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Néfertiti, une reine d'Egypte et son buste

Buste_de_Nefertiti_de_profilL’Egypte est depuis plus de deux siècles un véritable paradis pour les archéologues comme pour les chercheurs de trésors enfouis. Il suffit de donner un coup de pioche dans le sable pour y trouver des merveilles. C’est ainsi qu’on y a découvert les deux chefs d’œuvre de l’art antique, le masque d’or de Toutânkhamon et le buste de Néfertiti. Exposé au musée de Berlin depuis 1925, ce dernier ne cesse de fasciner les visiteurs et amateurs d’art. Histoire d’une reine et de son célèbre buste.

 

La belle est venue

En 1912, alors qu’il effectue des fouilles sur le site d’Amarna en Egypte, l’archéologue Ludwig Borchardt fait une découverte sensationnelle. Dans l’atelier d’un sculpteur du  nom de Thoutmosis, il découvre un buste polychrome d’une beauté sans égale. Il s’agit d’une reine, rapidement identifiée comme étant Néfertiti, épouse principale du célèbre pharaon hérétique Amenhotep IV Akhenaton. Un buste qui allait forger la célébrité de cette reine, sur laquelle plane bien des mystères.

Son origine tout d’abord. De par son nom, qui signifie « la belle est venue », on a longtemps pensé que Néfertiti était une princesse venue d’Asie mineure, plus précisément du Mitanni. La chose était plausible. Le père d’Akhenaton, Amenhotep III, était à l’origine d’une intense activité diplomatique, notamment avec ce petit royaume, et avait déjà pris pour épouse secondaire une des filles du monarque local. L’Egypte était alors à l’apogée de sa puissance et de sa prospérité, rayonnant sans partage sur le monde antique. Son monarque entretenait cette période de paix en couvrant d’or les rois voisins, et en maniant habilement les mariages diplomatiques.

Akhenaton_et_NfertitiSon fils aurait donc pu faire de même, mais les recherches récentes laissent à penser que la belle est venue d’Egypte. Elle épouse donc Amenhotep IV, et va rapidement jouer un rôle très important dans la « révolution » religieuse menée par son époux. Le couple royal, représenté comme étant très amoureux, est en effet à l’origine d’un bouleversement religieux, le mono culte d’Aton, le disque solaire. Le père d’Akhenaton avait déjà commencé à s’intéresser à ce dieu secondaire, et son fils, un peu mégalo et un brin illuminé, va en faire la seule religion du pays, avec l’appui de sa belle. Installés dans une nouvelle capitale, Akhetaton (Amarna), Néfertiti et Akhenaton deviennent les pivots de ce nouveau culte.

Un culte qui va prendre plusieurs aspects inhabituels sous l’Egypte antique. La liturgie officielle va se concentrer uniquement sur le couple royal et sa famille. Baignants dans les rayons du disque solaire, le roi et la reine sont représentés sur les stèles à égalité avec la divinité céleste. Ces représentations ne se limitent pas aux cérémonies officielles et religieuses. Le couple royal et ses enfants apparaissent aussi dans des scènes touchantes de la vie quotidienne. La vie privée du pharaon devenue ritualisée, se confond alors avec sa vie publique et fait office de cérémonial religieux.

Hommage__AtonCes scènes souvent sensuelles et passionnelles se doublent d’une évolution artistique atypique pour l’époque. Les formes deviennent outrancières et exagérées, à tel point qu’il est parfois difficile de différencier le roi de sa belle épouse. Il s’agissait probablement de distinguer le commun des mortels du couple royal, seul habilité à honorer le dieu Aton. Profitant d’une large liberté en la matière, les artistes de l’époque s’en sont donné à cœur joie pour sortir de l’art officiel classique très convenu, ce qui a donné naissance à un éphémère art baroque amarnien.

Néfertiti, omniprésente dans les représentations officielles, a très certainement joué un rôle de premier plan au côté de son époux, voire peut-être exercé une co-régence.  On la voit parfois seule, dans une posture et avec des attributs habituellement réservés aux pharaons. Aux côtés d’Akhenaton, elle participe pleinement au développement de la nouvelle religion et disposera de son propre palais à Amarna. Sa fin reste elle aussi un mystère. Vers l’an XIV du règne de son époux, elle disparaît brusquement de la scène publique. A-t-elle été emportée par une épidémie comme plusieurs de ses filles ? A-t-elle finie disgraciée recluse dans son palais ? Est-elle devenue brièvement pharaon sous un nouveau nom à la fin du règne d’Akhenaton ? Le doute persiste.

La révolution religieuse initiée par le couple royal ne s’est pas faite sans heurter profondément un pays aux mille divinités. D’ailleurs, le nouveau culte ne leur survivra pas. Dès la disparition d’Akhenaton et Néfertiti, leur capitale est rapidement abandonnée et les successeurs du pharaon hérétique, à commencer par leur Toutankhamon, fils d'Akhanaton, se feront fort d’effacer toute trace de cette période honnie. Les monuments sont martelés, les stèles détruites, les statues renversés avec autant de zèle que celui qui aura été déployé par Akhenaton pour tenter de faire disparaître les anciennes divinités égyptiennes.

Le buste de Néfertiti

Néfertiti aurait donc très bien pu disparaître avec son mari dans les oubliettes de l’histoire. Mais un buste oublié dans l’atelier d’un sculpteur égyptien va faire réapparaitre la reine à la lumière du jour.

En 1912, l’archéologue Ludwig Borchardt mène une campagne de fouilles sur le site d’Amarna, dont les vestiges sont sortis de l’ombre depuis le passage de Bonaparte en Egypte. L’attention de l’équipe allemande se porte sur l’atelier d’un important sculpteur de la capitale d’Akhenaton et Néfertiti, Thoutmosis, possible artiste officiel de la cour royale. De nombreux objets d’art, principalement dédiés au pharaon hérétique ont déjà été mis à jour, jusqu’à la découverte du fameux buste.

Une découverte racontée par Philipp Vandenberg dans sa biographie (1) consacrée à Néfertiti :

« Dans un coin de l’atelier, au milieu des décombres, on distinguait le cou d’une femme couleur chair, entouré de rubans rouges peints. De ses mains nues, Borchardt écarta les éboulis  et l’extrémité de la tête ne tarda pas à apparaître. Il s’agissait d’une perruque de reine. Il fallut de longues minutes pour que le visage tout entier apparaisse au jour. C’était une reine, celle dont le beau visage féminin intemporel allait devenir le plus célèbre de l’histoire du monde ! ».

Nefertiti_-_busteCette œuvre d’art d’une valeur inestimable se trouvait dans un état de conservation presque parfait. Seules les oreilles étaient légèrement endommagées, et l’intérieur de l’œil gauche était manquant. L’équipe allemande se mit en quête de l’œil manquant, pour finir pour convenir qu’il n’avait jamais existé. Cette omission est une énigme qui n’a pas fini de faire couler de l’encre. Après de nombreuses spéculations plus ou moins farfelues, on retiendra deux hypothèses : soit il s’agit tout simplement d’une œuvre inachevée, soit le buste est antérieur à la période amarnienne et aurait servi à l’artiste de modèle pour d’autres réalisations.

C’est d’ailleurs cette dernière piste qui est privilégiée. Les traits émaciés de la reine correspondent plus aux canons artistiques traditionnels qu’à la mode amarnienne, volontiers outrancière. Quoiqu’il en soit, il s’agit d’une pure merveille. L’originalité de la couronne, qui confirme un statut quasi équivalent à celui d’un pharaon, la perfection et la régularité des traits, font de cette œuvre un symbole de la beauté antique. Le public et les spécialistes ne s’y trompent pas : la coïncidence entre les canons de beauté actuels et le modèle antique et la qualité de l’œuvre en font rapidement un objet d’art universellement connu. Un simple sculpteur a fait bien plus pour la postérité de Néfertiti que tous les chamboulements initiés vainement par son illuminé de mari.

Quelques esprits chagrins ont récemment insinué que ce buste pourrait être un faux, une imposture confectionnée par un proche de Borchardt. Hypothèse formellement démentie par le musée de Berlin ou est exposé le buste, bien sûr, mais aussi par la quasi-totalité des spécialistes. Au delà de cette polémique, la belle n’a probablement pas fini de faire parler d’elle. A ce jour, ni sa momie ni sa demeure d’éternité n’ont été formellement identifiées…

Bibliographie

- (1) De Philipp Vandenberg, Néfertiti, la première biographie archéologique, Belfond 1976.

- De Dimitri Laboury, Akhénaton, Pygmalion, 2010.

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