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Guerre de Sécession : la bataille pour le fort Sumter (1/4)

Abraham_lincoln_inauguration_1861Le 4 mars 1861, Abraham Lincoln prêta serment sur le parvis du Capitole, le bâtiment qui abrite le Sénat et la Chambre des représentants, et prit ses fonctions de seizième président des États-Unis d’Amérique. La première mission de son nouveau gouvernement était des plus urgentes : après l’échec manifeste des diverses tentatives de résolution pacifique, il lui fallait trouver un moyen de désamorcer la crise qui avait abouti à la sécession des sept États du Vieux Sud, et éviter que le pays ne plonge dans la guerre civile.


Des débuts difficiles

Avant même son entrée en fonction, Lincoln passait pour le président élu le plus détesté de l’histoire des États-Unis. L’hostilité à son égard dans les États esclavagistes était telle que des menaces de mort avaient été formulées à son encontre. Lincoln avait prévu de se rendre de l’Illinois, son État d’origine, à Washington, par un voyage en train de deux semaines, durant lequel il comptait visiter pas moins de 70 villes et rassurer les foules sur ses intentions. Pour assurer sa sécurité face aux menaces grandissantes contre sa personne, il avait désigné un détective privé de Chicago, Allan Pinkerton.

Ce dernier, natif d’Écosse, avait fondé une agence de détectives aux méthodes novatrices, dont la réputation avait crû rapidement jusqu’à une échelle nationale. Ayant résolu plusieurs affaires d’attaques de train lors des années précédentes, Pinkerton passait pour un expert en matière de sécurité des chemins de fer. Le voyage se déroula sans histoires jusqu’à Baltimore, située dans l’État esclavagiste du Maryland, et qui comptait une forte proportion de sécessionnistes. Pinkerton se persuada rapidement qu’un complot s’y tramait contre Lincoln, et lui fit traverser la ville de nuit en toute discrétion, contrairement à ce qui avait été annoncé.

Ce complot probablement imaginaire – personne ne fut jamais inculpé de quoi que ce soit – endommagea sérieusement la réputation de Lincoln, taxé de lâcheté par l’ensemble de la presse américaine, journaux républicains inclus, et le président élu en resta mortifié jusqu’à la fin de ses jours. Toutefois, cette affaire fit au moins un heureux : Pinkerton, qui y gagna la confiance du président. Il se retrouva nommé à la tête des services secrets fédéraux, qui sous sa direction allaient se montrer très actifs durant les années de guerre, mais d’une efficacité globalement médiocre – Pinkerton et ses agents ayant une fâcheuse tendance à exagérer les rapports sur les forces ennemies et à se laisser « intoxiquer » par leurs homologues sudistes.

384px-Lincoln_in_a_cattle_carCe ne fut pas le seul membre contesté de l’administration Lincoln. Ce dernier avait dû choisir ses ministres aussi bien en fonction des luttes d’influence au sein du parti républicain que de leurs compétences réelles. Ainsi, ses quatre principaux adversaires lors de la primaire républicaine de 1860 furent tous quatre nommés ministres. William Seward devint secrétaire d’État (autrement dit, ministre des Affaires étrangères), Salmon Chase secrétaire au Trésor, Edward Bates fut nommé Attorney général (ministre de la Justice) et Simon Cameron hérita du secrétariat à la Guerre.

Si Seward et Chase firent merveille dans leur gestion, respectivement, de la diplomatie et des finances de l’Union (qui traversèrent le conflit sans jamais dévaluer le dollar), il n’en alla pas de même pour Cameron, aux compétences limitées, et qui passait surtout pour être notoirement corrompu. Entré au gouvernement pour contenter la frange la plus modérée du parti, celle des anciens whigs, il le quitta dès janvier 1862, remplacé par Edwin Stanton. Ce dernier, organisateur de talent, était un bourreau de travail infatigable, mais aussi un républicain nettement plus radical. Gideon Welles, le secrétaire à la Marine, s’avéra quant à lui du même niveau d’efficacité que Stanton.



La Confédération s’organise

Le Sud, lui aussi, s’était doté d’un gouvernement, actif dès le 25 février. Toutefois, sa tâche fut grandement compliquée par des dissensions internes, notamment entre le gouvernement confédéré et les différents États. De plus, la personnalité particulièrement rigide du président Jefferson Davis n’arrangeait pas les choses et créait des inimitiés personnelles, qui, elles-mêmes, alimentaient une instabilité ministérielle déjà patente. La Confédération connut ainsi, en quatre ans, trois secrétaires d’État, trois secrétaires au Trésor, quatre Attorneys généraux et cinq secrétaires à la Guerre.

Le plus habile d’entre eux à rester en place fut Judah Benjamin, qui fut en charge, successivement, de la Justice, de la Guerre, puis des Affaires étrangères. C’est en cette qualité qu’il effectua le plus long travail, où il excella dans l’art de se procurer à l’étranger ce qui manquait à la Confédération sur son sol (à commencer par des armes), mais échoua à la faire reconnaître officiellement par les grandes puissances européennes, Royaume-Uni et France en tête.
CGM
Le père de la constitution confédérée, Christopher Memminger, hérita du secrétariat au Trésor. Il y resta trois ans, et fut confronté aux pires difficultés : privé de l’essentiel de sa richesse nationale (les exportations de coton) et de ses revenus (les droits de douanes sur les marchandises que l’argent du coton permettait d’importer), le Sud dût recourir à tous les expédients possibles pour financer son effort de guerre, le principal étant la planche à billets. Il en résulta une inflation galopante : en quatre ans, le dollar confédéré perdit 98% de sa valeur.

Compte tenu de l’ingérence permanente de Jefferson Davis dans les affaires militaires, le poste de secrétaire à la Guerre n’eut pas la même importance au Sud qu’au Nord. De fait, l’homme qui resta le plus longtemps à la tête de ce ministère, James Seddon, ne marqua pas particulièrement les esprits. Le chef du département des armes et munitions de l’armée confédérée, Josiah Gorgas, fut finalement l’organisateur le plus efficace de l’effort de guerre sudiste. Malgré l’absence quasi-totale d’industrie dans le Sud, il établit fonderies, manufactures et usines de munitions, si bien que grâce à son action, l’armée confédérée manqua pratiquement de tout, sauf d’armes pour se battre.

Le champion de la stabilité au sein de gouvernement confédéré fut sans doute le secrétaire à la Marine, Stephen Mallory, qui occupa ce poste de sa création jusqu’à la fin de la guerre. Davis étant à peu près ignorant des affaires navales, Mallory eut, contrairement à ses homologues du secrétariat à la Guerre, les coudées franches pour appliquer une administration réaliste et moderne à la marine confédérée. Compte tenu des faibles moyens alloués à celle-ci, Mallory s’attacha à compenser son infériorité numérique par des innovations techniques : mines (alors appelées « torpilles »), cuirassés, et même sous-marins. Cette stratégie échoua en fin de compte, mais elle donna malgré tout quelques sueurs froides à la marine nordiste, et contribua à transformer radicalement le visage de la guerre navale pour le siècle à venir.

Le nœud gordien du fort Sumter

En mars 1861, la question des forts restés sous contrôle fédéral sur le territoire confédéré, en particulier le fort Sumter dans la rade de Charleston, posait aux deux camps un dilemme politique pratiquement insoluble. La défense du territoire national étant une des prérogatives régaliennes d’un État, la question du fort Sumter générait un problème de souveraineté aigu, puisque la Confédération ne pouvait souffrir la présence de troupes considérées comme étrangères sur son sol, sans faire perdre leur crédibilité à ses velléités clairement exprimées d’indépendance.

452px-Smn_Cameron-SecofWarIl fallait donc que la garnison fédérale quittât le fort Sumter, mais il était évident qu’elle n’allait pas partir toute seule. Le gouvernement confédéré pouvait le prendre d’assaut ou le bombarder pour l’obliger à se rendre, mais c’était là une perspective hasardeuse – non sur le plan militaire, la garnison du fort étant minuscule, mais d’un point de vue politique. En effet, tirer le premier coup de feu ferait passer le Sud pour l’agresseur, ce qui risquait d’unir le Nord derrière le gouvernement fédéral, et de dissuader les autres États esclavagistes de faire sécession pour rejoindre la Confédération.

L’autre solution consistait à faire le blocus du fort jusqu’à ce que ses réserves de vivres soient totalement épuisées, ce qui obligerait à coup sûr les troupes qui l’occupaient à se rendre. Elle était certainement moins populaire auprès de l’opinion publique sécessionniste, mais elle avait le grand avantage d’obliger le Nord à agir en premier – et donc à passer pour l’agresseur dans le conflit. Déjà mis en place par la milice de Caroline du Sud, le blocus du fort était efficace, comme en avait témoigné la tentative manquée faite par le vapeur Star of the West de ravitailler sa garnison en janvier 1861.

Toutefois, cette efficacité devait surtout à la passivité de l’administration Buchanan et aux complicités dont y bénéficiait la cause sécessionniste. À présent que Lincoln et son cabinet étaient en place, ils n’allaient certainement pas rester dans l’attente, sachant que le temps jouait contre eux. Pour faire face à l’opération de relève qu’allaient très probablement tenter les Fédéraux dans les semaines à venir, les Sudistes concentrèrent à Charleston le gros de leur toute jeune armée, ainsi que les canons lourds que l’occupation des autres forts fédéraux avait permis d’obtenir.

À Washington, le cabinet Lincoln s’efforçait lui aussi de résoudre cette quadrature du cercle. L’affaire du Star of the West avait montré qu’une opération à petite échelle n’était pas viable, et qu’il faudrait une flotte entière pour pénétrer dans la rade de Charleston avec quelque chance de succès. D’un autre côté, tirer les premiers coups de feu de la guerre présentait le risque de perdre les États esclavagistes n’ayant pas encore fait sécession, sans parler des répercussions sur l’opinion publique nordiste elle-même.
Toombs
Début avril, il apparut que le fort Sumter n’en avait plus que pour quelques jours de vivres. Lincoln et ses ministres se décidèrent alors à agir, et le firent avec autant d’habileté politique que possible. Ainsi, l’opération ne serait pas secrète, mais annoncée aux Sudistes eux-mêmes. Le 6 avril, Lincoln informa Francis Pickens, gouverneur de Caroline du Sud, que la flotte nordiste ne débarquerait que du ravitaillement, et pas de renforts, mais uniquement si les Sudistes ne tentaient pas de s’y opposer par la force.

Cette fois, c’était au gouvernement confédéré de réagir, et vite. Tous les membres du cabinet Davis s’accordèrent sur l’usage de la force, sauf le secrétaire d'État Robert Toombs, qui mit le président en garde contre les conséquences à long terme d’une telle décision : « Vous ne ferez que frapper un nid de frelons… Des légions entières, aujourd’hui calmes, se mueront en essaims et nous piqueront à mort. » Mais le camouflet qu’aurait représenté un ravitaillement du fort Sumter, et donc le maintien indéfini de la garnison fédérale qui s’y trouvait, l’emporta sur toute autre considération et le 9 avril, Davis ordonna aux troupes confédérées de Charleston d’adresser au fort Sumter un ultimatum exigeant sa reddition, et en cas de refus, de le bombarder...
A suivre.

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