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Guerre de Sécession : la bataille de Shiloh, 6-7 avril 1862 (1/5)

General-Grant-002Au soir du samedi 5 avril 1862, le général Grant peut se coucher avec satisfaction. Son armée est campée autour du débarcadère de Pittsburg Landing, sur les rives de la Tennessee, occupant une bonne position défensive entre deux rivières qui couvrent ses flancs. Ses subordonnés Sherman et Prentiss lui ont bien signalé l’activité de la cavalerie ennemie à proximité de leurs camps, mais il ne s’agit que d’une démonstration et rien de plus : les Confédérés sont tout occupés à fortifier leur nouvelle base de Corinth. De plus, les premiers éléments de l’armée du général Buell viennent d’arriver pour renforcer ses troupes. Encore quelques jours et le général Halleck viendra prendre le commandement de cette force imposante et la mènera assiéger Corinth, où elle infligera au Sud une défaite décisive. Grant est à cent lieues de se douter que, dans à peine quelques heures, débutera une bataille qui marquera l’histoire de la guerre de Sécession comme un synonyme de confusion et de carnage : Shiloh.

 

Une encombrante victoire

Fin février 1862, avec la chute des forts Henry et Donelson et l’occupation de Nashville, l’Union a hérité d’une victoire qu’elle n’attendait pas et dont elle ne sait que faire. Ce qui devait n’être qu’une attaque limitée contre un fort s’est transformé en une percée majeure ouvrant la route du Sud. Il restait toutefois à savoir où frapper ensuite, comment et avec quelles forces. Le président Lincoln favorisait une marche vers l’est, afin d’occuper le Tennessee oriental dont la population était majoritairement pro-nordiste. Néanmoins, le « plan Anaconda » imaginé l’année précédente par le général Scott pour asphyxier l’effort de guerre sudiste, était toujours d’actualité, et appelait au contrôle du fleuve Mississippi. La prise de Memphis, sur la frontière occidentale du Tennessee, était un objectif majeur pour parvenir à ce résultat. Enfin, l’on pouvait également espérer pénétrer profondément dans le Sud pour frapper la Confédération au cœur.

Tout le problème de ces possibles opérations résidait dans le contrôle des voies de ravitaillement nécessaires à l’approvisionnement des armées. Les mauvaises routes de la région, promptes à se muer en bourbiers à la première averse un peu prolongée, ne pouvaient être considérées comme suffisantes. Cela laissait deux possibilités pour la mise en place d’une logistique de grande envergure, les voies ferrées et les fleuves ; mais les unes comme les autres réduisaient sérieusement, du même coup, les options stratégiques possibles. Le réseau ferroviaire du Sud était loin d’être aussi dense que celui du Nord, et les lignes demeuraient fragmentaires. Les voies navigables n’étaient pas légion, mais contrairement aux chemins de fer, elles n’étaient pas vulnérables à un raid de l’ennemi, et la supériorité navale de l’Union lui en assurait le contrôle.

De surcroît, le raid des canonnières timberclads du lieutenant Phelps, aussitôt après la prise du fort Henry, avait montré que la rivière Tennessee était pratiquement dépourvue de défenses. Ce n’était pas le cas du Mississippi, protégé par de puissantes fortifications à Columbus et par d’autres en aval. La Tennessee présentait donc une excellente route pour une armée d’invasion, d’autant qu’une bonne partie de son cours est orienté Sud-Nord. Et elle mène de surcroît à proximité d’une des seules lignes de chemin de fer sudistes d’envergure nationale : partant de Memphis, elle permettait de rejoindre Richmond, la capitale confédérée, via Corinth et Chattanooga. Prendre le contrôle de cette ligne présentait donc l’immense avantage de couper une artère stratégique vitale pour les Sudistes : sans elles, ils seraient obligés d’emprunter d’autres lignes beaucoup moins directes pour faire transiter troupes et matériel.

ACW_Western_Theater_September_1861_-_April_1862Carte des opérations préalables à la bataille de Shiloh (copyright Hal Jespersen).

 

La rivière Tennessee mettait virtuellement les Fédéraux, libérés de toute menace sur son cours depuis le raid de Phelps, à deux jours de marche de Corinth. Cette pauvre bourgade mississipienne, que l’écrivain Ambrose Bierce allait plus tard décrire comme « la capitale d’un marais », était un nœud ferroviaire de la plus haute importance. La Memphis & Charleston Railroad, qui courait jusqu’à Chattanooga, y croisait une autre voie reliant Columbus, dans le Kentucky, à Jackson, la capitale de l’État du Mississippi. Une fois prise, elle offrirait aux Nordistes l’opportunité de rayonner dans toutes les directions. À l’ouest, elle leur permettrait de menacer Memphis. Vers l’est, elle leur donnait accès au nord de l’Alabama, et à Chattanooga sans avoir à franchir les monts de la Cumberland. Enfin, elle ouvrait grand la route du Sud profond. Le Nord tenait sa prochaine cible.

Réorganisation militaire

General-Halleck-002Il restait à mettre sur pied une armée suffisamment puissante pour frapper ce coup décisif. Les commandements distincts qui avaient opéré jusque-là ayant montré leurs limites, Lincoln décida de les unifier au sein d’un unique état-major qui aurait pour tâche de coordonner toute la stratégie nordiste à l’ouest des Appalaches. Ainsi fut créé le département militaire du Mississippi, confié à Henry Halleck. Celui-ci réorganisa ses troupes en trois forces principales : l’armée du Mississippi, l’armée de la Tennessee, et l’armée de l’Ohio, commandées respectivement par John Pope, Ulysses Grant  et Don Carlos Buell. La première avait pour mission de prendre le contrôle du fleuve Mississippi en s’emparant des fortifications qui le gardaient ; elle disposerait pour cela du soutien des canonnières du commodore Foote. La seconde devait avancer sur Corinth par voie fluviale, et la troisième par voie de terre.

Il fallait aussi consolider les effectifs de ces forces, et l’armée de la Tennessee eut la priorité. Halleck lui envoya la majeure partie des réserves dont il disposait à St.Louis, son quartier général. Des régiments à peine entraînés furent concentrés à Paducah, d’où l’offensive devait démarrer. Certains ne reçurent même leurs fusils qu’à leur arrivée sur place. Grant disposa bientôt de près de 50.000 hommes et d’une impressionnante flotte de transports fluviaux. Buell avait été sévèrement ponctionné pour parvenir à ce résultat, et son armée devait de surcroît laisser derrière elle des détachements non négligeables pour occuper Nashville et assurer la sécurité de la ligne de chemin de fer le long de laquelle elle allait progresser. Le 10 mars, l’armée de la Tennessee était fin prête à faire route vers le sud.

cf_smith2Son départ fut toutefois accompagné d’une péripétie de dernière minute : le 4 mars, Halleck ordonna à Grant de rester à Paducah et de remettre le commandement de l’armée à Charles Ferguson Smith. Grant payait là le prix de son absence durant les premières heures de la bataille du fort Donelson, le 15 février. On se souvient qu’il était allé s’entretenir avec le commodore Foote après l’échec que ce dernier avait essuyé en bombardant le fort avec ses canonnières, la veille. La tentative de sortie des Confédérés avait surpris son armée sans chef, et Grant, arrivé tardivement sur le champ de bataille, n’avait dû qu’à son sang-froid et à l’incurie de ses adversaires de ne pas voir l’armée ennemie lui échapper. Compte tenu de sa mauvaise réputation, des rumeurs n’avaient pas tardé à courir, imputant son absence temporaire à son alcoolisme supposé. Halleck s’entendait mal avec Grant – comme avec la plupart de ses subordonnés d’ailleurs – et avait sans doute prêté foi à ces affirmations, au point de douter que Grant avait les compétences requises pour commander une opération d’aussi grande importance.

Dès qu’il fut informé du limogeage de Grant, le président Lincoln s’en émut. Lui-même était confronté quotidiennement aux réticences du général McClellan à aller de l’avant, et il recherchait désespérément des commandants à l’esprit offensif. Il estimait en avoir trouvé un avec Grant. Son remplaçant, C.F. Smith, n’était pas moins agressif que lui. C’était un officier de carrière expérimenté, déterminé et respecté aussi bien par ses pairs que par ses soldats, et qui avait été décisif dans la victoire finale des Nordistes au fort Donelson. Mais il n’avait pas encore fait ses preuves à la tête d’une armée et de surcroît, il lui manquait le prestige politique que Grant avait acquis après ses victoires. Lincoln, qui prenait toujours grand soin de ne pas froisser ses généraux en leur donnant des ordres trop directs, s’inquiéta du sort de Grant auprès de Halleck, qui hésita. Le 13 mars, alors que l’expédition avait déjà commencé, il redonna le commandement de l’armée de la Tennessee à Grant.

Le Sud reprend l’initiative

as_johnston2Le 18 mars, les premiers éléments nordistes descendirent de bateau pour occuper un modeste débarcadère de l’État du Tennessee baptisé Pittsburg Landing. C’est là que l’armée de la Tennessee devrait attendre celle de l’Ohio. Une fois la jonction faite, Halleck prendrait alors le commandement en personne et marcherait sur Corinth avec les forces combinées de Grant et de Buell. Une des divisions de l’armée de Grant, celle de Lew Wallace, devait être déployée autour d’un autre débarcadère située à 8 kilomètres au nord, Crump’s Landing. Quant à Grant lui-même, il avait choisi d’installer son quartier général à Savannah, un bourg à une quinzaine de kilomètres en aval de Pittsburg Landing. Peu de temps après, il subit un premier coup dur avant même de se battre : C.F. Smith, resté commandant de division dans son armée, se blessa grièvement à une jambe en sautant dans une barque. Affaibli par l’infection qui s’ensuivit, il contracta bientôt une dysenterie chronique qui ruina sa santé. Smith allait mourir de ces deux causes combinées le 25 avril.

De son côté, Albert Sidney Johnston n’était pas resté longtemps inactif. Après l’évacuation de Nashville, il avait installé ses troupes à Murfreesboro, au sud-est de la capitale tennesséenne. Comme ses ennemis, le commandant sudiste avait parfaitement saisi l’importance de la voie ferrée qui transitait par Corinth, et entreprit d’en faire fortifier les principaux points stratégiques. De tous, c’est sans doute Corinth qui est le plus exposé et dès le début du mois de mars, le général Beauregard s’y rend pour faire ceinturer la ville d’imposantes fortifications. Quand A.S. Johnston apprend que les Fédéraux ont commencé à remonter la Tennessee, il fait accélérer le mouvement. Lui et Beauregard vont eux aussi racler les fonds de tiroir pour compenser les pertes subies au fort Donelson.

Beauregard-2Désormais trop exposées à une attaque de revers, Columbus et ses fortifications fluviales sont évacuées, et le général Polk ramène ses troupes à Corinth. Un appel est lancé aux gouverneurs des États voisins pour qu’ils fournissent autant de soldats que possible, et comme dans le camp nordiste, les nouveaux régiments affluent – certains partiront même au combat sans armes. Les troupes de Braxton Bragg, qui se concentraient à Pensacola pour assiéger le fort Pickens, sont expédiées à Corinth elles aussi, de même que la quasi-totalité des forces de Louisiane, commandées par Daniel Ruggles. Enfin, A.S. Johnston lui-même rejoint Beauregard. C’est à cette occasion que l’erreur commise par le lieutenant Phelps au cours de son raid va se faire lourde de conséquences pour les Nordistes : en laissant intact le pont de chemin de fer qui enjambait la Tennessee à Florence, l’officier de la marine fédérale permet à présent aux soldats confédérés d’effectuer leur mouvement vers Corinth en quelques jours seulement.

Le 1er avril, A.S. Johnston dispose à Corinth de 55.000 hommes constituant une nouvelle formation, l’armée du Mississippi, qu’il commande directement avec Beauregard comme second. Les deux hommes décident d’attaquer sans attendre, avant que les forces de Buell ne rejoignent celles de Grant et ne lui confèrent une trop grande supériorité numérique. L’offensive confédérée est pensée comme un raid à grande échelle : il s’agit d’attaquer Pittsburg Landing et d’anéantir l’armée nordiste qui s’y trouve avant de revenir à Corinth. Laissant derrière lui 10.000 hommes afin de poursuivre les travaux de fortifications de sa base, A.S. Johnston se met en marche vers le nord-est le 3 avril, avec 45.000 soldats.

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