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La guerre en ex-Yougoslavie : l'indépendance de la Slovénie

Grande_Serbie_1980Depuis la mort de Tito en 1980, la Yougoslavie craque de toute part, tiraillée entre la crise économique endémique, les volontés indépendantistes et la montée des nationalismes. Durant toute la décennie, l’autorité centrale du parti communiste se délite et cède du terrain progressivement face aux coups de boutoir des différentes républiques qui réclament leur indépendance. La Slovénie fait figure de précurseur à ce niveau. Le 23 décembre 1990, alors qu’elle est toujours partie intégrante de la Yougoslavie, elle organise un référendum en vue de sa séparation de la fédération. Le « oui » l’emporte à plus de 80%. Dès lors, la séparation est annoncée par les autorités slovènes pour le 26 juin 1991.


 

Les préparatifs

Bien entendu, à Ljubljana on se doute que le pouvoir centrale ne restera pas sans réaction. Non pas pour conserver l’intégrité du territoire ou pour des raisons nationalistes (il n’y a pratiquement pas de minorités ethnique en Slovénie, peuplée à plus de 80% de Slovènes), mais pour ne pas être déstabilisé. En effet, la Slovénie occupe une position stratégique. Elle est frontalière avec l’Autriche et l’Italie, c’est la porte sur l’Occident et donc un atout considérable compte tenu de sa proximité culturelle avec son riche voisin Autrichien et de son économie globalement en meilleure santé que celle des autres républiques de la fédération.

Sous l’ère Tito, la politique intérieure de défense fonctionnait sur 2 plans. Le pouvoir central disposait de la JNA, l’armée fédérale yougoslave, et chaque république disposait de forces autonomes, la Défense Territoriale, comparable à des forces de police, nettement moins bien armées et entraînées que la JNA. Néanmoins, la Slovénie se prépare dès le mois de décembre à affronter la réaction militaire de Belgrade. Elle achète des armes secrètement à l’étranger et met en place des plans de défense proche de la guérilla, en tenant compte de son infériorité matérielle et numérique, en se basant sur des interventions ponctuelles, sur des points stratégiques, avec des unités légères et très mobiles.

Le conflit

La Slovénie déclare son indépendance le 25 juin 1991, soit un jour avant les communiqués officiels, afin de créer un avantage stratégique sur la JNA qui se prépare à intervenir pour le 26. Belgrade est ainsi pris de court. Durant ce laps de temps, les forces slovènes occupent les potes frontières et l’aéroport de Brnik (Ljubljana), positions stratégiques leur permettant de se prémunir d’une attaque en règle de la JNA. A Belgrade on hésite encore sur la nature de l’intervention : les militaires préconisent la manière forte, veulent chasser les dirigeants Slovènes et mettre en place un gouvernement ami. Les politiques souhaitent une démonstration de force, espérant effrayer le gouvernement slovène. Toujours est-il que désormais, les Slovènes ont la main. Face au fait accompli, si la JNA ouvre le feu, l’Etat fédéral sera désigné comme un agresseur aux yeux de l’opinion internationale. Ainsi, dès le départ des troupes yougoslaves de leurs casernes, les 26 et 27 juin, chaque camp s’observe en chiens de faïence.

800px-Slovenian_war_mapNéanmoins, la JNA étant l’armée fédérale, elle dispose de casernes partout sur le territoire, même en Slovénie, ce qui lui permet de reprendre du terrain rapidement. Dès le 27, elle reprend l’aéroport de Brnik, l’aviation survole Ljubljana, et les blindés se dirigent vers les postes frontières. Dès lors, le gouvernement slovène prend la décision d’employer la force. Il lance un ultimatum à Belgrade, qui convoyait des troupes d’élite par hélicoptère, lui signifiant que le survol de son territoire devait cesser sans quoi les appareils seraient abattus. L’avertissement n’étant pas pris au sérieux, les forces slovènes abattent 2 hélicoptères au-dessus de Ljubljana. Les bases yougoslaves en territoire slovène sont encerclées, les convois de blindés sont attaqués. Malgré tout, la JNA parvient à maintenir ses positions.

L’offensive générale est lancée dès le 28 par les Slovènes, partout où ils ont un avantage stratégique. La JNA conserve l’essentiel de ses positions, bombarde des cibles telles que l’aéroport de Brnik, des stations de radio et de télévision, mais est confrontée à des difficultés internes : les soldats slovènes de la JNA fuient pour rejoindre les forces slovènes.

Le 29, les forces slovènes reprennent l’aéroport de Brnik, s’emparent de blindés. Afin d’éviter une escalade meurtrière, Ljubljana demande une sortie de crise diplomatique. Les escarmouches continuent les jours suivants un peu partout, et on commence à voir des troupes yougoslaves se rendre.

Le recul de l’armée fédérale

Grande_Serbie_1980Belgrade se rend compte de l’inefficacité de sa stratégie de reconquête et se prépare à lancer une attaque générale, au grand désarroi du chef de la JNA qui avait préconisé ce type d’intervention dès le début. Malgré tout, la JNA essuie de cuisants échecs, de plus en plus de troupes sont forcées de se rendre, le bilan est désastreux. Les tentatives de contre-attaques aux frontières sont repoussées. Le 2 juillet au soir, un cessez-le-feu est demandé par Ljubljana. Au même moment, un important convoi blindé est envoyé en direction de la Slovénie, mais n’y arrivera jamais, officiellement à cause problèmes mécaniques. En réalité, il est très probable que les blindés furent envoyés afin de prévenir les troubles susceptibles d’intervenir en Croatie, qui a déclaré son indépendance le 25 juin, juste après la Slovénie.

Le cessez-le-feu est accepté par la JNA, qui se retire et laisse les forces slovènes reprendre le contrôle des différentes bases et des postes frontières. Le 7 juillet, les accords de Brioni scellent la fin des hostilités et reconnaissent l’Etat slovène, ainsi que la souveraineté de ses forces de police et militaires sur le territoire.

Bilan

De part sa courte durée et sa faible intensité, le conflit a généré peu de pertes humaines (moins d’une centaine de morts pour les 2 camps) et les destructions matérielles ont été modérées. La Slovénie est reconnue comme un pays à part entière par l’Europe en janvier 1992 et entre à l’ONU en mai 1992. Avec la sécession de la Croatie, la politique de Belgrade de maintenir un Etat slave vole en éclat, et se recentre désormais sur le nationalisme serbe qui vise à instaurer la Grande Serbie et à regrouper tous les serbes dans un seul Etat, et débouchera sur un conflit autrement plus violent en Croatie.