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Histoire de la Bande Dessinée

histoiredefrancebd15Aujourd'hui, de plus en plus d'historiens s'intéressent à ce médium, cela s'est vu récemment avec Fayard qui a sorti une collection sur les grands hommes de l'histoire (Napoléon, Gengis Khan...), de plus en plus d'éditeurs traitent d'histoire et de plus en plus d'historiens font des scénarios pour BD. La BD devient alors un genre scientifique qui s'inscrit dans un contexte social particulier mais qui a également un impact social toujours avéré par exemple pour Tintin au Congo. Au lieu de faire l'histoire par la BD, nous nous attacherons ici à faire l'histoire de ce médium très particulier qu'est la Bande dessinée.

 

Les origines de la Bande Dessinée

L'apparition du mot « Bande Dessinée »

Le terme « Bande dessinée » est assez tardif et s'impose en France à la fin des années 50. La BD a longtemps été connue sous une forme parue dans la presse (souvent en bas d'une page, une bande, un strip, qui était dessiné). Ce terme de « Bande Dessinée » est un terme français mais d'autres pays ont d'autres termes en fonction des spécificités du genre (« comics » aux USA, « manga » au Japon, « Fumetti » en Italie). En France, le genre a longtemps été réservé aux enfants et a été assez décrié, mais dans les années 60 des gens tentent de défendre la BD et on voit apparaitre de nouvelles formules comme « 9e art ». La BD devient un genre très polyvalent. Dans les années 60, c'est un genre d'aventures pour enfant, aujourd'hui il y a de tout, c'est un genre multiforme. Certains spécialistes vont d'ailleurs jusqu'à lancer la formule de « littérature dessinée » (notamment Harry Morgan). La BD est bien une forme de littérature où l'on a l'écriture par le dessin mais à la différence de la peinture, l'image est au service de ce qu'on raconte.

La bulle est une des caractéristiques de la BD mais les textes et les images doivent se compléter et non décrire ce qu'on a sur l'image. Cependant, la bulle ne définit pas la BD, ce qui la définit c'est avant tout la séquence d'images (la BD est une littérature séquentielle, on a un enchainement d'images), avec des vides inter-iconiques entre deux images qui sont des espaces de liberté pour le lecteur qui imagine ce qu'il se passe entre les deux images.

Naissance d'un genre

Yellow KidLes spécialistes se sont longtemps demandés quand la BD est apparue. Le terme de « Bande dessinée » suppose une reproduction de masse qu'on ne trouve ni dans les grottes préhistoriques ou les vitraux. On a donc longtemps considéré que la bande dessinée est née aux Etats Unis en 1896 avec le personnage de Yellow Kid (série dessinée par Outcault) avec l'inclusion du texte sur le personnage lui-même.

Cependant, l'inclusion de texte dans l'image n'est pas déterminante. Il semble que la BD est beaucoup plus ancienne que cela et serait plutôt née en Suisse. Il est généralement admis que c'est Rodolphe Töpffer qui aurait créé la littérature dessinée avec une histoire en 1833, L'histoire de Monsieur Jabot, où l'on a bien une séquence d'images avec un changement de cadrage.

Rodolphe Topffer - L histoire de Monsieur JabotUne des raisons pour lesquelles Töpffer est particulièrement mis en avant, c'est que c'est un théoricien de la bande dessinée. En 1837, il écrit un article sur ses petites histoires en disant que c'est une littérature d'une « nature mixte ». Il met également au point un procédé spécial (l'autographie) pour permettre la diffusion en assez grande quantité de ses dessins.

Le développement du Genre

Les comics américains, des BD pour adultes ?

Alors que la BD est née en Suisse, c'est aux Etats Unis qu'elle connait son principal champ d'expansion et son premier âge d'or. On peut également voir par là des liens avec Töpffer car il est très tôt publié aux Etats Unis sur un petit format qui annonce celui des comics. Ce qui a joué aussi, ce sont les aspects techniques. Dans les années 1890, les Etats Unis développent une grande presse avec des moyens importants, le taux d'alphabétisation est assez élevé, et l'on a des luttes entre les grands patrons de presse - notamment Pulitzer et Hearst - qui génèrent des innovations puisqu'il faut attirer le public avec des aventures et donc de la BD. Hearst va avoir plusieurs dessinateurs et va créer en 1895 le premier « Syndicat » (il embauche des dessinateurs pour faire le BD sur ses journaux, a les droits, les publie dans ses journaux et les vends ailleurs). Les procédés de photogravure vont permettre de reproduire facilement en couleur. Au début du 20e siècle, aux USA, le genre va s'épanouir avec des catégories qui s'adaptent au lectorat potentiel (Kid strips pour les enfants, girls strips pour les filles, BD d'aventure). Avec le succès de ces « strips », l'idée va germer de regrouper les bandes dans des petits livres de BD spécialisée, on passe au Comics Books (années 30), époque où se développent et apparaissent les premiers super héros et notamment les Actions Comics avec Superman.

Action ComicOn a souvent l'idée en Europe que la BD est une littérature pour enfant, alors qu'aux Etats Unis ce n'est pas le cas, puisque les lecteurs des grands quotidiens sont plutôt des adultes hommes. Les BD restent dans les normes de l'époque mais vont évoquer la violence ou la séduction.

Années 1930-1950 : affirmation d'une école « franco-belge »

Annonce - le petit vingtiemeDans les années 30-50, la BD connait un grand essor en Europe, avec notamment la France et la Belgique. La formule « franco-belge » pose cependant certaines questions, puisqu'elle sous-entendrait qu'il n'y ait qu'une seule et même BD française et belge (ce qui n'est pas totalement faux car les éditeurs sont Français et Belges et produisent un ensemble cohérent), mais ce serait supposer que la Belgique se résume à sa partie francophone ; or il existe une tradition de BD néerlandaise/flamande qu'on connait très peu car elle est moins diffusée en France.

Dans le terme « franco-belge » il y a « franco » en premier, ce qui pose parfois problème car jusqu'aux années 60, la Belgique a un rôle très déterminant dans la Bande Dessinée, les grands héros qui se vendent sont créés par la Belgique (Lucky Luke, Spirou, Black et Mortimer...), on a eu des auteurs français dans les années 20, mais qui n'ont pas eu beaucoup de succès à très long terme, par contre, les grandes séries belges sont diffusées en France (Tintin diffusé dans Cœur Vaillant dans les années 30), on peut alors s'interroger sur le pourquoi de l'importance de la Belgique dans la BD européenne ? Certains observateurs disent que comme il s'agissait d'un genre plutôt méprisé à l'époque en France, on s'est tourné vers des éditeurs belges qui étaient plus ouverts à publier quelque chose de marginal et donc plus disposé à accueillir cette littérature. La Belgique francophone sait qu'il y a un marché en quantité à faire en France puisque l'existence du marché français permet de vendre beaucoup (110 000 exemplaires de Spirou en France pour 54 000 en Belgique). Le rapport à la BD en Belgique est aussi différent de celui de France.

Les éditeurs belges ont très vite compris que l'intérêt de la BD est que les gens peuvent les relire, donc on édite et réédite des albums.

Le talent des auteurs a pu aussi jouer dans le succès de la BD belge. L'approche particulière du médium par Hergé fait un peu le succès de la BD en Belgique. Puisqu'Hergé va mettre en valeur l'action, le mouvement et non le dessin. Pour lui, ce n'est pas la beauté du dessin qui compte mais l'efficacité du récit. On retrouve également ce mouvement chez Franquin. Les auteurs belges vont très vite faire en sorte que le lecteur se sente chez lui pour toucher le lecteur français (par exemple les policiers portent les tenues françaises). La BD belge-francophone est métisse puisqu'on fait en sorte que les lecteurs des deux pays s'y retrouvent.

Gaston LagaffA propos de la technique d'Hergé (on parle également d'école), on évoque la formule de la « ligne claire » qui inspire surement au niveau du dessin et du scénario car elle donne une fluidité à la narration. En Belgique et en France, cette BD franco-belge va plutôt se développer vers les enfants car on a du mal à imaginer que ces dessins soient destinés aux adultes et dans les milieux chrétiens se développent des ouvrages illustrés pour enfants. On peut effectivement observer qu'en Belgique, cette BD nait dans des milieux catholiques. La religion est plus marquée en Belgique qu'en France et le pilier catholique domine l'enseignement et la presse pour la jeunesse, c'est donc là que des auteurs vont faire leurs premiers pas. Les premiers albums de BD sont d'ailleurs offerts pour les communions. Dans les années qui vont suivre, vont se développer des magazines spécialisés de BD (Spirou en 1938 et Tintin en 1946), ils ne sont pas confessionnels mais sont édités par des gens qui sont de bons catholiques avec l'idée que cette BD doit diffuser de bonnes valeurs. On accepte donc de ne pas montrer certaines choses (les héros masculins n'ont pas de petite amie, il n'y pas de mixité). Le côté puritain et aseptisé de cette BD sera critiqué après les années 70.
On ne trouve pas ça uniquement dans le monde catholique, car dans le monde communiste, on fait les mêmes références. En France, ils vont s'unir avec les catholiques pour faire voter une loi sur les publications pour la jeunesse qui contrôle les BD. La censure va accentuer le puritanisme de la BD (les Américains font la même chose). On gomme donc parfois les armes, les seins des filles...

Quand on analyse une BD, et qu'on n'a pas en tête l'histoire, on risque d'en faire un commentaire. Le contexte de production est également assez particulier.

La BD francophone « adulte » : rupture idéologique et esthétique.

Spirou - Pistolet effacéToutes ces restrictions cessent dans les années 60, on ne veut plus de contraintes et on veut être plus libre, il faut donc rompre avec les codes de l'ancienne génération. La jeune génération veut amener les choses beaucoup plus loin. On a alors des ruptures esthétiques notamment avec Bilal qui ne met plus de case ou alors très peu, il utilise également de nouvelles couleurs plus flashy. Mais on a également des ruptures idéologiques, dans Les phalanges de l'ordre noir, on s'adresse à des adultes (les héros deviennent vieux) et les BD se mettent à avoir un message (parfois politique, engagé).

Aujourd'hui les BD franco-belges qui faisaient le succès de la Bande Dessinée dans les années 30 sont toujours d'actualité. Cependant, s'il est certain que les lecteurs de l'époque comprenaient les allusions chrétiennes ou sociales réalisé par les auteurs, qu'en est-il aujourd'hui ? Les Bandes dessinée de Tintin, Spirou ou de Lucky Luck font parties des classiques de la bande dessinée mais les codes présentés à l'intérieur ne sont plus compris par les jeunes d'aujourd'hui car ils n'ont pas forcément conscience du contexte de production dans lesquelles elles ont été réalisés. Pourtant, si vous relisez aujourd'hui vos vieilles BD de Tintin ou de Spirou, vous retrouverez à l'intérieur les valeurs catholiques de la jeunesse belge des années 30.

Pour aller plus loin...

- Philippe Delisle, De Tintin au Congo à Odilon Verjus. Le missionnaire, héros de la BD belge, Karthala, 2011
- Thierry Groensteen, Asterix, Barbarella et Cie. Histoire de la BD d'expression française à travers les collections du musée de la BD, CNBDI, 2000
- Michel Porret, Objectif Bulles. BD et Histoire, Georg, 2009
Si vous passez par Bruxelles, vous pouvez aussi jeter un œil au Centre Belge de la Bande Dessinée.

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