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Le traité de Saint-Clair-sur-Epte (911) : naissance de la Normandie

vitrailstclairsurepteLes relations entre Francs et Normands (également appelés Vikings) ont d’abord été conflictuelles. Tout le IXe siècle, dans le contexte du délitement de l’empire carolingien, est une succession d’attaques des Normands contre le royaume franc, et une bonne partie de l’Europe. Puis, à mesure que les Vikings s’installent, les échanges deviennent plus diplomatiques, jusqu’à ce que tout le monde y trouve son compte. C’est dans cette logique qu’est signé en 911 le traité de Saint-Clair-sur-Epte, acte de naissance de la Normandie, aux conséquences décisives, et dont nous fêtons les 1100 ans cette année.


 

Le royaume franc en 911

La mort de Charles le Gros en 888 amène à ce que Claude Gauvard appelle « la naissance des principautés territoriales ». Mais la rupture est progressive, et moins radicale qu’au traité de Verdun (843). Le royaume qui nous intéresse ici est celui de la Francie occidentale. Le Robertien Eudes, qui a défendu Paris contre les Normands en 885, est élu roi par les Grands. C’est néanmoins un souverain faible, et ce même s’il reçoit le soutien de l’Aquitaine et d’Arnulf de Germanie. Il voit rapidement s’opposer à lui Louis de Provence, un descendant des Carolingiens, et Charles le Simple. Malade, le roi Eudes désigne le second comme son successeur. Charles le Simple devient roi en 898.

Le nouveau maître de la Francie occidentale reprend le combat contre les Normands. Il obtient plusieurs succès jusqu’à celui devant Chartres, où il défait un certain Rollon.

Rollon, mystérieux Normand

Devenu le premier comte de Normandie, Rollon est paradoxalement un personnage célèbre mais méconnu. Ses origines font toujours l’objet de débats chez les historiens, mais son existence est avérée. On ne sait pas s’il était d’origine danoise ou norvégienne, voire suédoise : le Rollon norvégien aurait été banni et serait parti ravager l’Irlande, puis la Neustrie (le nord-ouest de la Francie occidentale). Le Rollon danois est connu par Dudon de Saint-Quentin, un chroniqueur contemporain du petit-fils de Rollon, le duc de Normandie Richard Ier. Il en donne évidemment une image très positive, voire héroïque, et nous apprend que Rollon était le fils d’un chef danois, et qu’il est attaqué par traîtrise par le roi de l’époque. Rollon doit alors fuir, et il choisit d’abord l’Angleterre, qu’il commence à piller avant de conclure des alliances avec le souverain local (Alfred le Grand ?) à la fin du IXe siècle. Rollon choisit ensuite, toujours selon Dudon, de se tourner vers la Neustrie : il aurait participé au siège de Paris (885), puis à des incursions en Bourgogne (898 et 910). Il échoue enfin devant Chartres en juillet 911.

Que les faits d’armes et le parcours de Rollon soient véridiques ou pas, il est un fait : le Normand se retrouve à négocier le traité de Saint-Clair-sur-Epte avec Charles le Simple.

Le traité de Saint-Clair-sur-Epte (911)

Les négociations entre Normands et Francs ont commencé depuis plusieurs mois, avec la participation active de l’archevêque de Rouen, qui connaissait Rollon depuis son arrivée dans sa cité en 876, et qui aurait joué un rôle actif dans la future conversion des Vikings. Le roi Charles le Simple, lui,  a dû lutter contre le mécontentement des Grands de son royaume, dont le marquis de Neustrie, qui avait participé à la victoire de Chartres. Ces négociations sont précédées d’une trêve, chaque camp occupant une rive de l’Epte, la droite pour les Normands, la gauche pour les Francs, avec un échange d’otages.

vitrailstclairsurepteRollon tente jusqu’au dernier moment d’obtenir un peu plus, tout en obligeant les Francs à jurer sur leur foi chrétienne, ce qui indique qu’il sait parfaitement à qui il a affaire. Puis vient la cérémonie, où le Normand pose ses mains dans celle de Charles, reconnaissant ainsi sa soumission à son suzerain. Celui-ci lui accorde alors la main de sa fille et surtout des territoires : celui situé entre l’Epte et la mer, ainsi que la Bretagne…à conquérir ! Les limites de ce qui va devenir la Normandie sont alors les principaux cours d’eau de la région : Bresle, Epte, Eure, Avre, Touques et Dives. Le fait important est que ces terres ne sont pas en bénéfice, comme cela se passe en général entre vassal et suzerain, mais en donation définitive, ce qui n’était sans doute pas l’intention de départ de Charles le Simple. Rollon devient ainsi un prince très important, aux pouvoirs régaliens, et jouit de la terre pour lui et ses héritiers.

La conversion au christianisme de Rollon et des Normands

Un autre aspect du traité de Saint-Clair-sur-Epte est la conversion de Rollon et de son peuple au christianisme, même s’il semble qu’elle n’ait pas fait partie des clauses strictes du texte. Rollon est baptisé en 912 à Rouen, ce qui semble poser quelques difficultés à l’archevêque de Reims, méfiant envers ces barbares païens.

Le poids de l’archevêque de Rouen (ou plus précisément des archevêques successifs) a compté également dans l’agrandissement du duché de Normandie les années suivantes, en particulier vers l’ouest : en 924, Rollon soumet Bayeux et, en 933, son fils Guillaume Longue Epée intègre Coutances et Avranches. Toutes ces cités tombent sous l’autorité ecclésiastique de l’archevêque de Rouen…

Les conséquences du traité de Saint-Clair-sur-Epte

Le pouvoir mis en place par Rollon s’inspire à la fois du modèle scandinave et du modèle franc. Les Normands ont en effet une réelle volonté de s’intégrer au monde franc, tout en gardant certaines traces de leurs origines. On le voit dans le fait que le traité de Saint-Clair-sur-Epte est globalement respecté les années suivantes. Puis dans la piété des comtes (puis ducs) de Normandie dès Guillaume Longue Epée, réputé fervent chrétien, ce qui aide à l’intégration de la population d’origine viking sur les nouvelles terres. Les princes normands sont enfin parfaitement intégrés au réseau des Grands, y compris dans les luttes violentes, comme le montre l’assassinat de Guillaume par le comte de Flandre en 942.

Principauté puissante et bien ancrée dans le monde franc, la Normandie s’affirme vraiment avec le règne de Richard Ier (942-996). Si sa mort provoque des troubles de succession, le pouvoir du duché n’en est pas amoindri pour autant, et la Normandie commence même à avoir des ambitions bien au-delà du royaume franc, avec Robert le Magnifique et évidemment son fils Guillaume, dit le Conquérant, qui conquiert l’Angleterre en 1066. A la même période, une petite famille normande, les Hautefeuille, a même commencé à s’installer en Méditerranée pour à terme fonder le remarquable royaume normand de Sicile, et pousser jusqu’à la Terre sainte. La Scandinavie est bien loin...

 

Bibliographie

-          F. Neveux, L’aventure des Normands, Perrin, 2006.

-          J. Haywood, Atlas des Vikings (789-1100), Autrement, 1996.

-          C. Gauvard, La France au Moyen Âge du Ve au XVe siècle, PUF, 2005.

-          R. Boyer (dir), Les Vikings, premiers Européens (VIIIe-XIe siècle), Autrement, 2005.

-          Les Normands : de la Normandie au royaume de Sicile, Histoire antique & médiévale, no28H, août 2011.

 

Pour aller plus loin

-          P. Bauduin, Le monde franc et les Vikings (VIIIe-Xe siècle), Albin Michel, 2009.

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