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Accueil Histoire de France Le mythe de la conspiration en France

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Le mythe de la conspiration en France

AntisemiticrothsLa conspiration n'a cessé à travers l'histoire d'animer les sociétés et en particulier la société Française dans ses moments de mutations, de profonds bouleversements qui ont amené sur le plus ou moins long terme au changement de la société. A travers, les sentiments de l'angoisse, de la peur, de l'inquiétude qui naissent directement de ces périodes d'incertitude, le mythe de la conspiration apparaît comme un échappatoire pour la société. Le mythe serait en cela, à la fois explication, fabulation, facteur de mobilisation mais aussi mode particulier de discours, semblable au rêve (Raoul Girardet).

La naissance du mythe peut donc être interprétée comme le signe d'un dérèglement de la société, d'une perte d'identité, qui porte alors en lui, la réaction contre l'agression que ressentent les individus durant ces périodes. Nous pouvons identifier trois grands types de conspirations à travers le discours du rabbin, le juif errant d'Eugène Sue, et le récit de Joseph Balsamo d'Alexandre Dumas. 

Le discours du Rabbin : « La conspiration Juive »

Il convient de donner la parole au texte et d'expliquer ensuite le contenu de celui-ci :

« Nous sommes à Prague, vers le milieu du XIXème siècle, parmi les tombes enchevêtrées du vieux cimetières juif. Minuit va bientôt sonner, le silence s'appesantit sur la ville, l'obscurité se fait plus épaisse. Les portes du cimetières se sont entrouvertes ; des ombres s'y glissent furtivement, enveloppées de longs manteaux, puis se regroupent autour d'une pierre tombale. Il s'agit des douze représentants d'Israël qui, conformément à une coutume millénaire, doivent tous les siècles se concerter en secret sur le moyens mis en œuvre afin d'assurer la plus grande gloire du peuple élu. L'un d'entre eux, le plus âgé, le plus vénérable, prend la parole : Nos frères ont légué aux élus d'Israël le devoir de se réunir une fois chaque siècle autour de la tombe du grand Maître Calab, saint Rabbin Siméon-Ben-Judah dont la science livre aux élus de chaque génération le pouvoir sur toute la terre et l'autorité sur tous les descendants d'Israël. Voilà déjà dix-huit siècles que dure la guerre d'Israël avec cette puissance qui avait été promise à Abraham, mais qui lui avait été ravie par la croix. Foulé aux pieds, humilié par ses ennemis, sans cesse sous la menace de mort, de la persécution, de rapts, de viols de tout espèce, le peuple d'Israël a succombé et il s'est dispersé par toute la terre, c'est que toute la terre doit lui appartenir... ». (Œuvre : Biarritz publié à Berlin en 1868)

Le fondement de la conspiration juive se fonde sur la crainte de la société de l'établissement d'un plan méthodiquement préparé dans l'optique de conquérir et d'asservir le monde. La lutte devant se dérouler sur tous les plans de la société, qu'ils soient politiques, économiques, sociales....

Le texte présente une atmosphère lugubre, de mort, qui sont attachés dans l'esprit des individus à la conspiration juive. Cette crainte s'exprime particulièrement au XIXème en France notamment avec l'antisémitisme virulent qui y règne. De nombreuses caricatures présentent les juifs sous des traits comploteurs, fourbes, mesquins, avares, traite originel avec la figure de judas qui trahit jésus, mais aussi traître à la patrie comme l'exprime clairement l'affaire Dreyfus en 1898. Dès lors, l'environnement de cette conspiration s'établit dans tout ce qui résulte de l'obscur, la représentation animale du serpent, de l'araignée, du vampire qui aspire le sang, la richesse pour laisser des hommes et des pays exsangues.

La conspiration jésuitique

« Nous sommes dans une rue solitaire de Paris en 1831, dans la grisaille d'un matin d'octobre. Une façade banale percée de deux croisées garnis d'épais barreaux de fer, une cour étroite et sombre sur laquelle s'ouvre une vaste pièce au sol carrelé. Un mobilier pauvre et triste, quelques chaises, une table, des étagères de bois noirci, mais au milieu desquelles se dresse un imposant planisphère, de quatre pieds de diamètre environ, placé sur un piédestal de chêne massif, on remarquait sur ce globe une foule de croix rouges disséminées sur toutes les parties du monde, du nord au sud, du levant au couchant, depuis les pays les plus barbares, les îles les plus lointaines, jusqu'aux nations les plus civilisées, jusqu'à la France, il n'y avait pas une contrée qui n'offrît plusieurs endroits marqués de ces petites croix, servant évidemment de points de repère. A cela s'ajoute, un personnage courbé devant la table de travail, c'est un vieillard au masque livide, vêtu d'une vieille redingote grise et râpée, au collet graisseux. Humblement, il présente à son interlocuteur, homme jeune, élégant, regard aigu et dominateur, une épaisse liasse de messages parvenus de tous les coins du monde. (Juif Errant d'Eugène Sue).

Achille Lemot-1902-5Ce passage nous montre qu'encore une fois, la scène se déroule dans un lieu obscur et sombre. La surveillance s'opère sur les quatre coins du monde et ce phénomène est rendu possible par l'origine du pouvoir de nos deux personnages, la société de jésus. Le mythe de la conspiration jésuitique se fonde donc sur leur volonté de dominer le monde, par le biais d'un système de renseignements établi sur la subversion et l'espionnage.

La conspiration maçonnique

« Bien loin de la grisaille parisienne, nous voici en Allemagne, au mois de mai 1770, dans la lumière tragique d'un crépuscule de printemps, au cœur des plus sombres des massifs forestiers qui bordent la rive gauche du Rhin, un mystérieux voyageur est introduit dans la salle souterraine d'un château abandonné. Des dizaines d'hommes masqués s'y trouvent rassemblés, devant qui l'inconnu accepte de se soumettre à de déconcertantes épreuves, de prononcer d'étranges serments. Je bois dit-il à la mort de tout homme qui trahira les secrets de l'association sainte. Mais soudain, élevant la voix, l'étranger interrompt l'interrogatoire auquel il se trouve livré. Il n'est rien d'autre, annonce t-il, que Celui que l'on attend, Celui à qui la Providence a confié la tâche grandiose de déclencher l'incendie salutaire qui doit éclairer le monde. C'est en France, explique t-il, que la flamme doit d'abord être portée : un roi vieux, timoré, corrompu, moins désespéré encore que la monarchie qu'il représente, siège sur le trône de France. Quelques années à peine lui restent à vivre. Il faut que l'avenir soit convenablement disposé pour nous pour le jour de sa mort. La France est la clé de voûte de l'édifice ; que les six millions de mains qui se lèvent à un signe du cercle suprême déracinent cette pierre et l'édifice monarchique s'écroulera, et le jour où l'on saura qu'il n'y a plus de roi en France, les souverains de l'Europe, les plus insolemment assis sur leur trône, sentiront le vertige leur monter au front, et d'eux-mêmes ils s'élanceront dans l'abîme qui aura creusé ce grand écroulement du trône de Saint-Louis » (Joseph Balsamo, Alexandre Dumas).

Cette conspiration nous explique que l'enchaînement des faits qui va conduire à la Révolution Française est inscrit dans le destin. Dans le secret du complot, un homme va exécuter un plan méthodiquement préparé dont lui seul connaît l'inexorable dénouement.

Ces trois récits tirés d'œuvres distinctes nous montrent donc l'omniprésence du mythe de la conspiration au sein de la société française. Face à une situation d'angoisse, d'inquiétude pour l'avenir de cette communauté, il convient de trouver et d'identifier un ennemi, dans les décennies 1920-1930, dans une situation de crise économique et sociale, de défiance vis-à-vis de la classe politique, des thèmes tels que l'anti-parlementarisme et l'antisémitisme vont dominer le débat politique d'alors.

Bibliographie

- Raoul GIRARDET, Mythes et Mythologie politiques, Seuil, 1986.

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