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Charles Darwin et la théorie de la sélection naturelle

charles-darwinCharles Darwin n’est certes pas l’inventeur de la théorie de l’évolution mais sa théorie de la sélection naturelle donne une nouvelle mesure à l’évolutionnisme avec un impact copernicien sur les sciences et les sociétés pour le meilleur et pour le pire. Car si la théorie de la sélection naturelle apporte une meilleure connaissance du vivant et de nos origines elle entraine également une pratique où les meilleures intentions se mêlent aux plus terribles des pratiques : l’eugénisme. Entre progrès scientifique, remise en cause spirituelle et récupération idéologique découvrez la genèse de la théorie la plus bouleversante du XIXème siècle.


 

Charles Darwin (1809 – 1882) est devenu l’avatar de la théorie évolutionniste : théorie considérant que les espèces évoluent dans le temps, engendre progressivement de nouvelles espèces ou disparaissent. Le cas le plus emblématique étant évidemment l’ancêtre commun entre l’Homme et les singes.

Et pourtant Darwin est loin d’être l’inventeur de la théorie de l’évolution !

De nombreux auteurs ont soutenu l’idée que des espèces pouvaient se transformer. Quand Darwin fait ses études ce courant, déjà bien présent, tient tête aux fixistes qui considèrent qu’aucune espèce n’est apparue depuis la Création divine. Le plus célèbre des évolutionnistes est alors le Français Lamarck qui explique que par une volonté interne les êtres vivants arrivent à développer des organes nouveaux adaptés à leurs besoins comme par exemple le cou de la girafe qui se serait allongé pour attraper des feuilles plus hautes.

Darwin lui est un pur produit de la bourgeoisie érudite anglaise, ses deux grands pères ayant été très engagés dans la société antiesclavagiste et son grand père paternel Erasmus Darwin ayant lui-même publié en 1794 un ouvrage conséquent défendant les thèses évolutionnistes : Zoonomie ou Lois de la vie organique. Dans les années 1850, avant même la sortie de la théorie de Darwin, le biologiste Huxley et le paléontologue Owen s’affrontent ouvertement au sujet du lien entre l’Homme et le singe. Leur débat est relayé par la presse et divise le public. Cependant, si l’œuvre de Darwin n’a pas inauguré le débat force est de constater qu’elle a jusqu’à nos jours transformé notre rapport à l’humain. Et pourtant rien ne semblait prédestiner cet élève médiocre qu’était Darwin à surpasser Lamarck en renommée !

Un élève sur les pas d’Alexandre Von Humboldt

Darwin effectue une scolarité qu’il juge lui-même médiocre au pensionnat de Shrewsbury School où il entre à 9 ans. L’enfant est cependant déjà passionné par toutes sortes d’expériences et a même un petit laboratoire chez lui. Ses expériences souvent malodorantes lui ont value le sobriquet de « Gaz ».

En 1825 il entre à la faculté de médecine d’Edimbourg, où se trouve déjà son frère ainé. La branche médicale devient une spécialité familiale. Cette faculté est très réputée mais de fait le niveau des professeurs a chuté bien en deçà de la réputation de l’établissement, poussant certains élèves à suivre des compléments de cours dans des établissements privés.

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Le résultat de ces études de médecine est mitigé, il acquiert certes des compétences, recevant même quelques patients lors d’un séjour familiale. Mais il est traumatisé par les dissections et surtout par deux opérations auxquelles il assiste. Des opérations sur des enfants, sans anesthésies. Mais Edimbourg est surtout l’occasion pour Darwin de mieux se former aux sciences naturelles qu’il choisi en option dès la 2ème année. Il rejoint également une association étudiante, la « Plinian Natural History Society » qui débat de thèmes politiques et scientifiques. Il rencontre surtout Robert Grant, médecin et zoologiste spécialiste de l’anatomie des invertébrés qui avait étudié à Paris avec Cuvier et Geoffroy Saint-Hilaire. Cet homme est un passionné de Lamarck et un amateur des œuvres d’Erasmus Darwin, il pousse Darwin à approfondir le thème de la transmutation des espèces. Darwin restera toujours distant de l’idée de poussée interne propre au Lamarckisme, mais même si l’œuvre de son grand-père lui semble très spéculative, il restera à jamais imprégné de la transmutation et de sa justification !

Il quitte Edimbourg en 1827, fait un bref voyage à Paris et rentre chez lui où il passe son temps à chasser, au grand dam de son père qui l’envoie à Cambridge pour devenir révérend. Une situation qui ne déplaît pas forcément à Darwin : s’il peut douter du crédo il est croyant et après tout de nombreux naturalistes étaient ecclésiastiques. Durant ce passage à Cambridge Darwin dit avoir perdu son temps, quoique deux points rendirent prolifiques son séjour dans cette école :

-    Les excellents cours de botanique du révérend Henslow avec qui il lie une véritable amitié.

-    Une expédition géologique dans le Nord du Pays de Galles avec Adam Sedgwick. Cet homme est un ardent fixiste mais initia Darwin à la véritable démarche scientifique : regrouper des faits pour en tirer des lois ou des conclusions générales.

HMS_Beagle_off_the_Galapagos_by_John_Chancellor

Darwin est un fervent admirateur d’Alexandre Von Humboldt (1769-1859) grand explorateur et théoricien allemand qui a entre autres beaucoup voyagé en Amérique du Sud et laissé des ouvrages scientifiques et biographiques. Darwin désire lui aussi partir en expédition, pour les Canaries. Il est aidé en cela par Henslow, des contacts sont même prit avec des marchands londoniens pour tenter de trouver un navire. C’est alors qu’arrive l’opportunité du Beagle !

Le capitaine Fitz Roy cherche un naturaliste et gentleman de compagnie pour une expédition de 2 ans en Amérique du Sud. A 22 ans Darwin se présente, est accepté et parvient à convaincre son père. L’expédition à trois buts : améliorer les cartes de l’Amérique du Sud, relever les côtes de Patagonie, de la Terre de Feu et des îles Falkland et enfin enregistrer les conditions météorologiques, les marées et les vents. Le tout pour identifier les meilleures routes commerciales et les points d’accostages dans le cadre de l’expansion du commerce maritime britannique.

Le Beagle est un petit bateau de 27m de long, la cabine de Darwin fait 3m x 3,5m et il la partage avec John Lort Stokes hydrographe adjoint de 19 ans. Plafond bas, 3 chaises, 1 table et 2 hamacs. Ils déjeunent dans la cabine du capitaine et bénéficient d’une bibliothèque de 245 volumes équipée d’instruments de mesure. Au total 64 passagers dont un artiste, un médecin, un fabricant d’instrument, des domestiques et 3 indigènes de la Terre de Feu ramenés par Fitz Roy d’un voyage précédent, présentés aux souverains anglais, éduqués aux frais du capitaine et que l’on souhaite réintroduire dans leurs tribus pour en faire des vecteurs d’évangélisation et de civilisation.  Le départ a lieu le 27 Décembre 1831 pour un voyage qui dura 4 ans et 9 mois.

A chaque escale Darwin part en exploration et collecte des spécimens de faune et de flore, des échantillons fossiles, lithiques... Il observe les habitudes des espèces, les décrit, les compare avec des espèces similaires d’autres régions… Il étudie le contenu de leur estomac, les naturalise… Et tient informé la métropole en envoyant régulièrement des comptes rendus et des échantillons à Henslow qui se charge de faire connaitre les éléments recueillis. Il lit beaucoup le Principes de géologie de Charles Lyell qui le convainc que les changements de la faune ont dû se faire de façon progressive, sur un temps long, à cause des changements géologiques de la surface de la terre selon des lois encore en action.  Darwin n’a de cesse de chercher des origines aux mutations et aux disparitions progressives d’espèces. Il donne raison à Lyell sur le fait que des changements simples comme l’introduction d’une nouvelle espèce peuvent être la cause de la disparition d’une autre espèce : le mouton en Amérique latine empiète sur le territoire du guanaco et menace sa survie par exemple.

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La collecte d’éléments déterminants dans la carrière du jeune naturaliste

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L’étude des atolls et de leur formation est un élément fondateur dans la réputation scientifique de Darwin. Ses explications sont encore valables de nos jours. Il explique la formation des atolls par l’enfoncement des iles volcaniques autour desquels une barrière de corail continue de proliférer. La barrière survie alors que le volcan disparait, le corail ne prolifère pas au centre de l’atoll où l’eau est trop calme. Il contredit en cela Lyell qui reconnait la théorie de Darwin.

A son retour, Darwin fera diverses publications à ce sujet qui assoient sa réputation et lui ouvrent les portes de la Société Géologique dont il devient secrétaire. Mais c’est avec les îles Galápagos qu’il trouvera les éléments clefs qui forgeront sa théorie. Il remarque que sur ces îles volcaniques récentes (issues d’un point chaud, estimées à 5 Ma) on trouve des populations animales très proches et pourtant aisément différenciables et surtout endémiques.

Darwin va décrire et ramener plusieurs spécimens de tortues. Mais surtout il va étudier et prélever de nombreux pinsons qui divergent de ceux présents sur le continent, et qui se différencient entre eux, par la forme de leur bec. Une grande variété de forme induite par une diversité de la nourriture suite à la colonisation de nombreuses niches écologiques dans ces îles vierges. On ne sait pas si Darwin comprit d’emblée qu’il avait là affaire aux résultats de la radiation d’une même espèce et de sa transmutation en plusieurs espèces différentes.

Peut-être qu’à ce moment de son voyage Darwin ne vit que la variation d’une même espèce pour s’adapter comme cela était déjà convenu par Lyell. Mais le fait est qu’à son retour ces oiseaux seront étudiés par John Gould qui affirmera qu’il s’agit là d’espèces différentes ce qui s’avéra déterminant dans le murissement de la théorie darwinienne !

Le darwinisme

Le Beagle accoste les côtes anglaises le 2 octobre 1836. A son retour Darwin confie la quasi totalité de ses échantillons aux personnes les plus qualifiées pour les étudier : Henslow pour les plantes, Owen pour les fossiles, John Gould pour les oiseaux… Ils sont l’objet de multiples publications que Darwin fit regrouper dans un ouvrage, Zoologie du voyage du Beagle dont les tomes paraissent de 1838 à 1843. C’est également en 1838 qu’il devient secrétaire de la Société Géologique pour ses travaux sur les atolls. En complément de sa théorie sur la transmutation Darwin prendra soin de faire quelques autres publications scientifiques pour qu’on ne puisse par remettre en cause ses compétences quand il publiera sa thèse principale. Il travailla ainsi sur les verres de terre mais aussi et surtout sur les cirripèdes, avec une nouvelle espèce qu’il avait ramenée d’Amérique latine. Ses travaux sur les coraux et les cirripèdes lui vaudront la Royal Medal !

Dès son retour il écrit aussi son journal de voyage qui est publié dès 1839 et est partie prenante de sa célébrité.  Il rédige aussi ses fameux carnets où il élabore peu à peu sa théorie. Un carnet de géologie, 4 sur la transmutation des espèces et 2 sur l’Homme et l’esprit.

Darwin est obsédé par la mutation des espèces, pour son étude il élève des plantes et des pigeons de toute sorte et s’intéresse de près à leur comportement et à leurs variations. Il se renseigne énormément sur la sélection artificielle, la façon dont les hommes effectuent un choix entre les variations d’une même espèce. Il envoie des questionnaires imprimés aux éleveurs et aux jardiniers. Enfin la lecture de Malthus lui fait prendre conscience que toute espèce pourrait croitre indéfiniment s’il n’y avait pas la barrière de la disponibilité en nourriture qui induit une lutte entre individus. Malthus utilisait la Nature pour justifier un système social rejetant l’état providence qui ne fait qu’attiser la paupérisation. Reprenant le concept, Darwin retranspose cette doctrine sociale dans les sciences naturelles. La lutte entre individus doit réguler la population. Il en déduit sa théorie de la sélection naturelle :

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-    Toute espèce a naturellement des variations aléatoires.

-    Si cette variation est gênante pour l’animal il a de fortes chances de mourir précocement ou de ne pas trouver de partenaire sexuel. Ainsi sa descendance est infime ou nulle et la variation disparait avec lui.

-    Si une variation permet à des animaux de survivre à une crise écologique ou avoir plus de partenaires sexuels alors leur descendance sera plus nombreuse et la variation se diffuse.

-    De variations en variations une population peut s’éloigner de plus en plus de l’espèce souche au point de former une nouvelle espèce.

Mais Darwin n’a pas encore tous les éléments pour que sa théorie soit infaillible. Il ne connait pas par exemple l’origine des variations et ne dispose pas d’une lignée type, fossile ou vivante, prouvant la différenciation progressive d’une espèce vers une autre.

Cependant il teste sa théorie en en débattant avec des amis érudits qu’il réunit dans sa maison de Downhouse à deux heures de Londres. Or parmi ces connaissances se trouve Alfred Rund Wallace, naturaliste et chasseur d’espèces rares pour le compte de collectionneurs. Ce dernier s’interroge aussi sur l’évolution des espèces et prépare un article qu’il envoie à Darwin en 1858.  La théorie de Wallace, qui est bien son œuvre, est très similaire à celle de Darwin ! Pour ne pas se faire couper l’herbe sous le pied dans le domaine de la publication scientifique Darwin est contraint de publier prématurément un extrait de son travail le 1er Juillet 1858. Mais les éléments présentés passent dans l’indifférence générale et il faut attendre la publication complète en Novembre 1859 pour que le débat s’élève !

Si Darwin a fait le choix de ne pas traiter de l’Homme, c’est tout de même autour de lui que se noue tout le débat puisque la théorie de Darwin considère tout le vivant issu d’un ancêtre commun, peu à peu différencié en diverses espèces par la sélection naturelle. Darwin ne se sentira pas capable de tenir une joute oratoire et se contentera généralement de répondre aux attaques dans les rééditions de son ouvrage. Mais d’autres se chargeront de le défendre en place publique, dans les sociétés savantes mais aussi en milieu universitaire comme en la personne d’Huxley, vieil ennemi du vieux paléontologue Owen ! Il sera le « bulldog de Darwin » ! Si la théorie entraine une levée de bouclier chez les créationnistes il est notable que l’évolution était déjà une notion qui commençait à s’ancrer dans les milieux scientifiques et que c’est le mécanisme qui n’était plus sujet à débat.

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Ainsi quand la théorie arrive en France, la théorie de Darwin entraîne surtout un renforcement du Lamarckisme ! Conscient de l’intérêt suscité par la place de l’Homme dans le règne animal Darwin lui consacre un ouvrage publié en 1871 :  La filiation de l’Homme et la sélection liée au sexe. Son but est alors de désacraliser l’Homme considéré par beaucoup, même parmi les évolutionnistes, comme à part car doté d’une conscience d’essence divine. L’œuvre de Darwin va être d’étudier les expressions physiques des sentiments, de constater qu’elles sont les mêmes entre les différentes races humaines (il envoie pour cela de nombreux questionnaires à des missionnaires et des gouverneurs dans tout l’Empire) et de les comparer avec ses travaux sur l’expression des émotions chez les animaux. Il en déduit que chez les animaux comme chez l’homme il y a la même palette d’émotions, souvent physiquement exprimées de façon proche. Son but est de montrer que beaucoup de comportements même sociaux sont hérités, issus de l’instinct acquis à un stade très primaire de notre évolution. Plus que l’origine des espèces cet ouvrage est le véritable motif des nombreuses caricatures de Darwin en homme singe qui circulent à la fin du 19ème et au début du 20ème siècle.

La théorie de Darwin implique de fait que seule survie la lignée de ceux qui sont les plus aptes à survivre en temps de crise (sélection naturelle) et/ou les plus aptes à se reproduire (sélection sexuelle). Inspirée de la sociologie de Malthus, cette théorie retourne à la sociologie à travers des auteurs comme Galton (cousin de Darwin) qui fonde en 1908 une « société d’éducation eugénique » avec Léonard Darwin (fils ainé de Darwin). L’eugénisme est la volonté de laisser aux êtres supérieurs la possibilité de supplanter, socialement voire sexuellement, les êtres les plus faibles. Et ainsi ne pas enrayer la complexification du vivant à l’œuvre depuis les origines. Darwin lui-même semble adhérer en partie à ce mouvement puisqu’il écrit :

« Comme tous les autres animaux, l’homme est certainement arrivé à son haut degré de développement actuel par la lutte pour l’existence qui est la conséquence de sa multiplication rapide ; et, pour arriver plus haut encore, il faut qu’il continue à être soumis à une lutte rigoureuse. Autrement il tomberait dans un état d’indolence, où les mieux doués ne réussiraient pas mieux dans le combat pour la vie que les moins bien doué » « Il ne faut donc employer aucun moyen pour diminuer de beaucoup la proportion naturelle dans laquelle s’augmente l’espèce humaine, bien que cette augmentation entraine de nombreuses souffrances. Il devrait y avoir concurrence ouverte pour tous les hommes, et on devrait faire disparaitre toutes les lois et toutes les coutumes qui empêchent les plus capables de réussir et d’élever le plus grand nombre d’enfants. »

Bien que Darwin eu parfois tendance à tempérer ces propos en précisant que la cohésion sociale est une des forces mise au point par l’espèce pour survivre, il n’en reste que ces lignes dans La descendance de l’homme et la sélection sexuelle sont une des bases du darwinisme social.

eugnisme

Dès lors la facette sociale devient partie intégrante de la théorie darwinienne tant est si bien que lors de la première traduction française de l’ « Origine des Espèces » en 1862, Clémence Auguste Royer écrit en préface :

« La théorie de M. Darwin, en nous donnant quelques notions un peu plus claires sur notre véritable origine, ne fait-elle pas par cela même justice à tant de doctrines, de systèmes et d’utopies politiques dont la tendance, généreuse peut-être, mais assurément fausse, serait de réaliser une égalité impossible, nuisible et contre nature entre tous les hommes ? Rien n’est plus évident que les inégalités des diverses races humaines ; rien encore de mieux marqué que ces inégalités entre les divers individus de la même race. Les données de la théorie d’élection naturelle ne peuvent nous laisser douter que les races supérieures ne se soient produites successivement ; et par conséquent, en vertu de la loi du progrès, elles ne soient destinées à supplanter les races inférieures en progressant encore, et non à se mélanger et à se confondre avec elles au risque de s’absorber en elles par des croisements qui feraient baisser le niveau moyen de l’espèce. »

L’eugénisme peut prendre des formes diverses selon deux tendances toujours présentes aujourd’hui : l’eugénisme « positif » qui consiste à valoriser les être supérieurs (banque de sperme, égalité des chances à l’école…) et l’ eugénisme « négatif » qui consiste lui à neutraliser les tares de l’espèce (autorisation en France de l’avortement pour cause médicale ;  lors des régimes totalitaires : stérilisation des malades, réglementation des relations sexuelles entre races, élimination des races jugées les plus inférieures…)

Hélas comme l’écrivait Nietzche dans  Le Crépuscule :

La lutte pour l’existence « se termine malheureusement d’une façon contraire à celle que désirait l’école de Darwin, à celle que l’on oserait peut-être désirer avec elle : je veux dire au détriment des forts, des privilégiés, des exceptions heureuses. Les espèces ne croissent point dans la perfection : les faibles finissent toujours par se rendre maitres des forts – c’est parce qu’ils ont le grand nombre, ils sont aussi plus rusé ».

L’éternelle question est de savoir qui sont les forts à sélectionner ?
Denis Buican, auteur sur le sujet, conclut sur les grands massacres d’Hitler et de Staline :
« Ce fut la sélection du pire… et des pires tortionnaires… et, de surcroit, souvent sous les applaudissements des faibles d’esprit, plus nombreux encore que les sadiques. »

Conclusion

En conclusion il ressort que l’œuvre de Darwin, si elle n’inaugure pas la théorie de l’évolution, la crédibilise en apportant une explication rationnelle de ses mécanismes. Une théorie judicieuse confirmée en grande partie et complétée de nos jours grâces aux progrès de la génétique. Mais une théorie qui entraîne une désacralisation de l’Homme. Théorie née des études sociologiques qui retourne dans la sphère de la sociologie avec une volonté de perfectionnement de l’humanité mais qui se concrétise hélas souvent qu’au profit des sphères capitalistes profitant de la lutte pour le travail, ou au profit de régimes totalitaires basés sur une lutte entre races ou entre classes.

 

Bibliographie

-    Sur Charles Darwin et le darwinisme:

•    Bernardini Jean-Marc, Le darwinisme social en France (1859-1918). Fascination et rejet d’une idéologie, Paris, CNRS Histoire, 1997.
•    Buican Denis, Charles Darwin. Avant / Après, Paris,  Criterion, 1992.
•    Continenza Barbara, Darwin. L’arbre de vie, Paris, Belin pour la Science, 2009.

-    Sur la théorie de la sélection naturelle:

•    Gayon Jean, Darwin et l’après Darwin : une histoire de l’hypothèse de la sélection naturelle, Paris, Editions Kimé, 1992.
•    Lecointre Guillaume (sdd), Guide critique de l’évolution, Paris, Belin, 2009.


-    Texte source:

•    Darwin Charles (édition et choix de textes par Jérôme Picon), L’origine des espèces, Paris, Flammarion, 2009.

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