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La guerre de Sécession (1/3)

secession

Entre 1861 et 1865, les Etats-Unis d’Amérique furent secoués par une sanglante guerre civile, la guerre de Sécession. En tout, morts et blessés, civils et militaires, se montèrent à plus d’un million de victimes, soit 3% de la population totale du pays. Ce dernier en sortit dévasté, exsangue, avec un coût direct supérieur à 5 milliards de dollars-or rien que pour les dépenses militaires des deux camps – l’équivalent aujourd’hui d’une somme dix fois supérieure. Il mit des décennies à s’en relever complètement, et les conséquences du conflit allaient encore être ressenties, dans la politique intérieure des USA, bien longtemps après, et jusqu’à nos jours.

 

Les causes de la guerre de Sécession

À l’origine du cataclysme, une question fondamentale de droit constitutionnel : où commençait l’autorité du gouvernement fédéral, et où s’arrêtait celle des États fédérés ? La constitution de 1788, écrite après un âpre débat entre fédéralistes et partisans du « droit des États », restait alors sujette à interprétation. Notamment en ce qui concernait le droit d’un État à quitter la fédération, à faire sécession de l’Union. Certains soutenaient qu’une telle chose était possible, et qu’elle était un moyen d’empêcher le gouvernement fédéral d’imposer aux États des lois dont ils ne voulaient pas. D’autre, à l’inverse, la tenaient pour illégale, affirmant qu’il serait en pareil cas nécessaire de recourir à la force armée pour préserver l’intégrité de l’Union.

Ce problème institutionnel trouva son point de cristallisation dans la question de l’esclavage. Pratiqué dès les débuts de l’ère coloniale, ce dernier avait, dans le Nord, périclité après la fin de la guerre d’Indépendance (1783), pour des raisons idéologiques, religieuses et économiques. De nombreux États l’y avaient aboli. Mais dans le Sud, il devint un pilier de la réussite économique : les exportations de coton rapportaient aux planteurs des fortunes, et la main d’œuvre servile était indispensable à cette prospérité – du moins est-ce là ce qu’en pensaient leurs maîtres.

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L’expansion du pays vers l’Ouest, avec notamment l’achat de la Louisiane à la France (1803) et la guerre contre le Mexique (1846-48) propulsa l’esclavage sur le devant de la scène politique. D’un côté, la minorité de Sudistes propriétaires d’esclaves noirs souhaitait coloniser ces nouvelles terres en y important leur mode de vie et leur « institution particulière ». De l’autre, les abolitionnistes, essentiellement nordistes, constituaient un groupe tout aussi minoritaire, mais très actif et de plus en plus influent. Ils entendaient bien s’opposer à l’extension d’une pratique inhumaine.

Aux concessions réclamées par les uns répondirent les garanties exigées par les autres, et l’on passa très vite d’un débat passionné à une spirale de violence politique, puis physique. Chacun radicalisa ses positions, et les discours jadis minoritaires gagnèrent en audience. L’élection présidentielle de 1860 mit le feu aux poudres. Nettement plus peuplés, les États du Nord permirent l’élection d’un abolitionniste modéré, Abraham Lincoln. En réaction, les partisans de la sécession jouèrent des peurs de leurs concitoyens sudistes et parvinrent à leur faire admettre que cette élection signifiait l’abolition prochaine de l’esclavage, et à sa suite, la ruine du Sud.

La Caroline du Sud fut la première à agir, faisant sécession le 20 décembre 1860. Six autres États l’imitèrent et le 4 février 1861, ils constituèrent les États Confédérés d’Amérique. La nouvelle nation entreprit aussitôt d’asseoir sa souveraineté en s’emparant des installations appartenant au gouvernement de Washington. Ceci fut fait sans effusion de sang ; mais une de ces installations, le fort Sumter, situé dans le port de Charleston, refusa de se laisser occuper. Après trois mois et demi de blocus et de vaines négociations, le discours des plus radicaux prévalut et les forces sudistes bombardèrent le fort le 12 avril. Il capitula le lendemain.

C’était la guerre ouverte : Lincoln appela à la constitution d’une armée de volontaires pour réduire ce qui était perçu dans le Nord comme une rébellion. Le Sud, qui estimait se battre pour sa liberté, fit de même pour se défendre. Il fut rejoint par quatre autres États pratiquant l’esclavage, qui refusèrent de fournir au gouvernement fédéral leur quota de volontaires. Trois autres, Missouri, Kentucky et Maryland, déclinèrent d’envoyer des troupes à qui que ce soit, et les deux premiers se proclamèrent officiellement neutres.

Premières batailles

Les manœuvres politiques et militaires des premiers mois du conflit se concentrèrent sur ces « États-frontières » qui faisaient tampon entre le Nord et le Sud. Le Maryland avait une position stratégique, car il séparait la capitale fédérale Washington du reste de l’Union : après qu’une émeute de sympathisants sudistes eût tenté d’empêcher le passage des troupes nordistes à Baltimore le 19 avril, l’armée fédérale en prit le contrôle militaire.

Bien qu’ayant fait sécession, la Virginie fut elle-même divisée. Les comtés du nord-ouest de l’État, où l’esclavage était peu pratiqué, se réunirent pour contester la sécession ; une offensive nordiste (juin-juillet 1861) permit à l’armée fédérale de prendre le contrôle de la région. Les comtés unionistes allaient pouvoir constituer un territoire à part entière, qui allait ensuite intégrer l’Union en 1863 comme un nouvel État, la Virginie occidentale. Le Tennessee oriental, pro-nordiste, tenta de faire de même mais cette fois, il n’y eut pas d’offensive fédérale pour l’appuyer, et le gouvernement confédéré parvint à conserver le contrôle de la zone.

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Le Missouri, pour sa part, avait rejeté la sécession, mais son gouverneur pro-sudiste tenta de faire saisir par sa milice l’arsenal fédéral de St-Louis. Il fut pris de vitesse par l’officier commandant celui-ci, le capitaine (et bientôt général) Lyon, qui après avoir déjoué la manœuvre, envahit le Missouri pour en déposer le gouverneur. L’offensive nordiste permit d’occuper la plus grande partie de l’État, mais elle subit un coup d’arrêt le 10 août 1861 lors de la bataille de Wilson’s Creek, où Lyon trouva la mort.

La neutralité du Kentucky fut quant à elle violée plus tardivement, lorsque les Sudistes occupèrent la ville de Colombus, sur les rives du Mississippi, le 4 septembre. Le gouverneur tenta de préserver la neutralité de son État, mais l’assemblée locale se rangea dans le camp nordiste, et les Fédéraux purent ainsi occuper la plus grande partie de l’État sans rencontrer de résistance, leurs ennemis devant se contenter du sud-ouest de son territoire.

Initialement, le commandement militaire nordiste, conscient de la faiblesse de ses armées inexpérimentées, entend favoriser une stratégie prudente, préférant isoler et étouffer le Sud par le blocus de ses côtes, afin de le couper de sa principale ressource : ses exportations de coton. Ainsi, les deux principales armées se font face, tout près de Washington, dans le nord de la Virginie, sans s’attaquer, se contentant d’entraîner leurs volontaires enthousiastes, mais peu aguerris.

La presse nordiste, toutefois, ne l’entend pas de cette oreille, et pousse à l’offensive. Lincoln cède à cette pression politique et ordonne au chef de sa principale armée, le général McDowell, de marcher sur Richmond – la capitale de la Virginie étant également devenue celle de la Confédération après la sécession de cet État. Son offensive s’achève par un désastre : lors de la bataille de Bull Run (appelée Manassas par les Sudistes), les Fédéraux sont mis en fuite et refluent en désordre jusqu’à Washington (21 juillet 1861).

Le "plan Anaconda" et l'offensive à l'Ouest

Ce revers cinglant fait comprendre à tous que la guerre sera longue et difficile, et pousse les Nordistes à revenir à leur stratégie initiale. Affinée par le vieux général Scott, elle reposera sur deux piliers : d’une part, le blocus des côtes sudistes, ainsi que l’occupation des ports et des forts côtiers par des opérations amphibies permises par la large supériorité navale nordiste ; et d’autre part, la conquête des principales voies de communication sudistes que constituent le fleuve Mississippi et ses affluents.

Ce « plan Anaconda », qui vise à enserrer et à « étouffer » le Sud à petit feu, sera mis en œuvre dès l’hiver 1861-62, avec l’expansion massive de la marine nordiste et la conquête du littoral de la Caroline du Nord. D’autres opérations du même style viendront tout au long de la guerre, mais la plus importante sera celle qui permettra l’occupation de la plus grande ville de la Confédération, la Nouvelle-Orléans, et de l’embouchure du Mississippi, en avril 1862.

Dans le même temps, une offensive destinée à conquérir le cours du Mississippi par le nord avait débuté en février. Dispersée tout le long de la « frontière » de fait entre le Nord et le Sud, l’armée confédérée fut incapable de résister. Pire, une force de 13.000 hommes fut encerclée dans le fort Donelson et contrainte à la capitulation (16 février 1862), permettant au vainqueur, le général Grant, de se faire un nom.

Fredericksburg

Celui-ci poursuivit son offensive avec l’appui des flottilles fluviales nordistes, et s’empara rapidement de toute la moitié occidentale du Tennessee. Son adversaire sudiste, Albert S. Johnston, le surprit complètement en regroupant discrètement ses forces, puis en contre-attaquant à Shiloh (6-7 avril 1862). Les Sudistes passèrent près d’anéantir l’armée de Grant, mais la mort de leur chef et l’arrivée de renforts nordistes renversa le cours des événements.

Après ces victoires chèrement acquises, les flottilles fluviales nordistes tentèrent de prendre le contrôle définitif du Mississippi, à la fois par le nord et par le sud. Mais elles furent toutes deux stoppées par les fortifications sudistes, la première à Vicksburg, et la seconde à Port Hudson. Il fallut mettre le siège devant cette dernière, tandis qu’une première offensive hivernale contre Vicksburg échoua (décembre 1862).

De leur côté, les Confédérés n’étaient pas restés passifs. Dans le cadre d’une stratégie globale visant à la fois à faire basculer les États-frontières dans le camp sécessionniste, et à obtenir l’appui de la France et de la Grande-Bretagne, le président Davis ordonna une grande offensive simultanée à la fin de l’été 1862. Les Sudistes envahirent ainsi l’est du Kentucky, mais ne parvinrent pas à soulever la population locale en leur faveur, et furent finalement battus à Perryville le 8 octobre 1862, ce qui les contraignit à abandonner le Kentucky pour de bon. Les autres opérations de cette « triple offensive », dans le Mississippi et le Maryland, échouèrent également.

Les Fédéraux cherchèrent à exploiter ce succès et tentèrent d’anéantir la principale armée sudiste dans le Tennessee. Mais ils furent de nouveau pris en défaut par la contre-offensive sudiste lors de la bataille de Stone’s River, qui fut le plus sanglant combat de la guerre, proportionnellement aux effectifs engagés. Les Nordistes furent un moment menacés d’anéantissement, mais après trois jours de bataille (31 décembre 1862 – 2 janvier 1863), ils parvinrent à se retirer en bon ordre. Durant l’année écoulée, les Fédéraux avaient réalisé des gains substantiels, mais n’avaient pas atteint leur objectif initial de contrôler intégralement le bassin du Mississippi.

Suite : La guerre de secession 2/3.

Bibliographie

La guerre de Sécession, 1861-1865 de James M. McPherson. Robbert laffont, 1991.

La guerre de Sécession de Farid Ameur. PUF, 2004.

La Guerre de Sécession de Bruce Catton. Payot, 2002.

Pour aller plus loin

The Civil War, la guerre de sécession : coffret 4 DVD. Arte Video, 2009.

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