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La toilette de la femme dans la Rome antique

femmes romainesLorsque nous nous intéressons à l'histoire antique et plus précisément à la période romaine, ce qui vient à l'esprit en premier, c'est l'armée romaine avec ces légionnaires, ce sont les empereurs et les dictateurs, ou encore les jeux romains avec les gladiateurs. Mais que sait-on de la femme romaine ? La population féminine représente pourtant la moitié des habitants de l'Empire romain, mais nous savons peu de choses sur leur condition et leur façon de vivre. La statuaire et la peinture murale sont deux sources archéologiques importantes, mais pour l'hygiène du corps et la cosmétique, il faut surtout se référer aux textes antiques, rédigés par des hommes. Nous allons ici nous intéresser à la toilette de la femme romaine au début de l'Empire, l'époque où la femme n'est plus seulement considérée à travers son mari, mais où elle devient indépendante.

 

« La forte odeur du bouc ne doit pas siéger sous vos aisselles et vos jambes ne doivent pas être hérissées de poils rudes » Ovide

Dès la fin de la République, l'homme et la femme romaine portent une grande attention à leur apparence: le corps, né imparfait et inachevé, doit s'éloigner de l'animalité, par l'éducation et l'effort.

La toilette

A la campagne, la règle est de se laver chaque jour bras et jambes (salis au travail) et le reste du corps chaque semaine ou tous les 9 jours, ce qui correspondait aux jours de marché d'après Sénèque. A la maison, l'hygiène se limite à la toilette intime des femmes et des petits enfants.

A la ville, seuls les riches disposent de bains privés, les autres vont aux Thermes chaque jour. A partir d'Hadrien, et suite à un scandale, un décret impérial impose des heures différentes (le matin pour les femmes, l'après-midi pour les hommes) sauf dans certains établissements qui étaient doubles (Pompéi). Mais une femme soucieuse d'éviter les commérages ne va pas à la piscine qui est mixte. Les femmes les plus riches prennent un bain de lait (d'amande douce pour Cléopâtre, d'ânesse pour Poppée). Le lait d'ânesse était par ailleurs réputé pour atténuer les rides, comme la vigne blanche pilée ou la fiente de pigeon délayée dans du vinaigre ou du suc huileux tiré de la toison de brebis.

Ne connaissant pas le savon, les Romains employaient pour se laver une éponge et des substances dégraissantes (voire décapantes) puis retiraient les impuretés avec un strigile :
- écume de salpêtre
- sapo : pâte moussante à base de graisse de chèvre et de cendres de hêtre (inventé par les Gaulois)
- « lomentum » : à base de farine de fèves et de coquilles d'escargots pillées
- « pumex » : pierre ponce
Ces détergents sont très abrasifs, et après chaque lavage, il est nécessaire de recouvrir le corps de pommades ou lotions hydratantes d'huile parfumée destinée à redonner à la peau douceur et élasticité.

éponge naturelleCes lotions sont concoctées avec l'écume des boissons à base de céréales, ou la lanoline extraite de la laine des moutons, mais qui doit impérativement être parfumée pour masquer son odeur très nauséabonde. Les masques de beauté sont composés de farine de froment et de lait d'ânesse, ou de colle d'esturgeon cuite mélangée à du souffre, de l'orcanète, de l'écume d'argent et de l'eau, ou encore de mie de pain, de pommade et d'œuf. Ces emplâtres ne doivent pas poser plus de quelques heures, pour éviter les irritations et les rougeurs. En cas d'irritation, un mélange de gomme d'encens, de myrrhe et de nitre, délayé dans du miel et assaisonné de fenouil et de roses sèches doit normalement en venir à bout. Les tâches de rousseur doivent également être atténuées avec du jus de concombre, de la bouse de veau pétrie à la main avec de la gomme et de l'huile.

Les recettes sont nombreuses, comme nous l'apprend Pline l'Ancien dans Histoire naturelle. Mais beaucoup de ces produits présentés comme des hydratants provoquent au contraire des lésions plus ou moins graves, nécessitant toujours plus de soin ou de maquillage pour en cacher les effets. Les produits les moins nocifs restent les onguents à base d'huile. Les romains utilisaient également la pierre d'alun comme déodorant.

Pour l'hygiène de la bouche et des dents, on utilisait une poudre à base de soude (« nitrum » ou salpêtre), appelée « dentifricum ». D'autres utilisaient aussi de l'urine, de la cendre de tête de lièvre ou encore de la poudre de pierre ponce. Il existait aussi des pastilles de myrte ou de lentisque pétries dans du vieux vin ou encore des baies de lierre, de casse et de myrrhe pour rafraîchir l'haleine. Pour les douleurs dentaires, Pline l'Ancien conseille la cendre de corne de cerf, soit en friction soit en collutoire. Certains disent même que la poudre de corne de cerf non brûlée est plus efficace.

Pour ôter les résidus de nourriture, on utilisait soit une plume (Martial) soit un « dentiscalpium » en métal, os ou bois, sorte de cure-dents fini par un crochet, déjà en usage chez les Grecs. Certains exemplaires réunissaient d'un côté un cure-dents et de l'autre un cure-oreille.
Certaines trousses de toilette pouvaient réunir sur un anneau un cure dent, une pince à épiler, un petit couteau cure-ongles, un gratte-poux et diverses spatules à maquillage.

L'épilation

Strigiles 1er siècleLes femmes s'épilaient les aisselles et les jambes avec une crème dépilatoire à base de colophane (poix) dissoute dans de l'huile et parfois mélangée à de la résine, de la cire et une substance caustique (ou alors mélange à poids égal de graine de sureau noir d'Arménie et de litharge d'argent). Certaines préféraient une cire à base de résine de pin. Plus simplement, les femmes pouvaient utiliser une pince à épiler en bronze (dont la taille peut varier de 5 à 11 cm) et dont la forme ressemble beaucoup aux nôtres. Les hommes s'épilaient aussi bien le visage que le corps ; tel Auguste qui avait l'habitude de se brûler les jambes avec des coquilles de noix chauffées « à blanc » pour que ses poils repoussent plus doux.

Après de longues heures de toilette et d'embellissement, la femme romaine peut se farder et se maquiller. Mais une femme ne doit jamais se laisser voir à sa toilette, surtout par son amant.

Le maquillage

Pour le maquillage, la femme romaine utilise un miroir en bronze ou en métal précieux, très poli, et parfois argenté pour offrir un reflet plus net. Le maquillage à outrance est une particularité des prostituées (ou lupa) que les femmes romaines reprennent à leur compte, au grand dam de certains comme Sénèque. Après le soin de la peau, on procède au maquillage. Les couleurs utilisées sont vives et contrastées.

miroir en bronze - Haut EmpireLa mode est au teint clair. Un visage trop rouge trahit une femme active, et donc de moindre qualité. Mais attention il faut éviter la pâleur qui était réservé aux femmes qui voulaient montrer un chagrin d'amour. Comme fond de teint, on applique une couche de blanc de céruse (carbonate de plomb), mélangée à du miel ou une substance grasse qui donne au visage une « blancheur juvénile » (la céruse venait de Rhodes ; très toxique, elle est interdite en France depuis 1915). On rehausse le blanc de rouge grâce à de l'écume de salpêtre, de la terre de Selina (ocre jaune), de la lie de vin ou du fucus (algue rouge).

On accentue et allonge les sourcils pour renforcer la petitesse du front (autre critère de beauté). On souligne le contour des cils avec un trait d'antimoine ou du « noir de fumée » appliqué au pinceau. La paupière supérieure est ensuite ombrée de vert (tiré de la malachite), de bleu (de l'azurite, carbonate de cuivre) ou de rouge (teinture à base de safran de Cydnus). Le maquillage était complété par l'ajout d'un petit grain de beauté sur la joue et par du fard à joue rouge appliqué au pinceau.
Pour les grandes occasions, on aspergeait le visage de paillettes tirées des cristaux broyés d'hématite (oxyde de fer). Les poudres et crèmes sont enfermées dans de petites pyxides cylindriques en os ou des flacons en verre, dont on extrait le contenu avec une spatule ou cuillère qui peuvent être en os, métal ou verre. On se servait de petites coupelles en verre pour faire les mélanges.

Tous ces soins apportés au corps se font en fonction des moyens de la famille, mais même les plus modestes vont prendre soin d'elles et se maquiller, à l'aide d'autres matériaux (du coquelicot plutôt que du safran pour le rouge par exemple), afin de paraitre sous un beau jour. Si certains des produits utilisés sont encore d'actualité de nos jours (pierre d'alun, khôl), nombreux sont ceux qui apportaient de problèmes de peau, et très probablement des cancers. A utiliser avec précaution donc... !

Bibliographie

- François Gilbert, Danièle Chastenet, La femme romaine au début de l'Empire, , Editions Errance, 2007
- P. Virgili, Vita & costumi dei romani antichi T.VII Acconciature & Maquillage ed. Quasar 1989
- Giuntoli Stefano, Art et Histoire de Pompéi, Edition Bonechi, 1989

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