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Accueil Histoire de France Les évadés de France (1940-1944), les oubliés de la seconde Guerre Mondiale

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Les évadés de France (1940-1944), les oubliés de la seconde Guerre Mondiale

passage_des_pyreneesC'est un épisode méconnu de l'histoire de France. Durant la seconde guerre mondiale, 19.000 jeunes Français (hommes et femmes), ont franchi les Pyrénées au risque de leur vie. Ils se sont engagés volontairement dans les Forces Françaises Combattantes après plusieurs mois d’ internement en Espagne dans des geôles sordides. 4 à 5.000 d’entre eux s’engagèrent dans la 2ème DB, les autres entrèrent dans tous les corps de l’Armée française en formation en Afrique du Nord. Voici l'histoire oubliée des évadés de France.


 

L’évasion de France par les Pyrénées, ses causes, ses raisons, ses acteurs.

La période d'occupation du territoire français entre l'armistice demandé par le maréchal Pétain en juin 1940 et la déroute des armées allemandes à la suite des débarquements alliés en 1944 a provoqué dans la population diverses réactions. Nous écartons de notre propos celles qui allaient dans le sens de l’acceptation totale de la situation. Nous ne voulons pas non plus écrire une histoire de la Résistance, ce qui a été fait avec talent par des historiens reconnus. Notre ambition est de mettre le lecteur dans l’ambiance qui régnait à partir de juin 1940.

Une période d'abattement général fut assez courte dans certains milieux où une forme de réflexion commune d'opposition au comportement du nouveau gouvernement cherchait une voie d'action. Le terme de « résistance » était encore inconnu. L'un des exemples les plus représentatifs de cette situation est celui du « Musée de l'homme » à Paris.

appel-18-juinL'appel du 18 juin prononcé par le général de Gaulle depuis les studios de la BBC à Londres a pu déclencher en de nombreux endroits des vocations de regroupement. Cela concernait des personnes en relations de travail ou de sympathie cherchant des moyens de s'opposer utilement à ce qui était alors imposé. Fallait-il encore attendre que cet appel passât de bouche à oreille car tous les foyers ne possédaient pas un récepteur de radio et très peu d’auditeurs étaient à l’écoute de la BBC justement à l’heure voulue. Au même moment, de nombreuses populations couraient les routes à la recherche d’un abri. Cette mise en connaissance a été très étalée dans le temps, ne pouvant s’opérer qu’avec la prudence requise quant à connaître l’opinion de l’interlocuteur. Ne pas oublier que dès la fin du conflit en France, il y avait (au moins) deux camps, dont les fervents « pétainistes » étaient prêts à la délation des « traîtres » gaullistes.

Très vite après l'établissement des zones, la zone sud a été le terrain de réactions isolées dans lesquelles se sont trouvés mêlés d'anciens militaires ou agents des « Services », mais aussi des personnages de la pègre qui cherchaient leurs voies d'un côté ou de l'autre (voire des deux). Les conditions de présence nécessairement discrète de la police allemande ont laissé la possibilité d'établissement secret de diverses organisations de résistance et de filières d'évasion. Par exemple, c’est à Marseille que Paul Paillole constitua en juillet 1940 le service T.R. (pour travaux ruraux) qui comprenait des anciens du contre espionnage français.

Nombreux étaient ceux qui n’étaient pas en relation intime avec des groupes constitués, comme une cellule politique ou, parfois, une équipe de personnes pratiquant la même activité de profession ou de distraction. Ils avaient à se déterminer seuls, en conscience, par rapport à notre patrie. Certains, nombreux d’ailleurs, suivirent le mouvement accompagnant le maréchal Pétain.

Si nous mettons en avant cette nécessité de réflexion individuelle, c’est parce que ce fut le cas pour une proportion très majoritaire de ceux qui choisirent de quitter la France pour se rapprocher des Forces Combattantes en rejetant l’accompagnement collaborationniste du maréchal.

Une méfiance justifiée par certaines mésaventures en rapport avec des tentatives d’entrer en relation avec des « résistants », a orienté nombre des candidats à l’évasion de France plutôt qu’à chercher à se joindre à des maquisards.

sto_propagandeLa loi de réquisition Pétain du 4 septembre 1942 avait déjà frappé 250.000 travailleurs enrôlés de force pour travailler en Allemagne, souvent sans même pouvoir regagner leur domicile avant le départ. La loi Laval du 16 février 1943 qui institua le Service du Travail Obligatoire (S.T.O.) frappait les jeunes hommes des classes 1920 à 1922. Rappelons qu’à compter du 27 mars 1943, pour les hommes de 18 à 50 ans, il fut indispensable de posséder un certificat de travail ; à défaut, l’intéressé pouvait être requis de travailler pour l’ennemi. La fermeture des entreprises suite à l’ordonnance du 25 février 1942 (J.O. des autorités d’occupation) aggrave les risques puisque les travailleurs ainsi sans travail se retrouvent sans certificat et, du fait de la fermeture sont automatiquement requis au S.T.O..

Ces conditions ont provoqué la prise de position des réfractaires qui se mettaient donc hors la loi. Furent concernés plusieurs centaines de milliers de travailleurs généralement les plus jeunes. Parmi ces réfractaires se situent les candidats à l’évasion de France en vue de rejoindre les unités françaises armées régulières de la France Libre. Il ne restait plus qu’à trouver le meilleur moyen de satisfaire ce désir. Pour mémoire, il y eut des passages en Suisse qui excluaient tout combat, mais sans avoir de « sésame » approprié, les amateurs furent refoulés. Il y eut aussi quantité de « planqués », ceux qui trouvèrent un abri dans leur famille campagnarde ou chez des amis, mais le problème de leur alimentation sous les restrictions alimentaires que l’on connaissait a pu être embarrassant pour les protecteurs. Tout ceci n’était pas très glorieux !

Le commencement d’organisation intérieure en France.

Inorganisation ne signifie pas inutilité. Bien que sans organisation réfléchie à leur origine, certaines filières s’activèrent rapidement dans l’est, zone particulièrement surveillée, pour permettre la fuite à des Alsaciens et à des prisonniers de guerre Français ou Britanniques qui avaient réussi leur évasion des camps où ils étaient retenus. D’autres filières permettaient le franchissement illégal de la ligne de démarcation qui séparait la zone libre de la zone occupée. Au début, ce furent souvent des personnes seules qui servaient de passeurs. Doit-on ajouter que ces services étaient bénévoles… sauf rares exceptions.

Le risque encouru n’était pas négligeable, nous allons le montrer par les ordonnances ci- après.

Ordonnance du 4 octobre 1940 : en vertu des pouvoirs qui m’ont été conférés par le Führer und Oberster Befehlshaber der Wehrmacht, j’ordonne ce qui suit :

- sera punie toute personne qui franchit sans autorisation la ligne de démarcation ou qui transfère dans la zone inoccupée des marchandises ou des moyens de paiements sans l’autorisation prescrite.

Ce début déjà indicatif fut abrogé et remplacé par une nouvelle ordonnance renforcée dont nous donnons seulement ce qui concerne les personnes.

Ordonnance du 28 avril 1941,concernant le franchissement illicite des frontières et des lignes militaires interdites dans le territoire français occupé, ainsi que l'exportation, l'importation et le transit de marchandises.

En vertu des pleins pouvoirs qui m'ont été conférés par le Führer und Oberster Befehlshaber der Wehrmacht, j'ordonne ce qui suit :

(1) Sera puni d'emprisonnement ou des travaux forcés, à moins que, d'après d'autres dispositions, une peine plus élevée ne soit encourue,

- quiconque franchira, sans autorisation, les frontières du territoire occupé ou les lignes militaires interdites marquées dans ledit territoire,

- quiconque, sans autorisation du Militärbefehlshaber in Frankreich ou d'une autorité désignée par lui, exportera des marchandises du territoire occupé ou les fera transiter par ledit territoire.

(2) Dans les cas moins graves ou des infractions commises par négligence, une peine d'emprisonnement allant jusqu'à six semaines ou une peine d'amende pourra être prononcée.

(3) La tentative est punissable.

Très vite, les gardes nécessaires auprès de la ligne qui séparait les zones complétèrent la police allemande de policiers français puis de miliciens de Joseph Darnand en 1943. Ces derniers d’ailleurs accompagnaient souvent des gendarmes dans les contrôles en tous lieux.

Quels étaient ceux qui partirent de France dans ces premiers temps ?

Nous avons évoqué plus haut l’état d’esprit des candidats à l’évasion de France.

On peut y ajouter une sorte de slogan rassembleur : rejoindre de Gaulle. On ne le connaissait pas, mais c’était comme une sorte de « point remarquable » —les marins disent : un amer— qui avait une signification commune sans explication à fournir.

Nous ne parlerons pas des personnes qui, pour des raisons diverses —politique ou situation importante—, ont bénéficié de transports organisés par les autorités françaises ou britanniques de Londres après que le général de Gaulle eut été admis par le gouvernement britannique et eut constitué le noyau de la France Libre.

Pour tenter un tel départ à titre privé, il fallait satisfaire à des conditions personnelles dont certaines étaient difficiles à remplir.

Même si nous n'étions plus en guerre ouverte, grâce —ou à cause— de l'armistice, notre pays était sous le joug de l'occupant nazi. Ses représentants en occupation (GESTAPO ou SS) étaient parfaitement formés par leur régime pour traiter par n'importe quelle mesure « adaptée » tout cas soupçonné de divergence par rapport aux lois édictées sur place.

La première condition était relative aux conséquences, à l'encontre de ses proches, de l'action que l’intéressé souhaitait conduire. Les parents pouvaient être très malmenés si le fuyard était mineur. S’il était majeur et chef de famille, la hargne des policiers ennemis pouvait entraîner des conséquences dramatiques sur les membres de sa famille.

Une personne chargée de famille devait prendre d'infinies précautions à ce sujet. Soit la famille pouvait être mise en sécurité, parfois en zone libre avec aussi changement d’identité si le « rebelle » était personne connue, soit c’était l’intéressé lui-même qui changeait de nom.

Dans le premier cas, comme l’a fait le général de Gaulle, sa famille put gagner l’Angleterre. Second cas : Philippe de Hautecloque qui prit le nom de Leclerc et que l’on a retrouvé à la tête de la Force L puis 2ème DFL et 2ème DB. Ces deux cas particuliers exemplaires ne pouvaient évidemment pas être reproduits par des citoyens ordinaires !

Il est certain que la division de notre pays en deux zones facilita beaucoup d'actions. La zone libre n'était pas hors de la surveillance occulte des Allemands, mais sauf coup de main qu’il leur était difficile d’opérer en raison des conditions de l'armistice, on pouvait y mettre discrètement des personnes en sûreté.

La deuxième condition était de trouver le lieu propice et le moyen adapté pour quitter la France avec une chance de succès.

Certains profitant de la surveillance encore peu organisée des côtes, traversèrent la Manche dans les premiers jours de l'occupation, et s'évadèrent ainsi de France rejoignant les quelques Français qui entouraient le général de Gaulle à Londres.

Quelques uns ont eu une opportunité de gagner l’Afrique du Nord en profitant d’une courte période de désorganisation au sud de la métropole. Il y eut même des canoéistes qui quittèrent la France vers Cap Cerbère avec l’espoir d’aller aussi loin que possible en cabotant. Ils furent arrêtés par la police maritime espagnole et connurent les prisons franquistes.

Des cas sont connus d’évasion par les Pyrénées dont la surveillance était peu efficace. Ceux-là furent immédiatement emprisonnés en Espagne pour une durée allant de quelques semaines à quelques mois, puis renvoyés en France et remis aux mains des gendarmes. Pour l’anecdote, c’est ce sort que connut l’humoriste Pierre Dac à sa première tentative de passage.

Le tribunal convoquait alors le contrevenant qui était habituellement condamné à une courte peine et amende ainsi qu’à une semonce de la part du juge avec injonction de ne pas renouveler son escapade. Pierre Laval durcit le régime en 1942 en renforçant la surveillance de la frontière et en retirant la protection consulaire en Espagne aux émigrants illégaux.

La règle appliquée généralement était de renvoyer les immigrants vers l’endroit de France par où ils avaient franchi la frontière. Comme nous venons de le voir, la peine était légère, mais il n’en était pas de même pour ceux qui étaient passés vers la partie interdite du Pays Basque proche de l’océan. Ils tombaient aux mains des Allemands et subissaient l’exil en camp de concentration à moins qu’ils n’aient été fusillés au camp de Souge après internement au fort du Ha à Bordeaux.

Jusqu’alors, les partants étaient des prisonniers alliés fugitifs, des aviateurs abattus qui avaient échappé à la capture, des juifs fuyant la persécution, quelques volontaires décidés à rejoindre l’Angleterre et aussi quelques agents de renseignement. Cette dernière catégorie n’eut plus lieu d’user de ce moyen de transit dès que du matériel de communication radio put être adressé à des personnes accréditées en France en 1941 et qu’en 1942 purent être organisés les transferts aériens.

En définitive, sont concernées quelques centaines de personnes. Mais quand les Allemands rompirent l’armistice le 10 novembre 1942 après le débarquement des troupes américaines en Afrique du Nord le 8 novembre, la situation évolua rapidement. La zone dite libre disparut, la France fut occupée de la même manière sur la totalité du territoire et SS et Gestapo sévirent là où certains relâchements complices de quelques policiers ou gendarmes français permettaient jusqu’alors l’exercice de formes de résistance. Au nombre de celles-ci : des maquis, les transports d’informations, l’aide aux réfractaires au S.T.O. ou aux chantiers de jeunesse du maréchal, l’assistance au cheminement vers la frontière, l’accueil de tous ceux qui n’étaient pas en accord avec les Lois, la protection des juifs, etc..

Une nouvelle population d’évadés.

Outre les cas indiqués plus haut, des Résistants quittent la France et l’application du Service du Travail Obligatoire (S.T .O.) oblige nombre de jeunes gens réfractaires à prendre la décision de désobéir. Certains penseront rejoindre des maquis existants, ce qui n’était pas toujours une bonne solution car ces maquis n’étaient pas forcément en mesure de les armer et de les alimenter. De plus, un maquis trop important, avec des éléments naïfs, pouvait être mis en danger. Certains ont pu s’intégrer par assimilation dans des organisations résistantes politisées, notamment communistes qui ont opéré après le 22 juin 1941 date de l’envahissement de l’U.R.S.S. par les troupes hitlériennes.

Les autres, en général non politisés, se retrouveront aux Pyrénées. Le premier semestre de 1943 a été la période des plus nombreux passages et aussi, malheureusement celle des plus nombreuses arrestations avant la frontière, 600 en moyenne mensuelle. C’est que, devant le raz de marée, les Allemands ont compris que les polices françaises n’étaient pas en mesure ( ?) de surveiller efficacement les Pyrénées et ont décidé d’y ériger une zone interdite à partir de mars 1943.

Une évaluation bien étayée de l’historien Robert Belot compte 23.000 passages réussis.

La répartition des âges en 1943 est la suivante : de 15 à 19 ans, 10,75 % ; de 20 à 23 ans, 51,6 % ; de 24 à 30 ans, 18,42 % ; de 31 à 45 ans, 16,93 % ; au delà de 45 ans, 2,3 %.

Robert Belot a établi une répartition socioprofessionnelle de la population évadée de France, fort intéressante dans l’ouvrage en référence.

Ce que l’on saura difficilement, c’est le nombre de candidats à cette évasion qui ont été capturés au cours de leur voyage, dans les transports, dans les gares, à la traversée de la ligne de démarcation (même après l’invasion de la zone sud), au pied des Pyrénées, etc. Il n’est pas impossible que ce nombre ait été le double de ceux qui ont réussi le passage. De ceux qui ont été ainsi capturés ne sont revenus que quelques unités.

Les conditions générales du passage de la frontière.

Très peu de candidats à l’évasion ont tenté leur chance seuls. En règle générale, il était sage de s’informer, si possible par relation (n’oublions pas qu’il s’agit d’actes clandestins répréhensibles) pour trouver une filière sûre.

Des frontaliers parfaitement connaisseurs de la montagne, de ses chemins et de ses difficultés étaient les seuls à pouvoir réussir cet exploit. Nombreux parmi ceux-là ont été des guides avant d’être contraints à fuir pour échapper à l’arrestation. Encore fallait-il trouver un contact qui puisse introduire le candidat à l’évasion dans un circuit relationnel qui conduise au guide. D’infinies précautions étaient indispensables car le seul fait d’annoncer sa candidature au passage n’était pas un brevet de loyauté. Un candidat pouvait être un traître à la solde de l’ennemi ou de la milice française et pouvait ruiner toute une filière en faisant arrêter les participants.

Il est arrivé qu’un « passeur » se soit révélé être un agent ennemi et ait dénoncé ceux qui lui avaient fait confiance, contre rémunération. Empressons-nous de préciser que ce cas s’est présenté rarement.

passage_des_pyreneesDes filières pour le franchissement des Pyrénées se sont constituées très tôt après juillet 1940. C’étaient généralement au départ, des personnes du sud-ouest qui, en relations familiales ou parfois professionnelles, en tout cas avec la meilleure connaissance de l’opinion du correspondant, formaient une sorte de chaîne d’information et de guidage jusqu’à ceux qui connaissaient la montagne. Sans vouloir généraliser, car ce serait abusif, un certain nombre de montagnards pyrénéens de cette époque pratiquaient la contrebande. Par habitude, ils connaissaient les chemins peu praticables qui aboutissaient en Espagne. Certains, mais pas tous, demandaient des sommes modérées d’argent pour le passage (5 à 10.000 frs maximum)

Beaucoup de ces filières bien recensées après la guerre ont connu de très lourdes pertes par suite des opérations de recherche opérées par les ennemis. Une imprudence au niveau d’un maillon de la chaîne conduit à un désastre. Quand on sait que certaines de ces organisations couvraient la France du nord au sud, les risques encourus étaient immenses. Risques aggravés par les personnes qui cherchaient à être prises en charge, nous l’avons évoqué plus haut. Malgré les précautions, il pouvait s’y rencontrer des traîtres et sans aller si loin, des imprudents bavards ou inconscients.

Une certaine forme d’organisation du renseignement et des filières a pu prendre corps à partir de Madrid aussi surprenant que cela puisse paraître. Il fallait que ces services soient ignorés des autorités et, au moins partiellement, l’organisation de la croix rouge française en Espagne de Mgr Boyer-Mas a pu faire office d’écran. Mais les agents allemands et les agents espagnols sont difficiles à tromper et en lisant le livre d’Ippécourt qui était partie prenante dans ces services, on mesure les difficultés. Il ne put y avoir un effet marquant qu’au cours du second trimestre de 1943.

Des pièges.

On ne peut cacher qu’une certaine pègre s’est immiscée dans le circuit de réalisation de faux papiers qui sont fournis moyennant forte finance. Si des filières de bon aloi existent, ainsi que dit ci-dessus, il y en a de moins recommandables chez lesquelles tout et le pire peut se produire. Le citadin éloigné, Parisien, Lillois, ou juif désirant fuir l’horreur, qui n’a pas eu l’opportunité d’être mis en relation avec des membres d’une « bonne » filière, peut-il en évaluer la fiabilité ?

Afin de montrer que les actions n’étaient pas simples, voici un obstacle dressé fort astucieusement par les Allemands. A Perpignan, ils avaient créé une école d’espionnage recevant de jeunes stagiaires avant de franchir la frontière et de passer en Afrique du Nord sous le prétexte de rejoindre des parents.

On imagine aisément le mal que ces « stagiaires » pouvaient faire, mêlés à d’autres évadés. Dès leur récupération en Espagne par les autorités consulaires allemandes, ils pouvaient donner des informations précises sur les filières, sur les guides et après leur remise en route vers l’Afrique du Nord, ils pouvaient être en mesure de fournir par agents interposés, quantité de renseignements. Sauf si un comité d’accueil ad hoc les en empêchait en les prenant dès leur arrivée !

A contrario, dans ce jeu de dupes, les Allemands furent trompés par des Français qu’ils croyaient germanophiles mais qui les mystifiaient aux premiers contacts et ne partaient que sur ordre de leur réseau de résistance.

Deuxième épreuve

Après avoir traversé avec succès –ce qui ne signifie pas sans difficulté– la première épreuve consistant à partir de sa résidence et à parvenir au pied des Pyrénées en ayant échappé à tous les pièges, à tous les contrôles sur les chemins ou dans les transports ; en quelque sorte après s’être rendu transparent aux yeux des adversaires de tous poils, il fallait attendre le moment propice.

Qui connaît les populations Pyrénéennes sait que l’aspect des personnes, l’accent de leur parler, leur comportement social sont très particuliers et propres à la région.

Il en est de même dans toutes les régions de notre France bien que le mélange des populations depuis un demi-siècle ait grandement atténué ces différences.

Dans les années 1940, un Parisien était très repérable au Pays Basque ou en Ariège s’il ne prenait pas d’infinies précautions. Plus encore quand il se trouvait un groupe de ces candidats à l’évasion. En règle générale, les habitants du lieu étaient discrets voire protecteurs, mais il est arrivé que des cas exceptionnels d’individus acquis à la collaboration dénoncent aux Allemands des personnes « étrangères » qu’ils avaient vues en ville.

L’épreuve de la montagne.

Avant d’entrer dans le récit, il faut se reporter à la vie des années 30. Même lorsque les congés payés ont permis à beaucoup de « sortir de chez eux », bien peu connaissaient la montagne hormis les montagnards eux-mêmes. Des familles fortunées qui n’avaient pas attendu les congés payés pour aller à la montagne passer leurs vacances y allaient faire du ski en hiver et des promenades en été, mais par les routes ou des chemins praticables.

Quant à la grande majorité des citadins, la montagne leur était connue par la photo du calendrier des PTT. Les paysans n’entraient pas dans le jeu des congés payés, les ouvriers paysans qui en furent bénéficiaires ne participèrent pas aux foules des cyclo-campeurs de l’époque.

Autant dire que les jeunes (de 19 à 30 ans) qui désiraient traverser les Pyrénées ne s’attendaient pas à ce qu’ils allaient vivre. Il était recommandable de ne pas se distinguer, ou le moins possible de la foule parmi laquelle on serait appelé à se déplacer dans la journée. Les personnes avec qui le futur évadé fut en relation avant le passage lui ont bien recommandé de ne pas se travestir en « chasseur alpin ». En d’autres termes, il était bon de rester en costume de ville, comme tout un chacun vaquant à ses occupations quotidiennes. Nous devions être parfaitement conscients de l’état de clandestinité que nous avions adopté, au même titre qu’un maquisard. Mais il ne fallait pas l’afficher. Beaucoup de ceux qui ont oublié ces simples observations ont été pris, leur voyage vers le sud était terminé.

CARTE_PASSAGESL’ignorance du chemin à parcourir et des conditions de ce parcours était quasi générale. Les conditions de suspicion et de méfiance envers l’autre vécues depuis de longs mois, surtout en ville, ne pouvaient pas s’effacer, au contraire la position de hors la loi vécue par tous n’incitait pas à la conversation.

Nous pouvons dire aujourd’hui que l’aventure vécue par chacun des évadés de France est unique par l’originalité de son parcours personnel entre son domicile et la montagne. On peut aussi remarquer au cours des récits individuels que le même parcours montagnard n’a pas été mémorisé de la même façon par des compagnons de route.

Avant de passer à des récits réels, nous dresserons un schéma qui pourrait s’appliquer à l’ensemble des évadés par n’importe quelle partie des montagnes Pyrénées. Nous n’envisageons que le cas des évadés pris en charge par un guide averti. Il est en effet difficile de généraliser l’aventure des quelques uns qui ont traversé la montagne en solitaires, parfois avec quelque connaissance préalable, et qui l’ont raconté dans des souvenirs de guerre. Malheureusement, cette tentative a parfois été un échec, soit à cause de l’ennemi, soit à cause de la montagne et de ses pièges.

Rassemblés derrière le guide, dans la nuit sans lune, les émigrants allaient vers la montagne, hors des chemins tracés, à travers champs et forêts, montant ou descendant suivant le relief. Selon la saison du passage, le sol pouvait être enneigé ou non. Selon l’état des chaussures, cela pouvait être une première épreuve. De petits torrents de montagne pouvaient être empruntés comme des chemins couverts de végétation. Après une à trois heures de marche rapide mais possible, la troupe attaquait les sentiers à peine tracés et caillouteux parcourus habituellement par les chèvres ou par les contrebandiers. On montait sans fin le long des monts bordés par des à-pics vertigineux que l’on ne voyait pas dans la nuit et la brume mais que l’on devinait par le long silence du caillou sorti du sentier et claquant à son arrivée beaucoup plus bas.

Parfois, un col permettait une atténuation momentanée des risques de la montagne, mais d’autres dangers existaient. Il fallait se fier à la connaissance du guide car il y avait des patrouilles allemandes avec des chiens et seuls les bergers vivant dans ces endroits éloignés pouvaient avoir renseigné le guide sur les heures et la fréquence des patrouilles par le concours de jeunes montagnards faisant des allers-retours pour ravitailler les isolés. La troupe devait impérativement avoir atteint certains points de repos sous couvert en forêt pour attendre la nuit suivante, seule période propice au déplacement. Les vêtements de ville pouvaient se révéler très insuffisants pour combattre le froid de la montagne. La durée imprévue de la traversée de la montagne a provoqué des problèmes alimentaires.

Bien des évadés ont franchi des passages à deux mille mètres, voire deux mille cinq cent mètres avant de trouver un chemin en descente. Beaucoup se trouvaient alors dans la peine pour marcher, les souliers ayant refusé le service au cours de ces épreuves.

Si la troupe avait échappé aux dangers de la montagne, n’avait pas été prise pour cible par des ennemis, n’avait pas été détectée par des chiens obligeant à la fuite par d’autres chemins connus des guides, n’avait pas alerté des postes de gardes allemands établis dans des cabanes en montagne où s’enfermaient les soldats pour dormir, on approchait enfin de la frontière.

Le guide laissait alors aller ses gens après leur avoir conseillé de détruire leurs papiers d’identité et leur indiquait le passage proche de la ligne frontière à atteindre aussi vite que possible. Cette ligne passée, le groupe ne tardait pas à se trouver face aux fusils des carabiniers espagnols, lesquels les capturaient généralement sans difficulté ni brutalité.

Tous pensaient que leur martyre était terminé. Tous comprenaient que ce soient des policiers qui les aient accueillis. Après tout, ils n’avaient pas de passeport ni de visa !

Certains petits groupes d’évadés ont pu atteindre un hameau ou une ferme espagnole et ont été agréablement reçus et même hébergés pour une nuit. Ils étaient étonnés, au matin, d’être face à des gardes civils. Ceux-ci avaient été informés de la présence d’étrangers par quelqu’un de la ferme, souvent un enfant envoyé exprès ; il était prévu une prime en argent pour les délateurs.

L’accueil de l’Espagne « una, grande, libre ».

Généralement conduits dans un petit village frontalier, les évadés pouvaient recevoir une collation en payant. A partir de ce moment, l’esprit de corps « évadé de France » a pu s’éveiller car, seuls quelque uns avaient un peu d’argent ou même une montre à vendre et payaient pour tous sans en tirer gloire, modestement parce qu’ils pouvaient le faire.

Par la suite, des policiers en civil interrogeaient séparément les immigrants et leur demandaient ce qu’ils avaient pu voir des armements allemands proches de la montagne, canons lourds ou régiments motorisés. Dans tous les cas, les espagnols considéraient les Français comme étant communistes pour la simple raison qu’ils étaient opposés à Pétain. Certains Français se déclaraient Belges mais nombreux se trouvaient soudain Canadiens généralement natifs de la province de Trois-Rivières.

Cette déclaration était destinée à se faire prendre en charge par un consulat anglais mais son abus a très vite été inutile car les Anglais ne pouvaient pas assurer la suite et les Espagnols s’en amusaient bien tellement la ficelle était grosse.

Après les déclarations à la police, tout le monde se retrouvait enfermé en prison dans une ville importante comme Pampelune ou Barcelone ou d’autres lieux où l’on entassait jusqu’à quatorze détenus dans une cellule pour un. D’autres lieux, anciennes casernes, anciens couvents, servirent aux détentions.

MIRANDA_baraquesUn camp de concentration avait été construit par des ingénieurs nazis, durant la guerre civile d’Espagne sur les modèles tristement connus par les déportés en Allemagne. Il était destiné aux républicains espagnols, les « rouges », pris par les franquistes. Ce camp de Miranda de Ebro reçut jusqu’à 5.000 personnes ensemble et sa honteuse trace a aujourd’hui disparu. Seule une stèle érigée par des républicains survivants en perpétue la mémoire.

Outre les prisons de passage, vingt grands centres d’internement sont recensés.

Les conditions d’alimentation étaient à la limite de la survie et les conditions d’hygiène sous le niveau du moyen-âge. La sous-alimentation extrême par une nourriture souillée et l’endémie dysentérique aggravées par la vermine avec les séquelles infectieuses, conduisaient à des pertes de poids atteignant jusqu’à 30% pour des séjours ordinaires compris entre trois et douze mois. Les délabrements psychologiques étaient importants et n’était-ce la forte raison patriotique qui les conduisit à cette épreuve inattendue, beaucoup auraient perdu pied.

La vie carcérale était très pénible, nous étions vraiment maltraités par les gardiens. Nous avions l’impression d’être oubliés, abandonnés.

L’exemple des services religieux catholiques est significatif. Tout le monde était « invité » le dimanche à être présent à la messe. Le cœur n’y était pas toujours pour les chrétiens, mais les Israélites qui étaient présents parmi nous ne souhaitaient pas assister à cet office. Alors, on les y conduisait à coups de crosse et le canon du fusil dans le dos pendant l’office. En Espagne, fille aînée de l’Eglise, il devait rester un parfum d’inquisition !

Nous n’avons d’ailleurs jamais trouvé un ancien prisonnier qui puisse nous faire l’éloge d’un prêtre catholique espagnol. Ceux qui exerçaient leur ministère en prison étaient plutôt des voyous à la solde du régime ne se privant pas de faire du marché noir à l’encontre des prisonniers. Le secret de la confession n’était pas ce qu’il aurait du être et cela put valoir des jours de cellule isolée à quelque croyant trop confiant.

MIRANDA_prisonniers__lappelDans les mêmes prisons, nous côtoyions aussi des « droit commun ». Parfois gibier de potence, on s’en méfiait d’autant plus qu’ils étaient généralement en bons termes avec les matons, servant aux distributions de soupe et autres services. Plus souvent pauvres types que la faim avait poussés à voler, qui un pain, qui un morceau de viande pour nourrir ses gosses, presque toujours en attente de jugement depuis des mois. Ceux là étaient employés à des tâches de nettoyage, peinture ou coupe de cheveux à la tondeuse. Par eux, quand on avait la possibilité de payer, on pouvait faire venir au travers de l’économat –qui retenait sa dîme au passage– quelques fruits ou pain de maïs de l’extérieur. Le C.F.L.N. envoyait des pesetas aux prisonniers français. Mais nous avons tardivement reçu ces dons car les prisonniers français n’étaient pas portés à la connaissance des représentants de la France libre pour raison diplomatique. Ce ne fut que vers la fin de nos séjours que nous profitâmes de cette possibilité d’achat de nourriture.

La politique de Franco a été très ambiguë à cause de la présence de nombreux agents allemands qui renseignaient leur führer. Ils étaient parfaitement au courant de l’arrivée et de l’incarcération des évadés de France et il y eut sporadiquement le risque de reconduite à la frontière qui fut heureusement arrêté par un ordre supérieur empêchant un gouverneur local de faire ce plaisir à un de ses amis allemand. Par ailleurs, les représentants français de Pétain jouèrent d’abord la modération ; ils tentaient les prisonniers de retourner en France en promettant le pardon. L’attitude de l’ambassadeur Piètri fut d’ailleurs assez fluctuante. Quand une représentation du C.F.L.N. fut enfin admise à Madrid, le nombre et la position des prisonniers français ne furent pas immédiatement portés à sa connaissance. Il y fallut l’énergie de Monseigneur Boyer-Mas qui fonda une organisation de Croix-Rouge à Madrid et qui s’efforça de mener à bien ce qu’il s’était donné pour tâche : la libération de tous ces garçons décidés à se battre.

Après la sortie de prison

Enfin libérés, ils s’engageront pour la durée de la guerre malgré les délabrements physiques consécutifs aux dures conditions du franchissement des Pyrénées : gelures et blessures de membres, notamment des pieds. Délabrements aggravés par l’emprisonnement : problèmes intestinaux ou gastriques qui se perpétuèrent et s’aggravèrent avec les infections transmises par les parasites, etc.

Les rares contacts avec des prisonniers « politiques » espagnols qui attendaient leur condamnation à mort suivie aussitôt de leur exécution avec un courage inouï furent aussi d’un grand secours moral. Peu à peu, par l’action des autorités françaises d’Alger et des Alliés, les prisonniers furent échangés contre du blé ou des phosphates et presque tous s’engagèrent. Ils étaient partis pour cela ! Quelques frontaliers ont pu trouver asile et caution dans la branche espagnole de leur famille. D’autres, âgés ou très affaiblis ne se sont pas engagés en A.F.N.. Ceci explique la différence entre le nombre de passages et le nombre d’engagés volontaires.

Quand nous sommes parvenus en Afrique Française du Nord, nous avons été confrontés, sans rien y comprendre, après notre long emprisonnement et notre isolement, à la farouche querelle entre les généraux de Gaulle et Giraud, entretenue et même aggravée par les tenants de l’un ou de l’autre. Pour nous, l’ennemi à chasser était le nazi, et non un général français !

La désinformation.

Il s’est trouvé des gens pour s’étonner que nous soyons arrivés en Afrique du Nord et non à Londres. De là à penser que les évadés de France internés en Espagne étaient automatiquement partisans du général Giraud ou, beaucoup plus gravement, en accord avec le maréchal Pétain comme le furent de nombreux Français d’Algérie ou du Maroc, il n’y a qu’un petit pas que beaucoup n’hésitent pas à franchir.

Cette façon de penser relève d’un défaut de réflexion.

Prenons un millier d’individus qui viennent de subir une incarcération douloureuse, imméritée pendant 8 à 12 mois. Ils étaient pratiquement au secret. Nous les sortons enfin de prison et les conduisons, rayonnants de joie de la liberté retrouvée, malgré leur délabrement physique, à un navire en partance vers un territoire français où se trouvent des forces combattantes. On leur dit qu’ils vont atterrir à Casablanca. Croyez-vous qu’un seul de ces hommes –ou de ces femmes– va protester en disant qu’il voulait aller à Londres ? Pour quelle raison, dans l’état de son ignorance, sortant de prison, aurait-il une quelconque objection à prendre les armes en Afrique française plutôt qu’en Angleterre ? Il rejoint de Gaulle : « point » !

Comptons pour 19.000 ceux qui purent prendre les armes en A.F.N., (plus rarement à Londres, environ 3.400). Le total des engagés évadés de France et internés en Espagne peut représenter l’effectif d’une à deux divisions dont le personnel était très motivé.

130 sont morts en prison et 300 dans la montagne. 2.500 moururent des suites de l’internement.

Le Maréchal de Lattre de Tassigny en a dit :

« Ils choisirent la périlleuse aventure du passage des Pyrénées pour l’Honneur de Servir ».

Nos engagés volontaires combattirent avec la 1ère Armée Française (Gal de Lattre de Tassigny), dont ils constituèrent une partie des effectifs (environ 9.000) ; avec la 1ère Division Française Libre (Gal Brosset) ; avec la 2ème Division Blindée (Gal Leclerc) (4.000 à 4.500) ; avec le Corps Expéditionnaire Français en Italie (C.E.F.I. sous les ordres du Gal Juin). D’autres se répartirent dans la marine, l'aviation, les commandos, les parachutistes (5 à 6.000). Ils participèrent à la marche sur Rome (Monte Cassino), aux débarquements en Normandie et en Provence, ils libérèrent Paris, l’Alsace et sa capitale régionale Strasbourg, traversèrent le Rhin et pénétrèrent jusqu'au cœur de l'Allemagne.

9.000 Évadés de France perdirent la vie en combattant

Pourquoi n’existe-t-il pas une qualification propre aux Évadés de France internés en Espagne qui les sortirait de l’obscurité ?

Des comparaisons nécessaires.

Nous n’en citerons que deux, une qui est justifiée et une qui nous étonne.

1°- Le statut des prisonniers de guerre.

Les prisonniers de guerre possèdent un statut ce qui est légitime, non seulement en raison de leur nombre, mais en raison de la nature de leur capture au combat et des dommages subis.

2°- Le statut des personnes contraintes au travail en pays ennemi.

Le site internet de l’O.N.A.C. (office national des anciens combattants) mentionne un statut des personnes contraintes au travail en pays ennemi, (parmi lesquelles sont compris les engagés du S.T.O.). Des appelés au S.T.O. ont répondu favorablement à cet appel lequel, rappelons-le, n’était pas l’objet d’une contrainte par corps, ils n’y ont pas été réfractaires et sont partis de leur plein gré travailler en Allemagne nazie. Ils ont pourtant été admis depuis 1951 et confirmés depuis le 16 octobre 2008 dans leur rattachement à l’O.N.A.C.V.G. (office national des anciens combattants et victimes de guerre). C’est difficile à admettre mais décret n’est pas loi.

Ce statut ne devrait, en toute justice, s’appliquer qu’aux travailleurs victimes d’une rafle qui les a envoyés par la force en Allemagne.

Quelle réflexion en résulte-t-il ?

Pourquoi la chape de plomb a-t-elle couvert l’action propre aux Évadés de France passés par l’Espagne ? Ils étaient Résistants-Combattants comme d’autres qui ont contribué aussi à la Libération de la France ! Une grande partie d’entre eux font partie des réfractaires au S.T.O. à l’opposé de ceux que nous avons cités plus haut.

Ils sont titulaires du statut de Combattant Volontaire de la Résistance,

Du statut des Déportés et Internés de la Résistance,

Et pour beaucoup d’entre eux du statut des Réfractaires.

Ils sont titulaires des décorations correspondantes et ils portent fièrement au moins celles-ci, la médaille des Évadés venant devant les autres. Cette qualité unique d’Évadé de France, interné en Espagne, engagé volontaire est, en elle seule, la manifestation d’un acte patriotique fort de Résistance non concerté commun à des jeunes de tous horizons. Elle n’a toujours pas donné lieu à la reconnaissance officielle d’une qualification particulière et nous le regrettons.

On constate par ailleurs avec amertume que, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, tout a été fait pour que le public ignore que la France n’a pas été libérée seulement par le magnifique débarquement de Normandie et l’action de la Résistance intérieure.

Que fait-on de :

- La Libération de la Corse par des Français,

- le débarquement de Provence,

- les faits d’Armes des Divisions de la 1ère Armée française,
- la poussée de nos troupes et de nos Alliés allant du Sud vers le Nord ?

Tout cela ne compterait-il pas dans le reflux des ennemis ? Nombreux étaient les Évadés de France par l’Espagne qui ont participé à ces opérations.

Cet « oubli » est-il dû au fait que c’est (schématiquement pour simplifier) la 1ère Armée du général de Lattre, parfois familièrement appelée Armée d’Afrique, qui a accompli beaucoup de ce trajet méridional ?

Les Français ont pu participer à ces combats grâce à l’armement des nouvelles unités air et terre en A.F.N. obtenu par les démarches du Général Giraud auprès du Président des États-Unis F. D. Roosevelt ?

Le mensonge et le maquillage d’informations ont un jour une fin. Heureusement, des historiens ont la parole, des survivants aussi !

 

Jean-Claude B. Montagné

Evadé de France, interné en Espagne. Ancien secrétaire puis président de l’Association des Hauts de Seine des Évadés de France. Membre du Conseil départemental de l’O.N.A.C., commission « mémoire ». Auteur des Lettres oubliées et du documentaire La filière espagnole.

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