifeste » ou le fonctionnement de l'élection présidentielle) ou à sa famille. La vie de sa femme et ses névroses sont longuement traitées dans le livre y compris après l'assassinat. Ces pages pourront irriter certains lecteurs qui auraient préféré que d'autres sujets aient été approfondis.

Au final, l'ouvrage est très réussi, clair, accessible et précis et comble un manque manifeste. L'index très détaillé en fin de volume et les nombreuses notes permettent d'enrichir la lecture et de faciliter des recherches ultérieures. On salue également la présence d'illustrations en couleur au milieu du livre. Malgré certaines réserves mineures, cette biographie est vivement recommandée pour découvrir cette personnalité hors du commun qui a fasciné de son vivant ses contemporains à l'instar de Victor Hugo ou Karl Marx.

Lincoln L'homme qui sauva les États-Unis, de Bernard Vincent. Archipoche, 2015.

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