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Accueil Histoire Universelle Les débuts de la photographie de presse

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Les débuts de la photographie de presse

Emma Alban, Paris-Théâtre, 23 juillet 1874Entre les années 1840 et 1880, le recours à la photographie comme illustration de journal est indirect et lent à cause de la mauvaise qualité des tirages. Les évolutions techniques et la similigravure vont permettre le passage du dessin à l’intégration de la photographie dans le processus d’impression. Cette illustration de presse est appréciée pour ses nombreuses qualités : son esthétisme, son rôle informatif et explicatif. Les clichés qui créent une relation de proximité avec le lecteur, servent de témoins de la réalité.

Au début du XXème siècle, les premières agences photographiques voient le jour, preuve du succès de la photographie et du besoin croissant en images. C’est dans un contexte d’âge d’or de la presse, d’une diffusion plus importante de journaux et de progrès techniques que la photographie deviendra une illustration convoitée.

 

Les premiers usages de la photographie dans la presse : entre utilisation indirecte et collage

Gravure d'après le daguerréotype de la barricade de Saint Maur, L’Illustration, juin 1848

Avant d’être intégrée directement à l'impression, la photographie fait office de document et de modèle aux dessinateurs et graveurs. Utilisée comme « matière première visuelle », elle constitue un outil précieux pour les dessinateurs qui prennent des clichés afin de les recopier manuellement. En second lieu, les graveurs interprètent et intègrent l’image à la publication au moyen d’impressions mécaniques comme la lithographie (faite sur pierre calcaire) et  la gravure sur bois.

En 1843, l’année de sa création, L’Illustration, hebdomadaire illustré, publie sa première gravure sur bois réalisée d’après un daguerréotype et qui dévoile les troubles politiques au Mexique. Le daguerréotype est le premier procédé photographique inventé en 1839 par Daguerre permettant de fixer l’image sur une plaque argentée. Parmi les reprises les plus connues du journal, il existe aussi celle de la barricade de Saint-Maur publiée en juin 1848. D’autres journaux illustrés s’aident de la photographie. A la suite de la mission photographique de l’explorateur Desiré Charnay, réalisée en 1857 au Mexique, des clichés sont diffusés dans Le tour du monde en 1862 et Le monde Illustré en 1865.

Il est important de noter que c’est seulement à partir des années 1860 que la photographie est reconnue dans la presse comme modèle d’illustration. En effet, c’est à cette période que les mentions « d’après photographie » apparaissent plus fréquemment au bas des légendes. Cette mention officialise l’usage de la photographie et permet également d’attester de l’exactitude de l’image reproduite.

Lorsqu’il s’agit d’hebdomadaires par souscription et à tirage limité, les photographies peuvent être collées sur le papier. C’est notamment le cas des journaux de théâtre qui sont les équivalents des programmes actuels des spectacles de théâtre.  La revue Paris-Théâtre propose en insertion hors texte, des planches imprimées en photoglyptie. C’est un procédé de reproduction mécanique inventé par Woodbury en 1864 qui possède des gradations de tons continus. Chaque semaine, le journal présente le portait d'un artiste avec au verso sa biographie.

Vers une meilleure reproduction de la photographie : la technique du bois pelliculé

La garde-barrière, L’Illustration, 25 juillet 1891

La photographie reprise par le procédé de la gravure sur bois est longtemps restée un moyen d’illustrer par des portraits, des personnages ou des accusés lors d’affaires judiciaires, comme celle du Maréchal Bazaine en 1873, ou de l’Affaire Dreyfus en 1894. Les améliorations des procédés de gravures vont accentuer cette tendance. Les graveurs vont devenir des retoucheurs pour travailler l’image et lui donner plus de contraste.

Ernest Clair-Guyot, dessinateur à l’Illustration depuis 1883, invente la technique du bois pelliculé qui permet de reproduire directement le cliché sur du bois, afin d’être gravé sans l’intermédiaire du dessin. D’après lui, ce nouveau procédé est très pratique « Au lieu de copier sur le bois la photographie qui servait seulement de document, je me servis de l’épreuve même en la retouchant directement, ce qui faisait bénéficier mon dessin de toute la précision du cliché, et mon travail terminé, on le photographiait sur le bois sensibilisé pour le graveur. Résultat: grande économie de temps puisque, au lieu de copier entièrement la photographie sur le bois, on ne faisait que l’améliorer et la terminer ». Cette technique aurait été utilisée pour la première fois avec « La garde-barrière » ( Image de gauche).

Néanmoins, la légende de l'image ne précise pas la technique employée et même si elle peut se confondre avec une photographie, il s'agirait davantage d'une gravure. La thèse de Thierry Gervais intitulée  l’illustration photographiquenous éclaire sur les caractéristiques de cette illustration « Ambroise-Rendu présente l’image de Clair-Guyot comme un moment clé, un tournant dans l’histoire de la photographie dans la presse alors que la technique du bois pelliculé produit une image dont le réseau de hachures certifie qu’elle relève du mode de la gravure ».

De la similigravure aux premiers magazines photographiques

A la fin des années 1880, les progrès techniques de la similigravure marquent l’entrée de la photographie dans la presse. Cette technique est le fruit des travaux de Charles-Guillaume Petit en France et de Georg Meisenbach en Allemagne. En associant sur papier texte et image, la similigravure « utilise une trame pour diviser les tonalités photographiques en points » afin de conserver les formes de la photographie et sans passer par le travail du graveur.

L’interview photographique du chimiste Michel Chevreul par Nadar publiée dans Le journal illustré du 5 septembre 1886 constituerait le « premier essai de transparence » et de publication fidèles de clichés. Il témoigne de ce nouveau besoin d’illustration plus réelle et vivante qu’offre la photographie. Il s’agit du premier reportage photographique intégré dans un journal. Les photogravures qui y sont publiées sont très bien imprimées et respectent les détails du cliché. Les événements mondiaux favorisent également l’augmentation de la publication de photos. C’est le cas d’hebdomadaires illustrés britanniques comme le Graphic, qui publie un nombre important de clichés réalisés lors de la guerre des Boers en Afrique du sud entre 1899 et 1902. Les photos reportages augmentent ainsi les ventes des journaux car ces événements mondiaux passionnent les lecteurs qui disposent d’un plus vaste regard sur le monde.

Les quotidiens se mettent progressivement à publier des tirages, comme les quotidiens britanniques Daily graphic et le Daily Mirror. En 1900, Le Chicago Tribune, quotidien américain, consacre des pages entières à un reportage photographique réalisé dans les bas quartiers de New-York. En France, quatre grands quotidiens d’information se livrent une concurrence acharnée autour de l’illustration photographique par le biais de suppléments illustrés. Le Petit journal et Le journal créent chacun en 1890 et 1983 un supplément illustré. Le Petit parisien augmente sa pagination et le Matin publie dès 1902 des photos. Entre 1880 et 1908 le tirage de ces quotidiens augmente considérablement, passant de 2 000 000 exemplaires en 1880 à 4 777 000 en 1908. En outre, de nouveaux quotidiens illustrés se créent. C’est par exemple en 1910, le cas d’Excelsior, qui utilise abondamment les photographies. De format plus petit que les autres quotidiens, il adopte la nouvelle formule vulgarisatrice des magazines « journal fait pour ceux qui ne savent pas lire ». Il comporte plus de vingt clichés par numéro et contient même des photos en pleine page.

Reportage sur les jeux olympiques, La vie au grand air, août 1908

La photographie fait vendre et engendre une grande concurrence. A l’image des magazines américains, comme le Harper’s weekly qui publie des photos-reportages, et des journaux britanniques comme le Photographic News en 1858, des magazines photographiques français et allemands arrivent en circulation. Ces derniers reprendront le concept de l’illustration presque exclusivement photographique et seront toujours imprimés sur du papier de qualité, couché ou même glacé, en privilégiant l’esthétique de la mise en page et de l’illustration. Les nouveaux magazines photographiques sont à la fois généralistes comme Berliner Ilustrierte Zeintung créé en 1891 et La vie illustrée en 1898 et spécialisés comme La vie au grand air en 1898 et Fémina en 1901. La vie au grand air est un magazine sportif composé de 16 pages et illustré à 70%. Par la suite, l’héliogravure rotative, favorise la création d’une seconde vague de magazines photographiques qui débute avec le Miroir en 1913. Il s’agit d’une technique d’impression adaptée aux longs tirages. La photographie a ici une place majeure dans ces magazines aux formats variables et aux contenus divers adaptés au public.

Les limites de l’intégration de la photographie

Caricature d’Honoré Daumier, Le Charivari, 30 janvier 1865

La circulation des photographies constitue un obstacle majeur surtout pour les quotidiens. A partir de 1850, les photos arrivent par voie de chemin de fer plusieurs jours après l’événement, ce qui les rendent atemporelles, en retard sur l’actualité. Pour utiliser l’illustration photographique, il faudrait qu'un événement reste plusieurs jours dans l’actualité (comme les différentes guerres) ou qu’il se déroule à proximité d’une rédaction. Cependant, lorsqu’il s’agit d’événements soudains, les journaux ont recours aux traditionnels dessinateurs, qui reconstituent de mémoire l’événement. L’utilisation de la photographie est donc aléatoire, d’autant plus que la téléphotographie, système de transmission par signaux électriques, est utilisée sporadiquement depuis 1907. Elle ne connaîtra un essor qu’après la grande guerre.

Le succès de l’illustration photographique engendre des mécontentements dans le milieu des dessinateurs et graveurs. La cohabitation est difficile. Ainsi, la presse satirique rejette la photographie et se moque d’elle. En effet, des caricatures ont été réalisées à l’encontre des photographes, notamment celles publiées dans le Charivari par Daumier, peintre et graveur. Honoré Daumier dénonce le fait que la photographie peut valoriser le rang et les richesses de l’homme qui pose. D’autres caricatures sont publiées dans le journal satirique : Le rire. Les graveurs qui ont rivalisé avec les photographes en retouchant et embellissant la photographie de base, ont contribué au retard de son exploitation directe et mécanisée.

Les nouveaux quotidiens illustrés français qui se créent en utilisant abondamment la photographie, comme le Quotidien Illustré ou Excelsior subissent un échec. Ce dernier s’explique par les habitudes culturelles françaises qui, au contraire des habitudes américaines, privilégient l’écriture et la lecture à l’image dans les quotidiens. Les magazines ont eu plus de facilité en raison de leur vocation plus distractive et vulgarisatrice. Ces ratages montrent le rejet par une catégorie de population, cultivée, de l’illustration photographique au profit du texte. Les lecteurs considéraient que les photos, comme les gros titres prenaient abusivement la place du texte.

Ainsi, si au début de son utilisation, la photographie n’est réduite qu’à celle de simple modèle, elle sera par la suite intégrée directement au processus d’impression grâce à la photogravure. Par ailleurs, à la suite des nombreux photos-reportages réalisés au cours des différents événements mondiaux du début du siècle, une nouvelle catégorie socioprofessionnelle verra le jour, il s’agit du reporter photographe de presse. Cet enthousiasme pour l’illustration photographique et l’ambition des éditeurs contribueront à donner naissance à des journaux spécialement illustrés par la photographie tels que les premiers magazines photographiques. La presse illustrée qui utilisait davantage les dessins s’est adaptée et a rivalisé avec les nouveaux magazines en intégrant aussi les clichés. Le journal L’Illustration se place au premier rand mondial de la presse illustrée avec 280 000 exemplaires vendus à la veille de la première guerre mondiale. L’année 1914 constituera une rupture dans la mesure où la première guerre mondiale va accroître considérablement la production de photographies pour manipuler le lecteur à travers le « bourrage de crâne ».

Bibliographie non exhaustive :

- De BAJAC, Quentin, L'Image révélée, l'invention de la  photographie. Gallimard, 2001, 159 p
- De BAJAC, Quentin, La photographie, l’époque moderne 1880-1960. Gallimard, 2005, 159 p
- De FEYEL Gilles, La Presse en France des origines à 1944. Histoire politique et matérielle. Ellipses, 2000, 192 p
- De FREUND, Gisèle, Photographie et société. Éditions du Seuil, 1974, 222 p
- De FRIZOT, Michel, Nouvelle histoire de la photographie. Larousse, 2001, 775 p
- De LEMAGNY, Jean-Claude, ROUILLÉ, André, Histoire de la photographie. Bordas, 1986, 286 p

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