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Accueil Histoire Universelle Moyen-âge Les guerres d'Italie (1/2)

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Les guerres d'Italie (1/2)

500px-flag_of_the_kingdom_of_naples.svgEn France, les guerres d’Italie ne sont finalement connues que par la célèbre victoire de François Ier à Marignan, dont tout le monde se rappelle la date (1515, Marignan) sans souvent savoir à quoi elle correspond vraiment. Pourtant, les enjeux de ces guerres ont été très importants dès la fin du Moyen Age, pour la France et l’Italie, mais aussi dans les relations internationales. La situation en Italie centrale et septentrionale a eu son importance, avec l’apparition des seigneuries et des condottieres, et les rivalités entre cités ; mais finalement tout commence peut-être dans le royaume de Naples…


Charles d’Anjou et le royaume de Naples

L’enjeu premier de ce qu’on appelle communément les guerres d’Italie, que l’on fait commencer avec l’attaque de Charles VIII en 1494, est le royaume de Naples, ou Regno. C’est pour cela qu’il nous faut remonter jusqu’au XIIIè siècle pour comprendre les problématiques qui ont suivies.

La prise en main du Regno par les Angevins intervient en 1266, quand Charles d’Anjou, frère du roi de France Louis IX, entre dans Naples. Cette conquête se situe dans l’élan capétien qui a vu la mainmise de la dynastie royale sur la Provence, le Languedoc et donc le royaume de Sicile, qui devient celui de Naples, le territoire comprenant la grande île et l’Italie méridionale, anciens territoires normands puis impériaux sous Frédéric II et ses successeurs. L’ambition de Charles d’Anjou va bien au-delà de l’Italie et de la Sicile : en effet, il s’intéresse tout d’abord à ce qui reste de l’Empire byzantin, en se rapprochant de Baudouin II, empereur latin de Constantinople, expulsé de celle-ci par les Paléologue. Comme le Normand Robert Guiscard presque deux siècles plus tôt, Charles traverse donc l’Adriatique, avec le soutien du pape, pour affronter les Paléologue, qu’il parvient à vaincre en Morée. Son élan est cependant ralenti par son frère, Louis IX, qui refuse de le suivre dans une croisade contre Constantinople, et se rapproche même de l’empereur byzantin. Charles de Naples décide alors de le soutenir dans sa croisade en Afrique, et le suit à Tunis en 1270. Il a évidemment une idée derrière la tête, espérant profiter de cette croisade pour agrandir un peu plus son embryon d’empire méditerranéen. L’échec de la croisade et la mort de Saint Louis mettent un terme à cette idée, sans que Charles n’abandonne celle d’une croisade en Orient…

Les années suivantes, Charles assied son pouvoir sur les barons locaux, soutient le pape en Italie, mais ce sont surtout les rivalités avec l’Aragon qui augmentent. Il n’y a pas de place pour deux empires méditerranéens, et l’ambition de Jacques d’Aragon et de ses successeurs est au moins aussi grande que celle de Charles. L’Aragon abrite à Barcelone les ennemis de Charles, qui sont nombreux, en particulier chez les Provençaux. Mais le roi d’Aragon, Pierre III, est surtout intéressé par la Sicile, et c’est là que se déroulent les premiers combats entre Angevins et Aragonais, au début des années 1280. Cela amène aux Vêpres Siciliennes, en 1282, quand les Français sont chassés par un complot souvent mythifié. C’est ensuite sur mer, l’année suivante, que les Angevins connaissent de nouvelles difficultés. La mort de Charles en 1285 n’arrange pas leur situation. Entretemps, le roi de France Philippe III a conduit une « croisade » contre l’Aragon, sur demande du pape, toujours soutien des Angevins. C’est aussi un échec.

La crise du royaume angevin de Naples

Cependant, Charles II, un temps prisonnier des Aragonais, parvient lentement une fois libéré à reconstruire le Regno angevin. C’est, à nouveau, grâce au soutien du pape. L’accord stipule que Charles renonce à la Sicile, mais que le roi d’Aragon également, l’île étant gouvernée par le frère de Jacques II d’Aragon. Ce dernier obtient toutefois la Corse et la Sardaigne. Ce n’est pas pour autant que Charles II a renoncé ; il continue ses raids pirates sur Palerme ou Barcelone, et tente d’obtenir le soutien des barons siciliens. Il doit finalement céder en 1302, et reconnaître Frédéric d’Aragon comme roi de Sicile. Paradoxalement, la perte définitive de la Sicile lui permet de remettre en ordre le royaume de Naples, et son fils Robert hérite en 1309 d’un Regno stabilisé.

Robert d’Anjou, dit le Sage, se distingue par son goût pour les arts, même si c’est également un prince guerrier, vu que la guerre ne cesse jamais vraiment avec les Aragonais, et qu’il a aussi des ambitions en Italie centrale où il profite des appels à l’aide de Florence pour menacer Milan. Toujours soutien du pape en Italie, et soutenu par lui, il s’entoure d’artistes (comme Giotto) et construit une cour qui devient un modèle.

robert1bLa crise frappe le Regno suite à la mort de Robert le Sage en 1343, avec l’avènement de Jeanne Ière, petite-fille du roi, qui n’avait plus d’héritier mâle depuis la mort de Charles de Calabre en 1328. L’arrivée d’une femme sur le trône de Naples, pourtant contraire aux traditions dynastiques françaises, est validée par le pape. C’est du côté de la Hongrie que l'on conteste la chose, car Jeanne est mariée à André de Hongrie, curieusement assassiné en 1345. Le roi de Hongrie, Louis, tente alors de venger son frère et marche sur Naples ; mais il doit abandonner en 1348, à court d’argent et menacé ailleurs par les Vénitiens. Jeanne en profite alors pour reprendre la main, et obtient la paix en 1352. Toutefois, elle n’est guère soutenue par le roi de France, Jean le Bon, qui souhaiterait lier la couronne de Naples à la sienne, et qui menace la Provence angevine. Elle parvient tout de même à se libérer au Sud, en obtenant une paix avec les Aragonais de Sicile (1373). C’est finalement avec le pape qu’elle connaît le plus de problèmes, se retrouvant au cœur du schisme de 1378 et même excommuniée par Urbain VI ! Elle est renversée par Charles de Duras, soutenu par Urbain VI, qui prend le nom de Charles III quand il entre à Naples en 1381 ; Jeanne est enfermée (et étranglée un an plus tard, sur ordre de Charles). Louis Ier d’Anjou (frère de Charles V, roi de France), héritier choisi par la reine et l’autre pape (Clément VII d’Avignon), ne peut intervenir tout de suite.

Le Regno entre Hongrois et Angevins

Naples est désormais aux mains de Charles III, mais aussi de sa femme Marguerite et du pape Urbain VI. Soutenu par Clément VII, Louis d’Anjou marche sur le royaume napolitain dès 1382, aidé par le comte du Piémont et par Bernardo Visconti de Milan ; il doit en revanche éviter la Toscane, qui lui est hostile. La guerre est difficile, Charles évitant le combat et laissant les troupes de Louis s’épuiser à sa poursuite. C’est un échec, et Louis d’Anjou y laisse la vie le 20 septembre 1384. La situation n’est pas pour autant apaisée à Naples, où les rivalités ont explosées entre Marguerite et Urbain VI ! Le pape manque d’être tué et doit fuir en 1385, avant de pouvoir regagner Rome.

Charles III ne peut longtemps profiter de sa victoire ; il obtient le trône de Hongrie, en plus de celui de Naples (qu’il laisse dans les faits à Marguerite), mais est tué lors de l’attentat de Visegrad en 1386. Dans le Regno, la régente Marguerite est en difficulté, malgré la jeunesse de Louis II d’Anjou ; elle doit faire face à des révoltes soutenues par les Angevins, et fuir à Gaète en 1387. Le camp d’Urbain VI et des Duras n’a pas non plus abandonné la partie et, malgré la mort du pape, désigne un successeur à Charles III en 1389, Ladislas. Louis II d’Anjou n’a alors que quatorze ans, et il s’est fait couronner roi à Avignon au début de la même année. Le conflit commence entre les deux rois concurrents, et c’est encore une fois le pape qui pèse de tout son poids pour forcer la décision, avec toujours le contexte du schisme entre Avignon et Rome. L’idée de la fin du schisme fait son chemin, en particulier du côté de Florence, et est élu Alexandre V, à Pise, en 1409. Il soutient Louis II, alors que Grégoire XII est toujours aux côtés de Ladislas (entré à Naples en 1406). Le successeur d’Alexandre V soutient aussi l’Angevin, qui tient Rome mais doit finalement abandonner sa reconquête du royaume de Naples et retourner en France en 1411.

Les indécisions de Jeanne II

La victoire de Ladislas est de courte durée car il meurt à Naples en 1414. Lui succède sa sœur Jeanne, qui doit trouver un époux. Jacques de Bourbon, ancien lieutenant de Louis II d’Anjou, est choisi et entre rapidement en conflit avec sa femme, un temps emprisonnée ; c’est finalement Jacques qui doit fuir pour la France ! Le Regno continue à être secoué de troubles internes, mais heureusement le schisme prend fin en 1415, et le nouveau pape décide de l’avenir du royaume de Naples : il désigne Louis III d’Anjou comme successeur de Jeanne II. Mais celle-ci n’est pas d’accord et jette son dévolu sur Alphonse V d’Aragon. C’est ainsi que les Aragonais reviennent dans le jeu dans le Regno : la guerre reprend entre l’Anjou et l’Aragon. Les « caprices » de Jeanne II ne sont pas terminés, puisqu’elle change d’avis un temps, en renonçant à l’adoption d’Alphonse V au profit de Louis III ; mais c’est son favori, Sergianni, qui détient la réalité du pouvoir entre 1424 et 1432, alors qu’Angevins et Aragonais continuent de s’affronter. Il est finalement assassiné, mais Jeanne II trouve encore le temps de changer deux fois d’avis sur son successeur, adoptant à nouveau Alphonse, puis lui préférant Louis III…Celui-ci meurt en 1434, mais Jeanne désigne le frère de l’Angevin, René, pour lui succéder et meurt à son tour en 1435.

L’agonie des princes angevins

René d’Anjou, comte de Provence, duc de Lorraine, n’a pas la partie gagnée malgré sa légitimité. Il doit d’abord régler ses problèmes en France, face aux Bourguignons, qui le tiennent prisonnier deux ans ! Les Aragonais tentent d’en profiter, mais ils sont battus par les Génois (aux ordres du Milanais Filippo Maria Visconti) dans le golfe de Naples. Heureusement pour eux, Alphonse V fait prisonnier parvient à convaincre le Visconti des dangers de la présence angevine dans la péninsule, et il est libéré. Entretemps néanmoins, Isabelle de Lorraine, femme de René, est entrée à Naples avec le soutien de la flotte génoise et du pape Eugène IV ; son mari n’est libéré par les Bourguignons qu’en 1437, et il entre à Naples en mai 1438. Le roi de Naples continue alors la guerre contre l’Aragon, malgré son manque de troupes et d’argent, mais avec tout de même le soutien du pape. Alphonse V met le siège devant Naples, qui souffre pendant des mois des tirs d’artillerie et du manque de vivres, et tombe en 1442. René d’Anjou fuit en France, où il est retenu une dizaine d’années. Alphonse V d’Aragon devient Alphonse Ier de Naples.

La péninsule italienne n’est pas secouée uniquement par les luttes entre Angevins et Aragonais dans le Regno. La mort du duc de Milan en 1447 et l’arrivée au pouvoir des Sforza exacerbent les tensions déjà vives, et deux ligues se forment : Milan, Florence, Gênes, Mantoue contre Venise, Sienne, la Savoie et Alphonse V d’Aragon. Le roi de France, Charles VII, soutient Florence à partir de 1453, et il charge René d’Anjou de mener une armée en Italie ; mais l’expédition tourne court, à cause de la baisse brutale des tensions suite à la menace turque, qui mène à la paix de Lodi en 1454. René d’Anjou décide alors de tenter de récupérer le royaume de Naples à partir de 1459 ; en 1460, malgré des succès, il hésite à marcher sur Naples, et en 1461 il subit une lourde défaite face aux Aragonais. Il ne retournera plus jamais en Italie (il meurt en 1480).

L’ambition des rois de France

Les rois de Naples d’origine angevine ont reçu leur investiture du pape, mais sont aussi vassaux du roi de France. Les échecs répétés de ces princes d’Anjou dans le Regno depuis la fin du XIVè siècle amènent petit à petit les rois de France à se poser la question d’une intervention directe de leur part dans les affaires italiennes. Un temps, le contexte international et surtout le coût d’une telle opération les font douter de l’opportunité. Il faut attendre l’avènement de Charles VIII, et un lent processus de décision, pour que l’aventure des rois de France en Italie commence en 1494.

Lire la suite : Les guerres d'Italie 2eme partie


Bibliographie non exhaustive

- J. Heers, L'histoire oubliée des guerres d'Italie, Via Romana, 2009.

- JP. Delumeau, I. Heullant-Donat, L’Italie du Moyen Age (Vè-XVè siècle), Hachette-Carré Histoire, 2005.

- F. Brizay, L’Italie à l’époque moderne, Belin, 2007.

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