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300, quand le cinéma refait l'histoire

300 afficheEntre cinéma et histoire, 300 a trouvé ses fans mais aussi ses détracteurs. Mais qu'en est-il réellement de cette énorme production qui a tant fait parler d'elle ? Petit décryptage. 

 

 

Le film en quelques mots

Le film est une adaptation de la bande-dessinée « 300 » de Frank Miller[1]. L'action se déroule en 480 av J.C. Léonidas Ier, roi de Sparte, affronte à l'aide de ses 300 hommes, l'immense armée de Xerxès Ier, empereur de l'empire Perse. Dans un premier temps, le film nous immerge dans l'univers de la Sparte du Ve siècle av J.C. Quelques institutions et pratiques sont évoquées, comme l'agôgê ou la mise en pratique de l'eugénisme. On voit comment l'enseignement militaire est transmis à Léonidas, futur roi de la cité lacédémonienne.

Le film passe sous silence la jeunesse du roi et démarre réellement lorsqu'un émissaire perse se rend à Sparte, dans le but de demander la soumission de la cité à Xerxès Ier. Léonidas refuse, la guerre est déclarée. Léonidas rassemble alors 300 de ses plus valeureux soldats et part à la rencontre de l'empereur perse. S'en suivront de sanglants combats où le sang pourpre éclabousse la caméra, où seul le bourdonnement des mouches anime le champ de bataille, où les corps en décomposition jonchent le sol. Léonidas meurt avec honneur au combat.

Le film s'achève par la bataille de Platée, où les spartiates sont dirigés par le successeur de Léonidas. Un film de guerre, donc, qui se veut réaliste. Mais y parvient-il ?

Le fait historique

En 490 av J.C, lors de la première guerre médique, Xerxès subit une défaite contre les grecs lors de la bataille de Marathon. Il va décider de prendre sa revanche et d'en finir une fois pour toutes avec les grecs. C'est alors qu'éclate la seconde guerre médique, où s'opposent une coalition de cités grecques à l'empire achéménide de Xerxès Ier. En 480 av J.C, a lieu la bataille des Thermopyles. L'armée de Xerxès se compose alors d'environ 600 000 hommes contre 7 000 grecs, dont nos fameux 300 spartiates. Hérodote parle de trois millions de perses contre 4 000 hommes venus du Péloponnèse (L'Enquête, VII, 228). Les deux armés se heurtent violement. Xerxès use d'une ruse et contourne l'armée adverse afin de la prendre à revers. A ce sujet Hérodote écrit « Xerxès se demandait comment sortir de cet embarras lorsqu'un Malien, Ephialte fils d'Eurydémos, vint le trouver (...) il lui indiqua le sentier qui par la montagne rejoint les Thermopyles » (L'Enquête, VII, 213). Pris de panique, les soldats grecs fuient le champ de bataille. Seuls les 300 spartiates, commandés par Léonidas, ainsi que 700 thébains, décident de combattre jusqu'au bout, afin de permettre aux autres grecs d'organiser leurs défenses. Xerxès élimine cette résistance et se dirige vers Athènes qu'il met à sac. La deuxième guerre médique s'achève sur une victoire des cités grecques coalisées, lors des batailles de Salamine et de Platée, respectivement en -480 et -479.

Interprétations et réinterprétations

On peut tout à fait concevoir ce film comme un simple divertissement, comme le blockbuster qu'il est. Mais, lorsqu'on rapproche l'histoire récente et le film en lui-même, les réinterprétations sont tellement nombreuses, et qui plus est au service d'un « camp », que l'on est forcé de s'imaginer que « 300 » dépasse le simple « film-spectacle ». Il suffit de mettre face à face les deux principaux personnages ainsi que deux des plus importantes institutions, pour comprendre le message qui se cache derrière le film.

300

Les personnages

Léonidas

En réalité. Né en -540 et mort en -480 lors de la bataille des Thermopyles, il est l'un des plus célèbres rois de Sparte. Lorsqu'il apprend que Xerxès a pour dessein de prendre Sparte, Léonidas part consulter l'oracle de Delphes qui lui donne une réponse ambiguë : « ou bien Sparte perdra son roi durant la bataille, ou bien Sparte tombera aux mains de l'envahisseur ». Léonidas prend alors la décision d'envoyer des diplomates au près de Xerxès qui refuse de les recevoir et de proposer à Sparte de se soumettre. Il meurt au combat dans des conditions incertaines.

Dans le film. Léonidas à une trentaine d'années lors de la bataille des Thermopyles. Lorsqu'il reçoit un émissaire perse lui demandant de donner de « la terre et de l'eau » à Xerxès en gage de soumission, Léonidas refuse et le tue aussitôt. C'est lui qui prend alors la décision de partir en guerre. Il consulte alors les éphores qui lui interdisent de le faire. Mais Léonidas part à la guerre où il trouve la mort, après avoir blessé Xerxès.

Réinterprétation. Le Léonidas du film et le Léonidas de l'Histoire sont radicalement différents.

En réalité lors de la bataille des Thermopyles, le roi de Sparte avait environ 60 ans. Dans le film, il en a 30, il est dans la force de l'âge.

Le film montre un émissaire perse qui offre à Léonidas la possibilité de se soumettre. On parlera plutôt de réinterprétation. C'est d'abord Léonidas qui a envoyé des diplomates. Xerxès a refusé de les recevoir, se plaçant de ce fait en position de dominant.

Dans le film c'est Léonidas qui prend la décision de rentrer en guerre. Dans la réalité historique, Xerxès est déjà aux portes de la cité et projette de l'envahir.

Dans une scène du film, Léonidas parvient à blesser Xerxès d'un jet de lance. Aucun récit historique ne rapporte cet évènement qui parait invraisemblable.

Conclusion. On voit clairement que le réalisateur a pris le parti d'idéaliser Léonidas et d'en faire un héros, un demi-dieu. Il est l'homme fort. De ce fait, Zack Snyder réadapte les faits historiques, parfois même jusqu'à les opposer à la réalité (épisode des diplomates). Léonidas devient le symbole de l'homme qui se donne pour sa patrie, du courage guerrier, de l'homme qui ne se soumet pas. Tout ceci est partiellement vrai, mais ne l'est pas totalement pour autant. Si on veut pousser le raisonnement à l'extrême, le Léonidas du film incarne les valeurs pro-américaines qui justifient toutes guerres contre « l'envahisseur ». De ce fait, le film ne montre que partiellement la société inégalitaire qui régnait à Sparte, bien que ces derniers se nomment eux-mêmes homoioi. Léonidas est un héros, il défend sa patrie jusqu'à offrir sa vie pour elle. Peut importe si l'Etat dont il est le roi est profondément inégalitaire voire barbare (on pratique l'eugénisme, on tue les handicapés, on développe une théorie de « race » supérieure ...). Dans le film, Léonidas parle au nom de sa patrie, ce qui pour un grec n'a aucun sens.

xerxs

Xerxès

En réalité. Né en -519 et mort en -465, il est le fils de Darius Ier et régna sur l'empire perse de -485 jusqu'à sa mort. En -480, il se heurte aux grecs lors de la bataille des Thermopyles qui dura sept jours. Il perd 20 000 de ses hommes, soit relativement peu vue de son armée de près de 600 000 soldats. On sait peu de choses sur lui, certains historiens émettent la thèse de l'assassinat.

Dans le film. Xerxès est décrit comme un être étrange, demi-dieu, paré de bijoux et de fantaisies. Maquillé, grand, élancé, il est la caricature de l'homosexuel venu d'Orient. L'acteur qui joue son rôle est mat de peau. C'est un personnage qui joue de son apparence et qui parle peu.

Réinterprétation. Xerxès Ier, le grand écart.

L'acteur qui joue Xerxès est grand, mat de peau et ressemble clairement à un croisement mystérieux entre un asiatique et un habitant du Moyen-Orient. Les quelques gravures de l'empereur perse qui nous sont parvenues, montrent un homme barbu, plus proche physiquement d'un méditerranéen que d'un asiatique ou un arabe.

Le Xerxès du film est maniéré, clairement homosexuel. Les sources historiques ne précisent en aucuns cas ce comportement homosexuel et féminin de l'empereur perse.

Dans le film, Xerxès est blessé par Léonidas. Aucun historien n'a mentionné cet évènement qui, s'il était avéré, aurait eu un retentissement bien plus grand.

Conclusion. Le réalisateur a clairement fait le choix d'opposer Xerxès à Léonidas. Les différences sont flagrantes et en deviennent presque grossières. Léonidas est viril, se bat sur le champ de bataille arme à la main. Xerxès est féminin, faible, a demi-fou, on ne le voit jamais une arme à la main. Tout le ridiculise. De sa façon de marcher jusqu'à la manière qu'il a de s'exprimer ou de se tenir, rien ne le met en valeur. On ne le voit jamais prendre de décisions, alors que le récit d'Hérodote insiste clairement sur son pouvoir de commandement. Le fait que l'acteur soit plus mat que la réalité, n'est certainement pas un choix anodin. Si l'on suit la logique que l'on a adoptée pour analyser Léonidas, dans le film Xerxès symbolise le Moyen-Orient actuel en opposition à Léonidas qui symbolise les Etats-Unis. De ce fait, Xerxès est ridiculisé, peint sous des traits de fou mystique.

Dans cette logique, le film se termine naturellement sur la victoire grecque de Platée, où l'adversaire perse est écrasé. La scène n'a aucun intérêt pour le film en tant que tel car il est censé retranscrire la bataille des Thermopyles et plus particulièrement l'épisode de ces fameux 300 spartiates. Mais la scène finale, qui dure deux minutes, prend tout son sens lorsqu'on la regarde sous un angle plus actuel de propagande idéologique.

Les institutions

Les éphores

En réalité. Les éphores jouissent d'un pouvoir considérable qui les place à l'égal du roi, voire au-dessus dans certains cas. Au nombre de cinq, ils sont élus par le peuple lors de plébiscites et changent tous les ans. Leur mission première est de contrôler le peuple, autant d'un point de vue politique que dans les mœurs. Ainsi, les éphores sont très soucieux de l'apparence des hommes et selon Aristote cité par Plutarque « les éphores font ordonner par le héraut de se raser la moustache [2]». Ils interviennent dans pratiquement tous les domaines et ont le pouvoir de condamner à mort qui que ce soit en cas de désobéissance, même le roi.

Dans le film. Les éphores sont perchés en haut d'une montagne, reclus et loin des préoccupations de la société de Sparte. D'apparence monstrueuse ils sont qualifiés de « malades mystiques » et prennent les décisions en consultant un oracle. Ils sont qualifiés comme étant les « grands prêtre des dieux » et pactisent avec l'ennemi. Elus à vie, ils n'ont pas d'âge.

Réinterprétation. Les éphores de 300, une intrigante fabulation.

Aucunes sources ne mentionnent l'apparence monstrueuse des éphores qui étaient des citoyens de la cité. Au contraire, garants d'une bonne tenue, ils forcent la société à bien paraître.

Dans le film, les éphores sont élus à vie. En réalité, des plébiscites avaient lieux tous les ans, les éphores ne pouvaient pas être réélus.

Dans le film les éphores consultent et interprètent les paroles d'un oracle. Dans la réalité, les éphores s'apparentent à des hommes politiques et non pas à des religieux.

Dans 300, les éphores laissent partir Léonidas en guerre alors qu'ils s'y étaient opposés. Dans la réalité, leur pouvoir considérable leur permettait d'empêcher au roi d'aller à l'encontre de leurs décisions et même de le condamner à mort.

Conclusion. Le réalisateur a clairement réinterprété le passé et même pire, il a doté les éphores de particularités que ces derniers n'ont jamais possédé. Le fait de les rendre monstrueux permet de les rendre plus proches de l'ennemi et de dénoncer une société qui se corrompt de l'intérieur. Le réalisateur développe une sorte de théorie du ver dans la pomme. Tout ceci sert encore une fois le Léonidas du film qui n'a que faire des éphores et part en guerre malgré leur refus. Comme les Etats-Unis, Léonidas (Sparte) part en guerre au nom de l'humanité [3] (la Grèce) sans se soucier de l'avis de personne. De la même manière, les Etats-Unis partent en guerre au nom de l'humanité (l'Occident) comme nous allons le voir plus bas. 

L'Agôgè

En réalité. Il est difficile de dater précisément l'apparition de l'institution. Avant le IV° siècle, les allusions y sont rares[4] voire inexistantes. En plus d'apprendre à combattre, « on ne mettait pas moins de soin à leur enseigner la poésie et le chant qu'à leur apprendre la correction et la pureté du langage [5]». On apprend plus l'obéissance totale que la violence pure et dure. L'ascétisme était en vigueur mais les jeunes spartiates disposaient tout de même de domestiques. La « pédérastie éducative » était de vigueur. Enfin, la kryptie apparait comme le « couronnement » de l'éducation spartiate. On ne sait pas totalement en quoi elle consiste exactement, le jeune spartiate serait abandonné à lui-même durant toute une année, à errer dans les montagnes afin de tester son sens de la survie.

Dans le film. L'enfant y est envoyé dès l'âge de sept ans, il est précisé qu'il ne reverra plus sa famille. Le narrateur nous explique sommairement en quoi consiste l'agôgè « à coups de bâton et de fouet le garçon fut puni afin qu'il n'apprenne à manifester ni souffrance ni pitié ». On y voit des enfants se battre et même s'entretuer, se faire fouetter, être privés de nourriture. Il est également dit que l'institution à plus de trois-cents ans.

Réinterprétation. Entre anhistorisme et déformation

La plus grosse erreur, et non des moindres, consiste dans l'apparition de l'agôgè. Le réalisateur l'inscrit au VIIIe siècle av J.C. En réalité l'institution, comme elle est présentée dans le film, prend sa forme définitive autour du IVe siècle av J.C.

L'agôgè est dans le film décrite comme une sorte d'arène où la violence et la mort dominent. Il est vrai qu'on apprenait à se battre mais pas seulement. Le film occulte complètement le côté éducatif de l'institution.

Dans le film, le jeune spartiate part en initiation vers l'âge de dix ans. En réalité, la kryptie (l'initiation) était accessible vers l'âge de vingt ans. Elle s'inscrivait dans le processus éducatif de l'agôgé.

Conclusion. Ici le manque de précision historique est frappant. Mais pour servir sa thèse, le réalisateur a du opérer ce transfert historique. En effet, l'agôgè symbolise l'armée de métier, des soldats puissants et formés à tuer. L'ordre qui y règne donne une vision forte de l'Etat. Cette vision est renforcée lorsque le réalisateur montre l'armée adverse, désorganisée et non-professionnelle. Dans le film, les aspects les plus « honteux » et « inutiles » de la réalité historique, à savoir la pédérastie et l'éducation, sont totalement gommés au profit d'une image virile et guerrière de Sparte. Encore une fois, c'est une vision fausse que nous livre le film de l'une des plus importantes institutions spartiate.

Le film, agent de l'histoire

Le contexte historique

Le film sort sur les écrans en 2007. Le tournage s'est effectué sur deux ans, de 2005 à 2006. Les Etats-Unis sont depuis 2003, entrés en guerre contre l'Irak. Voilà donc plus de quatre ans que les militaires sont sur le terrain et livrent une guerre effrénée. Les récents attentats de 2001 ont plongé le monde occidental, et plus particulièrement les Etats-Unis, dans un état de tension envers les pays du Moyen-Orient.

Les choix opérés par le réalisateur de 300 servent et justifient clairement la cause défendue par l'Etat nord-américain. De là à ce que 300 devienne un film militant, il n'y a qu'un pas à franchir. Ce n'est d'ailleurs pas par hasard si le réalisateur attribue des armes spectaculaires à Xerxès (éléphant, rhinocéros...). On sait pertinemment que les perses n'étaient pas les carthaginois, Xerxès n'est pas Hannibal, il n'usait pas d'éléphants et autres animaux gigantesques lorsqu'il livrait bataille. Mais si on « s'amuse » à rapprocher film et contexte historique, un élément saute aux yeux. Les Etats-Unis se sont en effet engagés en Irak sous prétexte qu'en Irak se trouvent des armes de destructions massives. Les éléphants et rhinocéros de 300 seraient-ils un moyen grossier de symboliser ces armes « convoitées » ?

En tout cas, même si le rapprochement peut sembler douteux à certains moments, trop d'éléments rapprochent le film de la réalité pour être ignorés et jugés anodins. De plus, un autre élément vient appuyer cette réflexion, la position politique du réalisateur. En effet, Zack Snyder se réclame faire partie de « la droite conservatrice » américaine.

Quand le passé sert le présent

Comme nous venons de le voir, les coupes effectuées dans l'histoire sont flagrantes et servent à justifier une idéologie actuelle. Léonidas symbolise l'axe du bien. Xerxès celui du mal. Léonidas symbolise les Etats-Unis, Xerxès le Moyen-Orient. Tout le travail du réalisateur a consisté, d'une part à rendre Léonidas plus héroïque qu'il ne l'a été en le faisant passer pour l'homme qui a décidé des évènements. Le réalisateur a aussi eu recours à la victimisation, en insistant bien sur le fait que Xerxès est un envahisseur. Mais le réalisateur sait peu être moins que Sparte, comme presque toutes les civilisations, fut aussi faite par les conquêtes. D'autre part, le réalisateur à clairement arabisé Xerxès afin que le spectateur l'identifie plus aisément à un habitant du Moyen-Orient. Le fait de rendre Xerxès - sous des traits grossiers et caricaturaux - homosexuel, participe au fait que l'axe du bien se doit de combattre toutes les déviances, morales, religieuses, spirituelles ...

L'idée sous-jacente du film est clairement politique et idéologique. Dans ce cas là, la réinterprétation de l'histoire servirait à légitimer des actes du présent. De ce fait, l'histoire interprétée peut dangereusement servir des causes idéologiques.

Accueil de la critique

Le film a reçu un accueil plus que mitigé au sein de la critique. Le journal Libération ira jusqu'à dire du film que « 300 est un atroce film de propagande dont l'idéologie de droite extrême donne envie de vomir[6] ».

D'un point de vue des relations internationales, le film n'a pas du tout plut aux iraniens, qui dénoncent la caricature faite de Xerxès et la démarche de « falsification de l'histoire pour servir de pression psychologique sur l'Etat iranien ». 300 a même été dénoncé à l'ONU par l'Iran, qui lui reproche de diaboliser la culture et la nation iranienne. D'autres en Occident iront même jusqu'à dire qu'il s'agit d'un film fasciste. 

Cinéma et histoire

Pour reprendre le titre de l'ouvrage de Marc Ferro, 300 révèle les liens puissants qui unissent cinéma et histoire. La transposition filmique d'un fait historique ne peut être neutre. Lors de la réalisation, le cinéaste sélectionne volontairement les faits et les traits qui nourrissent sa démonstration et de ce fait, il laisse de côté les autres sans avoir à justifier son choix. Ainsi, des cas similaires de récupération de grands drames historiques du passé et mis au service de la société américaine ont déjà été observés. Les producteurs et les réalisateurs les vident de tout ce qui pourrait aller à l'encontre de la société. Il en fut ainsi pour Les Dix Commandements de Cécil B. de Mille (1956) qui se met alors à chanter la libération des juifs, ou encore du célèbre Ben Hur de William Wyler (1959) qui glorifie la naissance du christianisme. 300 s'inscrit dans la lignée de ces film où le fait historique devient un prétexte à l'idéologie qu'il défend.

Pour revenir à l'histoire du cinéma américain, une tradition du film centré sur la période de l'Antiquité ou de l'Empire romain, s'est développé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et à l'entrée de la guerre froide. Les traditions de l'Antiquité, de l'Empire, des guerres pour le pouvoir, sont autant de critères qui formèrent l'archétype de l'Etat Américain.

Ainsi, cinéma et histoire forment un couple qu'il faut manier et surtout observer avec une grande prudence. Comme pour toutes les autres formes d'expressions, le principal risque du film réside dans le fait qu'il s'empare de l'histoire et surtout la remodèle à son gré. Pour preuve, lorsque nous pensons à Richelieu ou à Mazarin, Alexandre Dumas et ses Trois Mousquetaires ne font-ils pas irruptions dans notre pensée. De même, lorsqu'un anglais évoque Jeanne D'Arc, de quelle Jeanne parle-t-il ? Celle des historiens ou celle de Shakespeare [7]?

Bibliographie

Ouvrages :

- CHRIESTIEN Jacqueline et Le TALLEC Yohann, Léonidas : Histoire et mythe d'un sacrifice, Paris, Ellipses, 2013

- FERRO Marc, Cinéma et Histoire, Paris, Folio Histoire, 1993

- KAPLAN Michel, Le Monde Grec, histoire ancienne, Paris, Bréal, 2010

- LEVY Edmond, Sparte : histoire sociale et politique jusqu'à la conquête romaine, Paris, Seuil, 2003

- MOURRE Michel, Dictionnaire encyclopédique d'histoire, Paris, Bordas, 1974

Divers :

- Allociné.fr, critiques du film 300 de Zack Snyder.

- SNYDER Zack, 300, Rackham, 2002, 96p.

[1] MILLER Frank, 300, Dark Horse Comics, 1998, 5 tomes

[2] PLUTARQUE, Cléomène, 9,3

[3] JEANGENE VILEMER Jean-Baptiste, La guerre au nom de l'humanité – Tuer ou laisser mourir, Paris, PUF, 2012, 624 p.

[4] LEVY Edmond, Sparte, Paris, Seuil, 2003, p.51-52

[5] PLUTARQUE, Lyc., 21.1

[6] BERNIER Bruno, « This is merdaaaaa ! », Libération, 21 mars 2007

[7] SHAKESPEARE William, Le roi Henri IV, 1588-1590

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