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Massacre de Sétif, l'autre 8 mai 45

stifAlors que la plus meurtrière des guerres s’achève à Berlin par la capitulation de l’Allemagne nazie, et que l’humeur est à la fête en Europe, il en va autrement en Algérie française où va se dérouler un massacre à Sétif, qui annonce la terrible guerre d’Algérie. Des cicatrices encore ouvertes que le film  polémique de Rachid Bouchareb, « Hors-la-loi », n'a pas contribué à refermer.


Le contexte

C’est le débarquement allié en Afrique du Nord en novembre 1942 qui provoque un réel électrochoc en Algérie, alors sous le joug d’un ordre colonial encore plus brutal depuis l’arrivée au pouvoir de Pétain en métropole. C’est à la fois l’anticolonialisme américain, la forte présence des musulmans dans l’armée française d’Afrique, et l’importance de la Résistance comme « mythe », déjà,  qui donnent un coup de fouet au mouvement de libération national algérien.

De Gaulle décide alors de donner, dans son ordonnance du 7 mars 1944, la nationalité française à tous les « indigènes » décorés militairement ou bénéficiant de différents diplômes, leur donnant accès à tous les emplois civils et militaires et une meilleure représentativité dans les assemblées locales. Ils sont plus de 60 000 à en bénéficier en 1945, ce qui fait grincer quelques dents dans les milieux coloniaux…

Cependant, cette décision déçoit et le contexte est aussi marqué par une grande famine, pour finalement une montée progressive des tensions. De plus, des bruits courent sur le soutien des nationalistes algériens aux fascistes et aux nazis (idée répandue depuis le début de la guerre, alors que Messali Hadj, l’un des leaders nationalistes, avait soutenu le Front Populaire), ce qui provoque une grande méfiance chez les colons et la population européenne sur place. Des manifestations commencent dès avril, pacifistes, même si elles donnent lieu à quelques affrontements. Le 23 avril, Messali Hadj est déporté à Brazzaville, provoquant une nouvelle fois la colère des Algériens musulmans. Le 1er mai, il y a des morts lors d’une manifestation à Alger…

Que s’est-il passé le 8 mai ?

emeutes_setifEn général, on place les massacres de Sétif (qui ont eu lieu aussi ailleurs dans le pays) le 8 mai 1945, date évidemment symbolique. C’est un peu plus complexe. Ce jour-là, une manifestation est autorisée par les autorités ; on y exige l’égalité pour tous, la fin du colonialisme, mais aussi la libération de Hadj, et les slogans se font de plus en plus nationalistes. Ce sont plus de 10 000 personnes qui manifestent en chantant l’hymne nationaliste Min Djibalina, des drapeaux américains ou anglais sont brandis, et bientôt des pancartes pour une Algérie libre et indépendante. C’est alors que la jeune leader des scouts musulmans, Aïssa Cheraga, brandit un drapeau algérien ; cela provoque une réaction de colons présents sur place, une échauffourée et le jeune Bouzid Saal est tué par un policier alors qu’il tente à son tour de brandir le drapeau. C’est la panique, la police tire et les manifestants en colère se vengent sur des Européens, en tuant plus d’une vingtaine en quelques heures. La situation se calme sur place à l’arrivée des tirailleurs, mais des troubles éclatent dans les campagnes et ce sont finalement une centaine d’Européens, surtout des fermiers, qui sont tués dans la journée. Les troubles éclatent aussi à Guelma où l’armée tire sur la foule, faisant un mort. La situation est donc au bord du soulèvement général à la fin de ce 8 mai 1945.

Les jours suivants : le massacre comme répression

C’est la panique chez les Européens, qui se réfugient où ils peuvent. Le général de Gaulle charge alors le général Duval de rétablir l’ordre. Il s’appuie sur l’aviation et la marine, plusieurs milliers d’hommes (y compris des tirailleurs sénégalais, marocains et algériens), pour une répression d’une violence incroyable et disproportionnée : les avions et les canons de marine bombardent la région de Sétif, les blindés dévastent les villages,…Des milices de colons sont montées, et on assiste alors à des exécutions sommaires et des scènes d’humiliation collective. Le tout dure plusieurs jours, et la répression s’achève autour du 20 mai.

Le bilan et les conséquences

Il est bien difficile de se faire une idée précise du bilan réel, à cause du symbole que sont devenues ces journées, manipulées par les « deux camps », et jusqu’à aujourd’hui. En Algérie indépendante, on évoque plus de 40 000 morts alors que du côté officiel français de l’époque on table sur environ 1500…La « vérité » est probablement entre les deux, on peut dire sans trop s’engager qu’il y a eu une centaine de morts « européens » pour plusieurs milliers de morts « musulmans ».

L’enquête officielle de l’époque est bâclée, mais on en profite tout de même pour emprisonner plusieurs meneurs nationalistes algériens, comme Ferhat Abbas. Surtout, on ne comprend pas l’impact que vont avoir ces journées de massacres sur les Algériens musulmans.

Du côté nationaliste, c’est au contraire un choc. Les massacres de mai 1945 sont même pour la mémoire collective algérienne le ciment qui va conduire au soulèvement moins de dix ans plus tard.

« Hors-la-loi », film polémique ?

L’actualité autour des massacres de mai 1945 qui a rebondi avec la polémique autour du film de Rachid Bouchareb, « Hors-la-loi », présenté à Cannes en 2010. Il a été reproché au réalisateur par certains députés UMP de travestir la réalité historique, après qu’une enquête des services historiques de l’armée qui ont décortiqué le scénario a montré des erreurs, anachronismes et contrevérités dont certaines assez surprenantes  (il place le massacre le 8 mai, hors contexte, évoque le FLN alors que celui-ci est créé en 1954, confond différents partis, etc). On se souvient de la polémique autour du film précédent de Bouchareb, « Indigènes », qui ne touchait pas directement le film lui-même (malgré certains défauts et raccourcis également), mais la campagne promotionnelle où l’équipe du film avait enchainé les contrevérités historiques de façon assez gênante. Les déclarations de Bouchareb à El Watan (juin 2009), affirmant qu’il veut « rétablir la vérité historique » et « tout déballer avec ce film », ont été l'étincelle.

Une polémique qui montre encore l’importance de ces journées dans la mémoire collective commune entre France et Algérie, et la nécessité d’une histoire étudiée de façon impartiale et dépassionnée, et pas manipulée même « pour de bonnes raisons »…

Lire la critique de HPT. (mise à jour)

Bibliographie

- Chroniques d'un massacre. 8 mai 1945 : Setif, Guelma, Kherrata de Boucif Mekhaled. Syros, 1995.

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