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Rome et la Méditerranée, IIIè-IVè siècles (1/2)

800px-romtriremeLa Méditerranée est au cœur de l’histoire romaine depuis la fondation de Rome, et encore plus quand s’est développé son impérialisme. Celui-ci lui a permis de contrôler en quelques siècles tout l’espace méditerranéen, et d’en faire ce qu’on appelle communément la « Mare Nostrum », même si le terme n’est pas tant répandu dans les sources latines, et a avant tout un sens politique et pas géographique. Pourtant, dès le IIè siècle ap.JC sous le règne de Marc Aurèle, le centre de gravité de l’Empire semble s’être déplacé plus vers le Nord ; cela a-t-il changé les rapports entre Rome et la Méditerranée, et ce jusqu’au règne de Constantin ?

Une Méditerranée toujours vitale pour Rome ?

Rome est de moins en moins occupée par le pouvoir, mais la Méditerranée elle-même paraît être moins au centre des préoccupations romaines, quelques régions exceptées (comme l’Orient). La faute avant tout aux menaces barbares qui pèsent sur les frontières de la Gaule, du Rhin et du Danube. Mais il ne faut pas pour cela affirmer que la Méditerranée n’a plus d’importance dans le fonctionnement et la vie de Rome ; elle est même vitale ! Elle concentre encore l’essentiel du commerce romain au début du IIIè siècle, et surtout le ravitaillement du cœur (malgré l’éloignement des empereurs) de l’Empire, Rome, dépend totalement du transport des denrées indispensables (comme le blé) par la Méditerranée. Est-ce que la situation a évolué par la suite, en particulier lors de la crise du IIIè siècle puis sous le règne de Constantin ?

Quelle Méditerranée romaine ?

Commençons par décrire la situation géographique de la Méditerranée. Pour citer Fernand Braudel : « la Méditerranée n’est pas une mer, mais une succession de plaines liquides communiquant entre elles par des portes plus ou moins larges ». Il ajoute qu’elle est « composée […] d’une série de péninsules compactes montagneuses, coupées de plaines essentielles. » L’espace méditerranéen est donc avant tout varié, au niveau du relief mais aussi au niveau des climats suivant les régions. La présence des nombreuses péninsules explique aussi la complexité et l’irrégularité des vents et des courants. Selon M. Reddé, cette variété explique en partie que le Romain, loin du sentiment « d’unicité » que l’on peut trouver dans la notion de Mare Nostrum, désigne la Méditerranée avec des critères locaux, parlant de Mare inferum (Tyrrhénienne), superum (Adriatique), Africum,…Toujours dans le domaine géographique, les saisons sont plus ou moins propices à la navigation : selon les marins de l’Antiquité, la Méditerranée ne connaît que deux saisons, une bonne et une mauvaise, mais sans oublier que cette distinction dépend des régions. L’hiver est donc la mauvaise saison où les Romains utilisent le terme de mare clausum (mer fermée), ne font au mieux que du cabotage et en tout cas pas de navigation en haute mer et de grandes expéditions commerciales. La bonne saison commence en mars avec la fête du Navigium Isidis et dure jusqu’au 11 novembre, pour les plus optimistes, et c’est une période qui n’est bien sûr pas exempte de risques. Les traversées étant alors intra méditerranéennes, les marins doivent affronter la variété des vents et des courants, les alternances entre mer calme et mer déchaînée qui dépendent des régions, comme nous l’avons évoqué plus haut.

La navigation romaine en Méditerranée

Les bateaux (de commerce, nous verrons les bateaux militaires plus loin) et les voies maritimes, les distances parcourues nous intéressent ici. Il existe selon M. Reddé des coques « symétriques » et d’autres « asymétriques », mais la plupart semblaient être rondes (donc plutôt symétriques) et les navires ayant un faible tirant d’eau devaient régulièrement être lestés en cas de vents forts. La voile est le plus souvent carrée ou rectangulaire ; quant au nombre de mâts il peut aller jusqu’à trois au IIIè siècle ; enfin, la gouverne consiste principalement en deux grandes rames fixées de chaque côté de la coque à l’arrière. Le plus important en ce qui concerne les bateaux de commerce est évidemment le tonnage, leur capacité de transport : sous l’Empire, la plupart des navires tournent autour de 450 tonnes métriques, mais il est de moins en moins rare semble-t-il de voir des navires atteignant 1000 tonnes, voire plus.

triremePour la navigation elle-même, le marin ne peut avant tout compter que sur le vent, ce qui conditionne ses itinéraires en Méditerranée ; de plus, il navigue le plus souvent « à l’estime » (malgré la connaissance des astres ou des courants) quand il est en haute mer, ce qui peut provoquer des voyages et des traversées à durée variable…En revanche, quand il ne s’éloigne pas des côtes, le marin se base sur les « Périples », récits datant de l’époque archaïque, où sont listés les points d’eau, les écueils, les dangers ou les abris possibles. Sachant que quoiqu’il arrive, un trajet court permet le plus souvent d’échapper à la piraterie (sur laquelle nous reviendrons en troisième partie). Toutes les routes maritimes (comme les routes terrestres) mènent à Rome, plus précisément ses ports Pouzzoles, puis Ostie et Portus (indépendant d’Ostie en 313). Parti d’Orient, les routes les plus fréquentées vont de l’Egypte à l’Italie, en passant soit par la Crète, soit par l’Afrique ; toujours en Orient, nous avons la route qui part du Nord de la mer Egée jusqu’à Corinthe et le port de Léchaion par l’isthme, ainsi que celle qui va de Syrie à l’Italie en passant par Chypre ou la Crète.

En Méditerranée occidentale, les routes passent par les ports majeurs comme Carthage, Carthagène, Arles, Marseille,…pour rejoindre Ostie, d’où partent (et arrivent) également des routes vers les îles de Sardaigne, Sicile et Corse. M. Reddé prend des exemples précis pour étudier ces itinéraires, des récits comme le « Stadiasme de la grande mer », à l’origine incertaine, et surtout « L’Itinéraire Antonin » datant du IIIè siècle ap.JC, qui fournit des renseignements sur les routes maritimes entre Rome et Arles, c’est-à-dire du cabotage, procédé le plus courant. La durée des voyages, nous l’avons vu, dépend beaucoup des conditions de navigation mais il semble que nous pouvons dire, pour exemples, qu’il faut entre 15 et 20 jours pour faire Alexandrie-Pouzzoles, 20 jours Narbonne-Alexandrie, 2 jours de l’Afrique à Ostie. Ce sont donc des trajets relativement courts qui, probablement, sont l’un des facteurs de l’intensité des échanges en Méditerranée.

Les ports sont bien sûr les points névralgiques des échanges maritimes. Ils sont globalement de deux natures : les plus anciens sont souvent situés en dehors des villes (Ostie pour Rome par exemple), les plus récents dans la ville même (comme Alexandrie). Tous sont aménagés, avec des rades fermées et des bâtiments destinés au commerce ; ainsi, ce que l’on appelle un macellum à Ostie ou Pouzzoles, ou agora en Orient, des sortes de marchés locaux destinés à distribuer les produits amenés par le commerce maritime, pour qu’ils se diffusent dans le reste de l’Empire. Nous n’allons pas évoquer tous les ports mais nous pouvons parler d’Ostie, port majeur de Rome, encore à l’époque que nous étudions, jusqu’à 313 et sa spécialisation dans l’annone sur laquelle nous reviendrons. Il s’est principalement développé sous Claude (41-54), puis a été agrandi sous Trajan (98-117) ; son bassin peut abriter 200 navires et est relié au Tibre. Il a remplacé progressivement Pouzzoles, en particulier à partir du IIè siècle ap. JC. En plus d’Ostie, les autres ports importants sont principalement Alexandrie et Carthage, à cause de leur rôle dans l’acheminement de blé vers Rome, puis vers Constantinople en ce qui concerne la première dès le IVè siècle.

A suivre : le commerce romain en Méditerranée et la marine de guerre. (bibliographie dans deuxième partie).

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