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Accueil Histoire Universelle Seconde Guerre Mondiale Pearl Harbor : 7 décembre 1941, le Jour d'infamie

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Pearl Harbor : 7 décembre 1941, le Jour d'infamie

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A plus d’un titre, l’attaque aéronavale japonaise sur la flotte américaine à Pearl Harbor est une date majeure pour la Seconde guerre mondiale, mais aussi pour l’Histoire au-delà. Qu’elle soit considérée comme une superbe attaque-surprise ou comme le coup en traître absolu, son évocation n’en finit pas de provoquer débats et polémiques. De plus, et avant tout, c’est la date qui marque l’entrée en guerre du géant américain dans la boucherie de 39-45, avec les conséquences que l’on sait : mondialisation totale du conflit, rééquilibrage des forces, puis rivalités pré-Guerre Froide entre Alliés et enfin, évidemment, le début de l’ère nucléaire.
 

 

 

L’attaque elle-même étant très connue, nous essaierons de nous attarder un peu plus sur le contexte et la polémique qui l’ont entourée, même si évidemment nous évoquerons les circonstances et les conséquences de ce raid.

 

Un contexte ne favorisant pas la surprise

 

Souvent, on a l’impression à l’évocation de Pearl Harbor, que les Etats-Unis ont été brutalement réveillés par des Japonais qui auraient décidé de les prendre pas surprise un beau matin, sans que personne ne puisse s’y attendre ! Pourtant, il n’en est rien, bien au contraire…Nous avons déjà abordé les circonstances globales de l’attaque dans notre article sur la guerre du Pacifique, revenons-y brièvement : l’impérialisme japonais menace le Pacifique depuis la fin des années 30, et les relations entre les deux grands géants de la région (plus l’Empire britannique) n’ont cessé de se dégrader. Il est évident depuis 1940 que l’affrontement est quasiment inéluctable : le Japon signe le pacte tripartite en septembre et avance ses pions dans l’Asie du Sud-Est, menaçant directement les possessions britanniques, mais aussi les Philippines sous « protection » américaine. L’accélération brutale se produit mi-1941 quand les Etats-Unis décident le gel des actifs nippons, et aggravent l’embargo sur les matières premières, en particulier le pétrole ; les négociations et les allers et retours d’ambassadeurs ne cessent pas de tout l’automne 1941. Mais en octobre-novembre le parti guerrier de Tojo prend le dessus au Japon, la guerre est alors inévitable.

 

« Gravissez le mont Nitaka »

 

Les préparatifs ont commencé déjà depuis quelques mois, et l'on évoque même un premier plan d’attaque sur la rade de Pearl Harbor dès….février 1941 ! Le projet, après quelques hésitations, est repris dès août par le grand amiral Yamamoto : connaisseur des Etats-Unis (il a été attaché naval à l’ambassade nippone à Washington), c’est aussi lui qui a imposé la doctrine navale centrée autour du porte-avions, au détriment du cuirassé. Yamamoto sait que le Japon ne pourrait résister à une guerre longue, et milite pour une attaque d’envergure sur la flotte américaine, visant à détruire l’essentiel de la capacité de riposte américaine pour lancer une offensive majeure dans le Pacifique et imposer au bout du compte l’avancée japonaise, pour obtenir une paix avantageuse. Yamamoto choisit le nom de code « Gravissez le mont Nitaka » pour désigner le plan d’attaque secret. L’entrainement est terminé en novembre 1941.

 

« Tora ! Tora ! Tora ! »

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La flotte japonaise quitte le Japon fin novembre. Elle est gigantesque pour l’époque : 6 porte-avions, 2 cuirassés, 3 croiseurs, 9 destroyers et surtout près de 400 avions embarqués, dont plus de 300 destinés à l’attaque.  Elle progresse dans le plus grand secret, et a été précédée (en plus des espions) par des sous-marins de poche chargés de surveiller le port, mais aussi d’achever les navires touchés. En effet, la rade est peu profonde, et il se peut que les bombes et les torpilles ne soient pas suffisantes pour vraiment détruire la flotte…Les services secrets japonais ont alerté la veille de l’attaque de l'absence des porte-avions américains à Pearl Harbor, ce qui n’est pas une bonne nouvelle ; mais il est trop tard pour reculer. A 6h15, la première vague d’attaque s’est envolée et a pris la direction du port ; la seconde vague décolle une heure et demie plus tard. Le début du raid commence juste avant 8h00 : sont visés d’abord les bâtiments au mouillage, en particulier les huit cuirassés remarquablement alignés, puis les terrains d’aviation ; les bombardiers en piqué, tout comme les torpilleurs, montrent leur efficacité. La première vague se retire à 8h40, la seconde arrive à peine un quart d’heure plus tard pour terminer le travail. Il n’est pas 10h, et l’attaque est déjà terminée ! Les Américains n’ont même pas eu le temps de faire décoller une contre-offensive aérienne…Tous les navires visés ont été touchés, l’aérodrome est en grande partie détruit.

 

Yamamoto le sait, lui qui parle de « géant endormi », les Etats-Unis vont à présent se jeter dans la guerre, mais bien au-delà des prévisions japonaises malgré la réussite de l’offensive nippone des six mois suivants…

 

Le bilan : une victoire « à la Pyrrhus » ?

 

Evidemment, au premier abord, l’attaque japonaise peut être considérée comme une formidable victoire ; pourtant, très vite, chacun se rend compte qu’il n’en est rien, et en premier lieu Yamamoto.

 

pearl_harbor_attaqueLes pertes s’élèvent à près de 3000 morts côté américain, dont la moitié dans l’explosion du cuirassé USS Arizona ; il y a aussi plus de 70 morts du côté des civils. Les Japonais, eux, ont perdu 29 avions, et 5 sous-marins de poche. La perte de ces derniers montre le premier point noir de l’attaque pour les Japonais : eux que Yamamoto désignait comme les poignards qui achèveraient la flotte américaine, n’ont pu accomplir leur travail, et ils ont été interceptés et détruits par les destroyers.

 

En effet, la fumée dissipée, il faut relativiser les pertes matérielles américaines : certes, tous les cuirassés du port ont été mis hors de combat, mais seuls l’USS Arizona, l’USS Oklahoma et l’USS Nevada sont définitivement à la casse ; les autres seront renfloués et certains participeront même au débarquement à Okinawa ! Pour les navires moins importants, seuls 3 croiseurs et 3 destroyers sont définitivement perdus. Côté aviation, les Américains ont perdu près de 200 appareils, mais leur intérêt n’était pas très élevé aussi loin des futurs théâtres d’opérations…

 

Surtout, dans l’attaque, les Japonais n’ont pu toucher aucun porte-avions. Evidemment, il n’y en avait pas un seul dans la rade ! C’est l’une des raisons de la polémique qui a suivi, et qui dure encore à certains niveaux aujourd’hui : les Etats-Unis savaient-ils que le Japon allait attaquer ce jour et à cet endroit ?

 

La polémique : Pearl Harbor, un piège tendu par Roosevelt ?

 

Apprenant la nouvelle de l’attaque, Churchill aurait déclaré : « Ainsi nous avons fini par gagner »…Cette boutade montre à quel point les Anglais ont été soulagés, parce que cette attaque signifiait l’entrée en guerre à leurs côtés du géant américain, qui avait été leur colonie. De même, Roosevelt savait l’entrée en guerre indispensable pour faire barrage au nazisme en Europe, et à l’impérialisme japonais dans le Pacifique. Mais son opinion publique y était farouchement opposée, restant dans sa posture isolationniste bien connue. Seul un traumatisme pouvait lui faire changer d’avis, et « le Jour d’Infamie » fut celui-là…

 

Les débats ont été vifs, mais les historiens sérieux semblent avoir écarté l’hypothèse d’un plan délibéré de Roosevelt. Nous ne pouvons prétendre ici prendre parti, mais nous allons seulement donner quelques détails qui ont été avancés dans ce débat, et les réponses apportées.

 

USS_Saratoga_Enterprise_HornetD’abord, l’absence de porte-avions à Pearl Harbor le jour de l’attaque peut sembler troublante, tant ces bâtiments semblaient déjà primordiaux dans l’optique d’une guerre, surtout sur le terrain du Pacifique : c’est pourtant une réaction a posteriori car, à l’époque, rares étaient les officiers à défendre cette thèse de la supériorité du porte-avions à l’exception de…Yamamoto. Rien ne prouve ensuite qu’il y ait eu un ordre de les éloigner de la rade : le Lexington était à Midway, l’Enterprise de retour de Guam connaissait des problèmes techniques, le Saratoga était en cale sèche à San Francisco pour réparations, le Wasp avait été envoyé bien avant dans l’Atlantique, et le Yorktown et le Hornet étaient en mer. Les mouvements de navires étaient courants, et on peut difficilement croire que les Américains avaient délibérément choisi que, ce jour précis, aucun porte-avions ne serait présent.

 

On a aussi critiqué l’ordre de Roosevelt de remplacer l’amiral Richardson en janvier 1941 par l’inexpérimenté vice-amiral Kimmel, et la décision qui a suivi de regrouper la flotte à Pearl Harbor ; le premier plan japonais date de ce moment, mais peut-on réellement imaginer que les reponsables américains auraient sciemment décidé de regrouper leur flotte pour tendre un piège à des Japonais qui mettraient leur plan en œuvre presque un an plus tard ? Et les Américains de se tourner les pouces pendant tout ce temps en attendant que la foudre s’abatte sur eux ? Et la décision de concentrer la flotte à cet endroit pouvait aussi parfaitement être prise comme un élément de dissuasion.

 

Se pose le problème, également, du code « Magic » : c’était le code utilisé par les Japonais, et les Américains l’avaient décrypté dès l’été 1941. Mais il semble qu’ils n’aient pu faire le tri des informations qu’ils recevaient, en particulier sur l’attaque, et intervient aussi la responsabilité de la chaîne de commandement américaine. Les enquêtes qui ont suivi ont montré qu’il y avait eu plusieurs erreurs d’interprétation et de jugement, et certaines têtes sont tombées, dont celle de Kimmel qui allait par la suite être l’un des principaux partisans de la « théorie du complot » de Roosevelt. Ce même Kimmel n’avait pas été informé, dès octobre, de la découverte de manœuvres d’espionnages japonaises à Pearl Harbor, avec des demandes d’informations sur la présence de navires et leur emplacement. Là encore, les enquêtes de l’armée, mais également des historiens, montrent qu’il n’y a eu que des erreurs d’interprétation et de communication.

 

Roosevelt_guerreIl y a aussi, peut-être le plus connu, le fameux problème du moment de la déclaration de guerre : on entend souvent que les Japonais auraient attaqué sans déclaration de guerre, pour la surprise, jouant sur le décalage horaire entre Tokyo, Hawaï et Washington ; c’est ce fait qui aurait amené Roosevelt à parler de « jour d’infamie ». Mais là encore, il semble y avoir eu différents problèmes : la déclaration de guerre était codée, les Américains l’ont décodé…avant les Japonais de l’ambassade ! En effet, 24 heures avant l’attaque, les services américains apprenaient que l’ambassade japonaise avait reçu l’ordre de déclarer la guerre à 13h00 à Washington, soit l’aube (et donc juste avant l’attaque) à Pearl Harbor. Mais des problèmes à cette même ambassade ont conduit à faire cette déclaration juste après l’attaque ; cela s’est joué à quelques heures, peut-être moins ! Il en va de même pour la réaction américaine.

 

Il est sans doute difficile pour certains de concevoir qu’un aussi grand pays que les Etats-Unis ait pu se laisser abuser de cette façon par un si « petit » pays, et que tant d’erreurs aient été faites. Mais, parallèlement, peut-on imaginer que le président américain et son entourage (on parle aussi de Churchill) aient pu avoir un tel machiavélisme qui les aurait conduit, dès la fin 1940-début 1941, à organiser un grand complot en attirant les Japonais dans un piège qui mettrait près d’un an à s’activer, tout en acceptant de sacrifier 3000 concitoyens et la destruction de tant de bâtiments de guerre ? Tout ça pour pousser une opinion à accepter une guerre de toute façon inévitable...

 

Evidemment, on ne pourra jamais empêcher les rumeurs de persister, et les théories du complot de se développer. Cela nous ramène justement à l’importance de Pearl Harbor dans la mémoire collective et l’histoire, encore de nos jours : on considère que le XXIè siècle s’est vraiment ouvert avec un « nouveau Pearl Harbor » : l’attaque du World Trade Center et du Pentagone le 11 septembre 2001, provoquant aussi près de 3000 morts et l’entrée en guerre des Etats-Unis contre le « terrorisme international ». Un événement tragique qui charrie lui aussi son lot de fantasmes et de théories du complot, dont les similitudes avec le 7 décembre 1941 sont frappantes : Bush et son administration étaient-ils au courant, ont-ils laissé faire, voire pire ? Mais c’est une autre histoire, et il faudra probablement, comme Pearl Harbor, attendre plusieurs décennies pour que les historiens puissent enfin accomplir leur travail et apaiser les débats.

Bibliographie non exhaustive

- J.J. Antier, Les grandes batailles navales de la Seconde guerre mondiale, Omnibus, 2000.

- P. Souty, La Guerre du Pacifique 1937-1945, PUF, 1995.

- F. Garçon, La Guerre du Pacifique, Casterman, 1997.

- J. Costello, La Guerre du Pacifique, 2 tomes, Pygmalion, 1982.

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