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Les Cathares, Vie et mort de parfaits hérétiques

Les Cathares Stephen OSheaÉcrivain et historien canadien ayant vécu dans le Sud de la France, Stephen O'Shea a consacré plusieurs ouvrages en anglais à l'une de ses passions : le catharisme. Les Éditions Ixelles nous proposent à travers la présente traduction, Les Cathares. Vie et mort de parfaits hérétiques, de revenir sur l'histoire de cette communauté jugée hérétique et de sa persécution ayant entrainé une croisade et la création de l'Inquisition dans le Languedoc il y a quelque huit cents ans.

 

Résumé de l'ouvrage

Débutant par la présentation de la région dans laquelle se développa l'hérésie cathare – le Languedoc – dans la seconde moitié du XIIe siècle, Stephen O'Shea nous conte chronologiquement l'histoire de ce mouvement hérétique et de sa répression. De qui furent les cathares aux raisons qui les opposèrent à l'Église romaine dirigée par le pape Innocent III jusqu'aux répercussions, tant politiques, religieuses que sociétales qu'entrainèrent leur persécution, c'est ainsi une part de l'histoire du Languedoc médiéval qui nous est expliquée.

Notre avis

Les cathares ont toujours fait l'objet d'une prolifique littérature de vulgarisation offrant parfois le meilleur et souvent le pire. Stephen O'Shea nous livre ici un ouvrage a priori hautement documenté, d'une lecture et d'une compréhension aisées et pourvu d'une intéressante bibliographie commentée – ce qui est d'autant plus appréciable dans un livre grand public –. Nous sommes ainsi en présence d'un livre qui ne manque ni de qualités ni d'atouts mais qui néanmoins possède un problème de taille : il est historiographiquement plus que faux. Et dès les premières lignes de l'introduction, nous nageons en pleine histoire fantasmée et clichée sur le Moyen Âge. À ce titre, l'auteur ouvre son propos sur le soi-disant massacre – nous y reviendrons – de Béziers en 1209 et la fameuse phrase « Tuez les tous, Dieu reconnaitra les siens » qui aurait été prononcée à cette occasion par le légat du pape Arnaud Amaury et aboutissant selon Stephen O'Shea à l'exécution de l'intégralité de la population de la ville, soit 20 000 personnes environ (p15.), ce qui lui permet d'affirmer que l'histoire des cathares est « incomparablement moyenâgeuse » (p17.). Une fois de plus réapparait cette vision d'une période barbare coincée entre l'Antiquité et la Renaissance et où règnent sans partage violence et obscurantisme et dont les avancées intellectuelles comme la Renaissance du XIIe siècle ne sont que prétendues (p18.). Ne parlons même pas de la conception totalement biaisée de l'Inquisition médiévale qui transparait à travers cet ouvrage. Vous l'aurez compris, les idées reçues ont bien la vie dure et perdure encore et toujours. Pour autant, l'auteur cite en bibliographie des ouvrages allant à l'encontre de ces idées comme par exemple, l'excellent quoique vieillissant ouvrage de Régine Pernoud, Pour en finir avec le Moyen Âge, publié au Seuil en 1977. L'historienne y faisait part des clichés les plus péjoratifs qu'elle rencontra durant sa carrière d'universitaire. En 1977 ! Stephen nous offre ainsi un magnifique retour en arrière avec sa vision du Moyen Âge digne d'un néophyte des années 70. Pire, il est impossible d'arguer que son ouvrage, initialement publié en anglais en 2000, ne fasse mention des recherches les plus récentes car il apparaît avoir été révisé pour la présente édition française. Le gouffre est donc bien béant et la malhonnêteté intellectuelle bien présente.

Laissons de côté cette introduction sur un Moyen Âge fantasmé pour revenir à la prise de Béziers plus amplement développée dans le chapitre 6 (pp.111-126). L'auteur nous conte méticuleusement mais clairement les circonstances et les événements qui amenèrent à la chute de la ville. Pour se faire, il s'appuie à de nombreuses reprises sur les récits des chroniqueurs de l'époque, parfois en les nommant, parfois non et non sans oublier d'ajouter qu'ils furent excessifs dans leur propos « comme souvent au Moyen Âge » (p.120) avec pour résultat un « véritable bûcher funéraire qui fit entre 15 000 et 20 000 victimes de l'avis des experts » (p.123). Mais qui sont ces experts ? Il semblerait logique de penser qu'il s'agisse des historiens et des universitaires ayant travaillé sur ce sujet et dont nous retrouvons les ouvrages en bibliographie. Pour autant, ces derniers sont bien loin d'affirmer un tel son de cloche. Nous n'allons pas refaire l'histoire du sac de Béziers, mais la prise de la ville ne se solda vraisemblablement que par quelques centaines de morts, tout au plus quelques milliers1, ce qui est déjà beaucoup. Il est en tout cas, absolument et strictement impossible d'arriver aux chiffres qu'avance Stephen O'Shea. Car ces chiffres ne sont pas ceux des experts mais ceux des chroniqueurs, jugés justement abusifs par l'auteur – et également par l'ensemble des « experts » – quelques pages avant. Et ces estimations basses de quelques centaines de morts proviennent de recherches toujours citées en bibliographie comme le très instructif et pédagogique livre de Jacques Berlioz, « Tuez- les tous, Dieu reconnaitra les siens ». La croisade contre les albigeois vue par Césaire de Heisterbach, publié en 1994 aux Éditions Loubatières. Cela fait donc de nombreuses années que l'historiographie a revu à la baisse le nombre de morts du sac de Béziers. Stephen O'Shea va ainsi l'encontre non seulement des recherches historiques de ces vingt dernières années mais pire, à l'encontre des propres livres qu'il indique en bibliographie. Voilà pourquoi nous nous permettons de parler de malhonnêteté intellectuelle à travers cet exemple à moins qu'il ne s'agisse simplement du récit fantasmé d'un auteur avouant être hanté (p.335) par les cathares. Il n'en demeure pas moins que nous pourrions poursuivre la même démonstration sur l'ensemble de cet ouvrage subjectif et erroné, livrant une fausse vision tant du Moyen Âge que de ce que représentèrent les cathares.

Stephen O'Shea, Les Cathares. Vie et mort de parfaits hérétiques, Ixelles Éditions, 2014.

(1) Voir par exemple : Michel Roquebert (dont pas moins de quatre ouvrages sont cités en bibliographie), « Béziers, 22 juillet 1209 : autopsie d'un massacre annoncé », dans Béziers, ville occitane ? Actes des Rencontres de novembre 2006, sous la direction de Carmen Allen-Garabatto (Presses Universitaires de Perpignan, 2007), disponible en ligne .

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