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Le 11 septembre 2001, objet d'histoire

Dix ans ont passé depuis que les Etats-Unis ont été frappés par une attaque terroriste, le 11 septembre 2001, sous les yeux du monde entier. Les conséquences ont été immédiates avec, dès le mois d’octobre 2001, l’attaque de l’Afghanistan par les Etats-Unis et leurs alliés, sous mandat de l’ONU. Dix ans après, les troupes sont toujours là-bas, mais le cerveau des attentats, Oussama Ben Laden, a été tué par les forces spéciales américaines. Il est nécessaire de connaître Al Qaida avant de revenir sur les faits et d’en détailler les conséquences les plus importantes. On pourra alors se demander quel est le statut du 11 septembre 2001 en tant qu’objet d’histoire : date-clé pour le basculement dans un nouveau monde, aboutissement spectaculaire mais non décisif d’un processus plus long ?...

 

 

La naissance d’Al Qaida

 

A part pour quelques théoriciens du complot, les attentats du 11 septembre 2001 ont été perpétrés par des terroristes se réclamant d’Al Qaida. Il est encore aujourd’hui bien difficile de définir exactement ce qu’est ce groupe ou ce mouvement, qui est en fait constitué d’une nébuleuse de groupuscules et de cellules plus ou moins dormantes, se réclamant du magistère moral et idéologique de Ben Laden et Al-Zawahiri, mais étant pour certains indépendants totalement (et parfois en désaccord) de ces deux hommes. On peut traduire rapidement Al Qaida par « base de données ».

 

Elle est née de plusieurs phénomènes. Avant tout de ce qu’Olivier Roy appelle « l’échec de l’islam politique », c’est-à-dire l’échec des partis et des idéologues ayant fait de l’islam la base (ou le coeur) de leur idéologie politique, mais qui finalement ne sont jamais parvenus au pouvoir, pour des raisons diverses, ou quand ils l’ont fait n’ont pas réussi à mettre en place une véritable « société nouvelle ». On peut par exemple citer les Frères musulmans en Egypte, ou le FIS en Algérie, et pour ceux arrivés au pouvoir, les mollahs iraniens ou les talibans d’Afghanistan. Cet échec a amené à une radicalisation de certains islamistes et à l’apparition de ce que les politologues appellent le « jihadisme international », dirigé non seulement contre l’Occident et Israël, mais aussi contre les « mauvais musulmans ».

 

Le concept de jihad est ancien, nous n’allons pas le développer ici. Mais pour ce qui nous intéresse, il s’agit du prolongement de son aspect combattant, pour une guerre sainte visant à défendre l’islam. On le rencontre tant chez Saladin que chez Abd el-Kader, et au XXe siècle c’est le jihad armé en Afghanistan contre l’Union soviétique qui est en quelque sorte la base de ce qui est devenu le jihadisme international menant au 11 septembre. Il est théorisé par Abdallah Azzam (1941-1989), un Frère musulman palestinien qui, inspiré entre autres par Sayyid Qotb, a permis le rapprochement entre la partie radicale (qotbiste) des Frères musulmans et le wahhabisme. C’est lui qui internationalise le jihad afghan. Au Pakistan, il créé un bureau pour organiser la lutte et y rencontre un certain Oussama Ben Laden, qui devient le financier de son jihad. Les deux hommes se brouillent néanmoins en 1987, et c’est le moment où Ben Laden créé sa fameuse base de données : Qa’idat al-ma’lumat.

 

L’homme qui créé Al Qaida avec Ben Laden s’appelle Ayman al-Zawahiri. C’est en fait le véritable théoricien du groupe. Egyptien marqué lui aussi par Qotb, ainsi que par la Guerre des Six Jours, il est accusé d’avoir participé au complot contre Sadate, et fait quelques années de prison en Egypte avant de rejoindre Ben Laden en Afghanistan.  Le tournant pour les deux hommes est la Guerre du Golfe (1990-1991). La fin de la guerre en Afghanistan a un peu rendu orphelin les jihadistes. Ben Laden, qui ne porte pas Saddam Hussein dans son cœur, propose l’aide d’Al Qaida pour libérer le Koweit. Après tout, les jihadistes étaient les alliés de l’Occident en Afghanistan…Mais l’Arabie Saoudite refuse, et Ben Laden perd même sa nationalité ! Il fuit au Soudan, où il retrouve Al-Zawahiri ; là, il réorganise le jihad, s’attaquant par exemple à Moubarak en 1995, ou deux ans plus tôt soutenant les rebelles en Somalie contre l’opération Restore Hope. En 1996, ils sont de retour en Afghanistan avec les talibans.

 

L’idéologie d’Al Qaida

 

Ben Laden et Al-Zawahiri citent régulièrement cinq personnages contemporains comme références dans leurs différents textes : Abdallah Azzam, Ahmad Yassine (le guide du Hamas), Omar Abdel-Rahman (voir après), et les Saoudiens ‘Audah et Hawali. Mais leurs références montent encore plus loin, y compris au-delà de Qotb, avec en particulier le célèbre Ibn Taïmiyya, théoricien du jihad contre les Mongols, au XIIIe siècle.

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En 1998, Al-Zawahiri et Ben Laden créent « un front de la guerre sainte contre les Juifs et les Croisés », où le meurtre devient un devoir pour tout musulman. L’Egyptien détaille son idéologie dans Cavaliers sous l’étendard du Prophète, qui est diffusé en…2001. Dans ce texte, Al-Zawahiri pointe l’échec de l’action strictement politique et revendique le leadership sur le jihad mondial. S’il milite pour une action sociale, éducative et idéologique de l’oumma (une vision mondiale, donc, mais passant tout de même par le national) entièrement mobilisée contre l’ennemi (le Croisé, le Juif, le mauvais musulman), il insiste également sur la légitimité du recours à la violence.

 

L’occupation des Lieux saints par les Infidèles est pour Ben Laden et Al-Zawahiri la plus grande des agressions, tandis que le régime saoudien est celui de l’injustice, qui plus est complice des Croisés. Le but est donc de reconquérir la péninsule Arabique, pour permettre l’expansion de l’islam véritable. Le problème est qu’il est difficile d’en savoir plus, y compris sur une volonté réelle de rétablir un califat fantasmé comme on l’entend souvent. En effet, les idéologues d’Al Qaida sont bien plus flous dans ce qu’ils proposent comme société une fois arrivés au pouvoir. Si bien que la doctrine semble devenir de plus en plus nihiliste par la suite. Nous y reviendrons.

 

Les Etats-Unis pour cible

 

Pourquoi les Etats-Unis, leurs anciens alliés ? Une fois encore, la Guerre du Golfe de 1991 est décisive, en plus du soutien à Israël. Pour Al Qaida, les troupes américaines, impies, occupent la terre sainte de l’islam, celle de La Mecque et Médine, offerte aux musulmans par Dieu. Ils doivent donc en partir. Le régime saoudien, pourtant wahhabite, est également l’ennemi car complice de cette occupation.

 

De plus, Ben Laden cite, nous l’avons vu, comme l’un de ses inspirateurs le cheikh Omar Abdel-Rahman. Ce dernier, égyptien comme Al-Zawahiri, a été lui-même emprisonné en Egypte durant les années 1980 pour ses activités jihadistes, et surtout pour avoir été le guide spirituel de la Gama’a islamiyya, le groupe responsable de l’assassinat de Sadate, puis d’autres attentats, comme celui de Louxor en 1997. Omar Abdel-Rahman, après ses années de prison, et un détour par le Soudan, se réfugie…aux Etats-Unis ! Là, après quelques années de prêches toujours aussi offensives (comme Abou Hamza à Londres avant son arrestation en 2004), il est accusé d’avoir commandité un attentat au World Trade Center (il sera condamné à la prison à vie). Nous sommes en 1993.

 

Les actions contre les Etats-Unis se multiplient les années suivantes. On peut citer par exemple l’attentat contre le destroyer USS Cole, dans le port d’Aden au Yémen, le 12 octobre 2000. Les attaques contre le World Trade Center et le Pentagone le 11 septembre 2001 ne sont finalement qu’un attentat de plus, mais cette fois bien plus meurtrier et aux conséquences difficilement calculables. Ils sont dans la logique que développe Al-Zawahiri dans ses textes : faire dans le médiatique, le spectaculaire et le plus meurtrier possible, pour punir les Infidèles, mais surtout mobiliser l’oumma…

 

Les attentats du 11 septembre 2001

 

 

 

La chronologie et les faits sont connus, mais il n’est pas inutile de les rappeler. Quatre avions de ligne sont détournés le mardi 11 septembre 2001, deux frappent les tours jumelles du World Trade Center (New York, Manhattan) à 8h46 et 9h03. Un troisième atteint le Pentagone à 9h37. Le quatrième s’écrase près de Pittsburgh à 10h03. Quelques minutes plus tôt, la tour sud du World Trade Center s’est effondrée ; elle est suivie à 10h28 par la tour nord. En fin d’après-midi, un autre bâtiment du WTC s’écroule à son tour.

 

Le bilan humain fait état de 2976 morts, plus les 19 terroristes identifiés par les enquêteurs. Si Al Qaida et Oussama Ben Laden sont rapidement montrés du doigt, ils ne revendiquent pas directement les attaques, y compris dans des déclarations tardives en 2002, 2003 et 2004, n’employant que des allusions ou des références. Cela permet (avec bien d’autres choses) aux théoriciens du complot de s’engouffrer dans la brèche. Lors de la capture de Ben Laden en 2011, des documents auraient été trouvés prouvant qu’il était le cerveau des attentats, et d’autres à venir, mais cela reste à confirmer…L’enquête a au bout du compte désigné Khalid Cheikh Mohammed comme principal organisateur des attaques. Il est capturé au Pakistan en 2003.

 

Les chefs d’Al Qaida étant en Afghanistan aux côtés des talibans, les Etats-Unis réunissent leurs alliés et, avec le soutien de l’ONU, attaquent le pays dès octobre 2001. Dès la fin de l’année, le régime taliban est renversé mais commence alors une guérilla qui continue encore aujourd’hui. Parallèlement, le gouvernement Bush lance la « guerre contre le terrorisme » qui, comme le jihad d’Al Qaida, se veut planétaire.

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Les attentats du 11 septembre 2001 ouvrent une nouvelle période d’attaques terroristes, au niveau mondial, et pas seulement contre des cibles occidentales : dès 2002, avec la synagogue de Djerba (11 avril, 19 morts), les ingénieurs français à Karachi (8 mai, 15 morts), une discothèque à Bali (12 octobre, 180 morts). Un enregistrement du 10 novembre, attribué à Ben Laden, revendique ces attentats, même si depuis des doutes sont apparus (pour Karachi, par exemple).

 

C’est pourtant un autre événement qui relance, ou aggrave la campagne d’attentats faisant suite au 11 septembre : la guerre en Irak, déclenchée en 2003 par les Etats-Unis et leurs alliés, hors mandat de l’ONU (entre autres à cause de la menace de veto français). L’une des nombreuses conséquences du 11 septembre.

 

Les conséquences du 11 septembre 2001

 

Elles sont innombrables, et il nous faut faire des choix.

 

Evidemment, c’est d’abord la politique des Etats-Unis qui est touchée. A l’extérieur, elle est marquée par l’intervention en Afghanistan et par la mise en place de la guerre contre le terrorisme, priorité des forces armées, des services secrets et de la diplomatie. Le monde selon George W. Bush se divise ainsi en deux : ceux qui sont avec les Etats-Unis et ceux qui sont contre eux. L’aboutissement le plus spectaculaire de cette politique est la guerre en Irak, déclenchée en 2003 sans mandat de l’ONU cette fois, et sans certains alliés d’Afghanistan, la France en tête. Cette guerre marque un changement d’image des Etats-Unis, qui (re)passent de victimes (« nous sommes tous des Américains », titrait Le Monde au lendemain du 11 septembre) à bourreaux. Le scandale d’Abu Ghraïb s’ajoute à celui de Guantanamo.

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La base américaine à Cuba est en effet utilisée dès les mois suivants le 11 septembre pour emprisonner les personnes suspectées d’appartenir à Al Qaida et ainsi de participer activement au jihad international. Le problème est que les prisonniers n’ont aucun statut légal, ni moyen sérieux de se défendre. De plus, comme Abu Ghraïb plus tard, la torture est y pratiquée et même légitimée par les responsables américains, Donald Rumsfeld en tête. Ces derniers estiment que la guerre contre le terrorisme exige des accommodements avec les droits humains, y compris ceux des Américains eux-mêmes, comme le prouve le Patriot act, qui est voté dès le 26 octobre 2001. Les scandales répétés et la détestation que subissent les Etats-Unis dans le monde entier n’empêchent pas George W. Bush d’être réélu en novembre 2004. La guerre contre le terrorisme, quant à elle, est loin d’être un succès malgré l’arrestation de plusieurs responsables d’Al Qaida.

 

Les conséquences sont internationales, et pas seulement par le biais de la politique américaine ou celle de ses alliés. Tous les pays potentiellement cibles des attaques d’Al Qaida sont marqués à des niveaux différents par des lois d’exception et par la montée d’une inquiétude sourde. De façon diffuse, en Europe singulièrement, une méfiance et même une haine de l’islam et des musulmans, amalgamés au jihadisme d’Al Qaida, monte dans les esprits, allant jusqu’à paralyser les débats, comme un cercle vicieux (l’affaire des caricatures de Mahomet en 2005, par exemple).

 

Le développement des théories du complot explose avec le 11 septembre. Le phénomène n’est pas nouveau, mais le symbolisme des faits et les zones d’ombre de l’enquête, ainsi que la banalisation du net, aident au succès de ceux qui pensent que le 11 septembre n’est pas un complot jihadiste, mais « autre ». Les différentes théories, plus ou moins farfelues, incriminent une machination interne aux Etats-Unis, ou carrément un complot « américano-sioniste », dans la droite ligne des théories issues du faux Les Protocoles des Sages de Sion, durant la fin du XIXe et le XXe siècle. Cela ne touche pas seulement les milieux les plus activistes, anti-Américains ou antisionistes, mais une part plus large de la population et certains artistes, en Europe et aux Etats-Unis compris. Si bien qu’une enquête internationale de 2008 montre que moins d’une personne sur deux pense que les attentats du 11 septembre sont imputables à Al Qaida…

 

C’est donc à tous les niveaux, en politique comme dans les mentalités, que les attentats du 11 septembre 2001 ont des conséquences les années suivantes, et jusqu’à aujourd’hui, en faisant une date symbolique. Inconsciemment ou pas, les populations, en Occident comme dans le reste du monde, considèrent le 11 septembre comme un point de rupture. Chez les historiens, cela fait débat, surtout depuis les révolutions arabes.

 

Les révolutions arabes et le 11 septembre 2001

 

Le lien est loin d’être évident à première vue, mais il existe. En effet, pour beaucoup de politologues et d’historiens, les révolutions arabes marquent la confirmation de l’échec de l’islam politique, et plus encore celui du jihadisme mondial, c’est-à-dire de l’utilisation de la violence comme arme de l’islam politique. Les manifestants en Tunisie, en Egypte et ailleurs ont réclamé des avancées démocratiques bien éloignées des valeurs dictées par les jihadistes et même les islamistes. Et les mouvements strictement politiques comme les Frères musulmans en Egypte n’ont pas été à la tête des révolutions ; ils ont même semblé parfois dépassés.

 

Il est cependant encore trop tôt pour faire un bilan définitif de ces révolutions. En effet, le processus se grippe parfois, les élections n’ont pas encore eu lieu, certains mouvements sont en suspens (Yémen). Surtout, les partis islamistes entrent à nouveau dans le jeu, avec les Frères musulmans en Egypte ou Ennadha en Tunisie. Si certains spécialistes estiment qu’ils se sont démocratisés et qu’ils ne sont plus un danger, des événements ponctuels poussent à être méfiants (une grande manifestation en Egypte où les laïcs ont préféré se retirer à cause des slogans religieux, des pressions sur les mœurs en Tunisie, etc). Les sondages prédisent de bons scores aux principaux partis islamistes.

 

Les révolutions arabes marquent donc certainement l’échec du nihilisme des jihadistes d’Al Qaida (et la mort de Ben Laden n’a rien arrangé), vu qu’ils n’ont pas réussi à mobiliser les masses, l’oumma, alors que c’était clairement leur but comme Al-Zawahiri l’écrivait dans Cavaliers sous l’étendard du Prophète. En revanche, pour ce qui est de l’islam politique, il est encore trop tôt pour le dire.

 

 

 

La fin d’Al Qaida ?

 

La mort d’Oussama Ben Laden le 2 mai 2011 signe-t-elle la fin d’Al Qaida ? En fait, les difficultés de la nébuleuse jihadiste ne sont pas nouvelles. La traque et la capture de plusieurs de ses responsables (dont Khalid Cheikh Mohammed) l’ont affaibli mais, pire, l’autorité de Ben Laden et d’Al-Zawahiri est contestée. Dès la guerre en Irak, des tensions sont apparues avec des jihadistes comme Al-Zarqaoui, et les activités des cellules se réclamant d’Al Qaida sont de plus en plus tournées vers des actions régionales (comme AQMI) ou carrément nationales (en Irak), loin du rêve de jihad mondial porté par Al-Zawahiri. Le principe même de la nébuleuse semble se retourner contre Al Qaida, avec une indépendance croissante des différents groupes, et des intérêts pas toujours convergents. La lenteur de la réaction d’Al Qaida aux révolutions arabes (alors que des groupes comme le Hamas les ont applaudies) montre bien l’embarras, voire l’isolement de ses responsables.

 

L’anniversaire du 11 septembre, avec les promesses de vengeance pour la mort de Ben Laden, sera sans doute décisif pour savoir où en est la nébuleuse jihadiste. Mais, déjà, les attentats se font plus rares, les revendications sont floues et espacées, et Al Qaida est peut-être entré dans une période de lente agonie…

 

Le 11 septembre 2001, objet d’histoire

 

Après être revenu sur tous ces aspects, de la naissance et l’idéologie d’Al Qaida aux faits du 11 septembre et à leurs conséquences, on peut donc s’interroger sur cet événement comme objet d’histoire.

 

Pour Michel de Certeau, « l’événement est ce qu’il devient ». Il semblerait que cela cadre exactement avec le 11 septembre. En tant que choc mondial, suscitant d’abord la sidération, il est l’exemple parfait, comme le note François Dosse (Historiographies, tome II, p 755), de ce qui fait événement. Mais marque-t-il pour autant l’entrée dans une nouvelle ère ? En tout cas, il prouve que la fin de l’histoire n’est pas pour aujourd’hui, ni pour demain, contrairement à ce qu’avait pensé un Fukuyama au lendemain de la chute du Mur en 1989.

 

Des historiens estiment que le 11 septembre n’est pas une rupture, mais juste le marqueur spectaculaire d’une transformation du monde qui se situe dans un processus plus long et dans le contexte de la mondialisation. Avec la chute du Mur et de l’Union soviétique, le monde est devenu multipolaire malgré des années 1990 où les Etats-Unis semblaient être la seule véritable puissance. Difficile tout de même de voir dans les attentats du 11 septembre uniquement un événement, certes un peu plus spectaculaire que les autres, mais pas plus décisif. C’est bien directement le 11 septembre qui a contribué à réorienter la politique internationale (et même nationale) américaine, avec des conséquences en cascade (dont la guerre en Irak). C’est bien le 11 septembre qui a changé fondamentalement l’image de l’islam et des musulmans en Europe, provoquant (avec l’aide de la crise économique) une montée des populismes dont nous commençons seulement à voir les effets néfastes.

 

Le 11 septembre 2001 est donc bien une date, dans les faits et dans les esprits. Toutefois, en faire la rupture qui ouvre une nouvelle ère (le XXIe siècle ?) est peut-être, il est vrai, rapide. Le XXIe siècle sera probablement plus celui de la mondialisation et de ses différentes crises que celui du jihadisme et de la guerre contre le terrorisme, ces derniers pouvant même être considérés comme des dégâts collatéraux de cette globalisation…

 

Bibliographie

- G. Kepel, Jihad, Folio, 2006.

- G. Kepel, Al-Qaida dans le texte, PUF, 2005.

- F. Burgat, L'islamisme à l'heure d'Al Qaida, La Découverte, 2005.

- Le 11 septembre 2001, un événement planétaire (Mémoires d'objets-Histoires d'hommes), Collectif, Ouest-France, 2008.

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