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Les honores en France au IXe et Xe siècle

HuguesCapetLa question de la féodalité est en plein essor actuellement. Les anciennes théories mutationnistes, notamment défendues par Georges Duby, sont remises en question par des chercheurs qui voient dans la constitution du système féodal  plus de permanences par rapport au système Carolingien que de réelles nouveautés. En tout cas, hors de ce débat complexe, la question de la construction des principautés entre le IXe et le XIe siècle est fondamentale pour comprendre comment se structure la société médiévale.

Ainsi, nous pouvons observer la construction de ces entités politiques, placées entre les mains de seigneurs de l’aristocratie, dans une phase de transition, alors que le système n’est pas encore fermement en place. Par ce biais, la compréhension de la société du Moyen Âge apparaît plus claire.

 

Situation sous les derniers Carolingiens

Depuis Coulaines, où une assemblée de Grands du royaume fait pression sur le roi pour obtenir une plus grande stabilité des honores, le souverain n’a plus la haute main sur la révocation de ces charges : il ne peut plus retirer son bien à un Grand à la légère. Mais l’hérédité n’est toujours pas acquise. Elle dépend entièrement du bon vouloir royal. Le roi se réserve aussi le droit de déplacer ses Grands sur son domaine : il ne les spolie pas s’il leur accorde un honor de taille équivalente à celui qu’il leur a retiré. Par exemple, Robert le Fort est déplacé de l’Anjou vers le comté d’Auxerre et de Nevers. Lors de la campagne que Charles le Chauve part mener en Italie, il donne comme instruction que, si un Grand décède en son absence, il faut confier l’honor à son fils ainé et qu’il faudra « que personne ne s’irrite s’il nous plaît de donner ce comté à un autre que celui qui jusque-là avait eu à y pourvoir » (Capitulaire de Quierzy en 877). Coulaines ne change que peu de chose au statut des évêques ; ils doivent toujours leur accession au roi mais ils ont une confirmation de leurs droits spécifiques.

On peut aussi souligner l’importance, à l’époque, que revêt l’honor d’abbé. Lorsque Robert le Fort reçoit l’abbaye de St Martin de Tour, il atteint le sommet de son pouvoir. Son successeur, en la personne d’Hugues l’Abbé (d'ailleurs Hugues Capet, un des descendants, porte ce surnom car il porte la cappa d'abbé de St Martin de Tours), est principalement désigné sous ce vocable et non comme comte ou autre. Il s’agit d’un prestige d’ordre religieux et social qui tend à rapprocher son détenteur de la royauté ; n'oublions pas que St Martin est le premier évêque de Gaule... Il faut également souligner l’importance du titre de dux francorum (duc des Francs), qui donne à son porteur un rang de princeps ayant prépondérance sur les autres. Cet honor participe d’ailleurs, d’une certaine façon, dans l’élection de Hugues Capet comme roi de France en 987. L’abaissement du pouvoir royal en Francie Occidentale est quant à lui en partie le résultat de la compétition de deux grandes familles pour la conquête de la royauté : les Carolingiens et les Robertiens. Eudes, élu roi en 888 doit se faire accepter par tous en reconnaissant la primauté d’Arnulf, roi de Germanie ; un Carolingien…

Eudes et l’abaissement du pouvoir face aux honores

Siege_de_Paris_par_les_VikingsLors du conflit entre Eudes et son compétiteur, Charles le Simple, l’alliance du premier avec les comtes de Bourgogne (Richard) et d’Aquitaine (Guillaume), intervient dans le cadre de dons exceptionnels faits aux deux Grands. Eudes conférait en effet à Adalgaire, l’évêque d’Autun la charge d’archichancelier du palais royal, ce qui revenait à conclure une alliance avec Richard, et il donnait à Guillaume un honor très important ; celui de l’abbatiat de St Julien de Brioude, comparable en quelque sorte avec celui de St Martin de Tours ; si important qu’il avait été disjoint de celui d’Auvergne par Charles le Chauve en 869. Il accordait en plus à Guillaume, l’hérédité sur cet honor, véritable élément d’autorité régionale pour celui-ci. Le roi Eudes accorde également à Richard deux abbatiats ; St Germain d’Auxerre et Ste Colombe de Sens, lui laissant les mains libres en matière religieuse dans son domaine, et l’élevant de fait au rang de princeps de Bourgogne. Guillaume lui, devient Duc en 898 à la mort d’Eudes. Cet événement constitue un véritable abandon par le pouvoir royal des regna d’Aquitaine et de Bourgogne. Les dons réalisés par Eudes sont définitifs et non révocables, ce qui constitue un obstacle immense à l’autorité monarchique en Francie Occidentale pour les siècles à venir. On comprend mieux pourquoi les deux Grands ainsi richement dotés suivirent fidèlement le roi Eudes jusqu’à sa mort…

On constate ici un passage d'un système de parenté cognatique (1) à un système agnatique (2) (ou lignagier) chez les aristocrates. La lutte des Grands du royaume pour parvenir à faire reconnaître l'hérédité des honores et le souhait de s'ancrer fermement dans un territoire sont des éléments importants, qui amènent à la constitution du lignage. L'ancien système cognatique pouvait s'accommoder de la mouvance des charges, comme établit après Coulaines, car ils avaient obtenu la certitude que leur rang serait respecté. Les familles selon l'ancien système étaient de toute façon très souvent éparpillées, et elles s'organisaient selon des liens forts, entretenus par des rencontres et surtout des alliances (mariage) endogamiques. Le système agnatique favorise le maintient de l'unité du patrimoine, d'où l'accent mis sur la primauté de l'aîné et sur l'indivision du domaine, que l'on essaie alors d'agrandir par mariages (ou autre), ce qui implique alors la mise en place d'une véritable politique matrimoniale. Cette évolution est le fondement même du système féodal en France. Il explique comment se met en place ce système et comment le pouvoir se structure alors.

(1) Ascendant ou descendant par les femmes.

(2) Qui appartient aux membres d'une même famille par les hommes.

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