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La ligne Maginot : symbole d'une défaite (2/2)

maginot6Dès 1936, la France possède un système de fortifications flambant neuf et en apparence invulnérable. Les années qui suivirent et en particulier, bien sûr, le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale vont donner l’occasion à la ligne Maginot de prouver ses qualités dans la bataille. En effet, la ligne Maginot a joué un véritable rôle stratégique dans la campagne de France, rôle qui est bien souvent inconnu du grand public de nos jours quand bien même les combats qui s’y déroulèrent furent d’une grande violence.

 

 

La ligne Maginot dans la guerre

Sitôt les ouvrages mis en service, ils sont occupés par des troupes spécialisées créées pour l’occasion, les troupes de forteresse, comprenant des détachements d’infanterie, d’artillerie et du génie. Ces troupes sont en temps de paix stationnées dans des casernes à l’arrière des ouvrages qu’elles occupent à la moindre alerte. Ainsi, dès avant la déclaration de guerre, la ligne Maginot sera mise en alerte à plusieurs reprises au gré des convulsions des relations diplomatiques franco-allemandes. Ce sera notamment le cas lors de la remilitarisation de la Rhénanie en mars 1936 ou de l’Anschluss en mars 1938. Cependant, le 23 août 1939, lorsque les réservistes sont mis en alerte, l’occupation sera définitive. Durant l’automne et l’hiver 1939-1940, comme sur le reste du front, il ne se passe aucun événement notable sur la ligne Maginot à l’exception de quelques escarmouches et quelques combats aériens. La moitié de l’armée française – les 3e, 5e et 8e armées – massée derrière la ligne sera totalement passive durant ces neuf mois de drôle de guerre.

Le 10 mai 1940, l’armée allemande lance sa grande offensive contre la Belgique, le Luxembourg, les Pays-Bas et la France. L’armée française stationnée derrière la frontière belge s’élance aussitôt à la rencontre des troupes de la Wehrmacht en Belgique tandis les troupes de la ligne Maginot restent sur leurs positions. De fait, dans les premiers jours de campagne, le champ de bataille restera éloigné de la ligne Maginot.

maginot5Le premier contact important entre l’armée allemande et les fortifications de la ligne Maginot aura lieu le 16 mai 1940 au niveau de l’ouvrage de la Ferté, à proximité de Montmédy. Il s’agit d’un petit ouvrage de moindre qualité construit à partir de 1934, mais c’est le premier ouvrage de la ligne Maginot que les Allemands vont avoir l’occasion d’attaquer. Ils vont donc mettre toutes les chances de leur côté et déchaîner sur les deux casemates un déluge d’obus auquel le modeste ouvrage n’est absolument pas en mesure de résister. Trois jours de bombardement incessant noieront de fumée l’intérieur de l’ouvrage et causeront la mort par asphyxie des 107 soldats de l’équipage.

En dehors de cet épisode tragique, l’essentiel de la ligne Maginot reste à l’écart des grands axes de l’offensive allemande. Craignant la résistance des fortifications, les Allemands ne lanceront que très tardivement des assauts contre la ligne elle-même. Il faut en réalité attendre le début de l’évacuation des troupes de la ligne Maginot, après que Weygand eut donné son ordre de repli général de l’armée, le 12 juin, pour que les Allemands se décident à attaquer la ligne Maginot. À cette date, l’armée française est déjà vaincue et ne peut plus opposer de résistance efficace à la Wehrmacht. Les troupes de la ligne Maginot restent alors le seul corps de l’armée française à tenir encore leurs positions et à posséder encore tout leur armement et leur matériel.

Cependant, lorsque les Allemands lancent leur première grande offensive contre la ligne Maginot, la majorité de ses troupes de garnison est encore en place. La Wehrmacht a choisi d’attaquer dans la vallée de la Sarre. La ligne Maginot est constituée en cet endroit d’une série de petites casemates et de grandes étendues d’eau artificielles créées pour former une ligne de défense. Le 14 juin 1940, après un bombardement d’artillerie et d’aviation, les Allemands se lancent à l’assaut de la ligne fortifiée.

Les combats font rage toute la journée dans les bois de la vallée de la Sarre. Au soir, les troupes françaises, renforcées par quelques unités polonaises, ont réussi à repousser les Allemands au prix de 500 morts. La Wehrmacht, elle, a perdu plus de 1000 hommes. Paradoxalement, il s’agit de la plus grande victoire française de la campagne de 1940, remportée le jour même de la chute de Paris.

Mais il s’agit d’une victoire sans lendemain. Les troupes de la Sarre, comme le reste de l’armée française, doit se replier et elle quitte presque aussitôt les positions qu’elle a défendues avec acharnement le 14 juin. Les Allemands peuvent donc passer sans encombre. Le repli général de toutes les troupes de campagne ne va laisser à la ligne Maginot que 22 000 défenseurs du Luxembourg à la Suisse.

Dès lors, les Allemands vont pouvoir profiter de cette trouée qui coupe la ligne Maginot pour encercler cette dernière. Bientôt, la plupart des ouvrages fortifiés se retrouvent attaqués de tous les côtés. Le 15 juin, l’armée allemande lance une offensive sur le coin de la ligne Maginot en Basse-Alsace. Pendant plusieurs jours, les Allemands tenteront de franchir la ligne de fortifications, mais ils échoueront. Le 19 juin, une nouvelle attaque allemande est lancée dans les Vosges. La crête de la chaîne de montagnes n’est défendue que par une série de petites casemates que le repli de l’artillerie de campagne a privée de tout soutien. Elles ne pourront donc que résister durement avant d’être prises.         Le 16 juin, les Allemands avaient également profité du repli français dans la vallée du Rhin pour lancer une audacieuse opération amphibie. En état de très forte infériorité numérique et quasiment sans soutien d’artillerie, les Français ne purent mener qu’une bataille de retardement avant de se replier petit à petit. Les combats feront cependant rage jusqu’à l’entrée en vigueur de l’armistice signé entre la France et l’Allemagne le 22 juin.

Les combats ne se déroulent cependant pas uniquement dans le Nord-Est. Le 10 juin 1940, l’Italie avait déclaré la guerre à la France et lancé une offensive contre les fortifications françaises des Alpes. Malgré une importante supériorité numérique, l’avancée italienne fut laborieuse et connut de grandes difficultés à cause notamment de l’efficacité des fortifications de la ligne Maginot des Alpes.

Après l’armistice

Lorsque l’armistice entre en vigueur, le 24 juin 1940, la ligne Maginot est globalement intacte. Aucun grand ouvrage d’artillerie ne s’est rendu aux Allemands. Quelques casemates et petits ouvrages se sont rendus à la Wehrmacht à partir du 20 juin mais ni l’artillerie – les Allemands utilisèrent des canons de 420mm – ni les bombardements aériens n’ont réussi à mettre hors d’état de nuire les forteresses de béton et d’acier. Lorsque les combats cessent, les deux ennemis restent face à face et la situation se révélera assez délicate à résoudre. Selon les lois de la guerre, les troupes de la ligne Maginot étant invaincues, elles doivent pouvoir se retirer sans être emprisonnées, ce que refusent les Allemands. Les négociateurs français à la commission d’armistice sont contraints de céder.

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Durant plusieurs jours, une délégation militaire française porteuse des ordres du gouvernement va donc faire la tournée de tous les ouvrages de la ligne Maginot pour organiser la reddition et le départ en captivité de toutes les garnisons. Le 1er juillet, les 22 000 défenseurs de la ligne Maginot quitteront leurs ouvrages pour les livrer aux Allemands. Comme deux millions de soldats français, ils vivront près de cinq ans de captivité en Allemagne.

Durant l’Occupation, les Allemands mettent à profit le potentiel que représente la ligne Maginot. Certains ouvrages servent à tester les nouvelles armes allemandes, d’autres deviennent de véritables usines de guerre souterraines à l’abri des bombardements alliés.

Lorsque la perspective d’une attaque alliée contre l’Europe devint de plus en plus probable, les Allemands imaginèrent de grands projets pour retourner la ligne Maginot et en faire une vaste ligne de défense tournée vers l’Ouest. Mais, quand les Américains parviennent au contact des arrières de la ligne Maginot, en octobre 1944, aucune modification notable n’aura été opérée par les Allemands. En certains endroits, la ligne Maginot gênera la progression alliée mais elle ne joue pas de véritable rôle stratégique durant cette campagne. Avant de quitter certains ouvrages, les Allemands procèderont parfois à des destructions à l’explosif.

Une fois la paix revenue, la ligne Maginot n’est pas désaffectée pour autant. Elle occupe désormais une place dans la stratégie de l’OTAN puisqu’elle est envisagée comme ligne de défense face à une éventuelle offensive soviétique sur l’Europe de l’Ouest. Cependant, si la ligne Maginot avait été à la pointe de la technique militaire en 1939-1940, elle est totalement dépassée face aux nouveaux matériels d’artillerie, à l’heure de la bombe atomique.

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Au cours des années 1960, la ligne Maginot est peu à peu délaissée par l’armée. De très nombreux ouvrages sont purement et simplement abandonnés et tombent en ruine dans l’oubli. D’autres restent encore de nos jours occupés par l’armée, notamment l’ouvrage du Hochwald en Alsace qui abrite aujourd’hui une des plus importantes bases radar en Europe. D’autres enfin ont été acquis par des associations d’amateurs qui les ont restaurés et les ont ouverts au public. Il est désormais possible de visiter certains de ces lieux qui ont joué un rôle important bien que trop souvent méconnu au cours de la campagne de 1940. Les troupes de forteresse auront finalement fait honneur à la devise de leur corps "On ne passe pas".

Bibliographie

- L'histoire de la ligne Maginot de Jean-Pascal Soudagne, Ouest-France, 2010.

- LA LIGNE MAGINOT, CETTE INCONNUE de PIERRE MARTIN - PIERRE GRAIN. Publibook, 2009.

 

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