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Mur de Berlin : la folle nuit du 9 novembre 1989

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9 novembre 1989, début de soirée. Le porte-parole du gouvernement est-allemand annonce sur un ton léger à la fin d’une conférence de presse et devant un parterre de journalistes médusés une nouvelle réglementation sur la libre circulation de ses concitoyens à l’étranger, à effet immédiat. Reprise presque instantanément par les médias ouest-allemands, l’annonce fait l’effet d’une bombe. Aussitôt, des milliers de berlinois de l’est encore un peu incrédules se pressent aux postes-frontières de la ville coupée en deux, et qu’ils finissent par franchir. « Le mur de Berlin est tombé ! »

Le rideau de fer se fissure

Depuis le début de l’année 1989, un vent de changement souffle sur l’Europe de l’est, sur fond de glasnost et de perestroïka venus de Moscou. Plusieurs pays du bloc communiste voient la mise en place de gouvernements inspirés par l’exemple gorbatchévien, qui amorcent plus ou moins timidement une politique de libéralisation. A l’exception de la Roumanie et de l’Allemagne de l’est, ou les vieux dirigeants staliniens, cramponnés à leur pouvoir et privilèges, réfutent toute idée de réforme d’un système à l’agonie.

Profitant des lézardes qui fissurent le futur ancien bloc communiste, des dizaines de milliers d’allemands de l’est, dans un long cortège de « trabants », tentent de passer à l’ouest via la Hongrie et la Tchécoslovaquie, qui ont déjà ouvert leurs frontières. A l’intérieur du pays, la contestation enfle et s’organise. A Leipzig en octobre, des manifestants défient ouvertement le régime en place, depuis une église qui devient le symbole de la lutte pour la liberté. Pour les festivités du 40ème anniversaire de la RDA, les allemands défilent devant un Erick Honecker blême et un Mikael Gorbatchev gêné au cri de « Gorby, Gorby ! Gorby aide nous ! ».

Le leader soviétique tente vainement de convaincre Honecker de la nécessité d’engager des réformes, mais lui indique néanmoins fermement que la répression armée est, quoi qu’il arrive, à exclure. Le 18 octobre, Honecker est écarté de toutes ses fonctions à la tête du pays par les rénovateurs du parti communiste, dont Egon Krenz et Victor Schabowski, officiellement pour « raisons de santé ». Mais l’heure n’est plus à la réforme d’un système à bout de souffle. Descendant cette fois-ci massivement dans les rues, les allemands de l’est réclament des élections libres et pluralistes et la liberté d’aller et venir la où bon leur semble.

Cédant à la pression populaire, le gouvernement est-allemand envisage de lâcher du lest sur la liberté de circulation. Dans la précipitation, une nouvelle réglementation sur les voyages est annoncée le 9 novembre en début de soirée par le porte parole du gouvernement, lors de cette fameuse conférence de presse. Victor Schabowski lit un communiqué qui stipule que « les voyages privés vers l'étranger peuvent être autorisés sans présentation de justificatifs, motif du voyage ou lien de famille ». En réponse à une question d’un journaliste incrédule, il ajoute même que cette réglementation entre immédiatement en vigueur, alors que rien n’a encore été prévu dans ce sens.

Le mur de Berlin est tombé

Les allemands de l’est, qui ont pris connaissance de cette information à la télévision, ont du être nombreux à se pincer ce soir la, et se dirigent vers les postes frontières pour vérifier de visu s’ils n’ont pas rêvé. Après un moment de flottement, les gardes frontières, qui n’ont reçus aucune consigne, n’ont d’autre choix que de lever les barrières devant ce flot ininterrompu de curieux. Dans la liesse générale et un concert de klaxons, les Berlinois des deux côtés fêtent des retrouvailles qu’ils n’osaient plus espérer depuis longtemps.

Le gouvernement est-allemand, en voie de décomposition, est brièvement tenté de reprendre la situation en main. La police et l’armée leur font poliment comprendre qu’elles en sont incapables, si tentées qu’elles en aient eu l’envie. Dépassé et mis devant le fait accompli, il n’a plus d’autre choix que de laisser faire. L’histoire est en marche, et plus rien ne pourra l’arrêter. Rivés devant leurs postes, les téléspectateurs du monde entier assistent avec émotion à cet événement extraordinaire qui scelle les retrouvailles du peuple allemand. Ce « mur de la honte » dans lequel les berlinois donnent les premiers coups de pioche devient un symbole d’espérance, de liberté retrouvée et de paix.

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Avec le mur de Berlin, c’est un ordre mondial hérité de la seconde guerre mondiale et qui semblait figé pour l’éternité qui s’écroule. C’est la fin d’une Europe et d’un pays coupés en deux. L’Allemagne entreprend très rapidement sa réunification sous l’impulsion du gouvernement Kohl, profitant de l’euphorie du moment et de la passivité russe. Avec la chute du mur, c’est un système qui explose et une transition démocratique qui s’amorce, pacifiquement comme en Tchécoslovaquie, plus violemment comme en Roumanie, de façon incomplète en Russie. Ce mur qui tombe, ce sont de nouveaux défis à relever pour l’Europe et le monde.

Pour ceux qui assistent émerveillés au concert improvisé de Rostropovitch devant un morceau du mur de Berlin couvert de tags et en voie de destruction, une seule chose est sûre. Après cette folle nuit du 9 novembre 1989, plus rien ne sera comme avant.

Bibliographie

- De Alexandre Adler, Berlin 9 novembre 1989 : la chute. Xo Editions, 2009.

- De Michel Meyer, Histoire secrète de la chute du mur de Berlin. Editions Odile Jacob, 2009.

- De Frederick Taylor, Le mur de berlin. JCLattès, 2009.

Pour aller plus loin

- DVD, Un mur à Berlin, documentaire de Patrick Rottman. Editions France 2, 2009.

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