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Accueil Les grandes batailles La bataille du Chemin des Dames (avril-octobre 1917)

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La bataille du Chemin des Dames (avril-octobre 1917)

Assaut francais au Chemin des DamesBaptisé en l'honneur d'Adélaïde et Victoire, filles de Louis XV, le « Chemin des Dames », encore appelé « bataille de l'Aisne » ou « offensive Nivelle », fut avant tout une immense bataille de la Première Guerre mondiale. Mobilisant un million d'hommes pour percer les lignes allemandes, elle se transforma rapidement en une tragique et veine hécatombe. Cet affrontement resta ainsi dans les mémoires comme la boucherie précédant les grandes mutineries du printemps 1917.

 

Un projet symbole de l'espoir d'une nation

La guerre durait depuis plus de deux ans et demi et la situation de la France était préoccupante. Alors que son allié américain ne possédait pas encore de véritable armée, le gouvernement français vit la Russie en pleine révolution abandonner le combat. Le moral tant à l'avant qu'à l'arrière du front était en berne lorsqu'il n'était pas carrément assombri ou ébranlé. Robert Nivelle, simple colonel commandant un groupement d'artillerie en 1914, gravit rapidement les échelons de la hiérarchie militaire grâce à ses hauts faits d'armes. Il se distingua notamment à Verdun en 1916. Charismatique, d'un naturel optimiste et confiant, il fut choisi pour succéder à Joffre à la tête des armées en décembre 1916. Il portait avec lui un audacieux plan visant à mettre un terme à la guerre. Disposant une supériorité numérique sur le front occidental, Nivelle souhaitait frapper au plus vite. Il voulait rompre le front de matière brutale et massive notamment grâce à une nouvelle arme : le char d'assaut. Il cherchait à effectuer une percée avançant sous la protection d'un feu roulant pour détruire l'artillerie et les voies de ravitaillement des Allemands.

Pour autant, plusieurs obstacles se présentaient à commencer par les actions de l'armée allemande. Elle recula volontairement le front afin de se retrancher sur de solides positions fortifiées. Elle modifia ainsi complément le terrain d'assaut prévu quelques jours avant l'attaque. Dans le camp des alliées, de nombreux hauts gradés mirent en doute les chances de réussite de Nivelle, en particulier le général Pétain pour les français ou le maréchal Louis Haig pour les britanniques. À la méfiance de ces généraux s'ajouta celle des politiques comme Painlevé, ministre de la Guerre depuis mars 1916. Si les débats, discussions et autres conciliabules diminuèrent l'autorité de Nivelle comme commandant en chef, l'offensive fut toutefois maintenue.

L'échec de l'offensive

Tout commença après deux assauts menés le 9 avril par l'armée anglaise puis le 12 avril par l'armée française pour évaluer la résistance de l'ennemie que l'on pensait épuisé après la bataille de Verdun. Une grande offensive se préparait entre l'Oise et la montagne de Reims, principalement sur les hauteurs du Chemin des Dames. Les longues préparations de l'artillerie française donnèrent tout loisir à l'armée allemande de se renforcer d'autant qu'elle avait eu connaissance d'une partie des plans de Nivelle. Il était prévu d'attaquer par beau temps. Cependant, ce fut le froid, la brume et la boue qui prédominèrent le matin du 16 avril 1917. Envers et contre tous, l'assaut fut donné à 6h du matin. Les fantassins et cavaliers de la 5e et 6e armées devaient franchir l'Aisne, monter la pente du Chemin des Dames puis traverser le plateau pour redescendre par le nord et atteindre la vallée de l'Ailette. L'État-major français escomptait faire arriver ses troupes aux environs de Laon coupant les voies de ravitaillements des Allemands entre Reims et Soisson.

Tir de barrage a Craonne en 1917. Photographie publiee par lhebdomadaire Le Miroir le 15 juillet 1917Face à une armée allemande bien préparée, en contre-haut dans un dédale de galeries et de cavernes, et face à des conditions météorologiques gênant les réglages de l'artillerie et le mouvement des troupes, le premier jour de combat se solda par une avancée de 500 mètres au lieu des 10 kilomètres escomptés. Seulement 10 000 prisonniers à la place des 100 000 estimés. À l'issu de cette première journée, Nivelle prit conscience de l'échec de sa stratégie, la percée recherchée n'aboutirait pas. Mais il voulu tout de même prendre le Chemin des Dames et envoya en renfort la 10e armée. Malgré l'opprobre de l'opinion publique, Il poursuivit sans succès les opérations jusqu'au 9 mai.

Un funeste bilan

En quinze jours, l'armée française comptait quelque 40 000 morts et 90 000 blessés sans parler des prisonniers et des disparus. Sans atteindre les chiffres atroces de Verdun, c'en était trop pour l'opinion publique et pour les soldats. Le grand mouvement d'espoir que Nivelle avait suscité s'était transformé en une désillusion totale provoquant une effroyable crise à la fois politique, sociale et surtout militaire. En effet, les mutineries furent la suite immédiate de cette défaite. Au moins Pétain qui remplaça Nivelle à la tête des armées ne lança plus (ou n'osa plus lancer) ses troupes aveuglément à l'attaque à moins de disposer d'une supériorité absolue en matériel. Ce ne fut malheureusement pas le cas de l'armée britannique qui sacrifia inutilement plusieurs centaines de milliers d'hommes à la bataille de Passchendaele à l'automne 1917.

Et que cela soit aux côtés de Passchendaele, de Verdun ou de la bataille de la Somme, le Chemin des Dames demeure l'un des épisodes les plus tragiques de la Grande Guerre.

Bibliographie

- Jean-Jacques Becker, Serge Berstein, Victoire et frustrations, 1914-1929, Éditions du Seuil, Paris, 1990.
- Jean-Baptiste Duroselle, La Grande Guerre des Français, 1914-1918, Éditions Perrin, Paris, 2002.
- Nicolas Offenstadt (dir.), Le chemin des Dames, de l'événement à la mémoire, Éditions Stock, Paris, 2004.

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