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Le Secret des Cartographes : Interview de Sophie Marvaud

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A l’occasion de la sortie au Livre de Poche du Tome 2 du Secret des cartographes « A l'assaut du Pacifique » Sophie Marvaud, romancière, revient sur la célèbre trilogie et ses personnages. Les trois tomes du Secret des Cartographes relatent les aventures d’une jeune peintre italienne du XVIIème siècle : Apollonia, déguisée en homme et engagée sur l’un des navires de la Compagnie hollandaise des Indes Orientales comme officier. L’héroïne voyagera en Europe (Tome 1), en Amérique du sud, dans le Pacifique (Tome 2) mais aussi en Asie (Tome 3) afin de faire des découvertes territoriales et commerciales pour le compte de la VOC.

 

Le Tome 2 consacré à l’expédition du Pacifique met en relation notre héroïne et ses compagnons avec plusieurs tribus d’Amérique du sud et du Pacifique. La trilogie disponible aux Editions Plon mais aussi aux Editions Livre de Poche pour les deux premiers tomes, retrace l’incroyable destin d’une jeune italienne au cœur d’une époque troublée par les guerres de religions et la course aux monopoles commerciaux. Les personnages à bord du navire L’Espérance, sont issus de nationalités différentes, révélatrices des difficultés de la première moitié du XVIIème siècle en Europe. C’est avec plaisir que Sophie Marvaud, romancière historique explique à la rédaction d’Histoire Pour Tous, ses choix d’écriture et revient sur les aventures d’Apollonia.

 

Histoire Pour Tous : Vous écrivez des romans d’aventures pour enfants et adolescents. Le Secret des cartographes est-il votre premier roman historique ?

Sophie_MarvaudSophie Marvaud : J’ai d’abord écrit des romans policiers contemporains pour les enfants, par exemple : Vacances Mortelles, paru chez Hachette.  Depuis 2008, je me consacre aux romans historiques pour enfants et adolescents. La  série Ghost secret, publiée par la bibliothèque rose d’Hachette mélange l’historique et le fantastique. Le premier tome relatif à l’Egypte ancienne, évoque la résurrection d’une momie. Mon ambition est de faire apprendre aux enfants beaucoup de choses sur l’Egypte de manière palpitante. La même année, j’ai commencé deux séries pour les adolescents : Suzie la rebelle dont l’aventure se passe pendant la première mondiale, et Le Secret des Cartographes.

Comment est née cette volonté de changer d’horizon ?

Je propose des textes aux éditeurs depuis 12 ans. Avec le phénomène Harry Potter, ces derniers ont souhaité des textes longs et ambitieux. Cela correspondait parfaitement à mon envie d’être ambitieuse pour la jeunesse, mais pas au travers de romans fantastiques. Je suis très attachée au réalisme. A mes yeux, le roman historique est le prolongement du roman réaliste. Par le roman historique, j’ai le sentiment de transmettre des connaissances, un contexte à mes lecteurs. La série en trois tomes Suzie la rebelle traite de la guerre 14-18. Tout a commencé par une conversation que j’ai eue avec ma grand-mère, qui a vécu jusqu’à l’âge de 102 ans. En 1914, elle habitait à Angoulême et elle a assisté au départ des soldats pour le front, à l’occasion d’une grande cérémonie qui se tenait sur la grande place. Peu de soldats ont survécu et, en général, ils sont revenus mutilés. Cela a beaucoup frappé ma grand-mère a postériori : le choc entre cette belle cérémonie du début de la guerre et le drame vécu ensuite par toutes ces familles. Elle avait une très bonne mémoire. Elle se souvenait également des petits gestes de la vie quotidienne qu’on a oubliés aujourd’hui, par exemple le fait d’aller chercher de l’eau à la fontaine. Je l’ai interrogée pendant des heures et cela m’a donné envie de raconter l’histoire de Suzie la Rebelle qui traverse toute la guerre de 1914. Mon héroïne va découvrir que même si elle est une femme, il lui est possible de prendre son destin en main.

Vous avez une formation en Histoire. Votre parcours vous a-t-il influencé ?

J’ai une formation d’Histoire et de Sciences Politiques qui m’a été en effet bien utile, en particulier pour le Secret des Cartographes où j’ai voulu présenter les grands enjeux politiques et économiques de la période. Mes héros font le tour du monde et sont confrontés aux conflits entre les Etats et à la mainmise de l’Europe sur le reste du monde. En juin dernier, j’ai été émue de recevoir le prix Saint-Maur en poche des mains d’un de mes anciens professeurs : Hélène Carrère d'Encausse. D’autant plus que pendant mes études, j’étais plutôt timide et très impressionnée par sa rigueur et sa clarté. Or j’ai beaucoup pensé à Mme Carrère d’Encausse en écrivant le troisième tome de Suzie la Rebelle, où j’évoque la Révolution Russe.

Le Secret des cartographes met en scène les péripéties d’une jeune peintre du XVIIème siècle à bord d’un navire de la VOC à l’époque des guerres de religion et de la course aux territoires inconnus. Pourquoi avoir choisi ce thème et cette période ?

 Je voulais raconter une aventure maritime avec des héros qui voyagent autour du monde. Par ailleurs, étant d’origine charentaise, je tenais à ce que l’intrigue se déroule l’année du siège de la rochelle, en 1638. Je dois vous avouer que je m’amuse à placer un charentais dans chacun de mes romans ! Je me suis penchée sur ce qui s’était passé cette année-là en Europe et j’ai construit mon histoire autour. Par exemple, lorsque les romanciers évoquent la Compagnie hollandaise des Indes orientales, ils s’intéressent surtout à la deuxième partie du XVIIème siècle, période riche en sources et très prospère. Pour ma part, j’ai aimé évoquer la période qui précède où la compagnie connaît une extraordinaire expansion, grâce, en particulier à la cartographie. Lorsque je me suis documentée, j’ai été passionnée par cette histoire et stupéfaite de découvrir qu’elle avait si peu été utilisée dans les œuvres de fiction. Au début du XVIIème siècle, la religion catholique dominait la représentation du monde. Les théologiens le décrivaient à partir de la bible mais le résultat ne ressemblait pas à la réalité! Au fur et à mesure des explorations, les navigateurs ont commencé à dessiner des portulans, c'est-à-dire des représentations utiles de ce qu’ils voyaient. Toutes les informations collectées ont été peu à peu rassemblées et transformées en cartes, en particulier par la Compagnie des Indes Orientales. Cette aventure humaine est l’une des plus extraordinaires qui soit, car il faut beaucoup de courage, ou d’inconscience, ou encore n’avoir rien à perdre, pour se lancer sur des eaux inconnues. Un autre élément m’a frappé: les cartes étaient alors considérées comme des secrets d’état. Chaque pays voulait garder pour lui les informations obtenues, afin d’imposer des monopoles commerciaux. Le capitaine risquait la mort s’il perdait au cours d’un voyage les cartes qu’on lui a confiées.

Les deux derniers tomes se déroulent en Amérique du Sud, dans le Pacifique puis en Asie, vos voyages vous ont-ils inspirée ?

Hélas, non, j’ai surtout voyagé dans ma tête ! Apollonia part d’une Europe qui est constituée d’états anciens et forts, puis elle parcourt l’Amérique du sud et le Pacifique où vivent des peuples premiers, qui ne sont pas organisés en Etats. Il m’a semblé intéressant qu’elle puisse arriver dans une autre zone du monde, où elle retrouve des Etats forts mais très différents de ce qu’il y avait en Europe. Avec un point commun néanmoins: en Europe comme en Asie, les femmes n’ont pas du tout la même liberté que les hommes.

Le_Secret_des_Cartographes-_Tome_IConcernant vos recherches nécessaires à l’élaboration du roman, quelles ont été vos sources et les difficultés que vous avez rencontrées ?

J’ai par chance des amis hollandais à Amsterdam. L’un d’entre eux est spécialiste de la peinture du XVIIème siècle et connaît bien les musées de la région : maritimes et historiques. J’ai trouvé sur place des livres non disponibles en France. Malheureusement, la France reste, me semble-t-il, encore trop peu curieuse de l’histoire de ses voisins et nos bibliothèques sont encore moins riches sur les antipodes. Sur Internet, les sites Australiens m’ont été particulièrement précieux. Mes héros font le tour du monde et sillonnent le Pacifique, à un moment où seulement trois navigateurs européens l’avaient traversé. J’ai consulté des livres d’ethnologues sur les tribus que rencontrent mes héros et j’ai lu les récits d’explorateurs du XVIIIème siècle, donc plusieurs décennies plus tard, ce qui amenait à des prises de distances nécessaires. De toute façon, nous ne pouvons pas prendre ces récits au pied de la lettre, car leurs rédacteurs sont influencés par les préjugés de leur époque. En outre, de manière générale, les sources qui concernent les personnes les plus modestes et les femmes sont rares. Ce sont surtout les puissants, c’est-à-dire presque uniquement des hommes qui ont pu laisser des traces écrites. Or je voulais rendre vivants ceux qu’on laisse dans l’ombre d’habitude. Pour ce roman, j’ai aussi visité un navire à Amsterdam qui est une reproduction exacte d’une flûte de cette époque. Tout le vocabulaire qui lui est propre est un vocabulaire hollandais qu’on ne peut pas reprendre tel quel en français. Il n’y a de correspondances exactes possibles car les navires des deux nations étaient assez différents. Mais ce n’est pas gênant puisque les équipages étaient très internationaux et mélangeaient les langues. D’ailleurs je me suis amusée à faire se côtoyer de nombreuses nationalités, ce qui correspond tout à fait à la réalité.

Effectivement sur le navire vous mettez en relation des personnages de pays différents : France, Italie, Espagne, Portugal, Angleterre, Hollande... Pourquoi une telle diversité ?

Pour construire l’intrigue, il était primordial que mes personnages viennent de nations maritimes diverses car ils devaient pouvoir être introduits dans les différentes cours européennes. Or, en 1638, l’Europe est confrontée à de graves difficultés : l’Allemagne à la guerre de 30 ans, l’Angleterre aux conflits entre le roi Charles 1er et le Parlement, la France aux guerres de religions, l’Espagne à l’Inquisition, etc. Ces troubles amènent certains individus à partir à Amsterdam, l’une des villes les plus libres d’Europe. Je regrette qu’aujourd’hui, en France, on enseigne encore l’Histoire de manière si restrictive. Nous ne connaissons pas bien celle des pays voisins. C’est dommage car beaucoup de décisions se prennent au niveau européen. Par exemple, la guerre de 30 ans en Allemagne est mal connue du grand public en France.

Les personnages principaux sont-ils tous purement imaginaires ou ont-ils leur pendant historique ?

L’un des points de départ du Secret des cartographes est le personnage d’Apollonia, inspiré d’une peintre italienne qui a vraiment existé : Artémisia Gentileschi. Fille du peintre Orazio Gentileschi, elle est violée par un apprenti de son père, soumise à la question et forcée d’épouser son violeur. Les quelques tableaux qu’elle peint ensuite représentent des scènes d’une grande violence. C’est là que j’ai fait diverger le destin d’Apollonia de celui d’Artémisia. Apollonia refuse la sentence des juges et décide de s’enfuir. Quant à ses compagnons, mes personnages fictifs sont aussi proches que possible de personnes réelles. C'est-à-dire qu’ils auraient pu exister. Par exemple, en ce qui concerne les deux jeunes Français prisonniers du siège de la Rochelle. J’ai imaginé une évasion plausible.

Dans la trilogie, vous mettez en lumière de nombreuses inégalités hommes-femmes dans les sociétés de l’époque, qu’elles soient européennes ou asiatiques.  Cherchez-vous à faire passer un message et susciter des prises de conscience ?

Non, il n’y a pas de message derrière ces œuvres de fiction. Je me suis contentée de décrire la réalité. Puisque les femmes représentent la moitié de l’humanité, pourquoi se priverait-on de prendre une femme comme héroïne de roman ? Or, à partir du moment où l’on a une héroïne dans un roman historique réaliste, celle-ci est forcément confrontée aux difficultés des femmes de cette époque. Apollonia se heurte à celles du XVIIème siècle. Elle a grandi dans un atelier de peintre, elle est douée et passionnée par la peinture mais, en tant que femme, elle ne peut pas avoir la carrière d’un homme. Nous n’avons pas assez conscience de ces problèmes que nos ancêtres ont rencontrés parce que nos manuels d’histoire commencent à peine à les évoquer. Moi qui fréquente beaucoup le passé, je suis vraiment très heureuse de vivre au XXIème siècle!

Il était donc important pour vous que le héros soit une femme ?

Quand j’étais enfant, je lisais beaucoup. J’ai vite remarqué qu’il y avait dans les romans beaucoup plus de héros masculins que féminins. Par exemple Le club des cinq se composait de deux garçons et de deux filles : François, le « chef », Mick, le rebelle, Annie, la peureuse, et Claude, le garçon manqué. Il n’y avait aucun modèle positif de fille à qui s’identifier. Beaucoup plus tard, quand j’ai commencé à écrire pour la jeunesse, j’ai décidé de mettre en scène des héroïnes dans mes romans, afin de contribuer, à ma modeste échelle, à rétablir un certain équilibre. Les filles ont besoin d’héroïnes positives auxquelles s’identifier. Les garçons ont également besoin de lire des romans avec des héroïnes, afin de mieux comprendre les filles. Ce choix est d’autant plus riche pour un auteur que beaucoup d’histoires centrées sur des filles n’ont jamais été racontées.

Les interactions de personnages historiques avec l’héroïne, tels que le philosophe René Descartes, le peintre espagnol Francisco Pacheco ou le dernier roi de la dynastie Ming, révèlent-t-elles un intérêt particulier que vous leur portez ou leur présence est-elle indispensable à l’aventure ?

Les deux. Lorsqu’Apollonia rencontre Descartes c’est un moment important pour l’héroïne car elle se rend compte que quelqu’un a deviné sa véritable personnalité. Chaque fois que possible, je me suis amusée à introduire des personnages qui avaient vraiment existé. Quand nous entendons parler de Descartes au lycée, il est difficile d'imaginer la personne en chair et en os qu’il a été, avec ses défauts et ses petites manies. Il est amusant de le montrer dans la lune et assez prétentieux, tel que l’ont décrit ses contemporains. Il reste bien sûr une part d’imagination, mais j’ai essayé d’être la plus réaliste possible. En revanche, je ne suis pas certaine que le peintre Pacheco, dont le rôle est important dans le Secret des cartographes, ait été aussi sympathique dans la vie. Il est difficile de le savoir parce que les Espagnols de l’Inquisition ne pouvaient pas s’exprimer librement.

La peinture a une place importante dans la trilogie qui se déroule en plein âge d’or hollandais. N’avez-vous pas été tentée de mettre en relation Apollonia avec Rembrandt ?

Apollonia est en relation avec Rembrandt de manière indirecte, car l’un des tableaux qu’elle observe porte sa signature, mais il s’agit alors d’une œuvre de débutant. A l’époque où notre héroïne quitte la Hollande, Rembrandt est encore un jeune peintre inconnu qui ne vit pas encore à Amsterdam. Il est possible qu’un de ses tableaux ait été dans la collection de la mère de Saskia, qui savait repérer les jeunes talents. Mais il aurait été irréaliste qu’Apollonia rencontre Rembrandt. Si un jour j’écris une suite, je serai pourtant très tentée de le faire intervenir.

N’y aura-t-il donc pas de suite au Tome 3 «Piégés par l’Asie» ?

Pas pour l’instant. Je suis en train d’écrire un nouveau roman destiné aux adultes, à la demande de Plon. En effet, le Secret des cartographes, imaginé au départ pour les adolescents, a eu un public adulte important. Je l’ai conçu comme une trilogie mais il est vrai que j’aimerais continuer à raconter l’histoire de mes personnages. J’ai là-dessus quelques idées en réserve, que je garde pour moi…

Votre prochain roman sera t-il historique ? Quel en sera le thème ?

Ce sera en effet un roman historique. Il devrait sortir fin août, début septembre 2011. Mais je peux juste vous dire que l'action se déroule pendant la Révolution Française.

Merci pour cet entretien très riche, nous vous souhaitons une très bonne continuation dans la rédaction de votre nouveau roman historique.

Le Secret des cartographes tome 2 : à l'assaut du Pacifique, Livre de Poche, disponible aussi en librairie.

 

Pour aller plus loin

- Site web de Sophie Marvaud

- Page Facebook

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