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Guerre de Sécession : la bataille de Bull Run, 21 juillet 1861 (1/2)

on_to_richmondAu début de la guerre de Sécession, l’idée que le conflit serait soldé par une seule grande bataille décisive était largement répandue, au Nord comme au Sud. C’était là l’héritage des campagnes napoléoniennes et de leur plus célèbre analyste, Clausewitz – chose en vérité assez surprenante, car c’était plutôt son rival Jomini, aux vues diamétralement opposées, qui était alors en odeur de sainteté dans les académies militaires états-uniennes, West Point en tête. Tandis que la Confédération adoptait une posture défensive, l’Union allait chercher à provoquer cette rencontre fatidique.

Le Nord prépare son offensive

En effet, les deux belligérants estimaient jouir d’une supériorité suffisante sur leur ennemi pour écraser son armée, brisant au passage sa volonté de résistance. Ce sentiment était accentué par la proximité des deux capitales. La Confédération avait en effet décidé de déplacer la sienne de Montgomery (Alabama) à Richmond, à peine 160 kilomètres au sud de Washington, dès que la sécession de la Virginie avait été proclamée. Cette décision, voulue à la fois comme un remerciement à la Virginie et un encouragement pour les autres États esclavagistes, était devenue effective fin mai.

Cette installation était un acte fort de souveraineté, et un véritable défi à l’autorité fédérale, ce qui n’avait pas manqué d’enflammer l’opinion publique nordiste. Une opinion d’autant plus piquée au vif que, dans les semaines qui suivirent l’occupation d’Alexandria, le front de Virginie septentrionale resta pratiquement silencieux, hormis un bref accrochage entre une patrouille de cavalerie fédérale et une compagnie de miliciens confédérés à Fairfax Court House, le 1er juin. Durant tout le mois suivant, l’armée nordiste se concentra autour de Washington.

irvin_mcdowell_150Après que Robert Lee eût refusé le commandement des forces nordistes et changé de camp, Lincoln s’était résolu à faire appel à un officier d’état-major, Irvin McDowell. Bien que n’ayant jamais commandé de troupes sur le terrain, ce dernier passait pour être un bon organisateur et stratège. Accessoirement, il avait pour lui d’être un protégé de Salmon Chase, le secrétaire au Trésor. Le 14 mai, McDowell fut placé à la tête de la plus grande force militaire jusque-là réunie en Amérique du Nord, l’armée de Virginie du Nord-Est.

Le nouveau commandant était lucide sur la médiocre qualité et l’absence d’expérience de ses soldats, mais Lincoln comptait justement sur ses talents d’organisateur et d’instructeur pour y remédier. Malheureusement pour lui, McDowell se trouva rapidement soumis à la pression de l’opinion. Celle-ci s’aggrava lorsqu’il apparut que le Congrès provisoire confédéré allait tenir sa troisième session à Richmond, à partir du 20 juillet. Dans un éditorial intitulé On to Richmond ! (« À Richmond ! »), Horace Greeley, rédacteur en chef du New York Tribune (l’organe officieux du parti républicain) appela le 26 juin à marcher sur la capitale sudiste avant cette date. Sa rhétorique guerrière enflammée déclencha une vaste campagne de presse, forçant le président à ordonner une offensive. McDowell, qui savait que ses soldats n’étaient pas prêts, s’exécuta à contrecœur.

Prélude à la bataille

Patterson-General-001Début juillet 1861, l’armée de Virginie du Nord-Est compte environ 35.000 hommes organisés en cinq divisions. Indépendamment de cette force en existe une autre, basée sur la rive septentrionale du Potomac. Constituée principalement de volontaires et miliciens pennsylvaniens, elle compte 18.000 soldats. Son chef, Robert Patterson, est un vétéran de la guerre contre le Mexique, et un politicien très influent en Pennsylvanie. Cette « armée de la Shenandoah », comme son nom l’indique, a pour mission de prendre le contrôle de la vallée de la Shenandoah. Cette dernière est à la fois le grenier à blé de la Virginie et, de par son orientation plutôt nord-sud, une voie d’accès privilégiée au cœur de l’État.

Face à lui, le général confédéré Joseph E. Johnston aligne environ 12.000 hommes. Formant l’aile gauche du dispositif sudiste, Johnston a installé le gros de ses troupes à Winchester, ne laissant pour couvrir la rive sud du Potomac que la brigade de Thomas Jackson. Le centre confédéré est pour sa part situé à Manassas, un nœud ferroviaire stratégique où Pierre Beauregard – le vainqueur du fort Sumter – a installé ses 20.000 hommes derrière un petit sous-affluent du Potomac, le Bull Run. Ainsi, il peut communiquer rapidement avec Johnston sur sa gauche, et la capitale sudiste sur ses arrières. Soucieux de couvrir son flanc droit, qu’il juge vulnérable à une manœuvre amphibie, Beauregard a en outre détaché 3.000 hommes supplémentaires, sous Theophilus Holmes, à la garde du débarcadère situé au confluent de l’Aquia Creek et du Potomac.
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La disposition des forces en juillet 1861, d'après une carte originale de Hal Jespersen

La stratégie nordiste prévoit une action coordonnée des deux armées de McDowell et Patterson. Le second a reçu l’ordre de reprendre Harper’s Ferry, au confluent de la Shenandoah et du Potomac, tout en fixant dans la vallée les troupes de Johnston. Le but de cette manœuvre est évidemment d’empêcher ce dernier d’aller renforcer Beauregard à Manassas, ce qui permettrait à McDowell de conserver sa supériorité numérique. Le 2 juillet, Patterson franchit donc le Potomac et repousse les éléments avancés sudistes au cours d’une petite bataille à Hoke’s Run. Il s’arrête toutefois dès le lendemain, pour ne reprendre sa marche que le 15 juillet par un saut de puce vers le sud. Mais au lieu de poursuivre en direction de Winchester pour y attaquer Johnston, il oblique vers le nord, occupant Harper’s Ferry. Il n’en bougera plus.

joe_johnstonCette pusillanimité inattendue va permettre à Johnston de regrouper ses forces, puis de répondre favorablement aux demandes pressantes de Beauregard qui lui réclame des renforts. Se retirant jusqu’à Strasburg, Johnston fait ensuite transférer l’intégralité de son armée à Manassas en train via la ligne du Manassas Gap Railroad, les 19 et 20 juillet. Beauregard ayant aussi rappelé Holmes, l’essentiel des 35.000 soldats confédérés se trouve concentré à Manassas, annulant ainsi la supériorité numérique nordiste. Ayant davantage d’ancienneté au grade de brigadier-général, c’est Johnston qui assume le commandement d’ensemble.

Premiers coups de feu

daniel_tylerL’inaction de Patterson ne fut pas la seule à porter préjudice à l’offensive nordiste. McDowell y avait lui-même contribué de deux manières. D’abord, il avait retardé autant que possible sa marche vers le sud : l’armée de Virginie du Nord-Est ne s’était ébranlée que le 16 juillet, laissant ainsi à Johnston le temps de venir renforcer Beauregard. Et ensuite, il avait légèrement réduit ses effectifs en laissant la plus faible de ses divisions, celle de Theodore Runyon, pour couvrir sa ligne de ravitaillement. Ainsi, son armée ne comptait guère plus de 30.000 soldats quand elle approcha de Centreville (en fait un modeste hameau), dans la matinée du 18 juillet.

Manassas n’étant plus distante que d’une dizaine de kilomètres, McDowell charge la division de Daniel Tyler d’effectuer une reconnaissance en force aux alentours de Centreville. Tyler trouvant la localité vide de troupes, il poursuit son mouvement vers le sud, atteignant l’un des gués sur le Bull Run, Blackburn’s Ford. L’estimant peu défendu, il lance alors en avant la brigade d’Israel Richardson. Mal lui en prend, car il n’a pas repéré la brigade confédérée de James Longstreet, qui tient solidement le gué. Longstreet est rapidement renforcé par une autre brigade, celle de Jubal Early, qui se tenait en réserve. Tyler est en fait tombé sur le gros des défenses sudistes sans s’en rendre compte. Soumise à un feu nourri, la brigade Richardson perd pied et reflue précipitamment vers l’arrière. En fin de journée, l’armée nordiste se regroupe à Centreville.
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L'accrochage de Blackburn's Ford, le 18 juillet 1861. D'après une carte originale de Hal Jespersen.

Elle va y demeurer pendant deux jours. Peu désireux, après l’accrochage de Blackburn’s Ford et la fuite de la brigade Richardson, de lancer ses soldats encore bien « bleus » dans une attaque frontale, McDowell cherche un moyen de tourner la gauche confédérée. Manquant cruellement de cavalerie – il n’a qu’un bataillon ad hoc de cavalerie régulière – pour effectuer des reconnaissances, le commandant nordiste fait appel à l’aérostier Thaddeus Lowe, qui s’était mis au service de l’Union avec ses ballons à air chaud. Ses vols permettront à McDowell d’avoir une idée suffisamment précise des positions sudistes pour concevoir un plan d’attaque.

Federal_cavalry_Sudley_SpringsCependant, cette attente prudente de la part des Fédéraux va profiter à leurs adversaires, avec l’arrivée des 12.000 hommes de Johnston et des 3.000 de Holmes. Ceux-ci sont aussitôt massés à la hauteur de Blackburn’s Ford. Mis en confiance par l’escarmouche du 18 juillet, Beauregard et Johnston ont décidé de passer à l’offensive dès que la brigade d’Edmund Kirby Smith, en route depuis la vallée de la Shenandoah, sera arrivée. L’objectif des deux hommes est de frapper en force l’aile gauche nordiste, afin de couper la retraite de l'armée ennemie et de l’anéantir.

De son côté, McDowell est parvenu à échafauder un plan de bataille tout aussi ambitieux et plus complexe encore. Lui aussi vise la gauche de l’ennemi : il ne laissera face à Blackburn’s Ford que la brigade Richardson, avec le soutien de la division de Dixon Miles autour de Centreville. Le reste de la division Tyler fera route vers l’ouest, où elle lancera une attaque de diversion sur la route à péage de Warrenton, contre le pont de pierre qui enjambe le Bull Run à cet endroit. Les deux dernières divisions, aux ordres de David Hunter et Samuel Heintzelmann, feront quant à elle un détour pour traverser le Bull Run encore plus à l’ouest, au gué de Sudley Springs.