Rechercher dans le site
Lettre d'information

Découvrez notre lettre hebdomadaire avec toute l'actualité du site, ainsi que des éditions spéciales pour les concours que nous organisons !

S'inscrire à la lettre

Accueil Civilisations et Empires La civilisation romaine (1) : L'essor de la Rome antique

Inscrivez-vous à notre lettre hebdomadaire: nouveaux articles, programmes télé, débats ! Lettre hebdo:   |  Ajoutez ce site à vos favoris !  |  HpT sur  |  

La civilisation romaine (1) : L'essor de la Rome antique

louve_romaineLa naissance et l'expansion de Rome sont un des éléments les plus important de l'Antiquité. La constitution de l'Empire romain a submergé tout le monde Méditerranéen, assimilant et soumettant des civilisations jusque là triomphantes comme la Grèce ou Carthage. Mais cette dilatation de la cité romaine semble bien improbable au Ve siècle av. J.-C. par exemple, au moment où la Grèce classique rayonne. Cette période, longue et tumultueuse plonge ses racines dans la mythologie, depuis Romulus jusqu'à Marius (VIIIe siècle avant J.-C. - IIe siècle avant J.-C.), en passant par le duel entre Hannibal Barca et Scipion l'Africain et voit se succéder une royauté, d'abord mythique, puis étrusque avec les Tarquins avant de voir naitre la fameuse République romaine et son célèbre Sénat.

 

La Rome des rois

Au moment où les Grecs commencent une véritable diaspora dans le bassin méditerranéen, la tradition fixe la naissance d'une petite cité dans le Latium, Rome, dont le premier roi, Romulus appartient à la légende. La genèse de cette cité italienne se déroule en effet en des temps qui échappent à l'histoire, qui est encore un genre littéraire inconnu. Selon la mythologie donc, Romulus et ceux que l'on nomme les rois légendaires se succèdent à la tête de Rome, chacun correspondant à des fonctions symboliques théorisées par Georges Dumézil dans ce que l'on nomme la tri-fonctionnalité indo-européenne : Romulus et Numa représentent de manière dualiste la royauté traditionnelle avec d'un côté respectivement le pouvoir exécutif, et de l'autre la fonction religieuse (dont les rois Indo-européens s'acquittent en parti), Tullus Hostilius symbolise la force guerrière et enfin Ancus Martius la production économique et les affaires sociales. A côté de cette tradition, le passé ancien de Rome nous parvient par l'archéologie qui pallie à l'absence de textes.

La découverte de trous dans le sol réalisés pour accueillir des poteaux, suggère un habitat dès une date proche de celle transmise par la légende et nous indique également une probable activité agro-pastorale, complètement en accord avec la vie décrite par Tite Live à propos de Romulus. Historiquement, la présence des Étrusques, une civilisation très étonnante et quelque peu mystérieuse dans son origine, est attestée dès le VIIe siècle av. J.-C., puis débute la royauté étrusque à Rome dès le VIe siècle avec Tarquin l'Ancien, Servius Tullius et Tarquin le Superbe. Si rien n'est tout à fait clairement attesté concernant la véracité historique de ces rois, il est en tout cas certain qu'à cette date Rome est une cité étrusquisée, qui au contact de cette civilisation développe alors un urbanisme symbolisé par la muraille servienne (ou muraille de Servius Tullius), sans compter tout un ensemble de produits de consommation plus ou moins courante, comme des poteries typiquement étrusques. C'est sous la domination du roi étrusque Tarquin le superbe que fut érigé sur le Capitole le culte de la triade divine Jupiter, Junon et Minerve. Rome est alors une puissante cité qui domine le Latium par l'intermédiaire de la Ligue Latine formée autour d'elle.

Fondation de la République romaine

enlevement_des_sabines_jacques_louis_david_1799En histoire romaine se produit alors un événement fondamental ; la déposition de Tarquin le superbe en 509 av. J.-C. à l'instigation de L. Iunius Brutus et l'instauration d'un nouveau régime, la République. La date a fait grandement débat, car à la même époque, Athènes chassait les Pisistratides (les tyrans ; forme de gouvernement personnel et populiste). Néanmoins le grand historien de Rome, Pierre Grimal, y accorde crédit tant ce fait a dû paraître marquant pour les contemporains. En tout cas, cette fin de VIe siècle et le début du Ve siècle sont marqués par un recul net de la puissance étrusque dans la région. Rome, affranchit de la domination étrusque, connut semble-t-il un certain affaiblissement ainsi qu'un ralentissement significatif des influences artistiques helléniques. Le nouveau régime en place se fonde avant tout sur un pouvoir exécutif bicéphale, traduisant chez les Romains un dégoût marqué pour le pouvoir d'un seul homme. Deux préteurs dirigent donc annuellement la cité, bientôt remplacés par des consuls. La fonction religieuse de la royauté traditionnelle, dont nous avons évoqué l'origine, perdure et un des magistrats se voit investi de ce rôle. Le reste du fonctionnement de la cité reste inchangé ; les Patriciens tiennent en main les affaires dans l'assemblée aristocratique du Sénat en s'appuyant sur les comices curiates et centuriates. Or, Tarquin ne s'avoue pas vaincu et avec des alliés comme les habitants de Véies et le roi étrusque Porsenna il revient en force, mais il est vaincu près d'Aricie. Dès 501 av. J.-C. c'est la ligue latine qui prend les armes contre Rome, poussant les Romains à s'en remettre pour la première fois à un dictateur assisté d'un maître de la milice ; ce pouvoir suprême reste donc tempéré. La victoire est remportée au lac Régille grâce aux Dioscures (enfants de Jupiter), selon la légende.

Une société divisée

C'est alors que débute un conflit d'un tout autre type ; l'affrontement entre Patriciens et Plébéiens. Les seconds, spoliés lors du changement de régime qui s'est opéré presque exclusivement au profit des premiers, pensent un temps à la sécession ce qui montre combien la divergence pouvait être profonde. Mais la répartition des citoyens dans les nouvelles tribus territoriales qui se substituent aux anciennes ethniques donne naissance à une assemblée plébéienne non reconnue par les aristocrates, mais qui finit néanmoins par s'imposer. Parallèlement, l'organisation centuriate des comices favorise l'apparition, au coté de la cavalerie aristocratique, d'une infanterie lourde apparentée avec quelques siècles de décalage à la réforme hoplitique grecque. La crise qui s'ouvre vers 451 – 450 av. J.-C. débouche sur la rédaction de la fameuse Loi des XII Tables qui laïcisait le droit, diminuant de fait l'autorité sacerdotale des pontifs patriciens. Dans la poursuite de ce mouvement, la plèbe obtient des droits civils (commerce, mariage). Dès 471, la Plèbe s'était dotée de tribuns inviolables qui contrebalançaient la puissance du Sénat et des principaux magistrats aristocratiques par leur droit de véto. En 440 av. J.-C., le conflit trouve son issue avec l'égalité entre patriciens et plébéiens (lex Carnuleia).

Les débuts de l'expansion

pyrrhusFortifiée dans ses institutions, Rome part à la conquête de sa rivale de toujours ; Véies qui est soumise en 395 av. J.-C. et dont le pillage ramène un énorme butin à Rome. Libérés de ce dangereux voisin, les Romains ne profitent pas longtemps de leur victoire. En effet, une expédition celtique débouche sur le sac de Rome en 390. Seul le Capitole est épargné, les défenseurs s'y étant retranchés. Les Celtes, minés par une épidémie, acceptent de négocier ; c'est alors que, face aux plaintes des Romains, le chef celte, Brennos, aurait jeté son épée dans la balance servant à peser l'indemnité en proclamant « Malheur aux vaincus! » (Vae Victis). Très marquée par cette attaque, Rome entrait pourtant un demi-siècle plus tard dans une série de conflits contre un peuple italique ; les Samnites. Entre 343-341 av. J.-C., puis 327-304 av. J.-C. et 298-291 av. J.-C. les Romains durent s'adapter militairement pour soumettre ces peuples de farouches guerriers, qui, retranchés dans les Apennins posaient des problèmes considérables à l'armée civique romaine équipée à la manière des phalanges grecques.

Ils mirent donc au point le système dit manipulaire ; un manipule est une petite subdivision de l'armée composée de deux centuries. Ces unités plus compactes permettaient de combattre sur un terrain accidenté et débusquer les Samnites. Dans la vie civile, cette période est marquée par le droit concédé aux plébéiens de briguer le souverain pontificat (lex Ogulnia 300 av. J.-C.) ce qui cassait le lien existant entre aristocratie et religiosité, élément de distinction fondamental jusqu'ici entre les deux « classes » constituant la société romaine. Néanmoins, la guerre grondait à nouveau. La cité de Tarente, alliée au roi d'Épire Pyrrhus mit Rome en grande difficulté. Malgré tout, les victoire remportées par le souverain hellénistique, passé à la postérité comme très couteuses en vie humaine dans ses propres rangs (victoire à la Pyrrhus), donna aux Romains l'occasion de répliquer avec force ; dès 272 av. J.-C. Tarente tombait.

Rome contre Carthage ; la lutte à mort

Depuis 348 av. J.-C., Rome était entré en contact diplomatique avec l'autre grande puissance de la Méditerranée occidentale Carthage. L'accord entre les deux puissances fut renouvelé en 306. Mais Rome, maîtresse de l'Italie et libérée des prétentions épirotes, et Carthage en pleine expansion vers les îles italiennes, entrèrent bientôt en contact à l'occasion d'un événement assez marginal ; l'appel des Mamertins à Rome car ils étaient assiégés par les Carthaginois dans Messine. L'intervention romaine lança le conflit entre les deux Empires rivaux dans leurs intérêts, et notamment à propos de la question sicilienne. L'affrontement, essentiellement maritime vit une adaptation rapide des Romains à cette technique nouvelle pour eux. Entre 264 et 241 av. J.-C. les combats firent rage. Rome l'emportait peu à peu et parvint à faire débarquer une armée sur le sol carthaginois qui fut écrasée par Hamilcar Barca, le père du futur génie militaire Hannibal. Mais, lassée de combattre, la cité punique, dont l'activité essentiellement commerciale pâtissait énormément des affrontement, décida de traiter avec Rome. Elle y perdit l'essentiel de sa flotte, la Sicile, puis la Corse et la Sardaigne à la faveur d'imprécisions dans le traité. Elle dut également fournir une indemnité de guerre considérable, ce qui vida ses coffres et provoqua la révolte de ses mercenaires. Rome sortait grandie de son succès face à une puissance reconnue dans le Bassin méditerranéen et devint alors une véritable force d'échelle internationale.

La Deuxième Guerre Punique

hannibalthecarthaginianOr, la dureté du règlement du conflit fit naître une farouche détermination de vengeance dans la famille d'Hamilcar, les Barcides, qui se taillèrent un immense domaine en Espagne, profitant ainsi des richesses humaines et métalliques de la péninsule ibérique pour préparer la revanche. A cette date, Rome fortifiait sa position en Italie en combattant les Celtes de la plaine du Pô et les Illyriens, de l'autre coté de la mer Adriatique. Un nouvel événement mineur précipita la mise en branle des deux puissances rivales : la prise de Sagonte en Espagne par Hannibal contre l'avis des traités en cours. La chute de son allié mit Rome face à la guerre que le général carthaginois avait soigneusement préparée. Fonçant avec une armée hétéroclite composée d'Ibères, de Celtibères, de mercenaires Lybiens, Numides et de Carthaginois, Hannibal franchit sans coup férir les Alpes et entama une série de victoires spectaculaires. Au Tessin puis à la Trébie il fit montre de sa supériorité tactique et s'ouvrit la route vers le Sud, vers Rome. En route, il se joua de l'armée consulaire envoyée à sa rencontre en la prenant dans une gigantesque embuscade au lac Trasimène. Les Romains et leurs alliés, pris au pièges, furent massacrés ou périrent noyés. Hannibal continua sa route, dépassa Rome à l'Est , poursuivi par deux armées consulaires dont l'effectif total semble avoir atteint les 80000 hommes. Avec son armée de moins de 50000 hommes, le carthaginois semblait en grande difficulté, coupé de ses base et en terrain ennemi. Les Celtes et les alliés Italiens de Rome n'avaient guère montré d'enthousiasme à se rebeller, et c'est donc dans cette situation paraissant désespérée qu'il aborde la bataille de Cannes. Hannibal disposa le front de son armée en arc de cercle vers l'ennemi (composé d'Espagnols et de Celtes), sur les ailes en colonne fuyante venaient ses phalanges, et à l'extrémité sa cavalerie carthaginoise et numide.

Les Romains ne firent pas de subtilités tactiques ; leur armée, surtout composée de fantassins lourds, prit la forme d'un gigantesque carré avec sur les ailes la médiocre cavalerie rassemblée. Ils prirent l'initiative tombant de fait dans le piège tissé par le général punique. L'arc de cercle recula en effet sans rompre, absorbant l'attaque romaine. Or, rapidement les phalanges se portèrent sur les ailes à la manière de deux vastes mâchoires, enserrant les Romains dans la nasse. La cavalerie punique, victorieuse se portait dans le même temps sur les arrières de l'armée romaine qui fut anéantie. Les sources les plus sûres parlent de 45000 morts romains et de 10000 prisonniers. Les débris de cette armée refluèrent vers Rome apportant la nouvelle du désastre. Près d'une centaine de sénateurs avaient trouvé la mort dont le célèbre Paul Emile dans ce qui reste le pire revers infligé à la puissance romaine. Mais Rome ne se rendit pas comme les codes de la guerre hellénistique le prévoient et avec Fabius Maximus, surnommé le cunctator (temporisateur) nommé dictateur (magistrat rassemblant tous les pouvoirs pour une période de six mois) elle se fortifia dans sa société, formant une véritable « Union Sacrée » tendant ses forces vers la seule alternative ; la victoire ou la mort.

guerres_puniquesHannibal, enlisé en Italie et harcelé par les Romains ne put intervenir lorsqu'ils ouvrirent un nouveau front en Espagne, sur les terres même du Barcide, avec à la tête des troupes Publius Cornelius Scipio, le futur africain, le fils de Publius Cornelius Scipio, vaincu dans les premières victoires d'Hannibal et tué en Espagne par les frères de celui-ci. Scipio, nouvellement élu consul contre les lois en vigueur (il n'avait pas terminé le cursus honnorum ou carrière des honneurs : suite de magistratures de plus en plus importantes, que doivent accomplir tous les membres de l'aristocratie souhaitant exercer un rôle politique) et n'avait été qu'édile (il lui restait à être questeur et préteur avant de briguer la plus haute magistrature). Mais les Romains commençaient à sentir qu'une organisation traditionnelle et rigide ne leur permettrait pas se s'en sortir et ils consentirent à de nombreux aménagement de leur système politique.

Ainsi les armées, composées de citoyens, devaient être démobilisées annuellement pour laisser les hommes rentrer sur leur terre ou dans leur activité. Mais les réalités de la guerre empêchaient les autorités de laisser se disperser des soldats aguerris. Les entorses auront des répercussions sur le long terme que nous verrons plus bas dans ce court exposé. Scipio écrasa bientôt les frères d'Hannibal et débarqua sur les terres carthaginoises provoquant le rappel d'Hannibal, revenant avec une armée réduite de vétérans. La confrontation ultime eut lieu à Zama en 202 av. J.-C. ; Hannibal allait nous livrer un nouveau récital de ses talents tactiques. Il disposa son armée en trois lignes avec au premier rang ses mercenaires celtes et ligures, puis les levées carthaginoises et enfin l'élite de son armée, ses 10000 vétérans d'Italie. Devant, il avait placé ses 80 éléphants dont le rôle était de perturber la belle ordonnance des légions. Face à lui, Scipio resta très académique ; l'armée romaine s'étageait dans son organisation des plus jeunes employés comme vélites (tirailleurs), aux plus âges les très lourds triarii, en passant respectivement par les hastati et les principes.

scipion_lafricainMais il avait un atout déterminant ; la cavalerie numide était passée dans son camp à la faveur d'une querelle dynastique et Hannibal n'en possédait qu'un nombre restreint. Ce dernier lança ses éléphants dont l'attaque resta stérile car les légionnaires ouvrirent leurs rangs et tuèrent les pachydermes. La contre-attaque romaine suivit et entra en contact avec la première ligne carthaginoise, qui au prix de beaucoup d'efforts fut vaincue et reflua vers l'arrière. Puis les Romains écrasèrent les levées carthaginoises qui elles aussi vinrent se placer sur les ailes des vétérans. Car tel était le plan d'Hannibal ; les Romains, fatigués, se trouvaient face à une gigantesque ligne de fantassins dont la partie centrale, l'élite du carthaginois, était parfaitement fraîche contrairement aux légionnaires éprouvés par la lutte opiniâtre qu'ils venaient de livrer. Hannibal sembla l'emporter mais c'était sans compter sur la cavalerie numide des Romains qui avait triomphé sur les ailes et qui maintenant prenait l'armée punique à revers et bientôt provoquait son effondrement. Scipio vainqueur venait pourtant de recevoir une leçon tactique que seul son sens du commandement avait pu retourner ; il avait en effet interdit à sa cavalerie de poursuivre les carthaginois qui avaient rompu le combat volontairement sur les ordres d'Hannibal avec l'espoir de les éloigner du champ de bataille, le Punique espérant ainsi vaincre avant son retour.

Victoire et suprématie de Rome en Occident

Carthage n'avait plus d'espoir de vaincre et s'en remit à son vainqueur. Les Romains furent sans pitié ; la cité Punique devait livrer sa flotte, payer une nouvelle indemnité de guerre et perdait l'Espagne ainsi qu'une partie de son territoire africain donné aux Numides de Massinissa. Rome entrait dans ce que l'on appelle l'impérialisme conscient ; jusque là, la cité avait été surtout été dans une perspective défensive et luttait pour desserrer l'étau. Désormais, sûre de sa force, emplie de fierté et renforcée dans son organisation profonde (par l'entente entre plèbe et patriciens), et même si démographiquement et matériellement elle était dévastée, Rome possédait en main des éléments lui permettant de se reconstruire mais aussi de prétendre à une domination bien plus grande.

La première victime de ces prétentions fut la roi de Macédoine Philippe V, qui avait esquissé un rapprochement avec Hannibal et témoigné de son inquiétude envers les victoires romaines. La guerre, limitée, avait déjà eu lieu parallèlement à la seconde guerre punique dès 215 av. J.-C., soit au lendemain de la catastrophe de Cannes. Mais les Romains avaient d'autres priorités et laissèrent leurs alliés Etoliens face à Philippe. Mais en 200 av. J.-C., c'est forte de sa victoire éclatante que Rome débarque en Macédoine. A Cynocéphale, Titus Quinctius Flamininus écrasait les phalanges macédoniennes et prouvait la valeur des légions. En triomphateur, l'imperator (titre de commandement donnant l'autorité sur les troupes) proclama alors la liberté de la Grèce. On était en effet dans une époque de vive fascination pour la culture grecque et Flamininus en était un vibrant symbole. Avec Caton, un homme politique devenu consul en 195 av. J.-C. Rome amorce une réaction ferme contre cette trop grande pénétration de la « grécité » et réaffirme son originalité propre.

Rome dans les affaires de l'Orient

Prise dans les affaires helléniques, Rome entra en contact avec l'Empire Séleucide, la partie la plus vaste de l'ancien Empire d'Alexandre le Grand, correspondant à peu près à l'ancien Empire perse achéménide. Le nouvel adversaire semblait considérable pour Rome, mais sa victoire des Thermopyles contre Antiochos III et surtout de Magnésie finit de placer Rome comme arbitre des affaires dans tout le bassin méditerranéen. Le séleucide vaincu décida de traiter avec les Romains, ce qui lui valut de perdre tous ses territoires en Asie Mineure jusqu'aux monts Taurus au traité d'Apamée. Rome en profitait pour renforcer son allié dans la région ; le royaume de Pergame. Mais le sort de la Macédoine, pourtant durement éprouvée depuis Cynocéphale en 197 av. J.-C., n'était pas clôt ; le fils de Philippe, Persée, préparait à la suite de son père la revanche. Il avait tissé, à l'encontre de tous les traités, des alliances en Grèce, avec les séleucides et avait reconstitué son armée. L'intervention romaine ne se fit guère attendre, et dès 172 av. J.-C. la troisième guerre de Macédoine débutait. En 168 av. J.-C., Lucius Aemilius Paullus, plus connu sous le nom de Paul Émile écrasa les armées de Persée à Pydna et recomposait la Macédoine. Rhodes ayant un temps manifesté de la sympathie pour le macédonien est châtiée et perd ses territoire en Asie Mineure et doit dans le même temps supporter l'élévation de Délos comme port franc, c'est à dire libre d'impôts, qui finit par drainer l'essentiel du trafic maritime.

La guerre en Occident.

En Orient donc, Rome triomphait avec une certaine facilité des souverains hellénistiques. Mais du côté occidental, les opérations s'avéraient beaucoup plus rudes et donnaient moins de butin. Sous une forme de « guérilla », les Celtibères empêchaient les Romains de profiter des terres qu'ils avaient prises à la famille Barca en Espagne. En 197 av. J.-C., les Romains avaient envoyé deux prêteurs afin d'administrer les deux provinces fraîchement annexées. Mais il restait désormais à soumettre véritablement le territoire ce qui ne fut pas chose facile. Entre 154 et 152 av. J.-C. Marcellus fit campagne, mais la pacification était loin d'être acquise et en 147 av. J.-C. Viriathe, un ancien berger, survivant du massacre commis par les troupes du prêteur romain Servius Sulpicius Galba en 150 av. J.-C., dans le cadre de la pacification, devint l'âme de la lutte contre Rome. Après plusieurs succès et sa résistance opiniâtre il est assassiné par des proches, peut-être soudoyés par les Romains. Malgré tout, les Celtibères qui avaient repris les armes grâce aux succès du chef lusitanien restaient sur le pied de guerre. Rome envoya alors son meilleur général, le fils de Paul Émile ; Scipion Émilien, récemment auréolé de sa victoire définitive sur Carthage lors de la troisième guerre Punique qui avait vu la destruction de la rivale de Rome. Entre 137 et 133 les combats firent rage jusqu'à ce que le Romain parvienne à enfermer la résistance dans la solide place de Numance qu'il détruisit.

Nouvelles tensions intérieures

Mais à l'intérieur de son territoire, Rome était secouée de plusieurs faits marquants. Pour commencer, les tentatives par les frères Gracches de réformes agraires sont un jalon important de l'histoire romaine, qui marque la division de l'aristocratie en grandes tendances politiques ; conservateurs, libéraux conservateurs, et réformateurs. Les petits producteurs dont les terres avaient été rachetées par les grands propriétaires ou plus simplement expropriés laissaient place à des exploitations serviles (la masse d'esclaves étant considérable du fait des guerres). Or, tous ces paysans sans ressources venaient peupler Rome d'une population essayant de survivre. Dans le même temps, de vastes domaines avaient été accaparés par les aristocrates sur l'ager publicus (domaine public ; terres appartenant à tous les citoyens romains) qui leurs avaient été confiées sans pour autant être un don définitif, jouissance du bien donc, l'État se réservant la propriété. Les Gracches voulurent imposer une redistribution des terres ce qui provoqua l'ire des aristocrates et amena à leur assassinat. Parallèlement, entre 135 et 132 av. J.-C. les esclaves de Sicile se révoltent et entraînent une féroce répression de la part de l'autorité romaine, initiant malgré tout une série de révoltes du même type où les Romains apprirent à se méfier d'un tel afflux d'esclaves. La plus célèbre reste sans nul doute celle de Spartacus écrasée par Crassus et Pompée en 71 av. J.-C. entraînant la crucifixion de 6000 prisonniers le long de la voie Appienne.

L'arrivée des barbares

A l'extérieur, les Romains soumirent peu à peu dans les années 120 av. J.-C. la Gaule Transalpine (de l'autre coté des Alpes) afin de se garantir un accès sûr vers leurs possessions espagnoles, aboutissant à la création de la province de Narbonnaise. Mais Rome se trouve bientôt face à de nouveaux périls particulièrement graves ; en effet, descendant du Nord de la Germanie des tribus Cimbres et Teutonnes entament une migration qui les mène à travers l'Europe et débouchent dans le Norique, au Nord de l'Italie en 113 av. J.-C.. Voyant la menace, les Romains interviennent mais sont sévèrement battus lors de la bataille de Noreia. Poursuivant leur route, les barbares germaniques arrivent en Gaule font une grande boucle en terre celtique et entrent dans la nouvelle province de Narbonnaise. Les Romains retrouvent alors leurs ennemis dans une grande bataille près d'Orange où ils sont une nouvelle fois défait et massacrés. Les barbares délaissent l'Italie et dans leur quête de terres, traversent le Nord de l'Espagne et reviennent vers la péninsule italienne avant de se séparer. Mais à Rome, un homme sorti de l'ordre équestre est nommé général et s'empare des opérations ; il détruit en deux batailles la menace barbare à Aquae Sextiae puis à Verceil (102 et 101 av. J.-C.).

Mais Rome est marquée à jamais par la terreur des barbares du Nord, dépeints dans l'iconographie et les bas relief comme des être bestiaux, hirsutes et batailleurs, à tel point que tout une partie de l'historiographie (histoire de l'histoire) du XIXe siècle est marquée par un rejet de ces peuples, les historiens reprenant à la lettre les propos de leurs prédécesseurs romains. Or Rome devait avoir une histoire toute particulière avec les Germains, des peuples hétéroclites dont l'originalité n'a pas fini de terrifier et fasciner les Romains. Néanmoins, Rome, en maîtresse de la Méditerranée se voit appelée par un prince Numide dans la guerre de succession du royaume. Parallèlement les Romains intervinrent donc militairement dans ce que l'on appelle la guerre de Jugurtha du nom du roi berbère (donc de Numidie) ayant pris le pouvoir et chassé son rival. Les combats sont rudes ; le Numide a servi au côté des Romains en tant qu'allié durant la guerre en Espagne et connaît donc les tactiques romaines. Il faut attendre la nomination de Marius (106 av. J.-C.), qui fit alors véritablement ses preuves en tant que commandant, pour voir Rome triompher une nouvelle fois et étendre simplement un protectorat sur la Numidie sans l'annexer.

Réformes militaires de Marius

MariusMais Marius n'est pas simplement connu pour ses victoires ; il lança en effet une grande réforme de l'armée romaine en permettant aux « prolétaires » de participer à la guerre (jusque là, seul les citoyens ayant suffisamment de moyens pouvaient servir puisqu'ils devaient s'équiper à leurs frais). De ce fait, les soldats deviennent plus attachés à leur chef et n'espèrent pas rentrer au plus tôt puisqu'ils n'ont rien à attendre de la société romaine. Ils ont en outre, dans ces guerres de conquête une perspective d'enrichissement certain. Marius décida également de réformer plus avant l'armée en assignant à chaque soldat un paquetage plus lourd qui permettait de diminuer d'autant le train de bagages qui encombrait les armées et les ralentissait ; par dérision on surnomma les soldats les « mules de Marius », tout cela en 107 av. J.-C.. Son action se doubla d'une prétention politique et le général est le premier des Grand Imperatores qui mirent la République sous une véritable tutelle.

Le leg d'Attale

Mais avant d'entrer dans le détail des luttes intestines de l'aristocratie militaire romaine, il convient de parler des autres faits militaires et politiques du coté de l'Orient où Rome s'immisce peu à peu comme nous l'avons évoqué. En 113 av. J.-C. Rome érige en province l'ancien royaume de Pergame, légué grâce à un testament par son souverain Attale III. Malgré tout, la transition n'est pas une évidence puisque le demi-frère du roi, Aristonicos, anime la résistance en se proclamant roi. Dans le même temps, l'Asie Mineure est le siège de pirates qui, de par leurs rapines commencent à inquiéter Rome qui décide de conquérir leur territoire et crée donc la province de Cilicie (100 av. J.-C.).

Nous achevons ici la première partie de notre résumé car une longue succession de conflits armée et politique déchirent Rome dans la période suivante s'étalant jusqu'en 31 av. J.-C. qu'il convient d'étudier indépendamment pour en rendre la substance. En tout cas, nous venons de voir l'expansion romaine au cours de plusieurs siècles qui ont fait passer la petite cité italienne au tout premier plan diplomatique méditerranéen. A cette date Rome domine l'Italie, une bonne partie de l'Espagne, le Sud de la Gaule, une bande côtière en Illyrie (Balkans), la Grèce et la Macédoine, l'Ouest de l'Asie Mineure et l'ancien territoire africain de Carthage. Néanmoins, la cité italienne exerce son influence dans tout le bassin, règle les conflits de succession dans les royaumes voisins comme avec la Numidie ; Rome assume son impérialisme et sa puissance. Elle se sent investie de la mission de soumettre le monde civilisé qui seul mérite le droit d'obéir à ses lois qu'elle considère comme étant les meilleures.

Bibliographie

- Pierre Grimal, La civilisation romaine, Flammarion, 1981.

- Jean-Michel David, La république romaine, De la deuxième guerre punique à la bataille d'Actium, 218-31 av. J.-C., Seuil, 2000.

- Marcel Le Glay, Yann Le Bohec, Jean-Louis Voisin, Histoire romaine, PUF, 2006.

- Théodore Mommsen, Histoire Romaine, Tome 1, Robert Laffont, 1985.

A lire sur le forum



Discuter de cet article sur notre Forum Histoire